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Versailles, le 8 juillet 182G.
J'écris à la fois à M"^*^ de Senfft, à la comtesse Louise et à mon cber comle, qui tous trois ensemble ne font qu'un. II y a peu do choses nouvelles à leur dire sur l'état de la France. Nous nous en allons tout doucement, sans résistance et sans bruit, sans regret apparent, comme un pauvre mort qu'on porte à son dernier gîte. Chaque jour le gouvernement perd quelque chose de ce qui lui restait d'autorité dans l'opiriion. 11 reste debout comme le tronc d'arbre qui n'a plus ni sève ni racines vivantes. Aussi les événements les plus extraordinaires el les plus graves par leurs suites se passent autour de nous, sans que nous ayons l'air d'y prendre seulement garde. Voyez le Portugal et sa constitution importée du x\ouveau-Monde%
' Probâhlement ceUc périphrase singulière désigne Mgr. Lambruscliini. L'ambiguïté de ces lignes permellrait cependant de croire qu'il s'agit du prédécesseur (le ce prélat.
* Que le bruit mensonger du voyage fait à Turin.
^ Après la mort du roi de Porliigal, Dom Joan VI ^10 mars), Dom Pedro, son fil Iné, vice-empereur du liré-il, cul à décider la question de savoir
DK LAMENNAIS. ^Vû
c;il(ulcz-(m les conséquences pour ce nialhonreux pays, pour i'l';s|);i^^n(' bientôt, après, ensuite pour la France et le reste de IKiu'opc, L'I tâclu-'z il Cxplupier noire inexplicable apatlne. D'une autre part, considérez b's actes du roi des l'ayslias, le protocole d'acceptation de la bulle du Jubilé, celte tendre sollicitude d'un prince calviniste {)onr le maintien des libertés de V lùjlise cnlholique romaine beUje ; rai)pri)cb('z cela des Déclal'alions des évèques l'rançais et des évêqnes d'iilande et d'Angleterre ; songez à ce qui peut et doit arrivei' en Portugal et en Kspagne, quand les principes constitutionnels y auront prévalu, et voyez ce qui doit résulter de cette tendance universelle qui porte chaque Kglise à stipuler elle-niênie, sous la direction du gouvernement civil, ses /z/^^r/^^s particulières. Que deviendra l'unité? Que deviendra l'inlluence du chef suprême^ dont le pouvoir est nié fondamentalement par de tels actes? Il serait temps, grand temps d'y penser. Les esprits peuvent encore élre arrêtés dans cette voie funeste; mais ce qu'on peut aujourd'hui, le pourra-t-on demain, le pourra-t-on dans quelques années? J'en doute fort. Tous les yeux sont fixés sur U.-. Les préjugés commentent son silence, et les passions l'expliquent à la faiblesse. Qu'elle continue de se taire, qui osera, qui pourra parler? Je vois, pour moi, un schisme effroyable germer au sein de l'Europe. Qu'on ne fasse rien pour le prévenir, cela étonne, je l'avoue. Peut-être faut-il qu'il arrive; peut-être estce une de ces épiTuves réservées aux derniers temps.
La famille Clansel renme ciel et terre en faveur du gallica-
s'il conserverait les doux couronnes qui constituaient l'héritage paternel. Il ne le jugea pas possible, et, après avoir conlirnié par un décret du G avril, dans les fondions de régente, sa sieur l'infanle dona Isabol-Maria. il oilntya à ses sujets, le ''IS) du luèinc mois, une charte contiliilioiuiolle. I/.irl. 5 de cet acte consacrait la renonciation formelle de Doin l'cdio à la couronne de Portugal, el statuait que la dynastie régnante se continuerait, pour ce royaume, dans la personne d<' doua Maria «la llloria, sa fille, en faveur de laquelle il abdiquait. Ces acles furent apportés à Lisbonne , le 2 juillet, par sir Chai les Stuart, chargé d'alfaires anglais auprès de la maison de Ilragance, el dont I iniluence avait eu, dil-on, un grand poids sur les résolutions de Dom Pedro.
^ Le l*ape.
- l\ome.
nisme dont Saint-Sulpice paraît devenir le centre. Leurs écrits, pleins d'injures et vides de raison, n'ont pas, jusqu'à présent, produit beaucoup d'effet; cependant il faut répondre; c'est ce qu'on fera. J'estime que les neuf dixièmes du clergé, au moins, sont profondément attachés aux vrais principes catholiques. Quel parti on pourrait tirer de cette disposition des esprits, pour affermir le dogme et ruiner les erreurs contrantes ! Un mot suffirait. Le dira-ton?
