A MADAME LA COMTESSE DE SEISFFT
Le 5 février 1828.
C'est aujourd'hui que le roi a ouvert la session, dont les ré • sultats tiennent la France dans une si vive attente. Il n'a pas dû prononcer, sans quelque émotion, le discours insignifiant qu'on lui a j)rescrit, et sur lequel ses ministres mêmes ont eu tant de peine à s'accorder. Pour lui commence une série nouvelle d'embarras, d'amertumes, de dar.gers, dont le terme est aussi in('onnu que le développement en sera probablcMuent orageux, et que l'issue en parait à craindre. La Hévolutiou rajeunie et pleiiu^ de force, quoique divisée en deux partis, dont le plus modéré est le plus redoutable, parce cpi'il a réduit le désordre en théorie ; le royalisme dissous de telle sorte qu'on ne trouverait pas, parmi ceux dont il se composait il y six ans, dix hommes ayant la même opinion; la pente générale des esprits vers de nouveaux essais politicpies; la croyance universelle que quehpie grand changement doit s'opérer; les hautes classes et la classe moyenne animées d'une haine égale
contre l'Église; une administration sans consistance qui clierclie de tons côtés de l'appui, et qui n'a trouvé jusqu'à présent que des individus à acheter; rinfluence de la lioyauté dévolue à M. le Dauphin; la confiance perdue, toutes les ambitions exaltées, tous les désirs en mouvement, sans une seule pensée de bien public au miheu de tout cela, au moins dans ceux en qui cette pensée pourrait être efficace : voilà notre état présent. Je ne crois pas, néanmoins, à une crise prochaine. La Révolution est trop puissante; elle a des espérances trop solides, et on peut le dire, trop de certitude de succès en laissant les choses suivre leur cours, pour compromettre sa position par des violences prématurées, et pour remettre ainsi en question un triomphe qu elle a droit de regarder comme assuré. Son plus grand soin doit être aujourd hui de retenir en de certaines bornes les esprits impétueux qui ne manquent pas parmi les siens ; et c'est encore en cela que le centre gauche ou les doctrinaires la serviront merveilleusement. Sans jamais détourner l'œil de la boussole, ils gouvernent droit sur l'écueil, avec tout le sang froid de lascience, et c'est ce qui charme beaucoup de gens, qui n'ont jamais vu de naufrage si régulier.
Que voulez-vous? le monde politique suit ses destinées; il « marche dans ses voies, » selon le langage de l'Ecriture. Il faut s'élever au-dessus de la terre, et contempler de là ce grand spectacle, qui, en un sens, n'a rien d'humain. D'intérêt véritable et pris dans le fond de l'âme, je ne pense pas qu'on puisse en sentir, au temps où nous vivons, pour quelque autre chose que l'Église. Elle sera sans doute, et bientôt, attaquée, persécutée. Après dix-huit siècles d'épreuve, l'orgueil ne se croit pas encore vaincu; il a même, en ce moment, un caractère particulier de confiance en lui-même qui excile un effroi profond et un indicible étomiement; et j'en conclus deux choses : que la guerre contre Dieu sera terrible, atroce, désespérée, et le châtiment, effroyable. Non dormiet neque donnitrt qui custodit Israël.
Ne vous laissez point abattre par les peines de tout genre que la Providence vous envoie. Recevez-les de sa main avec le calme do la soumission et l'alléirresse de la foi. Fermez avec
soin voiro Amo nii trouble. Sorigoz qiio (^'cst à vous nussi qu'il a ûté dit . Je vous laisse via paix, je vans ilannc ma paix. Mais écoutez ce qui suit : Non comme le mande la donne. Les succès, les prospérités, voilà la paix du inonde; la Croix, voilà celle de Dieu. Je suis aussi fort épiouvé, et à peu près couunc vous. liOS hoinuies qui uront déjà fait tant de mal, continuent de ine poui'suivi'e avec un acharnement qui m'afflige pour eux encore plus que pour moi. En vérité, ils sont bien à plaindre. H faut prier pour eux.
J'ai été extrêmement touché di; la lettre de Manzoni. J'en remercie la comtesse Louise. Il y a là un charme de douceur modeste et d'humililè naïve qui ravit. J'avais une grande estime pour l'auteur des Promessi sposi; mais j'aime de tout mon cœur l'auteur de la lettre.
