‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 116 sur 140 · L'ABBE JEAN DE LAMENNAIS A M. DE SENFFT · texte numérisé non relu

L'ABBE JEAN DE LAMENNAIS A M. DE SENFFT

Renne?, le 14 juillet 1828.

Très-cher et respectable ami,

Il me tarde bien de savoir l'arrivée de mon frère à Paris, car je crains que les fatigues du voyage ne ramènent celle vilaine pctile fièvre nerveuse qui lèpuise; mais, enfin, je me rassure un peu en pensant que vous ne l'auriez pas laissé partir s'il n'avait pas été entièrement rétabli : les consolations et les joies du cœur qu'il goûtait auprès de vous étaient pour lui le meilleur des remèdes.

Il y a tout lieu d'espérer que nos èvêqucs refuseront uiîanimement de coopérer à l'exécution des deux ordonnances du i6 juin, et qu'ils prieront le Pape de les diriger par ses conseils et de les affermir par son autorité. Ce sera une belle et grande chose, dont les suites sont incalculables; tous les petits séminaires seront détruits, mais Tunité sera conservée, et les principes catholiques ne recevront pas d'atteinte de la main de ceux qui en sont établis les gardiens et les défenseurs.

Le vova^ire de la duchesse de Berrv dans le Morbihan v a ranimé à un très-haut point l'esprit royaliste ; c'était de l'enthousiasme; nos paysans couraient après sa voiture, les femmes portant à la main leurs sabols, les honnnes jetant en l'air leurs chapeaux, et tous criaient : Vive la Bonrboune ! S'il fallait se baltre demain, trente mille hommes seraient sous les armes dans ce département srul.

Le bon P. Antoine voyage aussi ; nous l'avons vu la semaine dernière. Oh! l'excellent homme ! il voudrait que l'on donnât au Feiitrier le cordon bleu, « afin qu'il fût pendu avec. » — Qu'en

nicnl à la Rcliiïion. Il est presque impossible que je n'aie pns, procliiùiicnient, de granls devoirs à remplir. »

dites-vous? N'est-ce pus là savoir tout eoncilier, les désii's de iiioiisoigneur et de eeuv de I)(\tii('oui) d'nuires?

J'eli étais là lorsqui; j'apprends (pie l'... ' est arrivé à Paris le l'i au malin, trés-I'atigué, mais du reste bien portant : me voilà tranquille et bien joyeux ; son projet est de passer à lîeiuie.sdn 2^ an ^iO de ('e mois; par coiisécpiciit je suis dispensé du voyage de Paris, ee qui m'arrange à merveille.

Waille, qui m'annonce ces nouvelles, me transmet l'excellente lettre que M'"' Louise m'a fait riioimeui" de m'écrire le 4 ; je lui rends mille grâces de son compte rendu, quoiqu'il soit si triste. Toulefois, malgré tout ce que nous voyons d'aflligeant, je me flalle d'un meilleur avenir. Sans doule, l'Kglise va être livrée à de nouvelles épreuves; elles seront doulouleuses, elles^ seront sanglantes ; mais nous aurons la victoire : une crise violente pouvait senb; nous sauver. Portx Inferi ûou prxvalebunt. Ayons donc confiance et courage. N'est-il pas merveilleux de voir l'épiscopat français, que l'on croyait si faible, se lever comme un seul homme au moment du danger, tourner ses regards vers Rome, et dire comme le IVopliéte : Levavi ocidos meos in montes undè veniet aiixilium inihi ? Il faut s'attendre à des défections, je le sais ; mais, enlin, si elles sont rares, comme j'ai tout lieu de le croire, elles ne serviront qu'à donner plus d'éclat à une démarche dont les conséquences seront si heureuses, et pour la France et j)Our l'Europe mémo. Qu'importe que quelques établissements soient renversés... leurs pieries crieront!

Adieu. J'offre mes honnnages les plus respectueux et les plus tendres à toute la famille.

Page 1