‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 118 sur 140 · AU Ml^ME · texte numérisé non relu

AU Ml^ME

Paris, le 25 juillet 182S.

Je pars, mon bon ami, dans quelques lieures pour Hennés. Je no veux pas me mettre en roule, sans que vous receviez quelques lignes de moi. Les trois semaines du séjour que j'ai fait à Paris m'ont épuisé presque entièrement, au point de m'évanouir dans le sommeil même. Le repos de la campagne me rétablira, j'espère, quoique ce repos, selon mes projets, ne doive pas être inoccupé. Je vous écrirai de la Chênaie, avec plus de détails, sur l'état de notre pauvre France. Les esprits sont fort effrayés sur l'avenir que nous prépare la Uévolution, maîtresse désormais. On s'attend à bien des choses qui s'accompliront dans la session prochaine. En attendant, on poursuit la Religion jusque dans les prisons et les hôpitaux. On en a fermé Tenlrée aux jeunes gens qui allaient instruire les malheureux prisonniers, pour l'ouvrir exclusivement à «MM. de la Morale chrétienne, w Ainsi rien n'est oublié, rien n'est négligé. J'aurais mille choses semblables à vous dire, mais on les devine assez. Avec tout cela, je me sens plein d'espérance et de courage. La vérité, plus forte que les hommes, triomphera dans celte guerre, (pii rappelle, sous tant de rapports, >e qui est prédit des derniers temps. IXon donnict, ncquct dormitetqui custodit IsracL

Mille et mille tendres hommages à M'"*' de Senfft et à la comtesse Louise. Tout à vous, clier ami, du fond de mon cœur.

A la Chênaie, le 7 août 1828.

Voilà bien des jours déjà que je n'ai reçu de vos nouvelles, et je ne vous ai pas écrit moi-inêine depuis mon départ de Paris, ayant été obligé de m'arrêter à Rennes, où je suis arrivé épuisé do fatigue. Je n'ai pps encore recouvré mes forces, et cependant il m'a fallu me remettre au travail; jamais je ne m'y étais senti moins disposé; aussi n'avancé-je guère, et cela me contrarie. Je ne sais quel temps vous avez à Saint- Gervais; ici, nous en avons un qui nous désole. Il n'a pas cessé de pleuvoir depuis l'Ascension. Dans la Beauce et la Normandie, la récolte est presque entièrement perdue ; en Bretagne, il ne reste plus d'espérance que pour les blés noirs : il ne nous manquait que la disette, la voilà. L'année 1829 sera triste sous plus d'un rapport. J'ai trouvé dans tous les esprits un grand effroi de la session prochaine, et je cj-ois qu'en effet elle nous conduira bien près de la catastrophe inévitable. On ne sait pas encore quel parti prendront les évoques sur l'ordonnance relative aux petits séminaires. La plupart se sont montrés disposés à la résistance; mais de toutes ces velléités il n'est encore résulté que peu de chose. Feutrier, comme vous l'avez vu, a publiquement annoncé aux Chambres qu'ils plieraient, il pourrait bien s'y tromper, pourtant. Cet hon)me s'enfonce dans le mal tout naturellement, connue une pierre descend dans l'eau. Presque tout l'épiscopat a rompu avec lui; il n'est entouré que de prêtres déshonorés dans l'opinion, et de quelques jacobins qui mangent ses dinors, et vont ensuite se moquer de lui aux cafés du Palais -Royal, il s'est trouvé cependant quelques prélats plus complaisants, notamment Frayssinous, l'archevêque de Bordeaux, et, je le dis Ô regret, le cardinal Isoard. Il semble que la pourpre romaine ne puisse être, en France, que prostituée.

Vous avez, je pense, prés de vous le bon évoque de Pigncrol. Veuillez bien lui offrir mon tendre respect. L'abbé Gerbet

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VOUS j)r»''S('nlo los siens. Je l'iii rainciié avoc moi à la Clienaie, où il S(» porte mieux qu'à Paris.

Voilà une bien pauvre lettre; mais je n'ai rien à vous mander d'intéressant, et ma tète est comme vide à force de lassitude.

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