AU Ml MF
Paris, l"' avril 18-20.
J'ai reçu, mou oxccllont ami, les charmantes lelties de M'"'^ de Sonfft et de la comtcs^se Louise, du 20 et du 2G mars, .l'espérais, il y a quebiucs jours^ pouvoir Vous mander exactement l'époque de mon départ, et mon cœur se réjouissait daus la pensée de vous revoir bientôt. Mais voilà que Dieu me retient ici en m'y imposant de nouveaux devoirs. Le ministère, poussé par un certain nombre d'évéques et aussi par la peur que les révolutionnaires lui inspirent, s'est enfin décidé à me poursuivre. Je suis traduit pour le 50 avril devant le tribunal de police correctionnelle, ce qui me conduira plus tard à la cour royale. J'y comparaîtrai sans crainte, ou plutôt avec une grande joie, parce ({ue c'est le prêtre qui s'y présentera pour y parler en prêtre. L'opinion générale de tous les partis est pour moi en celte occasion, quelle que soit la différence des doctrines. Cependant une condanniation est presque inévitable. Je vais m'occuper d'un petit écrit, non pas pour ma défense, mais pour celle de la vérité. Après le jugement, il est «probable que j'en publierai un autie qui, selon ce (jui se sera passé, poun a avoir plus d'intérêt et plus d'importance. Les prélats, de \ouv côté, sont en train de faire une nouvelle Déclaration. L'archevèciue (le lleims est furieux, bien (pi'il n'ait |)as ménii' lu mon ouvrage, non plus que beaucoup d'autres. Je ne sais quelle folie ils vont imaginer. Oh[ combien il serait à désirer que Home parlât, l'n mot d'elle tuerait à jamais les fausses doctrines qui nous menacent du schisme. Dieu des gens n'hésitent que parce qu'elle se tait. La faibbvsse et les préventions interprètent son silence dans le sens qui les flatte le plus, et rien ne finit faute d'un mot, d'un seul mol de l'autorité. Priez Dieu que cet état
24i CORRESPONDANCE
cesse, ot qu'il inspire à notre excellent Pape ce qui sera le plus ulile à l'Kglise de J. C. Le temps presse plus qu'on ne croit; nous approchons d'une crise terrible. Le moment est venu, ou jamais, de la prévoir et* de s'y préparer. Ce que vous voyez, ce que vous savez, vous donne les mêmes pressentiments ; on les retrouve aujourd'luii partout; et nulle part on ne s'occupe des moyens de saint. Je voudrais causer avec vous de tout cela, mais la Providence ne le permet pas. Vous avez vos épreuves aussi. Que faire? porter notre croix avec patience et avec amour. Gardons bien notre paix au milieu de ces convulsions du monde. Élevons plus haut nos yeux et nos cœurs: Siirsnm corda ! Il semble que Dieu prenne à tâche de nous détacher de celte terre qu'il va briser, liy a mille détails qui vous surprendraient, si quelque chose peut surprendre encore. On n'a pu obtenir de planter une croix à Versailles à la fin des exercices du jubilé, mais on y établit un prêche. La rage des impies est an comble, et leur règne sera sanglant, au moins pendant une certaine période. Le nombre des martyrs n'est pas complet : courage donc! Je ne puis vous en dire davantage aujourd'hui, étant accablé d'occupations. Je ne vous éci irai point avant que mon écrit ne soit achevé. Ne soyez point surpris de mon silence. Adieu, adieu ; à quoi bon vous redire combien mon cœur vous chérit?