‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 42 sur 140 · AU Ml- ME · texte numérisé non relu

AU Ml- ME

A la Chênaie, le 19 décembre 1825.

Voire article, mon bon ami, sur les libertés gallicanes, est excellent. Il était bien nécessaire après les extravagantes lettres de l'abbé Fayet. Vous aurez vu que, sans nous entendre, nous avons traité la question dans le même sens, ce qui me l'a.t grand plaisir. Je crois qu'ils y regarderont à deux fois déswmais, a\ant de venir nous redire que la Déclaration * est une loi do l'Ktat. Je vous emprunterai quelques citations dans mon second écrit, où je discule même le premier article, aussi pernicieux que les autres. J'en montre clairement, à ce que je crois, l'origine et les conséquences. Nos ennemis crieront, insulteront, calomnieront ; mais ce qui sera dit, sera dit. Ces hommes-là sont prodigieusement remarquables sous deux rapports. Ils ne raisonnent jamais avec un peu de suite contic nous; ils divaguent, prêtent des intentions, inventent dos sottises pour les réfuter, et puis mentent avec une audace et une persévérance dont je ne connais aucun exemple avant eu\. Les Débats^ surtout, ajoutant l'hypocrisie à toutes les veilus du Conslitutionnel^ me paraissent olfrir le dei'uier degré de la perversité.

Adieu, cher; aimez-moi comme je vous aime.

' Li Déclaration du clcriré de Franco, en 1C82.

m: I. VMKN> MS. i>2l

o:i. - AU MI..MK.

*22 décembre 182^).

Il n'est plus tornps, mon bon niiii, de profiler de vos conseils pour nia pclite brochure; mais ce que je lais en ce moment ne pirnitra pas sans, anj)ai"avant, vous avoir été soumis. Le sujet est Irés-vaste, et il ne iiuil pas cpie l'ouvrage soit long; (;'est ce (|ui m'empêche d'aller pins vile. Je (Tois fjue je présente plusieurs grandes (jueslions sous un jour nouveau et assez ri-ap[)ant. Vous en jugerez. La D('rl (ira lion de Frayssinons expli({ue la lettre delabbé Fayet. Quel temps, et quels hommes!

Mais voyez, cher, comme la l*rovidence se plait à déconceiter, jour par jour, les spéculations de nos grands politiques, et à démentir leurs assertions et leurs prédictions. Cette Angleteire si riche, si puissante, si affermie sur son sac de laine et ses balles de colon, la voilà menacée, en quelques heuies, d'une culbute presque complète, par une sinqjle frayeur de Dourse, et au sein même de la plus grande prospérité commerciale. Cet exemple est-il frap})ant? D'un autre côlé, la mort d'Alexandre - changeia probablement toute la politiiiue européenne. Et qu'arriverail-il si, comme il parait qu'on peut le (Taindrc, il y avait une guerre de succession?

Si vous lisez les journaux qui se piquent de doctrine, le Globe, le Productnw, etc., vous y trouverez d'autres indices, plus marqués encore clpliis certains, d'une révolution universelle. Je la crois, dtîplusen plus, absolument inévitable. Sera-ce la dernière? A mon avis, c'est runicjue question qu'on puisse l'aii'e raisonnablemen!.

Mais, connue vous le dites, il faudiail causeï*. (Jue [leul-on dire dans une lettre sur tout cela? Je m'en vais continuer mon travail pour vous aller joindre le plus tôt possible.

' 1,0 Tziir.niortinopiiitnieiit. le 1" drconilne 18"25, à qii:ilre cents lioiics de sa capitale. Il n'avait que quaiaiite-huil ans. On criil, dans le temps, à un assassinat on à m\ enipoisonnonienl. l/lii>toiie a doliiiitivcment ri'poussé ics vagues rumeurs.

222 CORRESPO^DA^'CE.

Combattons toujours, quel que soit le succès! Si notre drapeau ne flotte pas au sommet de la société régénérée, il flottera sur les débris du monde. Tout à vous, cher, bien, bien tendrement K

* Lettre supprimée : — A M. le baron deVitroIIes. La Chênaie, 5 janvier 1826. — Prédit la ciiute du niinislùre, qui sera renversé « par le parli démocratique royaliste, c'est-à-dire par le parti qui veut, sous le nom du Roi, la République et ses conséquences. »

Livui: 1)1' (jx II: ME

:in. ^ A M. LE MAHoris i)i: r.or.ioi.is.

