A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS
A la Chênaie, le 17 mars 1829.
Il est très-vrai, monsieur le marquis, que j'ai senti péniblement la privation de vos lettres, et cela est bien naturel; j'y trouve tant de choses qu'on trouve aujourd'hui si rarement : osprif, raison, droiture et finesse de jugement, connaissance du temps, et des hommes du temps, et, ce qui me touclie encore plus, amitié sincère. Tout cela forme, en vérité, une sorte de paradis terrestre, ce qui explique peut-être pourquoi nous voyons tant de gens qui en sont dehors. Il n'y a pas jusqu'aux peaux de bêtes que Dieu leur a données pour se couvrir, qui ne rendent cette conjecture très-probable. Je vous avoue que je ne m'attendais pas à une guerre aussi vive que celle qu'on me fait, ni que je devinsse jamais un personnage assez important pour que la diplomatie daignât s'occuper de moi. Il est pourtant très-vrai que j'ai l'honneur d'être, moi et mon livre, un des sujets de négociation confiés à M. de Chateaubriand à Rome; embarrassés et mécontents de la doctrine catholique, les ministres Tout chargé de dire au Pape : « Saint- Père, n'y aurait-il pas moyen de faire en sorte que cela soit faux? M. de Paris a pris les devants pour vous encourager, et dans une fort belle phrase, d'une page in-quarto, il a rondement assuré que l'Église et ses Pontifes n'avaient pas eu le sens commun, pendant douze cents ans; c'est peut-être beaucoup, et nous nous contenterions qu'il vous plût de rendre son assertion vraie durant un quart d'heure; vous sauveiiez le monde et notre amour-propre. » Je ne sais ce que le Pape répondia, mais je m'en doute. En attendant, je répondrai aussi, et bien que cette guerre m'ennuie et me fatigue, il faudra pourtant la soutenir. II y a alliance, dit-on, entre Saint-Sulpice
et les J , pour livrer tout d'abord une grosse bataille.
Saint-Sulpice doit m'atlaquerde front, pendant que les J
tâcheront de me tourner; et si l'attaque ne réussit pas, ils se
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lelourneront : c'est leur iiiaiiiènî. Mais voilà encore M. de Fréiiilly ' qui se tourne et se retourne pour prouver que j'ai tort de penser, au fond, à pmi près comme lui. Celui-là, au moins, parle décemmenl ; il ne ment pas, il n'injurie pas; s'il se trompe quelquefois, personne n'est à l'abri de se tromper, et un pair pas plus qu'un autre; c'est ce que je chercherais à lui faire entendre, si j'avais l'honneur d'être son noble ami.
Le procédé de M. de Peyronnet appartient à un cai'aclére élevé-; ses successeurs deviennent plus élonnanls de jour en jour ; je ne cesse d'être en admiration devant leurs paroles et leurs œuvres; mais aussi que peuvent-ils dire, et (jue peuventils faire? H y a une force qui entraîne tout. Qtii ad mortem^ ad mortem; et qui ad gladiiim, ad gladium.
Je sens vivement le prix du souvenir de M""" de Coriolis et de M™'' de Maccarthy. Oserais-je vous prier de leur faire agréer mes hommages respectueux, ainsi qu'à M'"*" la marquise de Talaru? Je ne chercherai point à vous exprimer, monsieur le marquis, avec quelle tendresse je vous suis dévoué : ce qui n'a point de mesure n'a point d'expression.