A MADEMOISELLE DE LJJCINIERE
Le 23 février 1828.
Je suis charmé, ma bonne amie, que vous soyez plus contente de votre vue. Ménagez-la, mais écrivez-moi pourtant; ce n'est pas ce qui la fatiguera le plus. Ne craignez point de me donner plus de détails que moins; j'ignore souvent ce que vous supposez que je sais, et tout ce que vous dites m'intéresse. J'écrivis hier à Angélique. Je crois Clara mieux. Je soupçonne que l'ennui est son plus grand mal, et je l'ai dit à ma tante. Los choses que vous craignez n'arriveront pas aussi vite que beaucoup de gens se le persuadent maintenant. U faut le temps à tout. Hier on était tranquille, et l'on tremble aujourd'hui; cette peur excessive et cette sécurité sont également déraisonnables. Les Jésuites sont le type de l'une et de l'autre. Les voilà qui vont en Suisse. On dira q'ue c'est qu'ils ont de l'argent; car (( point d'argent, point de Suisse. ))
Mon frère a passé, la semaine dernière, deux jours avec
* — « Il est ordinaire aux hommes de craindre en première ligne les périls les plus proches, dallachcr aux choses prcscnlos plus d'importance qu'elles n'en mérileiit, moins, en revanche, aux chances de l'avenir, surtout éloigne, piirce qu'à celles-ci on peut espérer hien des remèdes inattenilus, fruits du juisard et du temps. »
moi. Il y aviiil li'ois mois que j»i ii'' l'iiviiis vu. .!«! vois encore moins souvent mon beau-frère, et point du tout ma sœur et ses enfants. Trémi^^on est trop loin pour moi, la Chênaie parait hop éloij^Miéi; pour elle. l)(î soiie donc que je suis absolument ermite. Celle manière d'èlre ne me déplail pas. Ma vie est très-réglée. Je travaille autant que mes forces me le permeltent, c'est-à-dire moins que je nt; voudiais, quoique je perde peu de liinps. Vous ne m'aNez pas dit si Uené avait été leçu à l'examen, et je ne vous ai pas dit, de mon c(*)té, que j'ai appris, pour mes deux francs, le mariage de M"'- Anaïs du Lesert. La finnille a eu l'allenlion de m'envoyer, pai' la poste, une lettre de faire pari. Il y a trois semaines de cela, et j'en jure encore entre mes deiils.
Mais, avez-vous vu M. Formon à la tribune? Ce ne sera pas la journée la moins drôle de sa vie. Son client a perdu à peu près son procès. 11 n'y a, certes, cpie justice. Le côté qu'on appelle droit est bien sans contredit ce qu'il y ade plus lorlu dans le monde, lis prennent déjà le sentier des autres, et, comme eux, ils fmironl par tomber sous le pont aux ânes. Pourtant, qui le passera jamais, si ce n'est eux?
Je m'imagine (jue vous voyez assez souvent l'abbé Gerbet. Il vous aura dit connnent je suis parrain. C'est lui qui m'a représenté, car tout s'est l'ail par procuration, — excepté l'enfant, par exemple.
J'embrasse tendrement ma bonne Villiers, ma petite Hélène, papa Carissan, et même Adèle, sauf le scandale. Pendant que je suis en train, je vous end)rasse aussi, mais à condition que vous me tiendrez parole pour les rcvitures. On me mande que l'abbé de Rolian-Chabot lemplace le W Ronsin; savez-vous ce qu'd en arrivera? On disait que c'était une congrégation de drôles ; on dira que c'(!st une drôle de congivgation.
Ne m'oubliez pas près de vos bons domestiques.
Tout à vous bien lenilrement.
4i2 CORRESPONDAKCE
16i. — A MADAME LA COMTESSE DE SE.NFFT.
Le 2 mars 1828.
