A MADAME LA COMTESSE DE SE.NFFT
Le 30 novembre 1829.
J'ai reçu, il y a deux jours, votre si intéressante lettre du 10 novembre. Quelque triste que soit votre manière de voir,
* Allusion à la nomination toute récenle de M. de Polignnc comme président du Con eil. I*our les mollis cjui la déterminèrent, voir les Études histou. 0
je la -partage sur tou^i les points, et je ne prévois, comme vous, que des événements de plus en plus douloureux. Ce monde est condamné, et trop justement condamné. Si la société doit renaître, ce ne sera qu'après le supplice. Il faut bien en prendre son parti, car nos plaintes, nos murmures, ne changeront pas les décrets divins ni les lois éternelles de la Providence. Que ce qui doit aller à la mort aille à la mort; que ce qui doit tomber sous le glaive tombe sous le glaive ! nous pouvons le dire, puisqu'un prophète le disait, il y a prés de trois mille ans.
Vous avezYU,dans les journaux, le départ delaBourdonnaie : il est sorti, en homme d'esprit, avant d'être chassé K Personne ne croit que les autres tiennent devant les Chambres; du moins ils ne tiendront pas longtemps. Jamais on ne \it si grande pitié. Ils sont là, demandant grâce : « Laissez-nous, et nous ne ferons rien; nous vous en donnons notre parole d'honneur. » La crainte et la rage qui avaient éclaté au premier instant se sont changées en un mépris auquel jamais il n'y eut rien de semblable. Et cependant la Révolution s'est organisée publiquement; elle a formé ses cadres par ses Associations provinciales, prêtes désormais à s'armer au premier signal. On traîne dans la boue la plus sale et le prince et ses ministres; on gronde, on menace, on parle en maître. Voilà où nous en sommes, et ce qu'a produit le dernier effort de la volonté royale. L'Espagne n'est guère mieux, si elle est mieux : un roi circonvenu, dominé par ceux qui l'ont déjà renversé
riques el poliliques du princii)al promolciir dos Ordonnances de juillet. — Voici au surplus un fragment de la lellre à laquelle répondait Lamennais: « L'el'fort de la volonté royale s'est épuisé à ramasser çà et là quelques noms propres. Quant aux choses, personne n'y a pensé. On serait même tout près de savoir mauvais gré à ceux qui voudraient qu'on y pensât. Il est plus commode de se nourrir d'illusions, et, l'aule de flatteurs, on se flatte soi-même. » — M de Vitrolles à Lamennais, Paris, 14 novembre 1829.
* M. de la Rourdonnaie, sorti du cabinet par suite de l'irritation quy jetaient ses prétentions allières, ses tracasseries incommodes, son manque absolu d'initiative, ne fit preuve d'esprit, en celle circonstance, qu'en décochant à ses ex-collègues un mot cruel, mais sans loyauté : — Il s'agissait de jouer ma tête, dit-il, fai voulu tenir les caries. Au moment où il tenait ce langage, le coup d Etat de 1830, s'il était au fond de la situation, y était encore à l'insu de M. de Polianac et de ses collèi^ues.
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unn fois; point do finances, point de lois, point d'ndmim'stration; le peuple mécontent. I,à aussi couve une grande catastrophe, dont le contre-coup se fera ressentir en Italie. Ft, tandis que le mal développe une puissance d'action si prodigieuse, tout dort pour le bien, tout bâille, tout se tait : Date mi la chocolat a * /
Voici ma réponse au bon 1*. Manara; veuillez la lire, afin que vous sachiez tout ce qui se passe de ce côté. Je n'aurai pas au moins, quoi qu'il arrive, à me reprocher d'avoir manqué de franchise et d'ingénuité. Mon désir le plus ardent serait qu'il n'y eût qu'une seule pensée, un seul effort, pour soulever le monde au-dessus de l'abîme où il va s'enfonçant chaque jour.