A MADAME LA COMTESSE DE S^:^FFT
Le 17 marsl8'29.
Je reçois àja fois votre lettre du 8 et celle de la comtesse Louise du 1'". Mille et mille grâces de tant de bontés. Elles me
' M, de Frénilly, pair de France, et cousin de M. de Coriolis. avait été, an CjOnservateiir, le collaboralcur de ce dernier et de Lamennais.
'^ ... La Gazelle, qui n'avait ^as aliendu l'iipparition de votre livre pour le déchirer, s'est montrée ensuite de la plus insigne et de la plus solle mauvaise foi. Mais savez-vous qui en a été indigné presque à l'éfïal de moi? Je vais vous le nommer bien vite pour ne pas vous faire languir. C'est M. de P<'yronnet. Oui, M. de Peyronnet en per^onne, l'ancien garde des sceaux, l'auteur delà loi d'do d amour; ^\. de Peyronnet, que, si j'ai bonne mémoire, vous n'avez pas ménagé. Eh hien, M. de Peyronnet, donc, mardi dernier, chez le chancelier, comme je l'entrepris sur le procédé de la (Gazelle, non-seulement passa condamnalion, mais ajouta, élevant la voix de taçon à être entendu, qu'« il n'y était pour rien, et que ce n'était pas à un tel hon>me qu'il fallait s'al laquer. )j Puis, avec chi.leur : « Ce livre est admirable, me dit-il, et peutêtre plus encore par ses endroits les moins admirés... » C'est le sens, sinon les paroles expresses... — M. de Coriolis à Lamennais, 28 février 1829. II. 2
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causeraient plus de joie encore, si je ne vous voyais comme entourées de peines et de contradictions. Je vous conjure de ne pas vous laisser abattre à ces épreuves. Dieu viendra au secours; attendez seulement : quand sa main s'abaisse pour frapper, alors même il en sort une vertu qui guérit la plaie qu'elle a faite. Et puis, le ciel est si près! Courage, donc!...
Je suis fort tranquille sur les suites des démarches de Ch.^. H y a des choses qui ne peuvent avoir lieu, sans quoi les promesses manqueraient. Tout ce qui n'est qu'erreur, faiblesse, lâcheté de la part des hommes, on peut le craindre, et l'on ne doit jamais s'en étonner ; mais au delà, il n'y a plus que Dieu et sa vérité impérissable. Je serai cependant trés-aise de savoir la tournure que les choses prendront là. Ici, la guerre continue. Quelques évêques, celui de Tours, celui de Quimper, imitent l'exemple de M^'' de Paris. Cela rend plus nécessaire de répondre à celui-ci.^. Voici quelques extraits des lettres reçues précédemment :
(( On prépare en ce moment, au séminaire de Saint-Sulpice, « un gros livre pour répondre au vôtre, et vous avez déjà pu u voir, par un des articles de la Gazette de France^ dans quel u esprit il sera fait. On y met une passion incroyable : tantsd (( ne animis cœlestibusirx'^ Mon père (ministre d'État) voulait i( vous écrire pour vous dire combien il avait admiré ce livre « qu'on attaque avec tant de fureur. Je citerai aussi M. l'eu- (( gnot, qui en parle comme d'une des plus belles choses
. * M. de Clmleaubriand. Selon M. de Coriolis, il ét?it charn;é d'obtenir, à Rome) que l'on mît à Vindex le livre de Lamennais [Des Progrès de la Révolution, elc.). Il l'était, plus certainement encore, d'agir sur les votes du conclave, et de provoquer l'éleclion du cardinal Gregorio, qui ne fut point nommé, mais bien le cardinal Casli;:lione (Pie Mil).