Je lis à présent Guichardin, connne nous rappelons. Je perds souvent haleine à le suivre dans ses interminables phrases; il a, d'ailleurs, de l'intérêt et un mérite réel. Ce qui ni'étonne, c'est d'y retrouver à peu près toutes les idées protestantes et gallicanes , avec les erreurs historiques dont on est convenu de les appuyer, sur Rome, et sa puissance temporelle, et son ambition, et ses richesses prétendues immenses, fruit du pillage de la chrétienté. Bossuet et maître Dupin n'auraient pas mieux dit.
Adieu, je vous tiendrai instruits de tout ce qui pourra parvenir d'un peu intéressant dans ma solitude.
lof). — A LA Ml' ME.
Le 11 février 1828.
J'ai reçu presque à la fois la letlrc de la comtesse Louise, du 50 janvier, et la vùti-e de même date, contiimée le '2 lévrier. La première m'a charmé par le retour des forces , et de la gaieté, et de tout ce qui promet une bonne et solide
convalescence. La seconde m'afflige beaucoup. Vous êtes triste, souffrante, inquiète; vous succombez presque à tant de chagrins et de contradictions. Retranchez-en la prévoyance, le reste sera plus supportable. Au nom de Dieu, ne vous laissez point aller à une imagination, je dirai davantage, à une raison qui vous tue! Que voulez-vous faire à tout ce qui se fait? C'est le désordre, le bouleversement, le chaos, la fin du monde; eh oui! tout ce que vous voudrez. Mais, encore un coup, que pouvons-nous y faire? Plions sous la main de la Providence, et tâchons d'user pour notre salut des maux mômes qu'elle envoie ou qu'elle permet. Quant aux sots, moquez-vous-en, et ne leur laissez pas le pouvoir de troubler votre repos. Jamais nous n'aurons la paix, si nous la faisons dépendre des hommes. Elle n'est que dans l'abandon sans réserve à Dieu.
Je ne plains , dans ce qui s'est passé, que la famille de
M'"*^ de Sainte-L Là, comme ailleurs on a commis des
fautes, et de grandes fautes; mais il y avait honneur, conscience et probité. Tout le reste, sans exception, n'était que 'de la boue.
Pour continuer ma gazette, je vous transcrirai ce qu'on m'écrit en date du 7 janvier :
« Puisque vous trouvez mes détails curieux , en voici d'autres que je vous puis certifier tout aussi conformes à la vérité. Il esttrés-vrai que M. de La Dourdonnaie, dans un conseil des ministres, où il a été appelé, et lequel a duré, m'a-t-il dit, quatorze heures, a refusé le portefeuille de la marine (que lui offrait de fort bonne grâce M. de Chabrol), si on ne donnait pas l'université à M. Delalot; mais on ne voulait plus de M. Delalot, à cause, disait-on, de sa couleur religieme qui faisait peur; car on a peur de tout et de tout le monde, et je pense. Dieu me pardonne, que La Bourdonnaie ne veut pas entrer au ministère sans Del.,., de Crainte seulement qu'il ne l'en fît sortir. Tout donc a été rompu, et l'on s'est rabattu sur M. de Yalimesnil, qu'on a jugé et qui s'est effectivement montré, de meilleure composition. Un avait proposé d'adjoindre. Portai ; mais la Bourdonnaie a dit d'un ton sec et im-
péiieux : — Jo ne veux p;is d(; M. Portai. — A quoi M. Iloy a reparli, non moins sùchcnient : — C'esl-à-dirc que vous voulez nous chasser, et alors j'aime; mieux soilir aujourd'Imi que demain. — l'orlalis a dit de même, el tous deux ont offert leur démission qui n'a pas été acceptée. Le roi a montré beaucoup d'humeur de cette scène, dont je liens les détails d'un des ministres présents.
