i. — M. DE COKIOLIS A LAMENNAIS
Paris, 2 décembre 1828
...Je m'arilige des aniiclioiis el des soucis dont vous jue parlez dans votre lettre du 7 novembre, et je nn'en nflligerju's bien plus si votre précieuse et chère santé en était affectée à un certain point, car, qu'elle ne le soit pas, c'est ce qu'on ne peut raisonnablement supposer.
J'ai laissé Knimanuel à Ângoulème, dans une école pieuse et monarchique, dont j'ai pris une exacte connaissance ; mais celte école, la laissera-t-on vivre? C'est au moins douteux dans un temps où tout ce qui a autre chose que la vie matérielle est menacé de mort. On tue en attendant d'être -tué : c'est toujours cela.
Ce que vous me dites, au sujet de notre ami de Florence, sur les gouvernements d'Italie et leur politique molle à la fois et soupçonneuse, ne brille que par trop de justesse. Nous en faisons une rude épreuve. On cause certainement à Rome mieux qu'on n'y chante; mais, comme on chante à Paris infiniment mieux qu'on n'y cause, il ne serait peut-être pas mal de se rappeler Vovbi, sans faire tort à Viirbi K
Que vous dire de ce pays-ci? que nous avons des Cranmer
* On sail que la bcnédiclion du Pape se donne, du haut du Quirinal, orbi et urhi — au Monde et à la \iUe par excellence, c'est-à-dire Rome.
quelque intervalle entre le travail qu'il va terminer et un nouveau travail Quoique sa santé ne soit pas mauvaise, il a besoin d'un ré|>it qui lui sera d'autant plus salutaire que, pendant cet intervalle de repos, il ne sera pas livré à luimême.
« il avait voulu ilernièrement se mettre ;\ se lever, comme nous, à cinq heure», et il l'a fait pendant quelques jours. >ou> l'avons décidé à y renoncer; nniis je crain-. que i'i nvi(> ne lui en repieiine. il sera bien à propos que vous in?istiez sur les mén;igemcnls qu'il doil ol)>ervLM- dans l'intérêt de >a banté, de ses amis et de rEj;lise. Vos représenlalioiis IVront impression >ur lui.
« Je suis heureux, monsieur le comte, d'avoir celte occa>ion de me rappeler à votre souvenir; le mien se reporte, en ce moment, à mes tri^tes lettres du mois de juillet de l'année dernière. Dieu soit béni! ces an^ois>e.-« sont paï.>ées.
« Mille hommages res|)Octueux, que je vous prie de présenter el de recevoir. ■
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à l'essence de rose, en attendant des Gobel ^; voilà pour l'Église. Que nous sommes entre les « éclectiques » et les électeurs; voilà pour le reste. Singulier royaume! Quand donc voudrez-vous enfoncer votre ongle de fer dans les consciences cautérisées? — « Conscience tant qu'il vous plaira, » pouvezvous leur dire avec Bourdaloue. Au reste, vous pouvez vous mettre fort à votre aise avec des gens qui « avalent et digèrent le chameau, mais qui craignent d'avaler le moucheron. » M'est pourtant avis que vous serez un « chameau » de dure digestion. Il court des rumeurs (sont-elles sans fondement?) sur le rappel de « mon voisin » don Abbondio. On parle du père Orioh. C'est, dit-on, tout autre chose. Faxit Deiis! Mais je ne me repose plus que dans ce qui effraye tout le monde, les Abbondio compris. Savez-vous bien une chose? et cette chose me fait dresser les cheveux sur la tête : c'est que j'en suis arrivé à regarder que, vouloir s'opposer à tout ceci, c'est résister aux desseins de la Providence, qui nous veut donner une leçon finale où ne nous feraient pas arriver la sottise et ringratilude des rois. Je veux croire toujours qu'ils sont les « images de Dieu sur la terre, » — portraits si vous voulez, mais portraits au pastel, bien effacés.
Mon fds aîné nrécrit de Morée des détails passablement curieux. Il vous remercie de l'intérêt que vous voulez bien prendre à l'expédition par rapport à lui; mais, du resie, il vous en délie maintenant. Tout ce monde-là est bien revenu de son enthousiasme hellénique. Il n'est rien de tel que voir de près...
M'"*" de Coriolis regrette tous les jours vos conversations si pleines, si spirituelles, si instructives en toute manière. Elle a bien reconnu la justesse de vos jugements sur MM. tel et tel. Elle ne cesse de parler de vous, m' imitant en cela, et sans vue d'imitation. Je lis toujours vos lettres à qui et ou il faut. Je ne suffis pas aux empressements. Croyez que cela est bon, meilleur que vous ne pensez peut-être. Cette pensée toute nue et
* Évoque conslilulionnel dont le nom revient fréquemment dans 1 liisloire de la Révolution de 89. — Supplicié avec les llcbertistes.
I)K I.AMKNNAIS. 401
sans préparation, (jiii n'cbl pas j)i-odiiite tout haut, produit une grande impression sur les Abbondio des deux sexes, qui pensent si bas.