Je suis profondément peiné de l'état d'abaltcnient el de tristesse où vous êtes. Pourquoi se décourager, se désoler, s'inquiéter outre mesure? Pourquoi charger son âme de tout le poids d'un avenir incertain? Jésus-Christ ne nous défend-il pas d'étendre nos solHcitudes au delà du jour présent? C'est bien assez pour nos pauvres forces. Je ne dis point qu'il ne faille rien prévoir; mais que notre prévoyance soit calme et ne (rouble pas notre paix. Dieu conduit toutes choses; nous sommes en sa main : où trouverons-nous le repos, si ce n'est là? Confions-nous en sa providence, et marchons d'un pas ferme dans les voies où ellcnous conduit, assurés que « tout coopère pour le bien à ceux qui l'aiment. »
Vous ne sauriez croire à quel point je suis faible; le plus léger dérangement dans mes habitudes, quelques heures de conversalion avec une personne qui viendra me voir, ce qui arrive rarement, en voilà assez pour me l'endre malade plusieurs jours. Une promenade après dîner m'oblige à me jeter sur le lit en rentrant. Cela n'avance guère mes travaux, comme vous pensez bien. Mais qu'y faire? Non aient volo, sed siait tu. — Ità, pater, quoniaîn sic fuit placitiim antètel
Nos affaires intérieures continuent d'offrir la mêmeincertitude. Toute puissance, toute influence du trône est anéantie. Les ministres attendent, pour prendreun parti et pour fairequelque chose, qu'une volonté quelconque se })rononci' dans la Chambre. Le royalisme se dissout, parce qu'il n'a pas un seul IVagment de vérité où se rattacher. Les autres ont les institutions, dont ils demandent les conséquences et les développements, ce qui, logiquement, est tellement juste et raisomiable, qu'il n'y a rien de sensé à leur répondre. Aussi ne leui'oppose-t-on que le despotisme administratif, el encore timidement, paice qu'on l'a combattu soi-même, et parce qu'on sait que la France l'a (M1
liorrcur, à rnnso dcriMiormc abus ((u'oii en a fait récoininont. C'est ce SL'iitiriieiit universel, connu et parla<,a'; par quelques membres de la droite, qui les a fait s'allier avec le centre gauche pour la nominalion des candidats à lit présidence', et aussi lirobablcnionl {)liisieui's principes coinihmis. Lue certaine force a[)paraissant momentanément de ce côté, le ministère s'y est j{>té d'abord, et c'est ce qui a déterminé le choix de IU)yer-Collard, par lequel encore on a voulu donner une espèce de leçon et faire peui- aux royalistes; pauvre politique, qui n'aboutira qu'à forlifiiT le parti qu'on appelle constitulionnel de tontes b'S combinaisons lloltanles ! 11 est vrai de dire qu'il serait extrêmement difficile d'indiquer aujourd'hui des moyens réparateurs : le mal est trop avancé. Il ne reste rien à quoi se prendre. On voit maintenant à découvert l'abîme qu'a creusé la dernière aduiinistration. Même avant que ces gens-là fussent au pouvoir, j'avais toujours pensé qu'ils en finiraient de la monarchie. J(; ne me suis pas trompé. Seulement on peut employer plus ou moins de temps à régler ses funérailles. Chaque année la nation active se recrute d'une aénération enivrée des idées nouvelles; de sorte que le temps seul ferait, sans secousse, ce qui est dans les vœux des révolutionnaires, plus pressés. La cause générale de cet état de choses, c'est que le principe de vie de l'ancienne société ayant été détruit, et originairement par les souverains, il faut nécessairement que cette société meure.
* La curieuse histoire de ce vole se résume ainsi : Toutes les fra-.tions île la droite, y compris la réunion La Uourdonnaio, avaient donni' Hi'i voix à M. I^avez; toutes celles de la gauche, justement autant à MM. iloyer-CollarJ et Casimir Périer. La réunion Agier s'était connue annulée en ne porlanl aucun de ces trois noms. Les in)|)rudontes hravadi-s des membres de la droite et des journaux qn'ds inspiraient rapprochèrent, au second tour de scrutin, les vin^t-cinij à Irenle nuMnbics de la réunion Ajrier et les iluds du parti libéral, (pii n'hésitèrent pas à l'aire voter pour deux «les candiilals de celle réunion, MM. Delalol et Hyde de Neuville. Tous deux passèrent les premiers. M, Uoyer-Collard ne vint (pi'en troisième sur la li>le. Mais, comme on avait pu le prévoir, le côté droit, lurieux de son éihec. obtint du roi ijue, contrairement à l'usa^ie établi, le troisième candidat serait préiéré aux ileux premiers. En celte occasion, le côté droit lut aussi imprudent et aveugle ijue le côté gauche s'était montré habile et bien inspiié.
