‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 160 sur 238 · I.a (llieiiaic, le 27 septembre · texte numérisé non relu

I.a (llieiiaic, le 27 septembre

Votre si bonne et si admirable lellre cin 8 a été un peu retardée; je ne l'ai reçne qu'avanl-bier. Je remercie tench'ement mon l)irn cber cointe d'y avoir ajouté quelques lignes de celte écriture dont la vue m'est si douce, et qui me rappelle tant do. souvenirs du cœur. J'ai donné pour lui une lettre à un jeune Mac-Carlhy, de la même famille que ceux que vous connaissez, mais d'une autre braiicbe, établie en Angleterre. Cet excellent jeune homme, qui retourne à Rome, au collège anglais, s'arlôlera quelques jours à Florence : je crois que vous serez bien aises de le voir; il est plein de sens et d'instruction.

Je conçois tout ce que vous avez dû souffrir, dans la circonstance où vous vous trouviez au moment où vous fermiez votre lettie. Les réflexions que vous faites à ce sujet sont tellement justes, tellement frappantes, qu'à peine comprend-on que d'autres ne les fassent pas aussi. Aller seule, c'était déjà trop; mais aller deux, trois, et la tête haute, comme si de rien n'était, c'est, en vérité, incroyable '. Vous avez grande raison, « le ht tue ceux que l'échafaud ferait vivre. » H faut voir là, ainsi qu'ailleurs, la volonté de Dieu : qui peut résister à ses décrets? Il veut changer le monde, il veut renouveler la face de la terre, et ce que nous voyons n'est que le commencement. II se prépare des choses bien autrement extraordinaires, et toutes sont annoncées. Lisez les chapitres 18, 19 et 20 des Révélations de saint Jean : il y a là de terribles condamnations. Représentez-vous quelqu'un qui répéterait, connue siennes,

' La lettro à laquelle Lamennais répoiut nous manque ponr 6;liiirer le sens exact do ce pnssaj^c. Il nt»us seml)lL'. oopendanl. qu'il s ajïit ici de quelqu'une de CCS hardiesses lamilières à lex-prisonnière de Blaye, et qui l'auraient amenée à Florence, dans des conditions embarrassantes pour les mendires du corps diplomaticjue. (loci. du reste, n'est qu'une coujocture, mais l'ondée sur quel(|nos lapprocliomonts assez concluanls. Voir la lettre qui suit celle-ci.

les paroles de l'Apôtra, et sans le citer; que dirait-on de lui *? J'ai i'inlime conviction que la vieille Sociéié, si criminelle et si misérable, est arrivée au terme, au dernier terme de sa durée, et qu'une ère nouvelle va s'ouvrir. Le genre humain me parait être dans une position analogue à celle où il se trouvait lors de l'avéî'ement de Jésus-Christ, partagé, comme alors, entre une gentililé corrompue et une synagogue aveuglée. J'attends donc quelque chose d'en haut, une manifestation divine quelconque; je n'en serai pas témoin, mais j'y crois; j'y crois dune foi pour moi invincible, et c'est pourquoi je m'intéresse peu aux événements intermédiaires, si ce n'est par leur rapport à cette grande fin de la Providence. Il y a, n'en doutez pas, de magnifiques vérités cachées dans cette sorte d'instinct vague qui remue aujourd'hui la race humaine. J'aurais beaucoup à dire là-dessus, mais ce que je dirais ne peut s'écrire. Les légitimistes, très-divisés d'ailleurs entre eux, se repaissent, jour par jour, de mille espérances vaines; à quelques égards, ils ressemblent, dans leur exaUalion insensée, aux Juifs, qui voyaient leur triomphe partout, dans les temps qui précédèrent la ruine de Jérusalem; avec cette différence, toutefois, que les Juifs

* ... Elle est tombée, la granité Babylone... car toutes les nations ont bu le vin de sa proslilut on eUVenée, et les rois delà terre ont commis fornication avec elle, et les m.'irchands de la terre font devenus liches de l'excès do son luxe... Et les rois de la terre, qui ont commis lornicalion avec elle, et qui ont vrcu d;ins les délices, la pleureronl, et mt.nerout deuil sur elle, en sebtltant la poitrine, quand ils verront la fumée de son embr.i.-^ement... J'entendis une voix d'une grande multitmle au ciel, disant : llalleluiiih !. .. Dieu a fait justice de la grande prostituée qui a corrompu la terre par son impudicité. Il a vengé le sang de ses serviteurs, versé de la main de la prostituée... Puis, je vis un ange, se tenani dans le Soleil, qui cria à haute voix et dit à tous les oiseaux qui volaient par le milieu du ciel: — Venez! et a sembloz-vous au banqi.el du grand Dieu, afin que vous mandiez la chair des rois, lach:iir des ca])itaines, la chair des puissants, la chair des chevaux et (le ceux qui sont niontés dt-ssus!.. . Alors je vis la BtHe, et les lîois de la terre, et leurs armées assenddécs pour ftire la guerre contre celui qui était moulé sur leclicval, et contre son armée.

Mais la Bêle fut prise et avec elle le faux Prophète, qui avait fait devant elle les piodiges p.ir Irsquels il avait séiluit ceux ipii avaient la marque de la Bote, el qui avient adoré son iimge; et ils furent tou? deux jeté , tout vifs, dans I éiang ardent de feu el de soufre. — Apocah/pse ou Jie'i'i'lation de saint Jean le Théolof/ien, chapitres cités.

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inodernos iiu'ttiait'nt h* fcii au loinple et brûlrr.iicnt l'Arche pour s;uiv(M' ht cité lirrcstre. Partout, eu Krance,. (mi AIIcinague, eu Ilali<', il u'y a chî hou que le peuple; lui seul conserve ce qui doit durer; el je le* reiriarquc, parce que ce (ait m'explique une particularité singulière de la Prophétie de saint Jean, (jui ne coiitienl pas un mot de l'eproclie ni de menace directe contre le peuple : — n'en étes-vous pas IVappée comme moi?

Veuillez avoir rexlréme bonté de me rappeler au souvenir de la princesse II' ', el de lui présenter mes hommajres, lorsque vous lui écTirez. Je serais bien heureux d'apprendre le réiablissement de la princesse Iledwige Que Dieu accorde repos et protection à tous ces braves gens! Toutes les nouvelles qui nous ai rivent de leur pays font dresser les cheveux sur la tête. 0 Providence! — Lisez saint Jean.

La lutte se prolonge en Portugal ; pour moi, je ne doute pas de l'issue. Lisbonne serait reprise que rien ne serait fini. L'Angleterre me semble trop engagée pour reculer. Au reste, toutes les questions, sans en excepter une, demeurent suspendues el indécises, l'Lspagne, la Belgique, la Turquie. Personne ne vent de la guerre, tout le monde la craint, et la guerre viendra malgré tout le monde : une guerre terrible, universelle, une guerre à mort; voilà mes prévisions. En France aussi, beaucoup de gens voudraient maintenir ce qui est, peur de pis : ils n'y réussiront pas dnanlage. La grande erreur des homme;? est de s'ima^^iner qu'ils peuvent quelque chose, tandis que seulement ils sembleM pouvoir, lorsqu'ils agissent dans le sens de je ne sais quoi de secret qui gouverne les alTares humaines : purs instruments passifs entre les ii ains d'une puissance contre laquelle se brisent tous leurs efforts.

* La princesse Lulmniirska, doiil le prénom riait Tli(^rèse, coirime on le verra plus juin, nais dont le mari se nommait probalileintnt Henri. La princesse ilcdvvige était sa fille, mariée depuis (sauf erreur) au grince de Licne.

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