AU MÊME
Le 12 mars 1829.
J'ai reçu, bien cher ami, il y a quelques jours, voire lettre du 21 février, et peu après, celle du 24 de M'"*^ de Senfft. J'interromps un instant, pour y répondre, ma controverse avec l'archevêque de Paris; son Mandement a eu peu de succès; on l'a généralement désapprouvé à Paris, ainsi qu'en province. Je serais surpris, cependant, que quelques autres évêques n'imitassent pas ce prélat, qui a voulu surtout faire sa cour, et dont le zèle, m'écrit-on, a été, en effet, agréé. Du reste, le livre se lit beaucoup ; les jeunes gens se le disputent dans les cabinets de lecture, et les esprits de bonne foi s'éclairent peu à peu : ce sont des espérances pour l'avenir; mais, je le répète, pour un avenir lointain. Le présent appartient en propre à l'erreur et au mal, qui ne s'en dessaisiront pas. Il est assez remarquable que le Globe n'a pas dit un seul mot. Ce silence absolu me flatte comme l'aveu le plus formel de la vérité de ce que j'ai dit au sujet des doctrines établies dans ce journal. D'après ce que vous avez eu la bonté de m'écrire, je regrette d'avoir parlé, comme je l'ai fait, de l'Allemagne protestante. Ces deu.x mots, Allemagne jyrotestante, seront retranchés dans la prochaine édition. M. de Uobiano m'a fait à peu prés la même observation que vous. Je me suis trop hâté de conclure de l'Angleterre aux autres pays. Le sommaire a été rédigé par
l'abbé Gerbet, à très-peu de chose près. Comme vous le jugez très-bien, l'histoire dépend en partie des langues; en elle-même, elle appartient, pour le matériel des faits, à l'ordre de fait, puisqu'on ne les connaît que par le témoignage; et sous tous les autres rapports, c'est à-dire en ce qui tient aux conséquences de toute espèce qu'on peut tirer de ces mêmes faits, elle rentre dans l'ordre de conception.
11 est fort question, en ce moment, d'un changement de ministres en Angleterre; je n'en serais pas fâché à certains égards, car rien ne serait plus terrible qu'une émancipation insidieuse, et c'est, je crois, tout ce qu'on peut attendre aujourd'bui. Si R... connaît sa position et sait user des ressources que lui offre la complète dissolution de tout pouvoir et de toute doctrine, elle rendra une force immense au cathohcisme en Europe. Il grandit tous les jours dans l'esprit de ceux qui dominent les autres : c'est ce qu'il faut savoir calculer, sans prendre garde aux cris de la canaille. Les trois premiers mois décideront du pontificat du nouveau Pape; s'il hésite, s'il ne sait pas entrer tout d'un coup au miheu de son siècle, nous continuerons de nous traîner comme nous avons fait jusqu'ici. Je prie Dieu, de tout mon cœur, de lui donner et lumière et force.
Je me proposais d'écrire aujourd'hui à la comtesse Louise, pour la remercier de sa lettre si aimable, et du charmant cadeau qui y était joint. Mais voilà qu'il me survient de nouvelles affaires sans nombre. Je la prie donc de m'excuser, si je tarde un peu à remplir un devoir si doux. Le paquet ne m'est arrivé qu'il y a cinq ou six jours. Priez pour moi, mon tendre ami, car, en vérité, les forces me manquent.
tm. — AU MÊME.
Le 16 mars 18*29.
J'ai reçu, mon excellent ami, avec votre billet du '2 mars, le mandat de 2 40 francs qu'il m'annonçait : veuillez en recevoir mes remercimenls, et les transmettre à qui de droit.
liL LAMK.NNAiS. '20
Mon frère, arrivé ici d'Iiior au soir, et qui en repaît demain malin, me cliar^^e de vous offrir les plus lendres amitiés (jt mille et inillcî homma^Tb respectueux à M""" de Seidlt et à la (îomtesse Louise.
Vous ne tarderez pas longtemps à recevoir une première Lettre à A/«'" r Archevêque de Paris, dont la démarche, — me mande queUju'un qui est bien instruit, — a été généralement blâmée. IMusieurs curés ont refusé de lire le passage qui me concerne. La Grande-Aumônerie est fort bien pour moi. Il n'en est pas ainsi partout. Voulez-vous savoir le jugement du P. Maccarlhy sur mon livre? « C'est un monstre, un prodige
« de la folie, une merveille d'extravagance. M. de I-a M
« n'a pas le sens commun; il a le jugement absolument faux. » Voilà ce qu'il disait dernièrement, après dîner, dans le salon de l'évêque de Nancy, en présence de vingt-six personnes; et tous ses confrères ont l'ordre de propager ces belles paroles.
Ce sont encore des J qui travaillent, avec M. Boyer, à la
réfutation que celui-ci prépare; et tout cela, en vertu de la profonde politique qui leur a si bien réussi. Quos viilt perdere Jupiter dementat. Ce qui m'afflige, là dedans, c'est de voir avec quelle facilité des hommes pieux peuvent sacrifier les vérités les plus importantes, et conhues d'eux pour telles, dès qu'ils s'imaginent avoir à cela quelque intérêt de Corps. Dieu ne bénira certainement pas cette conduite; c'est impossible.
Rubichoii vient de publier un petit ouvrage extrêmement inléressant et plein de choses neuves, intitulé : De V Action du Clergé dam les sociétés modernes. Je vous engage fort à le lire : il est d'ailleurs très-piqnanl ; vous pourriez le faire venir de Lyon, où il a été imprimé et d'où je l'ai reçu.
Adieu, très-bon et très-cher ami. Je vous écrirai bientôt moins brièvement. Tout à vous du fond d(î mon cœur.
24 COURESPONDANCE