A la Chênaie, le 0 janvier 182G.

Vous pcignoz admirabloment, monsieur le marquis, cette caricature de société à laquelle chaque jour ajoute quelque trait hideux ou comique. C'est, en grand, le chariot de Thespis, avec cotte dilféreuce que les acteurs aspirent an moment où, au lieu de lie de vin, ils pourront se barbouiller de sang, tjnel avenir, et comme il approche! Que d'espace parcouru dans une seule année! Mais on ne s'aperçoit pas du chemin qu'on fait, parce qu'on est porté par la foule. J'aime l)eaucon[) ces braves gens qui essayent dt; se i\assnri'r en se disant l'un à l'autre : Tai peur. l'Jicore si c'était d'eux-mêmes, je le comprendrais en un certain sens. Cela vaut, en son geiu'e, le je sens bit'n quejeine perds \ 11 se croyait sûrement Charles \ quand il a dit cela.

Au reste, voici, monsieur, ce (pie je vous rtMuls pour ce que vous m'avez appris, et j'appelle cela se prêter le siècle. Vous

' M. de Cliiloaiiliriand dit l'aiilre jour à Micli.uui : > Je ^ens l)i(>n que je me perds. » X quoi l'auUe a répondu iii^ïéninnenl : « Kli ! qui vous v lorn»? » Le «iiiôme n'a rien répli»|iii'. — M. de Coriolis à J.'im nnais, 18 déienilire

avez vu la dénonciation de M. Wiirtz par M. Dupin; vous avez vu la réponse consolante et satisfaisante que lui fit M. le président Séguier, qni promit solennellement un réquisiloire contre le prêtre ultramontain. Point de réquisitoire, cependant, mais pourquoi? Vous ne le devineriez pas en mille ans. Parce que l'autorité diocésaine a pris les devants, parce qu'elle a interdit la prédication à l'un des plus dignes piètres de France, parce qu'elle lui a ôlé le pauvre vicariat dont il vivait. J'ai sous les yeux une lettre de ce vénérable vieillard. En voici quelques phrases : « Je n'aurai pas, je crois, le bonheur de <( comparaître devant les juges pour faire ma profession de « foi. Une cause comme celle-là vaut bien la peine qu'on aille ({ en prison ; que dis-je? que l'on affronte la mort, si cela est « nécessaire. Je n'ai point menti dans ce que j'ai hardiment et « ingénument déclaré. Souffrir et mourir pour la cause de Ki Jésus-Christ et de son Église, voilà tous mes moyens de « défense. » Qu'est-ce qui sera beau, (ju'est-ce qui sera sublime, si cela ne l'est pas? M. de Chateaubriand nous parle du pacha d'Egypte; je le défie bien de surpasser en basses atrocités nos pachas de France. Enfin, ils se sont résolus à ouvrir la session. Us ont, à leur manière, le courage des conquérants du Nouveau monde, qui bravaient tout pour de l'argent. Leurs paroles seront curieuses, et aussi celles qu'ils entendront. Mais, bien qu'il y ait peu de spectacles aussi instructifs que celui-là, on ne peut se défendre d'une douleur profonde en songeant à tout ce qu'il suppose et à tout ce qui le .^uivra. Si je n'étais retenu par le devoir, je me hâterais de sortir de France, non pour trouver ailleuis un abri contre les dangers qui nous menacent , mais pour chercher quelque diversion aux sentiments qui fatiguent l'Ame dans notre malheureux pays. Dieu me fait la grâce de ne lien craiudie pour moi. Que peuvent-ils me faire? que peuvent-ils muter? Ma fortune? Je n'en ai point. La vie? C'est la chose de ce monde à quoi je tiens le moins. Cependant, les maux que je prévois, ces maux qui pèseront sur tant d'innocents, celle tempête de crimes dont l'avenir est noir, tout cela me serre le cœur et altère ma santé. Conservez la vcMre, monsieur le marquis; elle

I)i; LAMENNAIS. 225

pst précieuse à la bonne cause, et [)récieuse à ceux qui vous aiment aussi tendrement que moi.

jT. - A MAl»VMi; I. \ COMTESSK DK SF.NFFT- PI I.S Vf H '

A la Chênaie, le 11 janvier IS'ifî.