Ui ■ CORRESPONDANCE
11 paraît chaque jour moins probable qu'on parvienne à éviter la guerre d'Orient, quoique l'Angleterre recule devant les conséquences qu'elle peut amener pour ses intérêts. Celle politique des intérêts rend nisolubles des questions qui se résoudraient en un quart" d'heure par des idées plus élevées. Le matérialisme du siècle est surtout remarquable dans les gouvernements. Il y a une tendance contraire dans les peuples, et c'est ce qui les rend forts contre leurs chefs.
Je ne crois pas que, depuis que le nionde est monde, il y ait eu un mouvement aussi prodigieux d'idées au milieu du tïilence de tout ce qui est institué pour parler. Chaque flot a sa voix dans cette vaste mer : — le souverain de l'Océan se tait seul dans sa grotte ^
Frayssinous a adressé à tous les évêques une longue liste rie questions officielles sur leurs écoles ecclésiastiques. Il paraît que beaucoup ne répondent point, et que d'autres répondent pour se moquer du questionneur. Du reste, tout le monde est dans l'attente, et moi aussi; j'altends le Jugement dernier, comme le dénoùment le plus naturel de ce que nous voyons.
Les « chevau-légers^ » sont feii'és en velours; on ne les entend pas marcher. Jamais les anciens n'y ont rien fait : Omnes quxriint qiix sua sunt. 11 y a là quelque chose d'incompréhensible.
Que le bon Dieu soit avec vous, et vous doinie un peu de cette joie qui n'est pas de la terre, et que rien de la terre ne peut altérer !
* Nous ne doutons pas que nos lecteurs ne devinent aisément qui désigne Lamennais par ces mois : « Le souverain de l'Océan. » En revanclie, il est assez piquant de penser que le chef de ^Egli^e catholique se houve ainsi assimilé à un dos dieux de la Table païenne.
- Désignation symbolique, nous l'avons déjà dit, d'un des membres du sacré Collège qui avait eu la Nonciature à Paris.
DK I, AMEN NAIS Tm
H;:i. — A LA Ml' Mlle 10 mars 1828.
Poursuivi LMicore en ce nioinoiit, avec une espèce de rage inexplicable, par l'honinie qui ma fait tant de mal, qui m'a enlevé toute ma fortune et qui a failli m'enlever la vie, pour prix d'une confiance entière et d'une multitude de services rendus, je sais [)ar expérience combien l(!s sentiments que vous éprouvez sont douloureux et quelquefois difliciles à surmonter. Cependant la Relijjàon exige qu'on les combatte fortement, et qu'on ne néglige rien pour les vaincre; ce qui n'est pas l'ouvrage de la nature, mais l'œuvre de la grâce. « Aimez « ceux (jui vous haïssent; faites du bien à ceux qui vous per- <( sécutent, afin que vous soyez les enfants de voti'e Père qui ^ u est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et « sur les méchants, et tomber la pluie sur les justes et sur les « injustes. » 11 ne demande point que nous ne sentions pas l'injustice, mais que nous la pardonnions sincèrement, u Uei( mettez-nous nos dettes, comme nous les remettons à ceux « qui nous doivent! » Et il a donné l'exemple sur la croix : Pater, dimiUeiUù, nesciunt enirn qiiid faciunt! Hélas! il est bien vrai que les hommes d'iniijuité ne savent ce qu'ils font; et c'est pourquoi leur sort seia terrible quand ils viendront à savoir ce qu'ils ont fait : Pater, dimitte iliisl
Voilà le gouvernement fixé dans le centre gauche : c'est la mesure du chemin ([ue nous avons fait sous la dernière administration. Vous voyez qu'il ne m)us en reste pas prodigieusement à faire désormais pour arriver. Permettez-moi de vous demander une fois si mes prévoyances, (pi" on taxait d'exagération, ne sont pas aujourd'hui complètement justiliées? On ne voyait pas le mal, ou ne voulait pas le voir, parce (pi'il se cachait sous des noms et sous des phrases; à présent on l'aperçoit, et la terreur est grande ; mais la peur ne sauve pas. il parait que le côté gauche, dans sa réunion de la rue (irange-
Batelière S a décidé de poursuivre la mise en accusation de l'ancien ministère. Il serait très-possible qu'ils la fissent prononcer, et il n'y aurait que justice, mais dans le sens opposé aux griefs qu'ils énonceront.
Comme je l'avais annoncé là, il y a bientôt quatre ans, Frayssinous se retire après avoir conduit la France au bord du schisme-. Le parti chante les louanges de son successeur. C'est en ce moment l'homme des Débats^ du Constitutionnel et du Courrier. Je crois qu'ils ne se trompent guère dans les espérances qu'ils conçoivent de lui. Cependant il pourrait bien ne pas aller aussi vite que leurs désirs. Il y a dans les choses une résistance qui n'est pas dans les idées, sans quoi le monde ne subsisterait pas six mois.
