A M. LE COMTE DE SrîNFFT
Lo 6 février 1829.
.l'ai reçu, mon excellent ami, votre aimable lettre du 24 janvier, et le billet du 28, auquel élait joint un mandat, sur Paris, de 50 francs. Je vous prie de remercier pour moi la marquise Violenline de l'intérêt qu'elle veut bien continuer de prendre à l'œuvre catbolique. Dieu bénira son zèle sur la terre, et le récompensera plus baut. La santé de l'abbé G. est très-mauvaise, et la mienne fort affaiblie. Cependant tout marcbe, et j'espère beaucoup pour l'avenir. On pouriait tirer grand parli de l'Association catbolique; malheureusement elle
* « M. de l'olignac ministre! s'écriaient les journaux lorsqu'on apprit que le Roi venait de niandi-r auprès de lui le représentant de la France en An- ^Meterre... M. de Polignac est quelque chose de plus cl de pire que M. de Yillèle. » Quant au ministère, il était pai tagé. MM. de Martignac et lloy acceptaient ce collègue, qui pouvait leur donner un lien personnel avec le monarque. Les autres membres du cabinet, animés par M. llyde de ^^euville et souteniis par l'opinion, résistaient, au conlraiie, et finirent par remporter. M. de l'olij^nac repartit pour Londres, le 15 février, après avoir lait devant la Cbauibre des pairs une éulatanle profession de loi conslitulionntlle, mais laissant derrière lui, réioncihés par ses soins et paitailemenl unis, le parti clérical, dirigé par M. de Viilèle, et la petite fraction ultra-monarchique qui obéissait à 31. de la Bourdonnaie.
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est mal conduite, et je crains bien qu'on ne finisse, à force de gaucheries, par briser cet instrument. J'ai personnellement peu à me louer de la Direction ^
J'espère que vous recevrez mon ouvrage peu de temps après coite lettre : on a mis beaucoup de lenteur dans l'impression. Pour venir à propos, j'aurais dû paraître quinze jours ou trois semaines plus tôt Je penche à croire qu'on ne m'inquiétera pas. Le ministère est trop chancelant pour s'embarrasser dans une querelle qui ne lui serait bonne à rien; cependant tout est possible, dans les temps où nous vivons.
Vous avez vu comment le ministère Polignac est tombé avant de naître. Cette nouvelle preuve d'impuissance royale montre où nous en sommes. Au fond, je ne pense pas que l'entrée de M. de Polignac dans le conseil eût rien changea l'état des choses; elle aurait, an contraire, servi de prétexte à des violences dont l'effet certain eut été de hâter la dernière crise. Ce ne sont point les hommes qui nous sauveront, et, dans aucune hypothèse, le salut n'est possible en ce moment. Jusqu'ici, les révolutionnaires ont tout emporté dans la Chambre, moins encore par le nombre que par celte force secrète, résultat de l'état moral des peuples, et qui soutient ou ruine les empires. Toute prévoyance qui ne sera pas fondée sur l'appréciation de ces effets nécessaires, trompera toujours. Je crois avoir dit dans mon dernier livre des choses utiles sous ce point de vue. Il y a quelque chose de bien triste à penser, et néanmoins de bien vrai. Les gouvernements ressemblent à un homme qui a perdu son équilibre, et qui ne peut le reprendre s'il ne tombe auparavant. Je ne vois pas comment ils pourraient aujourd'hui se mettre en harmonie avec TKglise : invincibles, connue Antée, tandis qu'ils touchaient leur mère, l'Hercule révolutionnaire les a soulevés elles étouffe en l'air.
Dites, je vous prie, à la comtesse Louise, combien je me réjouis de sa meilleure santé; j'espère que le printemps réta-
' Les leUres de M. ^V;^ille à Lamennais renferment, à cet égard, les (t('lails les plus curieux. Nous en avons donné quelques extraits dans les Notes et Souvenirs placés en lèle do celle Correspondance.
DK LAMENNAIS, il
blira colle do M'"" (h; Soiifft. L'aniiéo dernière a été terrible pai'tout, et nous nous en ressentons pnrloiit.
Veuillez faire agréer mes reiner(;ienienls et nries tendres honininges au bon marquis d'AzcgIio. L' Analyse de Paraveif, par rabl)é Ilossi, est un morceau très-remarquable; il a rendu intelligible ce (jui semblait comme impossible à débrouiller. La Défense, du professeur Leoni, est d'une grande netteté et d'une grande foice. Il est bien à désirer que de pareils lionimes senmiliplient en Italie : ils avanceraient singulièrement l'œuvre de la régénération sociale.
Je vous félicite de la nomination de l'abbé Ghizzi. Plût à Dieu que la Suisse fût aussi bien pourvue! Quand R ^.. se réveillera, ce sera le moment de la résurrection du monde; mais rien n'annonce encore que ce moment soit prochain. Il y a des temps de sommeil, comme celui de Jésus-Christ sur sa barque; et puis, tout d'mi coup: Imperavit ventis et fluctibiis, et facta est trajiqiiillitas magna !
En attendant, résignation, patience et paix au sein de la tempête. Tout à vous bien tendrement, mon cher, si cher ami.