(( A l'égard de la commission nonmiée sur le rapport de M. Portalis, et où M. de Paris el M. de l'eauvais se trouvent en compagnie de maître Dupin, on vous dil à l'oreille que c'est le morceau de pain jeté dans la triple gueule du Cerbère libéral pour l'apaiser. On convient sans embarras qu'on n'est pas un Hercule, sans quoi on s'y prendrait comme lui; qu'on ne veut que gagner du temps. Llnfin, si vous les pressez de questions, que vous leur demandiez, par exemple, ce qu'ils pensent sur la matière, ils vous répondront, comme dans la comédie : Je nen suis rien; cest ma façon de penser. Ou bien, connue feu M. Fox à un créancier qui lui demandait quand il le payerait : Vous êtes bien curieux l \i\\ attendant que les évé- Jiements répondent pour eux, nn archevêque et nn gentilhomme auvergnats se chargent, avec bien d'autres, de les liàter, en poursuivant avec acharnement le farti prêtre. Car c'est aujomd'luii à qui brûlera ses vaisseaux. Vous verrez le discours delà couronne. Il peut, je crois, se traduire ainsi : faime bien papa le bon Dieu: j'aime bien maman la Hévolution. Aussi la « déclaration à maman » fait-elle pousser des cris de joie aux libéraux de toute farine. C'est en attendant les rugissements. Et les niais de salon de répéter d'un Ion capable : — C'est un discours très-constitutionnel.. — Serait-il écrit là-haut, qu'aujourd'hui encore, connne il y a bientôt quarante ans, on sera sourd aux avertissements pour ne s'en rapporter (ju'aux catastrophes? Votre espérance en \\... est sans doute bien fondée, mais on est bien tenq)oriseur en ce pays- là, et tout délai serait mortel. »
Je vous dirai, sur ces dernières paroles si vraies, qu'il n'est rien de plus curieux et de plus instructif à lire à ce moment que la correspondance de Kénelon, inédile eu très-grande par-
lie jusqu'à ce jour. On y voit qu'en temjjorisajit, malgré les plus vives instances de rarchevêque de Cambrai, et de beaucoup d'autres, Rome manqua successivement toutes les occasions d'abattre le jansénisuTe. On lui annonçait, depuis des années, le schisme qui faillit se consommer sous le Régent, et qui éclata enfin avec la Révolution, En des circonstances analogues et bien plus alarmantes, dans un temps où tout marche beaucoup plus vite qu'alors, on revoit la même incertitude, la même faiblesse, la même peur, tant il est vrai qu'il n'y a d'expérience pour personne ! Voici une phrase de Fénelon, dans une lettre à son correspondant de Rome, laquelle m'a frappé : « Tout ce qui avilit dans l'imagination de la multitude l'autorité du Saint-Siège par une apparence de faiblesse, mène insensiblement les peuples au schisme : c'est par là que les personnes zélées se découragent, et que le parti croît en témérité; plus on lui souffre, plus il entreprend : c'est la patience dont on a usé jusqu'ici qui lui a fait hasarder les démarches les plus irrégulières. »
C'est là une vérité si claire, que l'on ne conçoit pas qu'elle fasse si peu d'impression sur quelques esprits. J'ai dit et redit mainte fois la même chose; on ne s'en est pas fâché; voilà tout. Nous verrons l'avenir.
L'abbé Dum.... est un garçon tout à fait aimable, rempli de qualités solides, et dont je fais grand cas. Il a été fort mal d'une maladie dont on revient rarement, la phlhisie du larynx. Grâce à Dieu, je le crois maintenant tout à fait hors de danger. Nous avons autrefois un peu ri de lui, mais cela n'empêche pas de sentir et de juger le fonds, qui est excellent. Je sais de lui plusieurs traits de fermeté et de désintéressement qui m'ont touché.
J'attends demain mon frère que je n'ai pas vu depuis trois mois. Il ne fera que passer, à son ordinaire.
On parle d'une alliance formée entre la gauche et le centre gauche. La pente générale est toute de ce côté; cela doit être d'après les raisons que je vous écrivais Tauli-e jour, et cette disposition ira croissant. On pourrait beaucoup, dans l'autre sens, si on savait et si on voulait; mais on n'est pas près de
ut LAMi:>NAIS. i7j7)
savoir, et encore moins de vouloir. La cliocolala! à lu bonne heure; mais après viendra le vinum mixtum\
IGO. — A LA MKMK.
Le 15 février 1828.
Ce qu'il y a de plus i-emarquable en ce moment, c'est la ^complète annulation du Pouvoir, qui s'étudie à ne pas montrer l'ombre même d'un désir ou d'une opinion; de sorte que voilà l'entière souveraineté des Chambres hautement reconnue par le roi même, qui ne se permet pas de vouloir, de souhaiter même, jusfiu'ù ce qu'il sache ce qui leur plaira, tant l'ancien ministère a usé les dernières forces de la Royauté! Par suite de cet étal singulier, la commission Porlalis s'est ajournée indéfiniment. .Mais l'archevêque a fait cnti-iidre qu'il élait à propos que le P. Pionsin- s'éloignât. En conséquence, il va prêcher le carême à Périgueux, et l'archevêque reste maître dans la rue du Bac. Son but est de rejeter la question hors de son diocèse. Aussi, en vertu de ses conseils, commencc-t-on à évacuer Montrouge. H y a, comme vous voyez, bien de la perfidie d'un côté et bien de la lâcheté de l'autre
Il semble, au reste, que le gouvernement cherche dans les lettres des particuliers l'opinion qu'il n'a pas. Jamais on n'a violé plus impudemment le secret des correspondances : un innneiise bureau établi à la division généi'ale n'est occupé que de cela; créé par M. de Yillèle, il est faux que M. Roy l'ait supprimé, comme on l'a dit.