La guerre paraît de plus en plus inévitable en Orient. Les Anglais, selon leur usage, vont commencer, s'ils peuvent, par s'emparer de Carabusa, ce qui leur doimera un troisième poijit inexpugnable dans la Méditerranée. On proteste toujours de la pureté d'intentions la plus édifiante et du plus parfait désintélessement. Mais, quand on serait dupe de ce langage, qui ne voit que la guerre eniraîne, de toute nécessitera dissolution de l'empire ottoman? La Russie, l'Autriche et l'Angleterre s'en partageront les débris-, et la France, comme toujours, en sera pour ses frais d'argent et de sottises.
* Les députés libéraux se réunissaient, rue Grange-Batelière, dans un cercle qui empruntait son nom à cette rue, et que les journaux congréganisles désignaient sous le nom de Club des Jacobins. [Ilist. (les Deux Restaurations, 5« édit., t. VU. p. 5i5.)
- MM. de Chabrol et Frayssinous étaient, seuls de l'ancien cabinet, restés dans le ministère Martignac. Seulement, on avait dctaclié rinstruclion publique du portel'euille dos affaires ecclésiasliques, et on l'avait érigée en département ministériel, qui fut confié, le 1'"'" lévrier, à M. de Yatimcsnil. Les deux anciens collègues de M. de Villèle se trouvèrent, en lace de la Chambre renouvelée, dans la position la plus fausse. Ils le sentirent dès les débals engagés pour la vérilication des pouvoirs, et n'osant affronter, le 5 mars, ceux qu'allait soulever la discussion de l'adresse, ils oflVircnt leur démission qui lut acceptée. M. Hyde de Neuville remphiça M. de Clcibrol à la marine, et l'abbé Keutrier, évètjue de Heauvais, prit li place de M. Fiayssinous. Tous doux étaient de cette réunion A^ier, petite fraction du parti royaliste qui. par suilc du partage à peu près égal des voix royalistes et libérales, ^c trouvait di.<poser à son gré de la majorité, bien (pTelle ne ccunplàl pas plus de vingt-cinq à Ironie membres.
On m'a envoyé, je no sais d'où, nn volume intitulé : Ojni- .scoli lilosofidy imprimé à Milan en 18*27. Je serais curieux de savoir (picl en est l'auleur. Je pense qu'il doit être cornm du marquis dWzeglio.
Les attaques des journaux contre le cler^^é ont redoublé depuis quelque temps; ils s'en sont pris aux Mandements des évéques pour le carême, et il est vrai que ces pauvres évé(iues, (jui sont toujours où il faudrait (lu'ilsne lussent pas, et ne sont jamais où il faudrait qu'ils fussent, sesontje'és àcorps perdu dans les vagues et niaises déclamations accoutumées sur la légitimité qu'on attaque, et la Révolution, et l'impiété, et làdessus des torrents de plirases où l'on cherche en vain im mot qui aille à la question : c'est donner beau jeu aux adversaires, et comme il perce toujours là dedans une pointe de ministérialisme, jugez du parti qu'on en peut tirer, et qu'on ne manque pas d'en tirer effectiveirient. Pour dire la vérité sans détour, nous avons un épiscopat généralement vei'lueux, mais idiot; et ce qui n'est pas idiot est perverti. Ce n'est pas là notre moindre plaie, attendu surtout le défaut d'action et le silence absolu duChef. Je ne crois pas qu'il y ait d'exemple d'un pareil abandon de soi, d'une pai'cdle imniol)ilité. Quand un malade n'est pas bien sur un côté, il se relourne : nous n'eu sommes pas même là. Après tout, si les honnnes paraissent endormis, Dieu veille : Non dormiet, neque dormitet qui custodit Israël.
ir,G. — A MADAMH LA COMTESSE DE SE.NFFT.
Lu II mars 1828.
