NOTKS KT SOU V KM US
On ii NU (jiicl lut l(.' sort dos deux proiiiicrs voliiriifs de nndiffi'icnre en matière de Reli^fion. Lf3 j)r(;iiiior, saliiù d'un ii|>|>l;mdisscnienl unanime, — j'entends parmi ceux dont il exprimait les idées et servait les croyances; — le second, donnant déjà lieu, même dans le parti religieux, et plus j)arliculièremcnt au sein du clergé, à des objections, à des restrictions jalouses de l'enthousiasme tout d'abord surpris. Ces soudaines explosions de génie, dans les rangs de la sainte milice, troul)lent, au sein de leur quiétude, bien des vanités qui s'ignorent, bien des ambitions qui, pour se replier sur elles-mêmes, n'en sont ni moins vivaces ni moins ardenles. Une renommée qui s'improvise les trouve hors de garde et sans ressources pour lui résister de haute lutte : mais tout succès a son lendemain, et ce lendemain n'est jamais perdu pour elles.
Est-ce un profane qui se permet d'interpréter ainsi, et qui interprèle mal ces critiques cléricales, si bien masquées de scrupules, si timides et si bénignes au début, lesquelles, gagnant jour par jour du terrain, cnlbnt peu à peu leurs murmures, rappellent le terrible crescendo de Doni Basile'.' Si on le croit, ma léponse est prèle. C est dans une cellule de trappiste que les lignes suivantes ont été tracées :
« La Sa nie roloiilè tie Dieu.
• Ahbtiy.' (le MellcMy, 20 juillci IS^l.
fl MoNSuar. i/aiîbé,
« Hieii (|ue j'eusse à vous remereier pour la bonté que vous avez eue (le ni'uuvoycr voire Défense de /'/!,'.s.sa/, je n'ai pas voulu vous répondre avant de Tuvoir lue avec toute rattcnlion dont je sins capable. Votre second volume, monsieur l'abbé, pour loul liou.ine sage, présente un
grand caractère de vérité. Mais votre Défense est une démonstration fjui entraîne les convictions après elle. Vous battez vos adversaires de leurs propres armes, et tout en les réduisant au silence, leur faites sentir leur imprudence et leur ignorance. Ils ne jurent tous que in verba magistri, de ces maîtres dont, pour la plupart, ils ne connaissent que les noms, et vous leur faites voir que ces maîtres ont pense et parlé de manière à fournir eux-mêmes la preuve la plus évidente de votre système. Je ne sais cependant si votre Défense sera également goûtée par tous. H est des gens dont vous compromettez furieusement Vamourpropre, et ces torts-là ne se pardonnent pas. Vous leur faites voir clairement, non-seulement qu'ils ne vous ont pas com})ris, mais qu'ils n'ont ni lu, ni au moins entendu les grands oracles dont ils invoquent Tautorité contre vous, qui les citez au redoutable tribunal du sens commun. C'est, monsieur Tabbé, être trop exigeant, etc., etc.. n
La lettre est signée F. Aintoine, ahhé de MeJIeray^ et l'esprit de Voltaire n'est évidemment pour rien dans sa rédaction.
Deux ans plus lard, à propos des deux derniers volumes de y Indifférence., un missionnaire, formé par l'abbé Carron, et compté parmi les plus éloquents, l'abbé Le Tourneur, se montre encore plus explicite :
«... Il me semble que, depuis que j'ai lu vos deux derniers volumes, je suis plus fort, je vois mieux, j'entends plus clair. Que Dieu soit béni, mon bon frère, de tout ce qu'il vous a donné pour sa gloire! Car si sur un cœur de prêtre, bien desséché, bien éteint, presque mort, ces traits de feu et de lumière ont laissé une empreinte si forte, et je crois si profonde, que sera-ce donc dans des âmes mieux disposées?... N'avant pas le temps de vous lire le jour, je vous lisais la nuit, et il m'a fdlu bien des heures de nuit, car il y a des passages qui m'arrêtaient longtemps, et sur lesquels il me fallait revenir bien des fois.
« La dernière livraison des Tablettes du Clergé conlcnah une lettre
datée de Rome, tout à fait dans le style et la manière de C Je
n'en ai pas été surpris, car je m'y attendais, et je gagerais qu'Ostini l'a trouvée de son goût. Cxci sunt et duces cxcorum. Ces petites conjurations d'amours-proiircs froissés, et de systèmes vaincus, peuvent retarder le triomphe de la Vérité; mais son jour viendra...