Noël et Vienne, quel triste assemblage! Et poni tant, comme vonsb^ remarquez, vons auriez pu, partant pins tôt, l'enconlnT en roule ces terribles inondations. Patience donc, et conliance en la Providence (|ui vous conduit. Pour moi, je m'abandonne à elle sans faire aucun projet, Uième pour le lendemain. Je ne vois qu'une cbose claire en C(^ moment, c'est le devoir de combattre pour Dieu et pour son Église, contre lesquels toutes les puissances do l'enfer sont déchaînées. Je travaille à ma seconde partie, et j'espère l'achever dans six semaines; elle sera presque double en longueur de la première, et ma faible santé n'abrège pas le travail. Croyez, croyez bien au désir que j'ai de vous voir; mais, tant que les choses seront dans cet état, la conscience ne me permet pas de quitter. Je vous envoie lextrait d'une lettre de l'abbé Wùrtz ; vous admirerez la foi et le courage de ce digne prêtre. Mais ce que vous n'admirerez pas, ce qui vons fera, comme à moi, une peine extrême, c'est la lâcheté de Mgr d'.\masie-, qui interdit la prédication, qui oie

* M. le connlc (te SenlTt-Pilsacli , diplomalc aulrichien et fervent catholique, était, en IS'it), anihassiidcur de IKuipire auprès de la cour deSavoie. Plus tard, on le verra, il lut noniiné à Florence; le but final de son ambition élait de représenter l'Empereur d'Autriche auprès du I*ape. Fort lié avec plusieur-; des membres du Sacré-Collé-re, il élait pour I.iniennaisun iulermédiaire, un porle-paroles, tel qu'il en eût dilliiilcment trouvé un nieilleur. Outre celle coMsiiléralion, des rapports de cœur les unissjijenl, rapports cimentés pairarteclion pieuse et tendre que portaient à Lamennais la comtesse de Senllt et sa Klle, désignée dans sa Correspondance sous le nom de o la comtesse Louise. y>

- L'archevêque in parlions d'Amasie, M. de Pins, admini>trail le diocèse (1 • Lyon, dont le cardinal Fesdi. relire à liome, était encore litnl.iire. Il lui, le t) novend)re \Xil, de la fameuse lbiirnt'ri\ii pairs à l'aide de laquelle

sa pauvre place de vicaire à un des pins vénérables ecclésiastiques de France, parce qu'il a déplu, en faisant son devoir, aux ennemis de la Religion, et à un gouvernement qui n'est pas moins dangereux pour elle. Je sais bien qu'on lui aura dit : « Sévissez vous-même, ou M. Wùrtz paraîtra devant les tribunaux. » Dans un pareil cas, c'était un triomphe. Et qu'est-ce qu'un évoque qui se charge des vengeances de l'impiété, afin que tout se passe en famille? Du temps des empereurs, il aurait coupé la tête aux chrétiens pour éviter le scandale du martyre. Et voilà pourtant où nous en sommes, voilà le pays où il faut rester I et ce qu'on voit n'est rien près de ce (ju'on verra.

Nous sommes, comme vous, dans l'incertitude de ce que fera Constantin'. Cet événement est sans doute de la plus haute importance pour l'Europe. Cependant, aujourd'hui, tout dépend dans le monde de quelque chose de plus haut que tous les conseils humains. On ne doit pas s'imaginer qu'on arrêtera le mouvement qui emporte les peuples. La société renaîtrat-elle? Je l'ignore; mais je sais qu'elle ne peut renaître qu'aprés un bouleve/sement complet et universel. Nulle combinaison politique ne saurait atteindre les esprits. Or c'est là qu'est le mal, et, jusqu'à présent, on n'a rien fait pour y remédier. Là où l'on pourrait quelque chose, et même beaucoup^, on ne sait rien, on ne prévoit rien, et Ion ne veut rien. C'est le siège de la peur et de la faiblesse, au point même de m'étonner. Cela ne m'empêchera pas de lutter jusqu'au bout. Je tiendrai ferme dans mes ïhermopyles. Le reste ne me regarde pas.

