A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS
A la Chênaie, le 10 août 1854.
11 ne m'est jamais venu dans l'esprit, mon cher ami, que vous eussiez la moindre peur de vous compromettre à mon occasion^; si j'avais eu cette idée, vous auriez grande raison de vous plaindre de moi. Je vous ai dit, très-exactemeni, comment les choses se sont passées ; lorsque vos belles stances me parvinrent, j'avais, à Paris, une personne sûre à qui je les adressai sur-le-champ, en la priant de les faire insérer dans un journal; puis, vos corrections m'étant arrivées, en même temps que rEiicycUque, je crus qu'il était mieux, voulant moimême garder le silence, de me priver de ce témoignage public et si honorable de votre sympathie et de votre amitié : telle est la vérité pure et simple; et il me semble qu'à ma place vous auriez agi comme moi.
Vous me demandez ce que je ferai définitivement, .autant qu'il me sera possible, je me tairai sur ce qui touche la Rehgion, et je continuerai, comme auparavant, de dire ce que je pense en politique ; c'est même ce que j'ai déjà fait. L'on reçoit à Toulouse la Revue des Deux-Mondes; vous pourrez y lire, dans la livraison du l^"^ août, un article de moi, qui me justifie, ce me semble, d'une partie des reproches qu'on m'avait adressés à propos des Paroles d'un Croyajit. J'expose les doctrines de liberté telles que je les comprends, et les doctrines d'absolutisme telles que leurs défenseurs les professent et les avouent
* J'ai regret, je ne vous le dissimule pas, à ce témoignage public de mon nvariable affection, donné sans démenti à mes opinions propres... Vous ne m'avez pas rendu, souffrez que je vous le dise, la justice que j'étais en droit d'attendre de vou«. .le crains d'autant moins de me compromettre que je n'en suis pas à savoir qu'il n'y a que les gens qui ne se compromettent pas qui ne promettent rien. C'est à ce point que, si j'eusse cédé à mon premier mouvement, j'eusse cdressé mes Staîices à un journal, — Y Écho français, par exemple, — qui, malgré son opinion propre, est impartial, qui s'est constamment exprimé sur vous dans une digne mesure, et qui peut-être, avec ma signature et la date, les admettrait encore aujourd'hui. — M. de Coriolis à Lamennais. Toulouse, 2 août 1834.
liautemcnt là où, pnr de corlainos considérations de parti, ils ne se croient pas ol)ligés de les dissiniiiler ou de les niudilier. ChacMin peut s'assurer, niaintcMiant, sij'ai rien exagéré dans le chapitre des Sept liois; — et combien de choses aurais-je encore à dire !
Avez-vous jamais vu de session commencer d'une manière aussi brillante que celle-ci? La Clianibn; n'en est encore qu'à la vérification des pouvoirs, et, dans cette seule œuvre, elle a déjà dépassé tout ce que les espérances tlie most sanguine^ comme disent les Anglais, pouvaient se promettre d'elle^ Que sera-ce, au mois de novembre, lorsqu'elle entrera réellement en campagne? Le ministère doit être conicnl; M. Thiers, surtout, qui a présidé à la fabrication de ce magnifique instrument constitutionnel. Je me plais à penser qu'une telle gloire la console assez des démentis du républicain M. Desjobert. . , Quelles turpitudes, mon cher ami, que celles du temps où nous vivons! que cela donnerait envie de chercher loin, bien loin, sur quelque petit coin inconnu du globe, un asile où finir ses jours, à l'abri de tout contact avec cette pourriture sociale? Mais où aller? Tiitio il mondo è fatto corne la nostra famiglia. Restons donc, et aimons-nous toujours : une amitié telle que la vôtre est une consolation dont n'approchera jamais aucune de celles de M. Thiers.
' Les plus ardentes. — Le mot anglais n'a pas son équivalent cxac dans notre langue. Fiévreux en serait la traduction la plus approximative, n'était qu'il implique une iilée de maladie, et que l'expression anglaise indique, au contraire, une effervescence de sang \.rcs-con\\)ahh\e avec la santé la plus llorissante.
^ La Chambre des députés fut dissoute le lendemain même de la session de ISÔi, c'est-à-dire le '25 mai. Les collèges électoraux furent convoqués pour le 21 juin. L'ouverture de la session de IS53 eut lieu le 51 juillet, La vérification des pouvoirs donna effectivement lieu à d'assez vifs débals, où les partis eurent occasion de se dessiner. Tels furent ceux que souleva l'élection de M. Cbailes Comte, et celle de M. Dintrans (des Hautes-Pyrénées), contestée au nom de son concurrent, M. Bureaux de Pusy. On regarda l'adn)ission du premier, candidat ministériel, comme entachée d'une flagrante injustice, et donnant la mesure de l'appui quand même que la majorité ministérielle entendait prêter au cabinet. Il en fut de mémo pour les conflits élevés entre MM. Drault et Martincau, le général Merlin et Taillandier, l'c- Icction de M. Duchàlel à Marcnnes, etc.