G. - A MADAME LA COMTESSE DE SE.NFFT
Le 28 février 1829.
Oh! oui, la mort de Léon Xll est une immense calamité; je ressens sa perte jusqu'au fond de mon cœur. Cependant, souffrez que je le dise, je ne saurais regretter le bonheur et la paix que j'aurais sans doute trouvés près de lui. L'idée beaucoup trop haute que vous vous faites de l'influence que j'aurais pu exercer, vient d'un sentiment de bienveillance qui me touche profondément, mais qui ne doit pas me faire illusion sur mon insuffisance trop réelle. Dieu me voulait ici, je le crois toujours plus. Travailler à défendre la Vérité qu'on attaque ou qu'on méconnaît, et souffrir pour elle, voilà mon lot. Vous avez aussi vos souffrances, hélas! et bien cruelles et bien nombreuses assurément; mais qu'attendre autre chose sur la terre? Toute créature gémit, dit saint Paul. Je plains le baron Daiser, je plains cette jeune fille qui vient du fond de l'Allemagne tomber malade à Turin, je vous plains du surcroit de peines qui en résulte pour vous, et je lève les yeux au ciel en le suppliant de vous donner la foice de bien porter ces croix dont la récompense sera si belle. Que ne m'est-il donné de les adoucir! L'homme sent surtout son impuissance; toute son àme voudrait verser quelque douceur dans celle des personnes qu'il aime, et elle ne le peut pas.
Je vous envoie la copie d'une lettre de L..., qui vous fera connaître à peu près l'état des esprits par rapport à mon ouvrage, que vous devez avoir lu maintenant. Les gens qui entendent et qui approuvent sont plus nombreux que ne pourrait le faire croire ce que dit L...; m.ais il est sûr qu'il y a une opposition furieuse. L'archevêque de Paris vient de m'attaquer dans un Mandenient ; il ne leiit pas osé si le Pape vivait encore; d'autres évêques imiteront sans doute cet exemple du prélat de cour, et pas un ne parlera dans un sens contraire ; c'est poiu'quoi je parlerai, moi.
L'extrait suivant d'une lettre de Cottu vous donnera, sous
d'aulres rapports, uiio idée do l'effet que [)rodiiit ce nriallu'ureiix livre: « Knfin, j'ai pu lire votre ouvrage que j'attendais, « depuis près d'un mois, avec la plus vive iiupalience. Com- « irient se peut- il donc, d'après les propositions hardies qu'il (( contient, que Herryer ait [)u vous engaj,^er à en su[)prirner « quelques passa^œs? et que devaient donc être ces passages, « si l'on en juge par ceux que vous avez conservés? Il n'y a que « vous au monde (jui pouviez présenter une doctrine aussi « absolue et aussi extraordinaire dans les circonstances où nous « nous trouvons. Tout le monde est émerveillé de votre style « et de votre immense talent; mais on no peut croire que ce h qu'on lit soit un livre de ce temps-ci. » Je vous demande pardon de transcrire ce qui m'est trop favorable, mais cela vons est nécessaire pour juger. Parmi les souverains, je ne connais guère que Mahmoud qui me comprendrait, grâce sans doute à M"'' Dubuc, (jui a du Breton dans la tête ^
Adieu. Il y a huit heures que j'écris, et je tombe de fatigue.