‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 68 sur 238 · MADAME LA COMTESSE DE S EN F;- T · texte numérisé non relu

MADAME LA COMTESSE DE S EN F;- T

Le 27 mars 1850.

Je pars demain pour un petit voyage qui durera huit jours, et je veux auparavant vous remercier de votre excellente et aimable lettre du 14. Grondez-moi toujours ainsi, j'en serai fier, et vous en aimerai davantage. Je ne veux point justifier ce qu'il y a eu de moi dans les déterminations que j'ai prises : qui oserait seulement excuser une seule de ses actions? mais je crois que l'événement entrait dans les desseins de Dieu ^.

temps harceler par ses antagonistes, je vais expliquer la destitution qu'on me reproche... La ligure de l'officier général en question a eu le malheur de déplaire à Sa Majesté. » Celte défaite ingénieuse fut comprise et applaudie.

* Les Théatins.

- M""" Riccini.

^ Nous en sommes réduits à deviner que la lettre expédiée à Rome par l'entremise de M. de Senfft, et dont il est question dans celle du 1" mars 1850 (V. plus haut, page 121), renfermait un refus à quelque proposition émanée du Sainl-Siége. Probablement — les phrases qui suivent semblent l'indiquer — on offrait à Lamennais de venir occuper, à Rome même, une position qui lui permettrait de faire prévaloir ses idées. Toutefois, nous le

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Et puis, qui sait ce qu'il aurait été possible de faire? L'opposition, là comme partout, est grande, forte, opiniâtre; elle me fait trembler pour l'avenir. Il semble qu'on n'ait pas la moindre idée de l'état des choses et des esprits, ni de ce qu'on peut, ni de ce qu'on doit, ni de ce que permettent les temps, ni de ce qu'ils demandent. Tout ce qui a jamais été fait de grand l'a été en s'affranchissant du présent, et par une sorte d'inspiration de l'avenir. Cette vue en avant est la prudence divine: car tout dans l'univers est progressif; rien ne remonte vers son origine, et demander le salut au passé, c'est chercher la vie dans les tombeaux.

Notre gouvernement en est là; il croit que reculer c'est vivre. La question, telle qu'il l'a posée, nous place entre la République et l'arbitraire de cour; à tout prendre, j'aime mieux la première, parce que j'aime mieux la fièvre que la mort, ou la paralysie qui y mène. Tout le monde s'attend à la dissolution de la Cbambre; comment les électeurs la recomposeront-ils? Selon toute apparence, telle qu'elle est maintenant; et alors que fera-t-on'.' Personne ne le sait, et les ministres moins que nul autre. La crise sera terrible; voilà ce qu'il y a de clair.

J'espère que, lorsque vous recevrez cette lettre, la comtesse Louise sera convalescente, et en état de profiter des beaux jours qui commencent; car les hommes n'ont pas pu encore se débarrasser du printemps : cela viendra peut-être.

M. de Bourmont s'en va en Alger ^; on assure que, s'il réussit, pour le récompenser à la manière antique, on le surnommera ï Algérien. Cette guerre n'a rien de national en France; on voit trop clairement à quelle intention particulière elle est entreprise, et l'on trouve que c'est payer bien cher une diversion à la curiosité publique.

répétons^ celle interprélaiion, qui est la nôtre, n'a rien que de purement conjeclural.

* M. de Bourmont partit de Paris le 19 avril. L'expédition d'Alger mit à la voile le '25 mai seulement»

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