'•^ Première lettre à Mgr farchevê lUC de l'aris. H lin-Mandar et Devaux. in-8° de C4 p. — Seconde lettre ait même Les deux lettres réunies parurent peu de mois après. L'arcbevêque de Paris était alors Mgr de Quélen. Nous lisons dans la lettre déjà citée de M. de Coriolis : « Ëtes-vous content de Mgr de Paris? Si vous ne l'êtes pas, vous êtes difficile. Il a surpassé mon attente. Apparemment, n'a-t-il pas cru devoir moins à la peur, et puis aussi à sa liaison renouée avec l'év. de B. (M. Feutrier)... Ce que je puis vous ci-rlilier, en toute connaissance, c'est que le blâme de Mgr l'archevêque a été généralement blâmé. Cela ne l'empêchera pas de mener son diocèse, ni vous, fort heureusement, de faire un livre. »
« qui nient été écrifi'S dans noire langue à aucune époque. »
Frayssinons, Fculi ier et rarchcvêrine de; Paris, sont le centre
et les moteurs de celte vive opposition, f.es J s'y sont
joints. A Lyon, d'après ce qu'on me mande, on ne me traite pas mieux. Je ne sais cependant rien de rarclievôque, personneilemenl. Il y a aussi des diocèses enliers qui se prononcent hautement pour moi. Autre extrait:
y{ Trois éditions de voire livre se sont faites en môme temps « dans les Pays-Bas; les catholiques y adoptent votre doctrine i( avec enthousiasme et d'un comnmn accord. »
Un écrivain libéral m'écrit :
« Le ministère ne pouvant et ne voulant par conséquent « vous répondre, a voulu discréditer voire ouvrage par une (( sorte de superbe dédain; il a craint que sa colère et sa ven- '( geauce ne vous procurassent trop de lecteurs ; et il a pu se « flatter que ce système lui léussirait, quand il a vu les jour- « naux libéraux l'imiter dans ce silence calculé à votre égard. « Je me suis, au contraire, proposé de piquer la curiosité et « l'intérêt du public en faveur de votre nouvelle publication. « J'ai tâché de faire en sorte que l'on désirât de vous lire ; et « en cela, je me compoile d'autant plus, je crois, en adver- « saire loyal, que, mieux qu'un autre, je reconnais toute la « force et toute la puissance de vos raisonnements. »
Voilà donc où en sont les choses. Je suis engagé dans une grande et fatigante guerre, à peu prés seul contre le Pouvoir, contre tous les partis et contre la portion ambitieuse, ignorante et passionnée du clergé. Je ne me décourage pourtant point, La vérité est bien puissante, et, apjès tout, pourvu que je remplisse mon devoir, peu m'importe le reste.
•212. - A M \n \}\V. YEMENIZ.
Le 2i mars 1820.
Je ne suis pas sui'pris des perplexités où vous vous trouvez à 'égard de mon livre ; au milieu du mouvement qu'il a produit
et de tant de jugements si divers auxquels il donne lieu, il est naturel que l'esprit hésite. Mais toute cette fermentation se calmera, et la vérité restera seule. Voici, en attendant, une règle qui pourra vous servir. 11 s'agit d'une question religieuse: Me suis-je écarté de l'enseignement de Rome? alors je me condamne moi-même. N'ai-je fait qu'exposer et développer la doctrine constante des Pontifes romains? alors aucun vrai catholique ne peut me condamner, car il condamnerait, sous mon nom, le Saint-Siège lui-même. Que ceux donc qui doutent du point de fait s'adressent à Rome pour s'en éclaircir ; s'ils ne le font pas, ils n'ont pas le droit seulement d'être écoutés.
Vous voulez savoir ce que je pense de l'ouvrage de M. voire oncle : il y a bien longtemps que je n'ai rien lu d'aussi remarquable par la pensée, d'aussi intéressant par les détails de faits, d'aussi piquant pour la formel Je souhaiterais que ce livre fût répandu à cent mille exemplaires en Europe, et partout où notre langue a pénétré. Voilà mon jugement.
Je suis porté à croire que les craintes qui vous éloignent de la source de toute vie sont excessives. Si vous avez une volonté bien sincère d'être à Dieu, de lutter contre linclination qui vous entraîne trop vers le monde, vous pouvez aller à la table sainte chercher la force d'accomplir ces bonnes résolutions : il faut vous montrer à votre directeur absolument telle que vous êtes, mais non pas pire que vous n'êtes. Votre plus grand mal est... {Ici la lettre est coupée.) C'est là surtout ce que vous devez combattre; mais sans trouble, sans efforts violents, avec calme et persévérance. Je prierai de tout mon cœur pour vous et pour votre cher petit enfant. Priez aussi pour moi ; je le mérite par le dévouement aussi tendre que sincère qui m'unira toujours à vous.
N'oubliez pas, lorsque le temps sera venu, la promesse bienveillante de M. de B...
* Nous présumons, sans en avoir la connplète cerlitude, qu'il s'agjil du livre (le M. Rubiclion. publié à Lyon, el dont il est question dans une lettre précédente : — De l Action du cierge dans les sociétés modernes
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