A M. LE COMTE DE SENFFT
Le 1 G octobre 1828.
Que je vous remercie, mon cher et respectable ami, de l'aimable préférence que vous m'avez accordée on m'annonçant une des choses qui pouvaient me causer le plus de joie ! Je ne doutais pas que la Providence ne mêlât bientôt quelque grande consolalion aux amertumes par lesquelles elle a voulu d'abord éprouver voire patience et perfectionner vos vertus. Il suffit, avec elle, de croire et d'attendre. Je forme les vœux les plus ardents pour que vous trouviez tous, dans l'avenir qui se prépare, ce bonheur qui, bien que toujours imparfait sur la terre, est encore néanmoins un bienfait de Dieu, et comme une image de sa grâce dans l'ordre terrestre.
J'ai maintenant trop peu de relations à Paris pour être en état de vous mander quelques particularités intéressantes. Il
* Allusion au Songe de Clovis, poëme déjà mentionné rie M. de Coriolis.
- Lellie supprimée: — A M'"' la baronne Champy. La Chênaie, 14 octobre 1828. « On doit s'attendre à peu de tranquillité désormais. J'ai toujours cru à une révolution nouvelle, ou plutôt à une nouvelle crise dans la Révolution qui ne fait guère que commencer, quoiipie aussi vieille que moi. »
y a d'.'iill(Mirs niijomdlmi dans toutes les âmes une sorte d'al)alleiiR'iit (pu lue la ciuiosilé iiièiiio. Jamais je n'entendis moins parler de i)olili((ne. Un laisse couler le temps sans se demander ce (piil nous apportera. Le mépris pour les lionnnes qui gouvernent est si profond, qu'il a atteint jusqu'à la haine. On sent que ce qui est ne durera pas; qu'une catastrophe est nécessaire, prochaine, inévitable; qu'elle entraînera des maux sans nond)i'e, et néanmoins je ne vois de ciainte nuUe part. Quoi qu'il (m arrive on sera soulagé, car ce sera autre chose : voilà où nous en sommes. L'orgueil moscovile humilié d(^vant Schoumla, la fuite du géant déguenillé, la Gi'èce, l'Angleterre, le Portugal, l'Espagne, tout ce qui se passe de si remarquable dans ces malheureuses conti'ées n'excite pas le moindre intérêt. Mais un pareil état ne saurait être durable, et de ce calme sinistre sortiront tôt ou tard d'affreuses tempêtes.
Nos affaires ecclésiastiques sont dans une sorte de stagnation. Les minisîres, aidés de Mgr Bernelti, travaillent les évêques individuellement. Quelques-uns cèdent, les autres résistent ^ On atteindra de cette manière la session, et alors il y aura un grand pas en avant. i*our moi, vous savez ma devise : QiLodfacis, faccitiUs. — Je les défie d'aller plus vite que mes désirs.
Je vous manderai l'époque de mon changement de demeure. Elle n'est pas encore fixée. Les réparalions retardent. Les choses vont d'ailleurs, gi'àce à Dieu, d'une façon qui passe, et de bien loin, toutes mes espérances. Priez, je vous en supplie, pour que Dieu continue de nous bénir. Je de-
* 11 n'y cul de résistance ni:ir(|ii»'e et rtMnari|uée que celle du cardinal de ClernioiU-Tonncrre, signataire de la l'roleslalion de-* évèqiies. Invité à transmettre au ministre des AlTaires ecclésiastiques les renseignements exigés par les ordonnances du 10 juin, l'orgueilleux prélat répondit en ces termes :
« Monseigneur^, — la deviso de ma fainillo, qui lui a été donnée, on 1I?0, par Caliste II, est (t'ile-ei : Eliamsi omiies, ego non. C'est aussi celle do ma constiL-nie.
« J'ai riionni'ur d'ôlrc, avec la respeclueusi? considération qui est due un ministre du Uoi,
« A. J., cardinal, arclievêtiut> do Toulouse. •
mande la même grâce à M™^ de Senfft el à la comtesse Louise, à qui je vous prie de faire agréer mille tendres respects. Vous savez, cher ami, combien mon cœur vous est dévoué; mais j'aime à vous le redire.