Si vous hsez les Débats^ vous verrez qu'ils ne sont qu'un

second tirage du Constituuonnel . M. de Chat disait

dernièrement à Michaud : « Je sens bien que je me perds. »

M. de Yillèlc crut pouvoir s'assurer une ninjoril<!i sl.iblo, cl se consolider dans sa position ministérielle. On sait coninient lui réussit cet ocpédienl iu extremis.

' Chacun sait <{ue le prince Constantin, successeur d'Alexandre au trône des tzars, iit passer la couronne sur la tète de l'euipcreur Nicolas.

* A mots couverts, c'est de Rome que Lamennais parle ainsi.

A quoi colui-ci r«''pli(|iia iiifrénuirieiit : « Qui est-ce qui von> y force ? »

De (ous les inaj,Mslials, celui qui a éh* le plus violent dans radaii'c di's journaux ', et «jik* les autres, à causn décela, cliarj^èreul de la rédacliou di' l'arr»'!, c'i^st le président (^assiui, qui couuiuuiie, dil-ou, tous les dimauches.

Adieu, adieu; luille et mille tendresses à M. de Seufft et à la comtesse Louise, llouunages respectueux et amitiés de la part de mou frèn; et d(î l'abbé (lerb. J'ai fait dire qu'on vous envoyât désoiinais le Mcmorial par Turin. Vous recevrez aussi par la même voie ma dernière petite brochure. Le ministère est abhorré à Paris; il y a plus d'indifférence en province. C'est maintenant, à mon avis, ime bien petite question que celle des ministres, et, sous ce rapport, je suis de la province. Je n'en sei'ai jamais quand il s'agira de vou? et de tout ce qui vous touche .

r;8. - A M. REHRYEn.

A la Clienaie, le 10 jnnvicr 1826.

Je compte toujours vous aller voir à la fin de février ou au conuuencement de mars. Vous aurez vu, dans l'intervalle, l'ouverture de la session; tout le monde se demande ce qu'elle pi'oduira, et moi je réponds : rieyi^ parce qu'il est impossible qu'il sorte rien de là. Je crains seulement des lois- prétendues favorables à la lleligion, et qui la mettraient dans un état pire (|ue celui où elle est maintenant; par exemple, une loi sur la presse, une loi sur le mariage, etc.

Je m'étonne que l'on demande tant le renvoi des ministres, puisqu'il faut bien (pion aille jusqu'au biuit, et que les dernières consè(iuences du désordre actuel se réalisent : Quod facis, faccitius; et qui fait plus vite qu'eux? Vous devez être

* Le Conslittitiomiel cl le Courrier.

^l:i> CORRESPONDANCE

do plus en plus frappé de rabriitissement des esprits. Nonseuleinen* on ne veut rien entendre, mais on est incapable de rien entendre sur rien. Cela fait grand'pitié, mais cela fait peur aussi, non pour soi, mais pour l'avenir du monde.

Les Débats poussent tant qu'ils peuvent, en politique à la république fédérative, et au schisme en religion. La question américaine et la question russe compliquent toutes les autres questions; et, ce qu'on n'avait jamais vu, les deux forces qui remuent l'Europe et qui agissent sur elle en sens contraire, sont toutes deux hors des gouvernements ; d'où suit, quoi qu'il arrive, l'insurmontable nécessité d'un changement total dans les gouvernements. Il faut qu'ils soient détruits ou qu'ils se régénèrent, et ils ne peuvent se régénérer qu'après la destruction. Vous direz que cette perspective n'est guère consolante, et je serai de votre avis; mais ce n'est pas un motif pour s'abuser sur l'état des choses.

Mille tendresses à notre ami. J'ai reçu son excellente lettre, et j'y répondrai bientôt. 11 me tarde de vous embrasser l'un et l'autre. Adieu, cher.

:;•. - A M. l.K COMTE DE SEN FFT-I'Il.SACll.

A la Chênaie, le 22 janvier 1^'2G.