Vous ne sauriez vous représenter à quel point les espiits, même dans le peuple, sont préoccupés d'une espèce de terleur vague, que tout ce qui appai'tient à l'ancien ministère s'occupe d'augmenter, bien qu'elle n'affaiblisse nullement la
* Le sens de ceUc allusion nous ocliappc. Sans doute elle avjiil Irait à queltin'tmc de CCS anccdoles qui avaient f;iil riniioocnle joie des « soirées de la ru(î ilu Hue. »
- Le i\ r.oiisin ('l;\it le l'ôrc proviiuinl d<'s Jésuites de Fnnco.
haine générale qu'il inspirait. Il y a lieu de craindre, très-cerlainement; mais la pUiparL de ceux qui craignent ne savent pas pourquoi, de sorte qu'ils craignent trop et trop vite, car la crise n'est pas immédiate, et cette peur est une grande force pour la Révolution. Cela me persuade de plus en plus que Ja prévoyance est pourtant bonne à quelque chose, quand ce ne serait qu'à délivrer de ces terribles étonnéments dont les conséquences sont si graves.
En France, le mal est à découvert, et c'est, à mon avis, un avantage; ailleurs, il est caché; il travaille sous terre. Il en résulte que les souverains, effrayés parleurs polices, ne sa-vent que regarder en bas. De cette manière, on ne voit pa.s loin; et, comme le sol est miné sous eux, ils tremblent de lui imprimer, ou que d'autres lui impriment, le plus léger ébranlement. Ce système mène droit à la destruction, et pourtant il régne partout, et dans les deux ordres, spirituel et temporel. Jamais le pouvoir ne fut si passif, et cela vient de cette peur dont je parlais, et de ce qu'il ignore profondément comment il faudrait agir. Que j'aurais de choses à vous dire là-dessus! Cela viendra, j'espère.
J'ignorais que le P. Antoine fût en voyage. Je ne crois pas qu'il songe à quitter sa maison ou à former d'autres établissements. M. de Montlosier n'a pas encore attaqué les Trappistes. Vous savez qu'il écrit dans le Constitutionnel, dont les vieilles théories, au reste, sont tournées en dérision par l'école nouvelle des doctrinaires, qui fait chaque jour des progrés rapides, et qui finira par dominer soûle, connue les Sociniens dans le protestantisme. Aussi Royor-Collard est-il devenu pour cette secte, qu'il a fondée, je ne dirai pas une espèce de dieu, car ni le mot ni l'idée n'est à l'usage de celte étrange classe d'hommes, mais comme un de ces législateurs d'autrefois, que des peuplades barbares environnaient d'une indéfinissable vénération.
D'une autre part, on publie des panégyriques de 05, où Danton, Robespierre, Marat sont élevés aux nues; où les plus infâmes horreurs d'une époque de sang ne sont pas seulement justifiées, mais présentées connue des tilres glorieux à Tad-
iiiirnlioii do l'iiYPiiir. Voilà où nous en sominos, et voilà 1rs idées ([ui pÏMièticnt, plus qu'on ik; eroil, dans beauconj) d'esprits, snrlonl [»aiini lajennesse. Kt à ces alTrenses doctrines (Iiroppose-t-on? liien. — « Cela irriterait, » connne on dit.
Mon frère, qui a passé ici deux jours, vous offre ses tendres respects.
loi. - A M. l.L MAIIQLIS DK CORIOLIS'.
A la Chênaie, le 18 février 1828.
J'espère, monsieur le marquis, qu'au moment où je vous écris, vous êles rassuré sur la santé de M"'*^ de Maccarthy. Ce inc serait une grande joie de l'apprendre, car je prends un vif intérêt à tout ce qui peut vous toucher, vous et tous ceux qui vous appartiemicnt.
