‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 191 sur 238 · AU M II ME · texte numérisé non relu

AU M II ME

La Chênaie, 22 septembre lb34.

« On écrit fortement, mais on veut mollem«;nt. » Vous avez (lit là, mon ami, une parole bien vraie. La volonté est usée en nous, ou terriblement fatignéo, au moins. La France ressemble à une femme percluse qui n'a plus de mouvement que dans la langue : cela ne diu'cra pourliuit pas toujours ; car il en est des peuples comme de l'homme; il y a une voix qui leur crie : Maj'che! et chacun va où il doit aller. Pendant que nous nous reposons, d'autres avancent. Voyez l'Espagne; elle ne paraît pas disposée à s'arrêter, et la diplomatie aura fort à faire pour la maintenir dans l'état de quiétude monarchique où elle la voudrait. Trois noms seulement la séparent de la Répubhque, Carlos, Isabella et Francisco de Paula; chacun à part, et tous ensemble, ne forment, en vérité, qu'une bien triste barrière contre l'esprit de changement et de réforme qui remue cette ardente population. Ce que j'ignore, et voudrais savoir, c'est l'opinion de la masse du clergé : à quel parti appartient-il? quelle est sa puissance sur le peuple ^? En considérant ce qui se passe, le peu d'appui que don Carlos a trouvé jusqu'à présent, j'inclinerais à croire ou que le clergé lient peu à l'ancien régime, ou qu'il n'a pas, à beaucoup près, l'influence qu'on lui attribue; vous devez être, à Toulouse, mieux instruit qu'ailleurs de l'état véritable de ce pays, si difficile à connaître : s'il peut éviter, en se reconstituant, les désordres et les maux qui naissent des passions violentes, son exemple pourra être d'une

' M. de Coriolis répondu celte question, le 19 novembre : a — Hélas ! que vous dire de cette triste monarchie? Comme toutes ses sœurs aînées ou piiînec!

temps h

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bien, telle que chez nous. Force Espagnols de la vieille roche vous diront . « Don Carlos est notre Louis-Philippe. » On se bat, on s'extermine, et l'on s'entend un peu moins après cha(|ue extermination. Telle es^t, en ce moment, armis virisque nobilis Hispania de Florus. »

lécs, elle suit sa pente inéluctable. Elle va Dieu seul sait où. Voilà pour /<'s emps. Au regard du temps, s'il faut détailler, le haut clergé se divise sur

la question defarnillc; les moines, puissance réelle, tiennent ^owv Carlos.

En ce pays, la question de légitimité n'est pas, il iaut qu'on se le persuade

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utilité extrême à l'Europe ; malheureusement, je l'espère peu.

Je souhaiterais qne vous profitassiez de votre séjour à Paris, l'hiver prochain, pour faire imprimer ce que vous avez écrit sur la politique. La parole d'un honnête homme qui regarde de haut et qui dit ce qu'il voit, produit toujours son effet : on a grand besoin, aujourd'hui, de cette parole franche et indépendante; je doute fort que celle de M. d'A. puisse la suppléer. Comptez sur ma discrétion, au sujet de ce que vous me mandez, toucl\ant le succès local de son éloquence ^ Quel que soit, au reste, le jugement que le public porte de son œuvre, je suis très-persuadé qu'il ne demande pas mieux que d'e^i rougir^.

Nous avons ici une sécheresse vraiment désolante : depuis près de trois mois, tous les moulins sont arrêtés ; on ne sait où abreuver les animaux ni comment les nourrir; pas un brin d'herbe dans les champs; joignez à cela des épidémies de dyssenterie et de cholérine ; il en résulte pour ce pauvre pays un ensemble de circonstances qui sont loin d'être gaies. Par bonheur, la disette n'est pas à craindre; la récolte n'est même que trop abondante, car le bas prix du grain ruine les fermiers. Tandis que nous mourons de soif dans nos climats humides, les journaux parlent d'inondations extraordinaires dans votre Midi. La nature capricieuse vous noie avec l'eau qui nous manque; elle vous envoie nos nuages et nous donne votre soleil.

Vous rencontrerez, à Paris, notre ami V.; il doit y passer l'hiver; et puis, au printemps, son projet est d'aller à Tournon, où il vient de perdre une vieille tante, fort bonne et fort aimable, et qui a laissé sa fortune au second des fils de M. de V.; de Tournon, il ira chez lui, pour revenir de nouveau, je pense, après la belle saison, à Paris. Pour moi, je resterai dans ma

* Mgr d'Astros. — « L'Avenir religieux n'a dit que vrai lorsqu'il a rapporté que le MandernenL de Mgr d'Astros, affiché à la porte de la paroisse Saint-Jérôme, a été trouvé, le matin, croisé de deux bandes noires, avec ces mots au-dessus: Gloire à l'abbé de Lamennais! Dès ce maiin-là même, j'en ai été informé par une personne qui, sans partager toutes vos opinions, est dévouée à voire cause, mais que sa position doit rendre à ce point circonspecte, qu'il ne faudrait pas qu'on soupçonnât, même, d'où me viennent mes documents. » — M. de CorioUs à Lamennais. Toulouse, G septembre 1854.

- Allusion à la barettc et à la pourpre.

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solitude, à moins que des événements, que je ne prévois pas, ne me forcent iW^n sortir. Je suis très-las de la vie du monde, que je n*ai guère aimée jinriais; et |)uis, ma santé se trouve bien de ce séjour, le seul, (i(; plus, où j'aie le loisir nécessaire pour travailler; ainsi tout concourt à m'y retenir : il me deviendrait bien plus doux encore si j'avais, mon ami, l'espérance de vous y recevoir; j'aiiiiei-ais à vous rediie, dans nos hois, combien je vous vénère, combien je vous suis tendrement dévoué'.

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