A >IA1)\ME LA C( MTKSSE DE SENFFT
Le 2 octobre 1828.
Hélas! oui, je ne sais que trop combien votre position est pénible dans cette tiiste ville! SouFIrances de tous côtés, et si peu de choses qui soulagent! Mais enfin, Dieu vous veut là, au moins momentanément. Pourquoi? Il le sait. Pour nous, croyons de tout notre cœur, croyons sans hésiter (ju'alors (|u'il nous éprouve, c'est toujours dans des vues de bonté et de miséricorde. Le temps viendra où nous le verrons clairement. Jusque-là, souvenons-nous de l'Apôtre : Le juste vit de foi; et ne cherchons point ici-bas une autre vie, car nous la chercherions en vain.
Vous avez vu dans les journaux où en est l'affaire des ordonnances. Il y avait eu connne un miracle de la Providence pour mettre un peu d'union parmi les évéques, et inspirer à la faiblesse même quelque fermeté. Prêtres, laïques, tous à Tenvi repoussaient avec un courage inc^spérable les premières tentatives de schisme, quand voilà qu'on annonce je ne sais quelle lettre du cardinal Bernetli ^ (pii engage les évéques à « se coir
' li.! mission do M. Lassagni. doiil nous avons parlé dans une des noies préot'denles, porta tous les fruits qu'on en attendait. Le cardinal Bcrnetti, son ancien condisriple, l'appnya de toute son intluence, et, le 25 septembre, « tiuand, dit Vauliibelle, les jouinaux reli>;i(Hix se raillaient de Timpuissame du gouvernement à vaincre la résistance des évoques^ le cardinal de Latil adressait ù tous ces prt'lats la connniinication suivante :
< Monseigneur, le Roi ayant daigné me l'aire communiquer les rt^ponst's lit'
fier en la piété du roi, » comme si en France il y avait un Roi, comme s'il pouvait rien sur rien, comme si « la piété du Roi b empêchait les ordonnances d'être destructives de la Religion, attentatoires aux droits divins de l'Église, tyranniques, impies, etc.; comme s'il était question de réprimer le zèle exagéré du clergé dans un cas douteux; comme si on s'étonnait qu'il osât résister aux ordres de la Révolution et défendre la Foi contre elle; comme s'il n'avait plus qu'à reconnaître le patriarcat du Constitutionnel ou du Courriel' I Je ne crois pas que, depuis des siècles, un aussi grand scandale ait été donné; et combien les suites peuvent en être funestes! Rome, Rome, où es-tu donc? Qu'est devenue cette voix qui soutenait les faibles, réveillait les endormis? cette parole qui parcourait le monde, pour donnera tous, dans les grands dangers, la force de combattre ou celle de mourir? A présent, on ne sait que dire : « Cédez! » Aussi, déjà, plusieurs évêques, qui n'avaient pas osé se séparer des autres, s'empressent-ils, dit-on, de faire agréer leur obéissance. Que deviendra la Religion, si on se précipite sur cette pente, si on s'en tient aux lâches conseils de S. E. Rernetti? Croit-il donc, cet homme, que la Révolution va s'arrêter? Croit-il que ses desseins n'aillent pas au delà de ce qu'elle a obtenu jusqu'ici? Ou s'imagine-l-il qu'on lui l'ésistera plus aisément lorsqu'on lui aura donné des gages infâmes de servilité, qui tripleront sa confiance et son audace? Encore une fois, où en sonnnes-nous? Si la perte nous vient d'où l'on devait attendre lé salut, que reste-t-il à faire, sinon ce que disaitle Prophète : Elongavifugiens,et mansiinsolitudine? Je ne saurais vous parler d'autre chose aujourd'hui ; j'ai l'âme trop pleine de ce que je vois et de ce que je prévois. Priez, priez pour l'Eglise! sans doute, elle ne périra pas; sans doute Dieu, qui la protège, est plus fort que ne sont
Bflwe relatives aux ordonnances du IG juin, et m'ayanl invilé à vous en donner connaissance, j'ai l'Iionneur de vous inlbrnier tpie S. S., persuadée du dévouement sansrrserve des évècjues de France pour S. M., ainsi que de leur amour pour la paix et pour tous les autres véritables intérêts de notre sainte religion, a fait répondre que « les évêques doivent se confier à la sagesse du Roi pour l'exécution des ordonnances, et marcher d'accord avec le trône.» — llist. des Deux nestauralions, 5" édit.. t. VII, p. 454.
faibles ceux qu'il a chargés de la déftMidre. Mais pourquoi fautil (ju'on soit obligé de se redire cela si souvent, si amèrement? Hélas ! hélas! je finis comme j'ai commencé : — Vivons de foi !
1S7. - A M. I.K MARQUIS DE CORIOIJS.
A la Chênaie, le 9 octobre 1828.
Dites-moi, je vous prie, monsieur le marquis, si j'ai reçu hier une lettre de vous. Voici le fait : j'étais occupé; on m'apporte de Dinan plusieurs paquets ; je crois reconnaître sur l'un d'eux votic écriture; je le mets à part comme le plus précieux, et puis, un quart d'heure après, quelque recherche que j'aie pu faire, il m'a été impossible de le retrouver. Je ne comprends absolument rien à cette disparition qui me désole. IMaignez-moi, et croyez bien qu'un semblable accident n'arrivera pas deux fois. Outre le plaisir, toujours si grand, de vous lire, je regrette encore les faits que vous m'auriez appris. On est aujourd'hui plus quejamais avide de savoir ce qui se passe, car les circonstances deviennent plus graves de jour en jour. 11 n'y a guère dans le monde que Mgr Bernetti qui, sur ce qui se fait, puisse dire : Amen. Si vous vous en souvenez, nous cherchions des hommes; en voilà un d'une terrible force. Ne croirait-on pas rêver? Pour moi, je me tàte dix fois par jour pour me convaincre que je ne dors pas; et pourtant dormir vaudrait mieux peut-être. Voyez un peu l'état de notre pauvre globe: la Russie se lançant de tout son poids sur la Turquie, et se cassant le nez à terre; l'Autriche remuant ses lourdes masses pour aider Mahmoud, ou pour partager ses dépouilles; en Irlande, les catholiques massacrés par les protestants; l'Amérique en feu d'un bout à l'autre ; Tauguste empereur de la Chine embarrassé par des révoltes, dont nous ne nous soucions guère, à la vérité; et enfin, que sais-je? la névolulion qui est à notre porte, à laquelle nous n'échapperons point, non plus qu'à la persécution religieuse, qui commence dans les gazettes et qui finira sur les ècliafauds. Je vous avoue que ce grand spectacle connnence à me fatiguer extrêmement. Je suis las
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de l'imbécillilé et de la férocité humaines, et je donnerais pour bien peu de chose, je vous jure, rois, peuples, ministres, etc., y compris MM. de Martignac, Portalis et Vatimesnil. Il sera curieux de voir plus tard ce que deviendront ces courtisans du crime. Je les recommande à Charles X, la première fois qu'il iui arrivera de songera Mais le pauvre homme ne songe pas, il rêve. Gare le réveil! La promenade sentimentale qu'on vient de lui faire faire aura eu au moins cette utilité de l'exercer aux voyages; et cela est toujours bon, car on ne manquera pas, d'ici à peu de temps, de lui faire voir bien du pays. Vous avez dans celui que j'habite, monsieur le marquis, une personne qui vous est dévouée avec autant de respect que de tendresse "^