‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 52 sur 140 · AU Ml- ME · texte numérisé non relu

AU Ml- ME

Versailles, 9 août 18'2C.

Après trois semaines de séjour à Paris, je suis venu me délasser ici pendant deux jours; et c'est me délasser bien agréablement que de m'entretenir avec vous, autant du moins qu'on peut s'entretenir par lettres. Je remercie la comtesse Louise de son joli cadeau, et plus encore de son souvenir Vous recevrez bientôt une très-belle lithographit? d'un magnifique portrait peint dernièrement par Paulin Guérin, et où il n'y a rien à redire que le sujet ". On assure que la ressemblance est parfaite. En attendant vous aurez, si vous n'avez déjà, plusieurs petites brochures sur les questions rehgieuses qui con-

* LeUre supprimée : — A M. le baron de YitroUes. Paris, mardi matin... 1826. —Simple billet. ^

- Il s'agit ici du portrait de Lamennais lui-même. Ce portrait fort coimu donne, bien que trôs-ressemblant d'ailleurs, une fausse idée de la taille du modèle. Ce défaut est peut-être encore exagéré par la lithographie dont parle Lamennais, et qui a été très-souvent reproduite dans de plus petites proportions.

tinuenl d'occuper les esprits eu France. On trouve, en général, (juc les gallicans ne sont loris ni de raison, ni d'esprit, ni de bonne loi. Leur unique foi ce, c'est le pouvoir et les nio\cns de corruption que le pouvoir donne. Ils usent de ces moyens très-largement, ils séduisent, ils intimident, et personne ne saurait piévoir et; quà l'aide dt; ce genre d'action on peut obtenir des bonnnes dans un temps dorme. Les meilleun*s dis[)0silions peuvent s'altérer et cbangei' tout à fait dans un tenjps beaucoup plus court qu'on ne pense. A l'époque où nous sommes, les opinions ne tiennent à rien, et c'est pourquoi il est d'une souveraine importance de ne pas laisser les vérités fondamentales d'un certain ordre dans le domaine de l'opinion. Les esprits maintenant sont bien préparés, mais je ne répondrais pas d'eux pour trois ans, vu surtout l'influence qu'exerceront désormais tous les évêques nouveaux, choisis à dessein pour concourir au but (jue se proposent ceux qui nomment. Il y a, dans les choses humaines, des occasions qui ne se retrouvent jamais. l*uisse-t-ow s'en bien (ionvaincreet se décider ensuite avec le courage de la foi ! J'ai reçu la lettie que vous m'annonciez de l'excellente comtesse R. ^ Je lui répondrai incessamment. Vous ne sauriez croire combien j'ai peu d'instants à moi, et à quel point je suis accablé de mes tristes affaires, sans que j'aperçoive encore dans l'avenir aucune espérance de repos. Dieu le veut ainsi. Heureusement la grande cause n'en souffre pas, ou en souffre peu. Les courts moments dont je puis disposer, je les consacre à des recherches relatives à l'ouvrage que je médite et qui s'étend dans mon esprit. J'étudie le Moyen âge, si peu connu et si digne de l'être ; j'étudie la législation primitive de l'Oiient, et j'y découvre, à chaque minute, des trésors de vérité qui me confondent d'étonnement ; et cela dans des ordres très-divers. Je vois combien les idées de notre temps sont rétrécies en religion, en philosophie, en droit social, comparées aux idées antfï|ues. On en est venu à un tel degré dignorance et d'aveuglement, que l'on ne coml)rend même pas ce qu'on lit. IMaise à Dieu que je ne reste

' l.A coiiilcsse Riccini.

2f,2 CORRESPONDANCE

pas trop au-dessous de l'immense sujet que j'aurai à traiter!

J'espère que cette lettre vous trouvera plus avancé dans vos arrangements, et, au moins en grande partie, hors des tracas qui vous ont jusqu'ici rendu si pénible le séjour de Turin.

Il faut, pour moi, que je renonce à revoir la Bretagne cette année. Plusieurs raisons que je ne puis vous expliquer ici me fixeront cet hiver à Paris, malgré toutes mes répugnances. C'est une complication de nécessités et de devoirs. Priez pour moi, priez pour la France, priez pour lÉglise! Nous entrons dans des jours mauvais : mais les jours sont delà terre; dans le ciel il n'y a que Téternité ^

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