A M. LE COMTE DE SE.NFFT
Le 21 mars 1850.
Ces nouvelles souffrances de la comtesse Louise m'affectent péniblement, mon bien cher ami, et pour elle et pour vous, et pour M""^ de Sentît, qui aurait tant besoin de repos. Peut-être, et j'aime à le croire, n'est-ce qu'une sorte de retentissement et comme un écho de la dernière crise. Que Dieu vous donne force et courage pour supporter ces rudes épreuves, et qu'il
par Lamennais sur l'auteur du Génie du Christianisme; ils élaient sévères, ils ne lurent pas dcfinitils.
daigne les abréger dans sa bonté ! Un jour viendra où de cette racine amère sortiront des fruits pleins de douceur.
Vous avez vu l'Adresse de la Chambre ; on s'attendait qu'elle serait suivie d'une ordonnance de dissolution. 11 paraît que le ministère a pris un autre parti ^; je ne sais ce qu'il se propose, car la majorité est décidément prononcée contre lui; s'il prolonge la session, il obtiendra un budget réduit, parce que c'est l'intérêt du parti opposé de lui en accorder un semblable. Tout calculé, je ne vois d'autre issue à cette lutte, que le despotisme, ou la République, c'est-à-dire toujours une révolution: qu'elle tarde un peu plus ou un peu moins, il n'importe guère; le principe, du reste, en est partout, et plus dangereusement dans les États où le Pouvoir en arrête la manifestation publique: ceux-là sont destinés à subir, dans l'ébranlement général, les plus violentes secousses.
M. de Polignac a été ridicule dans la séance à laquelle il a assisté -: cela est fâcheux pour un président du conseil. La
* Lamennais se trompait. Les ministres, en prorogeant simplement la session de 1850 au 3 septembre suivant, entendaient donner aux agents de l'administration le temps de disposer, pour cette dernière bataille, tous kui'S moyens d'influence. Au surplus, voici comment, à la même époque, M. de Yitrolles envisageait la lutte à venir :
cr Le ministère ... est inébranlable dans sa nullité. Le roi et M. le Dauphin sont très-résolus à le soutenir de toutes leurs forces négatives. Si le dissentiment de la Chambre va au point de déclarer son incompatibilité avec les ministres, ou de gêner essentiellement quelques parties du service public, elle sera d'abord prorogée, pour être cassée plus tard. On fera alors quelques efforts pour donner prépondérance à ceux qui veulent soutenir contre ceux qui veulent renverser. On essayera de la politique de Chateaubriand dans le Conservateur, « sept hommes par département. » On essayera les nouvelles élections sous ces nouvelles influences. Si elles ne réussissent pas mieux,... on fera autre chose. N'allez pas chercher à deviner, car personne ne le sait. Je dis : personne. » — M. de VitroUes à Lamennais. Paris, 10 mars 1830.
- Interpellé sur la destitution d'un colonel, pair de France (M. Donatien de Sesmaisons), qui avait combattu l'élection de M. Dudon, candidat ministériel, M. de Polignac prétendit qu'il y avait dans ce grief un anachronisme, M. de Sesmaisons n'ayant été destitué q\i après l'élection. — « Belle concession, s'écria le général Sébastiam : fallait-il pas le destituer avant? » Un éclat de rire accueillit cette apostrophe. M. de Polignac se troubla. Il déclara qu'il expliquerait plus tard la destitution ; et, pressé de donner surle-chjn)p les explications qu'il ajournait d'une façon si iiucmpeslive, il quitta la tribune sans répondre. Pitt, en des circonstances absolument analoizucs, défendit mieux la prérogative royale : « Je vais, dit-il après s'être lai>sé long-
liauU'iir dédaigneuse, le rire affeclé, ne relèvent pas le minislre, et irritent contre l'honinie.
J'ai de nouveau recours à votre obligeance pour acheminer la lettre incluse. Vous savez que le P. Vcnlura vient d'être élu général de son ordre '; cette nomination fera gi'and plaisir à M'"'' R... ^. Je vous prie de vouloir bien lui offrir mes liommages, ainsi qu'au coinle 1»...
Le mal religieux va croissant, en France, avec une extrême rapidité. Le gallicanisme se constitue et devient secte; j'avais annoncé ce résultat inévitable du silence de l'autorité; on ne m'a pas cru : on verra les suites. La perversité des uns, la faiblesse et l'aveuglement des autres, l'ignorance, la lâcheté, l'insouciance, l'esprit de vertige devenu presque universel, ce qu'on fait et ce qu'on ne fait pas, tout concourt à préparer la plus terrible leçon qui jamais ait été donnée au monde.
Tout à vous, cher ami, du fond de mon cœur.