J'ai reçu, mon bon ami, votre excellente lettre du 5 janvier, celle de M"!'^ de SenffI, du 8, et le petit billet de la comtesse Louise. Je vous ai suivi constamment de l'esprit et du cœur pendant votre voyage, que je suppose être en ce moment bien près de son terme. Vous avez dû éprouver un froid très-vif et beaucoup de fatigue. Ce n'est pas peu de chose que de venir de Vienne à Turin en .cette saison. Je vous demande en grâce de prendre soin de vous, et de ne pas suivre indiscrètement votre zèle à l'égrtrd du maigre et du jeune, qui vous ont déjà fait tant d(» mal. En ménageant vos forces, vous ferez, je crois, ce que h» bon DitMi demande de vous. Les miennes sont si épui-

I)K lAMKNNMS. 220

séos, qui^ je ne pourrai pas finir mon Iravnii avant lo 15 ou le 20 févrior. Il me fiuidra ensuite séjonrncr à l'aris environ si^ semaines. Il me sera donc iinpossil)l«i d'aller vous voir avant le mois d'avril Mais, à moins d'événements ('xtraordin;iir.'S , com[)tez sur moi et sur l'abbé (j. pour cette épo(|ue. Nous seions, l'un et l'autre, bien lieureux de nous retrouver prés de vous. J'ai hâte de causeï* de mille choses qu'on ne saurait écrire : une lettre est si courte! Une fois à Turin, vous recevrez exacienKMit les journaux, d'après lesquels il vous sera liicile déjuger de notre état. Il s'a^^grave chaque jour de telle manière, que l'alarme gagne les moins prévoyants. J'ai vu toute la Révolution, mais je n'ai rien vu qui ressemble au spectacle que nous avons sous les yeux. C'est comme une espèce de renversement prodigieux du sens humain, et le mouvement des passions n'est pas moindre que le désordre des esprits. La société ressemble à la mer au commencement d'une violente tempéle. On entend des bruits étranges, les vagues courent et se brisent les unes sur les autres, le ciel esttemt d'une couleur livide ; les éti'es vivants fuient ; ils pressentent qu'il y a danger de mort là-dedans. Je vous avoue que, pour mon compte, j'aimerais mieux la crise que cette attente de la crise. Qnod facis, faccitiiis. Les journaux litîéraires ne sont pas moins remarquables que les autres. Il faut lirj \e Globe, \c Producte\u\ la Fiance catholique^ pour avoir une idée de ce qu'on appelle aujourd'hui des doctrines. Il y avait mille fois plus d'accord et plus de raison dans cette philosophie de l'Enfer, si admirablement peinte par le Poète.

OlliLTS apart sat on a hill rc'.ir'tl,

In lliou;^lils more clcvate, and ^ca^o^'ll liiiili

()( Pioviiloiicc, rore-knowlotlge, will, atid lato,

V\\\\ laie, IVee will, l'ore-kiiijwl'jilge absolule,

.\iul fouiid no end, in wand rinj; niazes bsl !

Olgood and evil inuch tlicy arguecl ihere,

OC lia|i|)inc>s and final niis;'iy.

Passion and apalliy, and <^\ov\ and slianie:

Vain wisdoni ail, and l'aise [iliilosopliy '.

< MUtou'a Vnrailise Lost — D'autres, à l'écarl. assis sur nno liautonr solitaire, — Kn des penscrs plus hauts raisonnaient à perte de vue — I^e la l'ro-

Les pliilôsophes du Pandœmomum se perdaient, coinme les nôtres, dans les ténèbres; mais ces ténèbres, ce n'étaient pas eux qui les avaient faites, et l'on ne voit pas qu'elles fussent pour eux un sujet de vanité. Nos politiques continuent de s'occuper beaucoup de la Russie, lis s'épuisent en conjectures sur le passé, le présent et l'avenir.

And find no end, in wand'ring mazes lost *.

M. de Ch nous donne articles sur articles; cela n'a point

de fin. 11 ne peut se détacher de la diplomatie. On ne conçoit pas, et lui moins que personne, que l'Europe se passe de ses talents. Il lui annonce qu'elle s'en trouvera mal, et qu'elle périra par la conspiration des absolutistes.

M. Fiévée et M. Hoffmann ^ prophétisent de leur côté, mais d'une manière moins sinistre.

M. Fiévée, surtout, est presque sûr que « la spiritualité triomphera; » et la raison en est « qu'aujourd'hui tout le monde sait tout, de sorte qu'on ne peut plus tromper personne. »

Adieu, mon excellent ami. Je me réjouis de l'idée de vous revoir, vous et M'"^ de Senfft, et la comtesse Louise. Mon frère vous dit mille tendresses. L'abbé G. y joint ses hommages. Adieu, adieu!

