‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 30 sur 140 · A M. LE MARQUIS DE COIUOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE COIUOLIS

A la Chênaie, ce 3 juillet 1825,

J'éprouve le besoin, monsieur le marquis, devons remercier des prophétiques vers que l'Apôtre des Francs vous a inspirés '. Il n'est pas, certes, donné à tout le monde de parler avec un pareil talent ; mais, si tout le monde, du moins, voulait parler avec une pareille franchise, nous ne serions pas où nous en sommes, et l'on entreverrait encore quelques espérances dans l'avenir. Au reste, les provinces commencent à être terriblement désabusées, et nos grands hommes y deviennent plus petits de jour en jour. Elles suivent tout naturellement le conseil que saint Remy donnait à Clovis, a elles brisent ce qu'elles adorèrent, » et c'est leur manière de se convertir. L'esprit de pénitence s'est même tellement ré[)an(lu parmi le peuple, qu'il s'est mis à soupirer ses regrets et ses douleurs dans une sorte de complainte, dont je n'ai retenu que ces trois couplets :

Or écoutez, petits et grands, Écoutez tous la triste lii^loire De deux chevaliers décriloire

' Allusion à un pocme de M. de Coriolis, intitule h' Songe de Clovis. La suite de la lettre explique suffisamment le sens général de celte conception poéti([uc.

Qui, pour leurs méfaits imprudents, Furent pendus en même temps

L'un de naissance était Gascon * Et très-versé dans le grimoire Qui l'a mis si bas dans la gloire, Ainsi que l'avocat breton -, Son agréable compagnon.

Venus, hélas! et peu gaiement, Venus au pied de la potence, Le greffier leur lut la sentence; Après quoi, d'un cœur pénitent, Ils montèrent en s'embrassant.

Je trouve quelque chose de fort loucliaiU dans cette fraternité de potence ; mais le peuple a un sentinfient si vrai, toutes les fois qu'on ne gâte pas son goût naturel ! Mon frère vous offre ses hommages ; il a été ravi de vos beaux vers. Je ne vous parlerai point de mon tondre et inaltérable attachement ; ce serait, désormais, chose superflue.

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