A M. LE MARQllS DK COHIOMS
A la Chênaie, le 15 septembre 1828.
Votre lettre, monsieur le marquis, est venue augmenter les reproches que je me faisais déjà de ne pas vous avoir encore
* L'Apostolique, très-probablement, c'?slù-dire le Nonce apostolique.
écrit. Mais vuiis ne sauriez croire de combien (roccupalions diverses je me suis trouvé comme accablé depuis mon arrivée ici. Voilà mon excuse, si c'en est une. I.a meilleure, à mon gré, est le souvenir plein de respect et de tendresse que je conserve de vous au Tond de mon cœur, et qui ne dépend, je vous assni'e, ni d'une lettre écrite, ni d'une lettre reçue. N'allez pourtant pas conclure de là qu'autant vaut alors me priver des vôtres, car j'y altaclie un prix que vous seul au monde ne comprendrez pas. J'y trouve lumière, consolation, et je ne sais quoi de doux pour le cœur, qui se sent et ne s'exprime point. Nous avons aujourd'hui bien besoin de tout cela. On nous mène si vite et si loin, que les plus hardis appellent de toute part des encouragements, et les plus forts, des ap|iuis. Pour moi, je me tranquillise en voyant dans ce qui se fait l'accomplissement des desseins de la Providence, qui se sert du mal et des hommes du mal pour produire un bien qui ne pourrait autrement s'effectuer. De grands désordres et de grands châtiments sont encore nécessaires pour que le monde rentre dans ses voies. J'en dirai quelque chose dans l'écrit que je prépare, et qui ne paraîtra pas aussitôt que je le présumais, parce qu'au lieu d'une brochure, je me suis vu engagé peu à peu à faire une espèce de hvre. Toutefois j'abrégerai autant qu'il me sera possible, mais il y a des choses qu'il est temps de dire, quoi qu'on en dise, et je me résigne d'avance à tout ce qu'on en dira.
Monsieur votre fils est cause que je vais m'intéresser au Péloponnèse ^ Je cherche comme vous le motifjde celte mystérieuse expédition, et, comme vous, je ne le trouve point. Si on pouvait l'apprendr»! aux ministres, on leur rendrait peutêtre service autant qu'à nous. Je fi\is des vœux qui seront bientôt réalisés, poni' le succès de l'examen que va subir M. Emmanuel. Veuillez lui parler de mon attachement, et veuillez aussi faire agréer mon respect à M'"^ de Coriolis. Elle était souffrante le jour où j'eus Thoimeur de vous voir à Paris. J'espère que sa santé est meilleure maintenant.
* Le fils aine de M. Je Coriolis faisail partie de l'expédition en Mon5e.
Si mon amitié est pour vous un peu de ce qu'est pour moi la vôtre, vous devez, monsieur le marquis, être content devotissimi tui.