« On a souvent besoin de lever les yeux au (ici dans les jours où nous
NOTKS Kl soi V KM IIS. 41
vivons, tant l(i mal v est exirèinc, tant It's cfrurts qu'on t'iil»' ponr v porter remèdo paraissent impuissants. Notre bon Jran ' m'attriste; et (pioiqnc mon évèquc me dise que « la guerre est un peu son él«''mi'nt. • je doute foit qu'on vive à l'aise an milieu des tracasseries dans lesquelles on est à peine soutenu par ceux (|ui y sont à p<.'n jiiès seuls intéressés. Puis, de même que les éloges ne tarissent pas loi-squ'on réussit, — à quel- (pie cliance d'ailleurs (pie leMircès se puisse devoir, — on peut s'attendre à la censure la plus démesurée, lorsqu'on est traversé ou arrêté couii dans sa marche. Si les réformes de l'abbé Jean n'avaient })as été contrecarrées en tout sens, l'ordre qu'il rétablissait à Saint-Denis et dans toute la Grande Aumônerie ajoutait à sa réputation d'Iiabilett'-. Je ne serais pas surpris, maintenant, qu'on déclarât « qu'il n'est qu'un brouillon. »
Ces hostilités sacerdotales, dont on entrevoit le caractère, Lamennais les avait subies à Ronne aussi bien qu'à Paris. Son « ultramontanisme » ne l'en avait pas préservé. Partout où il y avait des théologiens, il rencontrait des opposants, parce qu'il y trouvait des rivaux. Quelques fragments des lettres que lui écrivait, en 1822 et 1825, un ecclésiastique français de la cour pontificale, préciseront cette situation singulière. M. de Sambucy, cousin de M. de Bonald, était chargé de faire traduire en ilalien, et de publier à Rome la Défense de lEssai. H écrivait à Lamennais, le il lévrier 1822 :
« Monsieur l'abbk,
« J'ai bien fait, sans doute, de ne pas confier le manuscrit de la traductionde lu Defcnfie a monsieur l'abbé *** dont le nom seul aurait fait rejaillir sur la traduction le discrédit où sa conduite l'a jeté à Home.
« Le nom du traducteur — le II. V. Orioli, cordelier au conventuel, régent du colb'ge de Saint-Honaventure, dans le couvent des Saints-Apotres, consiilleur de i'lfi(U'j:, etc., homme savant, et qui joint a boau-
* li'abbé Jean de Lamennais.
coup d'esprit unjugeinoul très-solide, — en a imposé anx contradicteurs, mais ne leur a pas absolument fermé la bouche. On a tenté de faire clianger d'avis le R. P. Maître du Sacré Palais, pour arrêter l'impression. Il m'a prie de passer chez lui. Après une entrevue et une discussion d'une demi-heure, je l'ai laissé inébranlable. L'asse?seur du Saint- Office a désiré pareillement me communiquer ses observations. J"ai répondu à tout. Une seule difficulté à laquelle je n'ai pu répondre est celle-ci : — On lui écrit de Paris que vous vous êtes rendu aux observations de plusieurs personnes très-graves, et que, d'après leurs sentiments, vous préparez une nouvelle édition du second volume, où tout sera corrigé : — L'impression de la Défense est donc, mt; disait-ii, parfaitement inutile. — Je lui ai répondu : — On a permis, en Italie, la traduction et la vente du second volume; il est donc utile d'autoriser la traduction et la vente de la Défense, dans les intérêts de l'auteur et de la vérité même, afin que les Italiens soient plus à même de juger.
« J'ai découvert que, parmi les deux théologiens consultés sur le second tome *, l'un vous était favorable et l'autre contraire; et j'ai arraché 'a celui-ci l'aveu qu'il n'avait pas lu la Défense. A peine arrivé chez moi, je lui ai envoyé la seconde édition de celle-ci pour éclairer son jugement, etc., etc.
« Je vous observerai (.sic) ici que l'école du Collège romain, confiée à des prêtres séculiers, ne parle que de Condillac, Locke, etc. Le cardinal Litta gémissait avec moi, avant sa mort, de cette sorte de tendance au matérialisme. Il se proposait de changer cet esprit.
« Vous avez peur vous le cardinal doyen de la Somalia qui, avec Tévèque de Potenza et le P. Orioli, vos deux traducteurs, prétendent hautement que l'on ne vous comprend pas, ou que l'on ne sait pas le français suffisamment, si l'on n'adopte pas votre système... »
« 10 mai m-n.
