‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 190 sur 238 · A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

La Chênaie, le 28 août 1834.

Je n'ai point vu, mon cher ami, l'œuvre dont vous me parlez, et je ne me sens, en vérité, aucun désir de la voir, quelque merveilleuse que puisse être celle éloquence collective que vous peignez si bien -. Votre homme ressemble admira-

* Lettre supprimée : — A M. de Potter, la Chênaie, 26 août 185i.

- Il s'aj^il d'un Mamlement de l'Archevêque de Toulouse, Mgr d'Aslros, qui paraissait vouloir conlinuer, à l'égard de Lameiuiais, les hostilités de iMgr de Clermont-Tonnene. Il aspirait à être cardinal, el ceci lui semblait le chemin le plus direct vers la bienheureuse barellc. Là-dessus les lettres de M. de Coriolis ne laissent aucun doute : — « Vous n'en cics pas, écrit-il le 19 août, à connaître le Mandement de Monseigneur Paul, Thérèse, David d'Aslros. Il ne montre à votre égard, du premier de ses patrons, que son zèle envers saint Étioime ; il n'est pas précisément aus>i tendre que la sainte d'Avila, ni tout à l'ail aussi sublime que le Roi-Prophète, — un saint, au de-

blemont à co bon M. Guillaimie qui inventait de si belles conteurs avec son teinturier '. (Juanl à ce qu'on écrit de W., et dont je vous remercie de m'avoir donné avis \ on doit en conclure (jue l(îs choses resteront au point où «'Iles sont, et c'est déjà bien assez. Ce que j'ai appris, par une autre voie, s'accorde paiiaitenient avec ce que vous nie mandez. Il paraîtrait mêmi; (|ue plusieurs personnages très-graves commenceraient à s'ellrayer de la direction qu'on a prise, et à prévoir les conséquences qui peuvent en résulter : de fortes représentations auraient dû être laites, à cet égard, dans une des dernières Congrégations des cardinaux, où l'on aurait dit, « qu'il était temps de laisser les peuples démêler leurs querelles avec les Rois, sans y faire intervenir la Religion; » mais comment s'arrêter dans la voie où Ton est entré? Ceci est bien difficile. Au reste, les événements feront plus que les hommes, et les événements se hâtent partout. Tempvs festinat adesse. Tout fermente et s'agite, depuis les montagnes de Syrie jusqu'aux marécages d'Irlande. Je doute vraiment que M. d'Âstros, soit qu'il reste grandeur, soit qu'il devienne éminencey parvienne à suspendre, même un seul instant, ce travail de l'humanité.

meurant. Ce Mandement, où l'on ajouté avec l'Encyclique , est la pénible

éhicubralion, pour la lhéoIo|;ie, d'un M. Yicusse, professant le dogme au séminaire diocésain, et, pour la rélhorique, d'un sieur Delpech, professeur de code civil. »

* il. PATELIN. — Parbleu! la couleur de ce drap fait plaisir à la vue. M. GuiLiAUME. — Jc le crois. C'est couleur de marron.

M. PMELiN.— De marron? que cela est beau!... Gage, monsieur Guillaume, que vous avez imaginé cette couleur-là.

M. GUILLAUME. — Oui, oui... uvec mon teinturier.

JJ Avocat Patelin, acte 1", se. YI.

* L'arclievéque est en tournée, en ce moment à Polignan. Ses a dépècbcs du Nonce, \> qu'on est autorisé à ouvrir, portcnt^cn substance : a — Le Saint- Père ne déclarera pas M. de L. M. un iiérétiqiie, bien qu'il pCil le mériter, pour deux raisons ca|)ilales : — La première est qu'on ne veut pas pousser à bout un génie aussi redoutable et aussi précieux pour l'Église; — laulre, qui pourrait être la première, c'est qu'autrement on prévoit un scbisme. » Ceci est sur. Tirez-en les conséquences. Je suis bien informé, et avant M. Paul Tbérèse, à qui, de son Mandement, napparlioiit que la signature, ce qui ne l'empérbera probablement pus de signer incessamment : le cardinal (t'Astros, etc., etc. — M. deCoriolisà Lamennais. Même lettre, Toulouse, 19 août.

Il est vrai qu'au moment où l'on imprimait mon dernier ouvrage, je lus à.M. de V. le passage en question S que je n'ai, du reste, communiqué à nul autre, et qui aurait dû, de sa part au moins, demeurer secret : je vous l'aurais également lu, mon cher ami, trés-volontiers, parce que j'aurais été parfaitement sûr de votre discrétion ; personne n'en a de copie, et je n'en puis donner à personne, car le manuscrit est à Paris : vous n'y perdez pas, après tout, grand chose; et ces quelques hgnes n'ont rien qui mérite de vous ni un désir ni un regret. Je suis fort de votre avis sur la Chambre, et le public, je crois, en est aussi ; je ne vois pas, en effet, qu'il s'occupe beaucoup de ce qu'elle peut dire et faire ; on y parle pour qu'on vous dise : « Vous avez bien parlé, » et puis voilà tout : rUni qui éclaire, rien qui émeuve, rien qui ait vie et remue profondément les âmes ; chacun ne se soucie que de soi : ce n'est pas un champ de bataille où l'on combatte pour une cause grande et généreuse, mais une salle d'armes où l'on s'escrime pour faire briller sa force personnelle et son adresse. Misère et honte que tout cela! Et puis, excepté ceux qui avouent franchement qu'il s'agit pour eux d'argent et de places, tous sont là dans une position exceptionnelle et fausse. Le légitimiste ne peut dire hautement : (( Ce que je veux, c'est Henri V; » le républicain ne- peut demander la République : aucune parole n'exprime aucune pensée réelle : quel intérêt pourrait-on prendre à cette lâche et stupide fiction? C'est ailleurs que l'avenir se fait, et fort heureusement, sans quoi la France tomberait législativement dans un véritable idiotisme. Vous contribuerez, mon cher ami, pour votre bonne part, à l'en préserver, ce qui n'est peut-être pas le moyen le plus sûr d'être bien avec votre archevêque ; mais vous vous en consolerez, n'est-ce pas? Tout à vous de cœur-.

1 Vous devriez liien me confier ce qui, dans votre manuscrit des Paroles,

occupait les lignes de points de l'imprimé, et dont m'a parlé notre ami V

— M. de CorioJis à Lamennais, même lettre.

- Lettre supprimée : — A M""' la baronne de Vaux. La Chênaie, 50 août 1834.

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