(JO. — A M. DEUUYKPx.

A la Cljenaie, le 30 janvier 182G.

Je serai près de vous, cher ami, entre le 15 et le 20 février. J'étrangle un peu la fin de mon travail, pour n'être pas, s'il est

viilencc, de la prescience, de l'arbitre, du dcslin, — Destin priTixe, arbitre libre, prescience absolue, — Et ne trouvaient point d issue, |)crdus en de vagues labyrinthes ! — Du bien et du niai, iU argumentaient Tort en ce lieu, — Du bonheur final et de la misère finale, — De la passion et de lapathie. de la gloire et de la honte; — Tout cela, vaine sagesse, cl fantôme trompeur (le philosophie.

' Et pertius eu de confus labyrinthes, n'en trouvent pas le terme, ou l'issue.

* Tous les deux rédacteurs du Journal des Dcbats.

I»F. LAMKNNAIS. 2*1

possil)le, l'ir.iiigli' iiioi-mùme pai' (jiii vous s.ivoz. Celle; tiisle affaire m'a bien vieilli, et je; crains JjeaiK'Oiip d'avoir oncoïc ù on sonffiir longtemps. Croyez (\uc je sens ee qne vous faites pour moi, el qne tout cela descend dans mon cœur [)Our n'en jamais sorlir. Mon repos, si je l'oljliens, m'en sei'a plus doux quand je vous le devrai. Je vous piie de voir si vous avez chez vous le livre de factures, et de le faire remarquer à M. Lasneau, h qui mon beau-frère a indiqué des vérilicalions à faire, utiles pour les comptes.

Je ne puis vous exprimer combien j'ai de peine à m'arracher de ma solitude, sans même savoir quand j'y rentrerai, car je n'ai pu me dispenser de promeltrc à l'excellent comte de Senlll et à sa famille de les aller voir, au printemps, à Tuiin. Ce. te idée de passer les Alpes me tourmente, moi qui ne peux snns effort quitter le coin de mon feu. Mais je le dois, et je le ferai.

Vous lisez en ce moment le discours d'ouverture. On ouvre toujours et l'on ne ferme jamais. Il y a des points délicats à loucher dans ce discours; mais les oreilles sont bien préparées. Que ne snis-je riche? je les familiariserais avec la vérité mémo. Je suis cui'ieux de savoir ce qu'on imaginera sur la liberté de la presse, car on dit qu'il en sera question. Je n'ai vu encore cet important sujet bien traité nulle part. Ou l'on se trompe dans les principes, ou l'on se trompe dans l'application. Vous devez trouver, mon ami, qu'en général nos cheis contemporains no sont pas prodigieusement remarquables par la force de léte. Ils ont tant d'autres qualités! C'est connue les Chambres; on voudrait qu'elles fissent deux choses à la fois, penser et parler, par exemple; il n'y a [)oinl de « spiritualité » (\u'\ y tînt. X propos de spiritualité, dites-iuoi donc ce (jue devient (udle de M. de B. *. Non , de ma vie je n'ai rien lu de si exlraordinai«'e. de si merveilleux en son genre, que son article sur la propriété lilléraire inséré dans la Quotidienne. C'est à pleurer, quand on songe à ce qu'était celte raison et à ce qu'elle est devenue. Pauvre humanité', et que cela fait faire de tristes retours sur soi-même !

' EvitlcnimciU, c'est de M. île BonaUl qu'il est ici question.

Je VOUS remercie mille fois du service que vous avez rendu au digne homme que je vous avais recommandé. J'espère qu'il aura le dessus des odieuses persécutions dirigées contre lui. Les détails, que je vous conterai, forment uiie complication d'horreurs à peine croyables, même en ce temps-ci. J'aurais une multitude de choses à vous dire; je les réserve pour mon arrivée. Le motif que vous savez m'empêche d'écrire à mes amis : que leur dirais-je? on ne peut plus causer par lettres. Voilà ce qui fait que je n'ai point écrit à la personne qui nous est si chère à l'un et à l'autre *; veuillez le lui dire, et qu'il y a de la délicatesse dans mon silence.

Adieu, cher, et à bientôt! Aimez-moi comme je vous aime, et aussi longtemps que je vous aimerai. Tout ce qui finit me déplaît.

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