« L'impression est terminée, et j'ai obtenu trois approbations, suivant votre désir. Je vais maintenant donner cours à l'édition que je ferai annoncer favorablement dans le Journal Ecclésiiistique de Naples, avant de le faire annoncer dans celui de Home, parce qu'il y a encore des cori- Iradicteurs.
« Le plus savant de ceux-ci, mon ami et colR^gue de l'archevêque de Ciênes, m'a promis de me donner amicalement les raisons de sa critique, par écrit. Je vous les enverrai parce (pie, peut-être, en tète du troisième volume, vous pourrez en tirer profit, ou y répondre.
* De V Indifférence, etc. La Défense ne formait qu'un volume.
NOTFS KT SOrVENIRS. 4*i
'( nuanl il un alihé du (lollégo romain qui avail éiêt consulU*, voici sa ri'ponsL' : Systcina fulso in filosofia,pericolo in theologia.
« Je croiseur le tr.i(hi(-k-ur Va un pru rauicnc à un jugement plus nio(l('i('' cl munis liancliiUil, etc., «'te. •
« l\ S. An moment où j'allais envoyer ma lettre à la p^^te, le il. V. Maître du Sarrr l'alais, uTa dit qu'il venait de recevoir une lettre avec des corrections dont il me fera part ces jour>-ci. J'ai vu, en efl'el, votre signature et votre caractère d'écriture.
« On était encore venu le solliciter contre rimpression; mais il a été inébranlable... «
« L'école du Collège romain, peu accréditée d'ailleurs, ne vous est pas favorable, je vous eu ai dit la raison, etc. »
« IC octobre IS'iT,.
« Je viens de faire l'heureuse rencontre de votre ouvrage (c'est-à-dire des tomes 111 et IV de VEssai) et je me suis empressé de le porter à votre illustre défenseur, (|ui est, en même temps, le plus savant de nos théologiens. Je ne négligerai rien pour détruire les préventions, pour éclairer les esprits, et assurer à la Vérité son triomphe.
« Mais un nouvel incident e>t venu affliger vos amis. C'est le démêlé avec l'Université. De grâce, veuillez bien me donner, â ce sujet, tous les documents utiles : cela intéresse votre réputation un peu compromise (et même beaucoup) par cet éclat que l'on taxe « d'excès de zèle, d'imprudence, etc. » Des cardinaux et des théologiens, qui vous sont singulièrement attachés, réclament de mon amitié ce bon office auprès de vous. Veuillez donc bien nous offrir cette occasion de rendre justice à vos bonnes intentions, dont nous ne pouvons douter. »
On voit, par ces extraits, de quelles inquiétudes, de quelles méticuleuses obsessions, de quelles sourdes menées, de quelles ténébreuses inimitiés le plus vaillant ('lnnq)ion de l'Eglise Romaine était entouré, là oii il n'aurait du avoir, ce semble, que des admirateurs et des amis'.
' Qiiiiiil aux gallicans, leur inimitié, plus naturelle, «'lait ans>i pUis iVanolie, dirai-je pins brutale? Ce mol, un pou dur, m'est sngiîéré par le souvenir d'une véritable avanie que Lamennais eut ù subir, et qui est rapportée en ces termes dans rA'.v.sY// biographique, déjà lilé: « Eu revenant d'Italie, en IS'ii, Lamennais était doscciulu à Paris, rue »le Ilonrbon, n* '2, chez «on fn're, M. l'abbé Jean, ipii venait de se dénietU'e des l'ontiions de vicaire général
44 NOTES ET SOUVE^■IRS.
Son voyage à Rome, en 18'24, s'explique par la nécessité de raffermir cette situation si contestée qu'on lui faisait auprès de l'autorité pontificale. Aucune visée ambitieuse ne l'y poussait, et il résista, non sans peine, aux flatteuses instances de ceux qui voulaient le retenir dans cette haute sphère du pouvoir ecclésiastique.
