A MADAME LA COMTESSE DE SEKFFT
Le 12 avril 1850.
Je commence à m'inquiéter de votre silence, d'après surtout ce que vous me disiez, dans votre dernière lettre, de la santé de la comtesse Louise. Mon Dieu, combien je partage vos souffrances à tous! et que je sens vivement cette terrible impuissance où l'homme est d'aider l'homme, cette siérilité désolante du désir qui ne soulage rien et ne console rien! Adressons-nous donc directement à celui qui peut, et à qui seul il est donné de guérir les plaies qu'il a faites, également plein de miséricorde lorsqu'il envoie l'épreuve, et lorsqu'il ramène la paix. La paix! hélas! elle s'éloigne de plus en plus de
* M. Madrolle, dont les excentricités ont eu quelque temps le sinjrulicr privilège d'attirer l'attention publique, était à ce moment poursuivi pour outrages et diffamation envers des cours et tribunaux, à raison de plusieurs passages signalés dans un de ses nombreux écrits, intitulé Mémoire au conseil du Roi. Il fut condamné en police correctionnelle (jugement du 15 mai) à quinze jours de prison et cent cinquante francs d'amende. La Cour royale, sur l'appel qu'il forma, et après qu'il eut protesté de son respect pour la magistrature, déclara qu'il avait cédé à l'exaltatiou de son imagination, et le déchargea des condamnations contre lui prononcées. (Arrêt du 8 juillet.)
DE LAMENNAIS. 13â
nous. DirriciliMiiiMit pourrioz-vous, là où vous (''tes, vous rcprésouliT létal de la Kraiicc. liO mal en lout^M'iire croit si rapidement, que l'œil a di? la p(Miie à en suivre les prof,Tès. Je crois le ministère fort endjanassé : dissoudra-t-il? ne dissoudia-t-il pas? On lie voit guère des deux côtés (pie des chances de perte; aussi les conseils ne sunl-ils (pTliésilation, indécision; on veut, on ne veut pas; le malade se tourne et se retourne, et le temps passe, et l'on trouve que c'est autant de gagné. Mais c'est peu de chose que cela : ce qui me frappe surtout, c'est la haine croissante pour le christianisme; l'apostasie interne qui s'approche i'ncessaninient de sa consommation, grâce en partie, puisqu'il le faut dire, à l'incroyable aveuglement et à la folie surnaturelle d'une portion du clergé, et principalement de l'épiscopat. Il y a, depuis deux ans, dans beaucoup de diocèses, conspiration llagranle contre l'Église; je ne crains point d'affirmer que, si cela dure, si l'on ne songe pas enfin à y apporter un remède déjà bien tardif, le schisme est inévitable ; je pourrais citer là-dessus des faits sans nombre; si on ne les sait pas
là, qu'est-ce donc que l'on sait? et si on les sait c'est cela
surtout qui serait inexplicable. Un grand bien avait été fait; bientôt il n'en restera pas de trace; et les choses en sont désormais au point, que je n'imagine pas ce qu'aucun particulier pourrait faire, pourrait tenter pour arrêter le torrent qui emporte tout. Je ne sais quelle voix a crié d'en haut à ceux qui pourraient : Dormez votre sommeil! Mais entendez aussi ces bruits souterrains, qui, de caverne en caverne, se prolongent par toute l'Europe; quand l'explosion viendra, et le moment n'en est p;is loin, tout ce qui dort se réveillera, et les hommes, à genoux sur les décombres, s'écrieront : — Ce jour est vraiment le jour de la justice divine!
Veuillez désormais m'adresser vos lettres simplement à Dinan.