A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT
Le 8 septembre 1833.
Mos forces s'on vont tout à fait. Col ùlnt de faiblesse qui me rend le travail impossible, cet affaissement moral et {)liysique, lequel ressemble à une deini-morl, est exlrêmement pénible: il y a là quelque chose de l'agonie. Que faire.' Il faut se rappeler li'Fils (le l'Homme au jardin des Oliviers, et sa ti-islesse, et ses défaillances, et dire comme lui : Non ce que je veux, mais ce que vous voulez. iMa!heureusement, cette résignation, qui devrait s'étendre à tout, eslquel(|uefois bien diflicile. Tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend, indigne et alflige. Vous ne sauriez vous n^présenter à quel degré d'aberration les esprits sont arrivés dans une certaine classe d'hommes : c'est un délire qui n'a point de nom, comme il n'avait jamais eu d'exemple. Savez-vous à quoi s'occupe, en ce moment, la sollic lude de l'évêque de Rennes et d'une partie de son clergé? A faucher tout ce qui existe d'écoles chrétiennes et d'établissemenls chrétiens dans le diocèse : le tout, «( pour les inléiêls d'Henri V, » à ce qu'ils s'imaginent.. Cette folies a vraiment quelque chose d'infernal : j'aurais mille choses à vous dire làdessus ; mais on ne peut pas causer dans une lettre. Bien souvent je lève les yeux, et je regarde s'il n'y aurait point quelque part, dans le fond de l'Orient, un coin de terre où je pusse aller finir mes jours en paix. Une nouvelle société, une nouvelle nature, des mœurs et des langues nouvelles, tout cela me plairait ; mais je suis vieux, usé et pauvre comme le bonhomme Job, d'où je conclus qu'il faut (ine je souffre et meure, connue lui, >sur mou fumier. Si jamais vous allez vous établir à Bénarès, avertissez-moi : je solliciter.n d'y être votre aumônier.
Les affaires de Poilugnl me semblent désormais décidées; viendront ensuite celles d l^sj agne, car le roi se meurt : à sa mort connneucera la guerre civile '. Le parti de don Carlos
^ On avait pu juj^cr de l'avenir ivservé à l'Espagne après la mort de Ferli-
:î2» correspondance
est, je crois, le plus fort dans la nation; il ne laissera pas de succomber après une lutte plus ou moins longue, non-seulement parce qu'il est de l'intérêt de l'Angleterre et de la France qu'il succombe, mais parce que le système auquel il se rattache, ébranlé partout, devient chaque jour relativement plus faible : il suffit de jeter les yeux sur l'Europe pour s'en convaincre. On annonce une brochure de Cliateaubriand pour l'époque de la majorité d'Henri V : ces nouvelles phrases ne produiront rien; elles retentiront quelques instants dans les châteaux et dans certains salons, et puis voilà tout : cela ne va pas jusqu'au peuple. Si le juste-milieu n'avait pas d'ennemis plus redoutables, il pourrait dormir en repos : ce qui le tuera, ce sont ses propres violences, son msolent mépris de toutes les promesses faites, son brutal et ignoble despotisme. Peu d'années feront justice de cette tyrannie bourgeoise, qui cherche à pousser ses racines dans les fabriques de calicot et dans les bouti(iues du coin; mais ce n'est assurément pas la vieille loyauté cjui lui succédera : l'immense majorilé de la nation veut autre chose, sans bien savoir ce qu'elle veut. Voilà l'exacte vérité, quoi qu'en disent la Gazette et la QuotidieJine ; leur parti ne représente plus que des intérêts particuliers. Or, les intérêts particuliers, pris pour base de la politique, provoquent les révolutions, les déterminent, et ne les arrêtent pas.
Permettez que je vous prie de faire remettre le billet inclus au P. Bandini, du couvent de Saint-Marc.
J'espère qu'après les grandes chaleurs vous aurez été moins souffrante, et que votre première lettre me l'apprendra.
nand VII, par ce qui s'était passé les 16 et 17 septembre 1852, quand ce prince, après un accès du mal qui le dévorait, parut avoir rendu le dernier soupir. On vil alors son frère don Carlos, au mépris des lois récemment promulguées, sedéclar^^r souverain, enlace de Marie-Christine qui se proclamait régente. Or le ministre Calomarde, abusant de la confiance de son maître, avait tout préparé pour le triomphe de don Carlos. Sorti de sa léthargie, le royal malade chassa ce valet inlidèle, et M. Zéa Bermudez, nonnné [tremier ministre, prépara, dans un tout autre sens, les conséquences que devait avoir la mort prochaine du roi d'Espagne.
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