‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 44 sur 140 · AU .Ml- ME · texte numérisé non relu

AU .Ml- ME

Paris, 26 février 182C.

Voilà près de quinze jours, mon excellent ami, que je n'ai pu vous écrire, ni à M""^ de Seniït, ni à la comtesse Louise, (pioique j'aie reçu de vous Ions plusieurs lettres charmantes, et pleines d'une amitié que mon cœur vous rend bien. Il faut vous dire d'abord qu(», outre mille embairas d'affaires, de visites, etc., j'éprouve une soite d'indisposition qui me rcm\ incapable de tout travail, (i'e.st une angoisse habituelle qui indique, je crois, une affection au cœur; car le siège fixe de mon mal est là. .le dors peu et mal, et je suis Irés-faible. Avec cela, point de repos d'esprit. Je songe sans cesse à tout ce (ju'il y aurait à faire, et mon impuissance mo tourmente. (}ue voulezvous? il faut cependant prendre patience et garder sa paix.

Cela ne laisse pas d'être quelquefois difficile en ce temps-ci. J'achevai, hier au soir, de corriger la dernière épreuve de l'ouvrage dont je vous ai parlé. Il paraîtra dans quelques jours, et vous le recevrez presque aussitôt que celte lettre. On l'attend ici avec impatience, et j'espère qu'il fera quelqlie bien. 11 fera du moins assez de bruit. La question est de savoir si l'on m'attaquera. Cela dépendra du côté où inchnera la peur du moment. Pour moi, je suis bien tranquille, et plus qu'eux, trèssûrement. Fr. ^ et son conseil avaient imaginé de se servir du iN.^ pour m'empêcher d'écrire. Cela m'a paru plaisant. Ils ont ensuite tâché de m'intimider par le procès dont le bon M. Waille a été l'honorable victime^. Ce second moyen ne leur a pas mieux réussi, comme vous pouvez croire. Nous verrons la suite prochainement. Du reste, je ne puis, dans celte position, vous dire au juste quelle sera l'époque de mon départ. Je désire que ce soit en avril, mais je n'en suis pas sûr. Je ferai le voyage seul. L'abbé G., qui vous offre ses hommages, restera ici pour quelques affaires dont je vous entretiendrai, et qu'on ne peut abandonner jusqu'à mon retour. Il y a beaucoup de bien à faire, mais aussi de grands obstacles; je dis beaucoup de bien dans l'ordre de la Religion, car pour les sociétés politiques, c'est fliii. Le jeune clergé s'anime et s'éclaire. Il entre de cœur dans toutes les bonnes doctrines. J'espère qu'il sauvera la foi dans notre malheureuse France. Nous avons, sous ce rapport, gagné beaucoup depuis un an. C'est celte espérance qui me soutient et qui m'arrête ici. J'y vois un grand devoir à remplir. Que le bon Dieu bénisse mes faibles efforts ! Assurément c'est lui (pii fait tout, car on ne ti^ouve guère d'appui nulle part. On est bien faible là où l'on devrait être si fort* ! J'ai appris avec une gramle joie la nomination de Mgr Lambruschiiii. Il pourra rendre à l'Fghse d'éminents services. Quant aux honnnos que l'empe-

' L'évcquo (l'IIermopolis, M. Frayssinous.

- Le nonce du Pape.

^ M. Waille, édileur du Mémorial catholù/ui', venail d'èlre oond.imné à un mois de prison, conune éditeur responsable d un patnphlel ultranionlain intitulé : Lettres à Satan.

* A Pionic.

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reur s'est décidi' à rùlablir dans ses États', l«'ur présence, coiïMiie vous le dites avec une justesse parfaite, sera utile pour coustaler un cliaujj^enieut de maximes et de système; mais je suis loin d'atlendre d'eux tout ce (|u'on s'en était promis. Ils déclinent ici tous les jours dans l'opinion de ceux qui leur étaient le plus dévoués ; et c'est qu'ils ne gagnent pas à être connus. J'ai aujourd'Inii un sentiment très-ariété sur le Corps, et ce sentiment, je vous l'avoue, ne lui est pas favorable.

J'aurais mille et mille choses à vous dire encore, mais je suis obligé de finir. Je n'ai pu écrire ces deux pages sans avoir un évanouissement.

Adieu, mille respects et mille tendresses.

Permettez que je joigne ici une lettre pour le P. Ventura.

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