‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 30 sur 238 · A L V MIJIE · texte numérisé non relu

A L V MIJIE

Le 11 août 1829.

Voilà bien des contradictions coup sur coup, et, là-dessus, j'admire comme, dans les moindres choses. Dieu nous fait voir que rien ne dépend de nous, el que toutes nos prévoyances ne sauraient seulement arranger d'une manière un peu sûre un voyage de quelques jours ^ Et puis, allez réfor-

* Ceci fait sans doute allusion au voyage projeté dans les montagnes de

IJK LAMKNNAIS. t9

liinr le monde, redresser les Élals, rétablir la société; faites des plans, creusez-vous la tète, perdez le boire et le manger, et le sommeil aussi, et la paix, pour la rendrt; au ^a'ure humain! L]u vérité, les hommes sont bien fous et bien misérables. Voilà tout ce que je sais.

Si fait, je sais encore qu'on ne saurait se procurer, eu France, la Lettre encyclique du Pape, attendu qu'à pas un de ceux qui peuvent l'avoir entre les mains il n'a pris fantaisie • de la faire imprimer, (^ar, lorsqu'on parle du conseil d'État, c'est une vraie niaiserie. Le conseil d'État peut trouver cette lettre bonne ou mauvaise, comme il lui plaira ; il peut croire ou ne pas croire, admettre ou rejeter les doctrines qu'elle renferme, ce qui n'importe guère à qui que ce soit ; uiais il n'est personne qui n'ait le droit légal de la rendre publique par l'impression. Quand donc voudra-t-ou comprendre cela? Les journaux du libéralisme l'ont dit eux-mêmes. Ils ne reviennent pas de ce que l'Église se laisse bâillonner de la sorte. - Mais tout est contradiction, faiblesse, bêtise, lâcheté, dans le temps où nous vivons.

On continue de parler d'un changement de ministère, et l'on continue aussi de nommer M. de Pohgnac. Dieu soit béni! Nous serons sauvés pour la dixième fois ; du moins y a-t-il de bonnes gens qui le pensent, si pensée y a. Je ne les en blâme pas. Ces sortes d'espérances sont excellentes pour la santé. On soupe mieux et plus joyeusement, en s'entretenant des merveilles qu'on va voir: le trône affermi, la religion florissante, les emplois donnés aux bons royalistes, aux royalistes purs, comme on dit; cela rafraîchit, on dort tranquille, on se réveille content. Cette béatitude dure autant qu'elle peut, mais c'est toujours autant de gagné. Vive donc M. de Polignac!

J'envoie à l'abbé G..., qui est à Paris pour cinq ou six semaines, la feuille où vous jugez son bel ouvrage avec tant d'élévation de pensée et de sentiment. Rien ne le flattera plus que celte magnifujue approbation.

Il me tarde d'apprendre qu'on a donné un successeur à,

Pignerol (voyez la lettre précédente); — voyage que des circonstances avaient empêché.

M. Daiser, car il me semble que, jusque-là, M. de Seiifft trouvera difficilement quelque repos. Le roi devrait faire de Gênes sa capitale ; là au moins vous auriez un peu de cette brise de mer qui raffermit la fibre, et près du rivage une maison de campagne, et, devant, les flots dont le bruit et le mouvement bercent comme un rêve.

Vous ne m'avez rien dit depuis longtemps de la santé de la comtesse Louise; j'aime à conclure de votre silence qu'elle se fortifie de plus en plus.

Mille hommages et mille respects.

Page 1