‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 37 sur 238 · A M. I.E MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. I.E MARQUIS DE CORIOLIS

A la Chênaie, le 14 septembre 1829.

Vous avez, comme toujours, mille fois raison, monsieur le marquis; tîHste est le mot qui revient sans cesse, véritable fond du langage humain, comme de la vie humaine. Je viens ' de recevoir une lettre de notre ami'; elle est datée de Livourne, « où l'on m'a, me dit-il, amené hier au soir, lorsque tous les derniers devoirs ont été rendus à ce qu'on appelle, à Florence, les reliques de la sainte. » Oh ! qu'on a grand besoin, pour soutenir de pareilles pertes, de toutes les espérances de la foi, et que l'âme alors saisit avidement celte parole .qui semble déjà ranimer le sépulcre : Evigilabiint! Veuillez, je vous prie, assurer M"'^ de Vitrolles de la part que je prends à sa douleur; elle sait, grâce à Dieu, ce que tous ne savent pas, où trouver la vraie, la seule consolation. A ceux qui l'ignorent, il n'y a rien à dire.

Le mouvement qu'avait produit parmi les libéraux la formation du nouveau ministère commence à se calmer, sans que l'opposition soit moins forte; seulement la crainte a diminué. On le croit impuissant à exécutei' les desseins qu'il pouvait avoir conçus; de sorte que, peu à peu, la haine s'en va se per-

* M. de Vitrolles. — ^ « C'est le dimanche, 23 de ce mois, à sept heures cl demie du soir, que cette belle àme s'est séparée de ses pénibles entraves. Dieu et moi avons seuls été témoins de ces derniers et terribles moments, et ses derniers regards se sont lixés sur moi. » — M. de Vitrolles à iMinennais, Livourne, 28 août 1829.

dre clans le mépris. Pour les royalistes (si ce mot signifie aujourd'hui quelqu'un ou quelque chose), je ne vois en eux que de l'apathie et une profonde indifférence. Les petites espérances qui s'efforçaient de poindre se sont tout d'un coup arrêtées. Les hommes même qui pouvaient encore, dans leur incapacité de prévoir, être échauffés par quelque illusion et fournir l'apparence d'une force, sont restés ou tomhés dans la froideur, parce qu'on n'a rien fait, parce qu'on n'a rien dit, et que !e silence ne donne ni direction ni impulsion. M. le duc d'Havre S passant un jour en revue sa compagnie, la louait fort sur ï immobilité, qui était, disait-il, le plus beau mouvement de ï exercice, k ce compte, il doit être satisfait du ministère. M. de la Bourdonnaie a trop de lumières, de cœur et d'esprit, pour ne pas souffrir de ce beau mouvement-Va, et pour moi, quoi qu'il puisse penser, je ne serais pas, à ce qu'il me semble, assez spéculatif ^our m'en contenter. Du reste, je lui rends, et avec joie, une pleine justice, en jugeant par ce qui se fait, ou plutôt par ce qui ne se fait pas, que son influence est loin de prédominer dans le conseils

11 y a eu presque toujours à la Quotidienne des divergences fâcheuses, qui tiennent à la corruption de ce temps-ci; deux de ses rédacteurs, sous le dernier ministère, appartenaient secrètement à M. de Martignac : cela explique beaucoup de choses, sans justifier toul. Je ne sais pas ce que M. de

C va nous expliquer dans les Débats, mais il faut que

ce soit quelque chose d'important, si, comme on l'assure, ce journal lui donne 70,000 francs pour cela. Je plains bien sin-

* Capitaine aux gardes du corps.

- « Charles X, dit M. de Vaulabelle, espérait trouver dans M. de la Bourdonnaie le bras qui dompterait la Révolution, la lèle dont les conceptions consolideraient le trône... Ce prince prenait l'apparence pour la réalité. Le chef de l'ancienne droite manquait de force; il n'était que violent. La faculté de parler facilement, l'art de discourir sur toute chose, avaient annulé chez lui la faculté d'agir, et il devait offrir, à son tour, l'exemple d'une incontestable puissance de tribune unie à l'impuissance la plus absolue dans la conduite du gouverneiiicnt et le maniement des affaires publiques. » — Ilist. des deux Restaurations, t. VIII, p. Gl et suivantes. — M. delà Bourdonnaie qu'illa le ministère le jour où M. de Polignac prit la présidence du Conseil, c'esl-à-dire le 18 novembre 1820.

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rèromonl œvidllanl pauvre et dé.sinléressc, ainsi que l'appelle le (ibbe. Ce qui inoiilre riioiniiie sous un certain jour m'afflige toujours profondément. Mais il y a, grAce à Dieu, des compensations, et, si bas qu'il soit d(^scendu, notre siècle offre encore des exemples d'un beau talent uni à la fermctc^des piincipes et à la noljlesse du caractère ; ce (jui m'amène naturellement à vous redire, monsieur le marquis, combien je vous respecte, combien je vous aime, et combien je vous suis dévoué.

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