Voilà votre lettre du 1"" mars, toute remplie de prévoyances sinistres, et qui n'ont cependant rien d'exagéré. (>n est, à ï'aris, dans une sorte de stupeur effrayante. Tout le monde voit le mal, maintenant, et le voit av(»c terreur, cwr ou ne découvre nulle j)art un point dappui jiour y résister. Les choses vont plus vite que je n'aurais cru, et je ne serais pas surpris
qu'avant deux ans tout fût lerniiné. La souverainclé absolue est aujourd'hui publiquement dans la Chambre, qui, dans son Adresse, gourmande le roi, et menace la Religion. Le parti qui veut le schisme domine partout. Députés, pairs, journalistes, et presque toute la masse de la population influente et active se précipite dans cette voie où M. le Dauphin ne craindra pas d'entrer, si, auparavant, la Révolution ne s'arrange d'une autre m.anière. A la tète des affaires ecclésiastiques, un homme dont le parti se tient sûr, gallican comme les Débats^ libéral comme le Constitutionnel^ et d'autant plus dangereux, qu'entre ses autres qualités il est encoi e un sot, de sorte que rien ne l'arrêtera probablement : du reste, comme disait Brantôme, (( d'une créance légère, et pas trop bon pour la balance de M. saint Michel. » Tout cela est peu rassurant, ou, pour mieux dire, tout cela doit exciter les plus sérieuses et les plus vives alarmes. Je compte cependant beaucoup sur la fermeté du clergé, pourvu que la question soit claire. On parle du mariage des prêtres, et cela est bon. Je voudrais qu'on proposât de leui' faire prendre deux femmes.
Si les réélections donnent à la gauche une majorité complète, le mouvement deviendra d'une rapidité prodigieuse. En ce moment c'est un niais, une espèce d'imbécile, nommé Agier \ qui dispose de celte majorité, avec quelques députés qui lui sont unis. C'est une de ces chances heureuses du « représentatif, )) dont un des principaux mérites est de mettre en
* M. Agicr élait un niagislrat, nicmbie très-aideiit de la dtoile, mais qu'avait clïrayé l'cnvaliistCiiKnit du pouvoir spiiilucl daus les alVaires politiques. Il voyait dans cet envahissement continu et dans les résistances qu'il rencontrait, mcMue parmi les liommes les plus dévoués à la monarchie, une condition l'alale à l'union du parti royaliste. En 1828, il se trouvait, avec M. de La Bourdonnaie, à la tète des membres de ce parti qui avaient com battu et renversé M. de Villèle, agent trop docile de la Congrégation. On en comptait dans la nouvelle Chambre environ soixante et dix, qui se partageaient en deux Iraclions d'une importance numérique à peu près égale. L'une se réunissait chez M. de La lîourdonnaie, l'autre dans le salon de M. Agier. Un avocat, M. Piet, continuait à réunir chez lui les députés coiigréganisles et les amis du ministère Villèle. au nombre de cent vingt-cinq à cent trente men)brcs. Le reste de la Chambre appartenait à la gauche puie ou au centre gauche qui, réimis, conq)laicnt cent soixante-dix membres environ.
évidence « les supériorités sociales, n pour parler le lanj^age des adeptes, et (jiii fait que nous sommes conduits par la supériorité-Agier et la snpériorité-Feulricr, en attendant mieux, ou pis.
Pendant (jue la guerre se lait dans la Clianihie, una autre guerre se prépare à l'extérieur; elh; vient de nous être annoncée, comme à peu prés certaine, par M. de la Ferronnays. Mais, pour nous consoler, il nous a promis que « la France, (juoi qu'il arrive, conserverait sa dignité. « Cette guerre, qui aurait pu être un événement heureux pour l'Furope et un puissant moyen de stabilité, va devenir un brandon de discorde, et, tôt ou tard, une source d'autres guerres, dont la Révolution seule prolltera. Mais, après tout, ne faut-il pas que ce qui est résolu là-haut s'accomplisse? Quel bras humain pourrait soutenir en l'air cette vieille société ruinée dans ses bases? Elle tombera, et il ne nous reste qu'à savoir ce que Dieu voudra faire de ses débris.
Presque tout ce qui s'imprime est effroyable à lire. C'est un mélange confus (K' (^ris de joie et de rugissements de rage, de chants de triomphe ou de mort. On dirait des têtes enivrées par la fumée de l'enfer. Il y a surtout une haine du christianisme et une haine de Dieu qui saisit l'àme d'épouvante, un froid orgueil (jui rit en disant : « J'ai vaincu, » et qui a même pour le Hoi des rois, cnCm détrôné, des paroles de pitié et des supplications généreuses. Je ne sais, je ne sais que dire : Patiens, quia xternus (
IfiT. A MADAME I.A CO MTIISSE .DE SENFFT.