A M. LE COMTE DE SENFFT
Le 25 juillet 1829.
Je suis tellement faible de corps, mon bien cher ami, et tellement affaissé par mille chagrins, qu'il me faut faire de grands efforts pour tirer quelque chose, non de mon cœur, qui s'en va toujours naturellement vers vous, mais de ma pauvre tête toute remplie de soucis et- de pensées amères. Cependant, je ne veux pas tarder à vous répondre sur les communications que vous m'avez faites. Après y avoir réfléchi de mon mieux, voici à quoi mon esprit s'est arrêté.
1" Je ne crois pas convenable de parler à R..., à qui sa position personnelle, d'après ce que je sais positivement et de lui-même, ne permettrait pas d'entrer dans cette affaire, et qui ne pourrait, en aucune façon, aider au succès.
2' On chercherait en vain des capitalistes qui se prêtassent à ce que l'on désire, dans un moment où l'argent est rare, où presque toutes les branches du connnerce souffrent, et où il existe une extrême défiance qui offre, par sa nature, quelque chose de hasardeux.
3" Je ne laisse pas, cependant, de trouver votre plan trés-bon;
* Guillaume de VitroUes, qui devait eucore, l'annce suivante, se faire remarquer au dcbarquerucut de l'aruiée française devant Alger.
* C'est toujours de Malestroil qu'il s'agit.
mais ce serait, selon moi, aux créanciers mémos qu'il faudrait s'adresser, parce qu'ils ont un intérêt visible à l'adopter, qu'ils y trouvent une garantie et des avantages nouveaux, et que, d'un autre côté, ils devront être beaucoup plus faciles sur les conditions. L'arrangement proposé, ou un autre semblable, assure autant que possible le remboursement de leurs créances, compense, par des bénéfices éventuels, les risques qu'on ne peut leur éviter, en même temps qu'il tranquilliserait pleinement la délicatesse du débiteur. Voilà, mon cher ami, mon opinion que je vous soumets.
Dés que je serai un peu plus à moi, je répondrai au bon P. Manara ; veuillez, en attendant, lui dire combien je l'aime, et combien sa lettre m'a fait de plaisir. Je suis enchanté de l'élection du P. R. ^ Je crois qu'il fera tout le bien qu'il est possible de faire: c'est tout autant, et plus même, qu'on en peut demander aux hommes.
Je viens de recevoir des notes du P. Sab.; je les ai parcourues rapidement : il me semble que vous les avez on ne peut pas mieux jugées. Il y a aujourd'hui, dans une certaine classe d'hommes, une difficulté effrayante de comprendre les choses les plus simples.
N'êtes-vous pas bien content du Hvre de l'abbé G ?M. de
Donald en est ravi, mais je ne jurerais pas qu'il en fût de même partout.
Tout à vous, cher ami, du fond de mon cœur.