Les faits que vous avez eu la bonté de m'apprendre sont extrêmement curieux; ils aident beaucoup à juger des homnies et des choses du moment. D'après les premières discussions (les Chambres, on voit déjà deux choses : que M. de la Bourdonnaie et ses amis défendent les maximes et les pratiques de l'administration comme si elle leur appartenait déjà; et que, lors(ju'ils y seront parvenus, ils se briseront sur les mêmes ècueils que leurs devanciers.
C'est, à mon avis, une grande faute que de se faire le panégyriste du système constitutionnel, et d'en repousser les conséquences immédiates. Il en résulte qu'on perd la réputation d'honnue de bonne foi, et qu'on irrite le bon sens public, que iè\olteiit ces visibles et grossières inconséquences.
Uoyalisles et libèiaux, tous, il y a trois mois, tonnaient con-
' I,a l^llre à lai|ncllti cdle-ci répond, dali-c du 7 février IS*i8, cslprcsiiuc ('iilii'T(MUi'nl rpproduil»' dans ccll»' qiif I.aiiuMinais adicssail à M""^ de SonlTl, le II IV-viicr suivant. Mous y iom.in|uoMs, ccpeiulaiil, ces mois bons à noter, cl t|iii no li'^urcnl pas dans l'extrait donné à M'"* de Senfl'l : — « J'ai, au reste, tonnnuniciué vos réllexions à Mgr le Nonce... » Ilelire, maintenant, lu lettre du 31 janvier 1828, oîi ces n'Ilexions se trouvent.
tre les fraudes notoires qui ont amené illégalement plusieurs députés dans la Chambre. Aujourd liui, voilà qu'on pallie ces fraudes, et que l'on conteste à la Chambre le droit qu'elle exerce en Angleterre de s'en informer; de sorte qu'il serait reconnu que l'administration peut, quand il lui piait, renverser impunément Tordre légale Si Ton croit par là fortifier le trône, ou se trompe étrangement. Le parti révolutionnaire qui, les institulions étant données, a pour lui la raison, le droit, la justice, l'hoimeur, triomphe dans l'opinion, même lorsqu'il succombe dans la Chambre. Il n'y a point de plus mauvais parti et de danger plus grand que de rendre les lois dérisoires.
Vous avez raison de craindre que, dans les circonstances qui peuvent survenir, on ne temporise trop à Rome. Cependant je suis plein de confiance dans les lumières supérieures et dans le grand caractère du Pape. Il se souviendra sans doute combien de fois, sous Louis XIV, on manqua l'occasion d'abattre le jansénisme, et comment, pour éviter de légers inconvénients, on finit par créer un péril immense. Fénelon l'avait bien prévu; il ne cessait d'annoncer le schisme qui faillit éclater sous le Régent, et qui naquit enfin en 1791 . La Correspondance de ce prélat, bien au-dessus de Rossuet pour l'étendue de l'esprit et la profondeur des vues, est curieuse à lire sous ce rapport. En voici un passage qui m'a frappé- :
Pour bien juger de l'avenir, il faut moins regarder les actes du pouvoir que le mouvement général des esprits. Rien des gens, habiles d'ailleurs, se trompent en jugeant d'après une autre règle. L'administration leur parait modérée, parce qu'elle reste toujours en arrière des partis qui la poussent; et ils se lassurcnt là-dessus. Mais elle n'en marche pas moins,
* Le dél)ul de la session de IS'iS fui effectivement marque par les discussions les plus passionnées auxquelles donnaient lieu les réclamations arrivées de tous côlés contre les fraudes cl les violences à l'aide desquelles avaient été obtenues les nonnnalions d'un irrand nombre de partisans de l'ancien ministère (Villèle). On en trouve un intéressant résumé dans Vllist. des Deux l\est aurai ions, 5' édit., t. VII, p. 415 et suiv.
- Suit ici le passage déjà cité dans la lettre du 11 février précédent.
I)K I^AMKNN.MS. Vi?
pour m.'UM'IuM' plus 1«miUmii(miI. JjîIcz les vt'ux sur Ift passé, et vous vous j'UViiytTt'z du clicuiiu (pi'elle a tU'-jà parcouru. La décision me parait étrt- lu qualité la plus rare en ce inonde; aussi est-(îe par file seule rpie s'opère tout ce qui se fait de grand. Klle osl la viaie force, ou au moins il n'y a pas de force sans elle.
Si vous ne saviez pas, monsieur le marquis, avec quelle tendresse et (piel respect je vous suis dévoué, j'essayerais de vous le dire, et les expressions pourraient bien me manquer, car je n'en sais [)oint (pii répondent à mes sentiments pour vous.