‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 63 sur 238 · A M. LE MARQUIS DE COUIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE COUIOLIS

Le 2 mars 1830.

Je regrette extrêmement, monsieur le marquis, de vous avoir parlé de cet inabordable Journal des Savants. On m'avait dit, à Paris, qu'il pourrissait, faute d'abonnés, dans les dépôts de l'imprimerie royale ; et là-dessus je m'étais imaginé que, sur un mot de vous, M. de la Bourdonnaie n'en refuserait pas un exemplaire : j'y voyais un moyen de plus de me tenir au courant de ce qui s'écrit dans un certain genre, et puis voilà tout. Maintenant, je vous supplie de n'y plus penser. Je vous prie seulement d'ajouter à vos bontés celle de remercier pour moi M. Rémusat de son obligeance, qui m'était déjà bien connue; ses Mélanges asiatiques font depuis longtemps partie de ma petite bibliothèque et n'en sont pas le moindre ornement ; j'ai aussi ses Recherches sur les langues tartares, et j'attends impatiemment, avec toute l'Europe, le volume qui doit compléter ce bel et important ouvrage.

Bien que j'aie lu presque tout Balzac, dont le talent n'est pas assez apprécié de nos jours, je ne connaissais pas le mot admirable que vous me citez de lui ^ On avait encore, en ce temps-là, le sentiment du noble et du vrai. Le vieil esprit chré-

* Balzac-l' Ancien, cela va de soi. Voici le passage auquel il est fait allusion : — « Vos Belges sont des martyrs de la bonne et sainte cause. Ils se inonlrenl bien dignes qu'on leur applique le beau mol de Balzac au sujet des Hollandais : Ils ont mérité d'avoir Dieu seul pour roi. puisqu'ils n'ont pu endurer d'avoir un roi pour Dieu... N'est-il pas vrai que voilà une belle parole? Mais ce n'est pa§ aux Tuileries qu'il la faudrait porter...» — M. de Coriolis à Lamennais, 24 février 1830,

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tien, avant d'expirer, inspirait encore à quclrpics liommes de snbliincs paroli'S. Aujonrd'hui lions mvoiis les disconi s du trône, et vous êtes, en ci; moment même, à lien de l'aire la comparciison. Le plus curieux n'est pas le diseours, mais la réponse qui y sera faite; nous en aurons le plaisir dans quinze jours; nous verrons, comme on dit maintenant, ValtiUule (pie prendra la (]linmbre, et puis VaUitude des ministres, et [)nis l'attitude de la monarcliie : celle de M. de Polignac vous a nn peu surpris *; je soupçonne qu'elle pouvait avoir plus d'art que de naturel, et, en cela, je le juge favorablemeni, car le naturel ici serait par trop simple. Quelque force que puis&e se sentir le président du conseil, les circonslances sont graves et Irêsgraves, et il serait permis au })lus hardi de ne pas se croire sûr de ce qui arrivera. Quant à la Monarchie, celle-là peut être tranquille; je suis entièrement de l'avis de ceux qui affirment tous les jours qu'elle ne saurait périr : elle est immortelle comme le couteau de Jocrisse, qui avait usé cinq lames et trois manches. Au milieu de ce qui se fait et de ce qui se fera, c'est là certainement une grande consolation. Veuillez assurer M'"*" de Coriolis que son souvenir en est une qui nn^ touche cependant beaucoup davantage : j'aime à espérer que sa santé n'a pas souffert de ce rude hiver. Ménagez la vôtre, monsieur le marquis, pour des temps meilleurs, si la Providence permet qu'il en vienne. Quels qu'ils soient, ilsn'ôteront rien aux sentiments pleins de tendresse que je vous ai voués, et n'y ajouteront rien non plus, attendu qu'il est impossible d'y rien ajouter.

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