‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 6 sur 238 · A M. LE COMTE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SENFFT

Le !•' nurs 1829.

Je reçois, cher ami, votre aimable billet du 18. Comme je sais que vous serez bien aise de savoir tout ce qui se passe relativement à mon Hvre,je vais vous transcrire quelques passages d'une lettre que je reçois de Paris.

« Quel effet, monsieur l'abbé, a produit votre dernier ou- « vrage! Le corps diplomatique assemblé pour demander à i( chaque cour la provocation de la condamnation en cour de « Rome; les évoques accourant à Paris, comme si le feu était à « leurs diocèses; l'archevêque de Paris fulminant; les autres (( s'apprêlant à le faire; le Nonce lui même effrayé; les Jésuites « et leurs amis humiliés et mécontents, et renonçant, par « dépit, à ce qu'ils avaient jusqu'ici ado[)lô de sens corn-

* Allusion loulo conlemporaine dont le sens nous échappe, faule de savoir qui était M"° Dubuo.

2a CORRESPONDA^'CE

« mun, etc., etc. Cependant la révolution continue sa (( marche; on chasse les capucins de Marseille; on demande « aux Chambres le renvoi des congrégations d'hommes jusce qu'ici regardées comme légalement autorisées ; on veut que

« les J quittent le royaume; M^"" Feutrier permet aux

i{ évêques de prier pour le F^ape : est-ce assez d'insultes, de « persécutions d'une part, et de servitude de l'autre ^? » M. de Piobiano m'écrit des choses fort encourageantes ; il

regrette seulement ce que j'ai dit des J ^ : j'avais lu ce

passage, avant l'improssion, à un J même, qui juge fort

bien son Ordre; il l'approuva complètement, et m'engagea beaucoup à n'y rien changer. Ma conscience, d'ailleurs, m'obligeait de parler ainsi. Je n'ai jamais été plus persuadé qu'avec d'admirables vertus dans un grand nombre, ils ne peuvent faire que trés-peu de bien, et feront nécessairement beaucoup de mal. L'ambition de dominer, l'inlrigue et la fausseté, toutes choses mortelles maintenant à la Religion, sont inhérentes à ce Corps. Je le dis, je vous assure, sans l'ombre de prévention et avec un profond regret. On vantait leur éducation; voici ce (jue m'écrit, à ce sujet, un trés-bon prêtre que vous connaissez'' : « La plupart de nos élèves sortent des maisons des

« J ; nous avons été à même d'apprécier l'éducation qu'on

« y recevait; j'aurais beaucoup à vous dire là-dessus. En '( somme, excepté Sainte-Anne et Mont morillon, je crois que « tout le reste étaient d'assez mauvais collèges : des habitudes « de piété, mais du reste nulle véritable connaissance de la (( Rehgion; point d'esprit même du christianisme; et, avec *( cela, des études excessivement faibles, aucune habitude du « travail. Voilà, entre nous, ce qu'étaient la plupart des col-

« léges des J L'abbé de Se.*, qui les juge plus sévére-

« ment que moi, est très-convaincu que le coup qui les a « frappés est une punition très-juste de Dieu. »

' Extrait d'une lettre de M. Wadie à Lamennais.

- L'Editeur de ces lettres a connu, au petit séminaire de Bordeaux, un père Jt'suite appartenant à la famille de Robiano.

^ Il est à conjecturer qu'il s'agit ici d'un des ecclésiastiques qui venaient alors de ^'étal)ilr à Juilly.

* L'ald)é de Scorbiac, un des fondateurs de Juilly.

I)K LAM^:N^AIS. 2i

Je comnienç'ais un ouvrage iuiporlant de philosopliie, quand est venu le Maiideinent de l'yiclievèque ; alors je ine suis décidé à iiilerronipre ce travail, pour in'occupcM' d'une réponse qui ne sera rien moins qu'un livre. Oh! quand aurai-je donc un peu de repos? jamais en ce monde.

J'ai un très-grand désir d'apprendre quelque chose de là. Mille honnnages rcspectu(»ux à M""' de Seniït et à la comtesse Louise. Je suis tout à vous, cher ami, du fond de mon cœur : priez pour moi, je vous en conjure!

Page 1