Les J , toujours les mêmes, tiennent à chacun son langage particulier. Avec eux, tout le monde a tort et tout le monde a raison. Vous ne signeriez pas les Quatre articles? — « Ni eux non plus assurément; hier encore le P. un tel disait qu'il se ferait plutôt couper le bras. » — Les signeriez-vous?... « Ah! c'est autre chose. 11 y a aussi plusieurs de leurs P. qui trouvent qu'on s'échauffe trop là-dessus ; on peut certainement apporter de fortes raisons pour et contre, et l'on a grand tort d'imaginer que la Compagnie se prononce sur cette question. » Cette politique serait trés-gaie, si elle était moins affligeante.
J'ai dîné hier avec M. de Faverney, qui m'a beaucoup demandé de vos nouvelles. L'abbé G. vous offre son respect, lise fait un grand nombre de conversions parmi les Juifs et les protestants. Une famille entière de Berne, le mari, la femme, cinq enfants et une domestique, viennent, tout dernièrement, de rentrer dans TÉgUse catholique.
Mille hommages tendres et respectueux.
Versailles, le ir)juillot I82G.
C'est toujours de Versailles que je vous écris. J'y viens de temps en temps pour vingt-quatre heures, après quoi il me faut retourner à la glèbe. Je suis plus qu'excède de mes tristes affaires, qui ne finissent point et qui se compliquent successivement de mille incidents nouveaux. Voilà deux mois que mon
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benii-frèrc a qu'il té sa famille, malgré la maladio on no peul plus iiHjiiii'taiit»' d'im de ses enfants, pour venir m'aider, et ni lui lu mui napeicevuiis le terme de ces embiuras et de ces discussions. Ce n'est pas ma fortune que je défends ; j'en ai fait le sacrifice complet. J(; ne désire autre chose (jue de payer mes dettes, et de recouvrer mon repos en perdant tout ce que j'ai; et c'est à (pioi je ne vois pas jour encore de sitôt. Cela m'attriste et me tourmente malgré moi. Je sens la nécessité de combattre, d'exciter le zélé des uns, de souttMiir celui des autres, de profiler de la disposition générale des esprits pour y faire péiiétn^r la vérité, pour les Anniliariser, au moins, avec des questions de la plus haute importance; et le temps et les forces me manquent absolument. On ne se fait pas d'idée à quel point la plupart des hommes sont paresseux, et de ce qu'il faut de soins, de sollicitations, de démarches, pour en tirer quelf|ue chose; c'est une de mes désolations. Et puis il est bien juste que ceux qui travaillent \ivent; autre difficulté. On ne trouve aucun secours pour le bien, et, sous ce rapport, je m'étonne encore de tout celui qui se fait. Il va paraître incessamment une demi-douzaine de bons écrits : une Lettre au Mémorial sur les questions présentes, des Lettres de deux nltramontains , des Lettres d\m anglican aune anglicane^ une liéponse à Vévêque de Chartres^ une réimpression de la Harangue du cardinal Dîiperron, avec une préface et des notes. C'est plus qu'on ne pouvait espérer, et l'on n'en restera pas là. Mais que de travail pour mettre les esprits et les plumes en mouvement! De l'autre côté personne ne parle, excepté la seule famille de M. l'évêque d'IIermopolis. Jusqu'à présent elle s'est montrée beaucoup moins forte de raisons que prodigue d'injures. Cela devait être. Mais, comme les injures fatiguent vile et que le public s'en dégoûte aisément, lurscju'elles n'ont d'ailleurs rien de gai ni de spirituel, les gens du Uouergue ne larderont pas à être forcés de se taire, ou bien il faudra que l'excessive faiblesse dv leui- cause et leur faiblesse peisonnelle paraissent à nu : ils n'ont à choisir qu'entre cela et le silence. Dans les deux cas leur rôle ne sera pas trés-brillant. Le diocèse de llordeaux vient de perdre son \énérable archevéciue. On
parle de l'évêqiie de Liiçon pour lui succéder; quant à moi, tout ce que je sais, c'est qu'il ne le remplacera pas. Plaignez notre pauvre Église, elle est destinée à de grands maux. Grâce à Dieu, les bonnes doctrines se propagent et s'affermissent tous les jours. Voilà noire unique espérance de salut. Vous avez aussi vos chagrins et vos contrariétés, là où vous êtes. Où n'y en a-t-il pas? 07îiis grave super filios Adam ! Ce qui écrase le plus, ce n'est pas ce qui tient aux grands intérêts de la société, les travaux dun certain ordre, la guerre contre l'erreur, la lutte contre le monde et les puissances du monde, mais les petites choses de la terre, les bassesses des hommes, les soins de la vie. Patience, cependant, et courage jusqu'au bout. Adieu, adieu. Votre si bonne amitié est une de mes consolations, et la plus douce ^