‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 119 sur 140 · AU Ml' ME · texte numérisé non relu

AU Ml' ME

A la Chênaie, le 14 août 1828.

Je suis charmé d'apprendre que l'air des montafçnes ait rendu à M"" de Senfft ses premières forces, que les excessives chaleurs de Turin connnençaient à épuiser. J'espère que la santé de la comtesse Louise s'en sera bien trouvée aussi. Pour nous, il faut désormais que nous renoncions à l'été. Depuis deux mois, nous n'avons pas eu un seul jour sans pluie, et l'on n'aperçoit encore aucune apparence de changement. La récolte de l'avoine est entièrement perdue; celle du froment sera très-faible, et, si le sarrasin manque, il faut nous attendre à une forte disette, dont les conséquences sont très-difficiles à apprécier en ce moment. L'année prochaine s'annonce sous de tristes auspices. On doit prévoir le développement de la persécution religieuse, et de grands pas fails vers l'accomplissement de la révolution politique. Hien ne saurait airêler désormais ceux qui veulent l'opérer; ils ont les Chambres, ils ont le ministère, ils ont le Roi et son successeur immédiat. Il faut donc nous préparer à de grands événements. Au reste, je ne les crois pas seulement inévitables, mais encore nécessaires pour sauver la société, si elle doit être sauvée un jour. Les évéques ont présenté des réclamations au roi, ou plutôt des protestations qu'on dit énergiques et bien faites. Je ne les ai pas vues; il faut espérer qu'on les rendra publiques, sans quoi elles perdraient la plus grande partie de leur effet. Je regarde la fermeté du corps épiscopal comme une chose tout à fait de Providence.

Si vous avez occasion d'écrire à M. de Bonald, veuillez avoir la bonté de lui dire combien je suis sensible à son souvenir.

Je vous recommande aussi l'affaire dont nous avons causé à Turin, et dont je continue de m'occuper très-aclivement. Je ne sais ce que Dieu a décidé du monde, mais il y a certainement une belle carrière ouverte aux chrétiens. Cette pensée me console et m'affermit. La foi a cela de beau qu'elle fait qu'on n'a pas besoin du présent : tout l'avenir est à elle; le temps est son point de départ et l'éternité son domaine.

L'abbé GerbeL vous offre son respect, et moi mille hommages et mille tendresses.

Je reçois, mon bon ami, votre lettre du 24 juillet, à temps pour vous adresser la mienne à Turin. Je vons répondrai bientôt plus à loisir. Mille el mille tendresses.

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