« Paris nrost insupportable, — écrit-il à cette époque dans une lettre toute d'intimité. — Je préfère mille fois Tltalie pour le climat, mais surtout pour les hommes. Ce peuple a été, je vous assure, étrangement calomnié. On a voulu me retenir à Rome; et j'y serais certainement resté si l'idée du devoir n'était venue contrarier mon penchant. Il m'a semblé que, peut-être, avais-je à faire quelque bien en France, et je suis revenu y chercher des injures, des haines et des per.-écutions. Mais, comme notre modèle et notre chef ne nous a promis que cela, nous avons
de la Grande Aumônerie. . . Le prince de Croy, archevêque de Rouen et Grand Aumônier de France, eut l'inconcevable idée de s'en formaliser. Il en écrivit à M. le comte de Senfft. De là les deux lettres suivantes qui lui furent adressées :
t l'aris, 1" octobre 182i.
« Monseigneur,
<( Porsonno n'était moins propre que moi au rôle d'ambassadeur auprès de M. i'abhé F. de Lamennais; mais, Monsi'i<;ncur, vous avez parlé à quelqu'un qui s'honore d'avoir pour lui les sentiments d'un auire lui-même, et vous êles >iir, pur là, de voir vos intentions remplies. Mon aii'i viendra dès demain demeurer chiz moi.
« Agréez, je vous supplie, l'iiommage du jtrofond respect avec lequel, etc., etc.
Le comte de Senfft. »
« Monseigneur,
« M. le comlc de Senfft m'a remis la lettre que vous lui avez écrite le 29 septembre.
K En descendant, à mon retour de Rome, dans une maison où mon frère a, pour quelques jours encore, ses neveux et ses donu'stiques, je croyais descendre chez lui et non pas chez vous. Vous m'apprenez que je me >uis trompé. Dans une heure, je serai sorti du logement ((ue vous m'invitez à (juitter promplcment.
« Il y a trois semaines, le Souverain l'onlile me demandait, avec instance, d'accepter un logemenl au Vatican. Je vous rends grâces de m'avoir mis, en si peu de ten)ps, à même d'apprécier la différence des hommes et des pays.
« J'ai l'honneur d'être, avec les sentiments que je vous dois, etc., etc.,
« F. DE Lamennais, a
NOTF.S KT SOrVKMRS. \b
grand tort (l'attciidnî ici-l»as luilrc chose, cl, troycz-nioi, il y ;i plus de joie dans t «î sort si Irisle iii y|»|taieiict', que dans toutes les |)ro^|.tM•ité^ des méchants. »
Tour ce bien que Lnmeiinnis comptait alors réaliser, il tentait de réunir toutes les lorces \i\es du parti catlioliipie, et nul n'avait, en somme, les menues titres que lui à se faire le centre et le clieC du jeune clergé. Le voyant toujours à l'avant-garde, on ne doutait pas (jue l'avenir ne lui aj)partînt. Les adhésions, les dévouements aifluaient de tous côtés. On remplirait un volume de toutes les sollicitations qui lui étaient adressées, de toutes les oH'res de concours, — plus ou moins désintéressées, — que le zèle religieux d'une part, l'ambition mondaine de l'aulre, njulliplicrent autour de lui, et qui l'allaient chercher dans sa solitude.
Un de ces documents sul'tira. il est signé de deux noms qui ont appartenu depuis à l'épiscopat français, et se rattache à la fondation d'un recueil dont il est souvent parlé dans la Corresyondance. On comprendra donc que je l'aie choisi, de préférence à beaucoup d'autres du même genre.
« Paris, 25 décombrc IS'25.
« AJonsieuri/abbé,
« J'ai rhonneur de vous adresser Y Introduction du Mémorial catholique, ouvrage périodique qui paraîtra chaque mois. RI. votre frère a eu la honte de s'intéresser vivement a cette entreprise, de nous aider de ses conseils, et de nous permettre de placer cet écrit sous la protection de la Grande Aumônerie. Il veut hien en être le directeur. L'ahhé de Salinis, Tahhé (lanilh et moi en serons les principaux rédacteurs. M. TahLé Martin, M. AliVe * et quelques autres personnes y travailleront. Lue personne de la connaissance de M. Tabbé tianilh a fait les fonds nécessaires.
« Nous croyons que l'esprit dans lequel cet écrit sera dirigé aura voire approbation. Vous verrez, d'après rintroduclion que j'ai l'hon-
< Depuis archevêque de l'aris. •
neur de vous adresser, qu'il s'efforcera d'être Torgane fidèle de loulcs les bonnes doctrines,
« M. votre frère n'a pas cru présumer trop de votre bonté en nous
aisant espérer que vous voudriez bien écrire une lettre d'encouragement
que l'on pût insérer à la tète de la première livraison, laquelle paraîtra
le 15 janvier prochain. Le succès de cet ouvrage dépend, en grande