A M. LE COMTE DE SENFFT
Paris, 25 octobre 1820.
J'ai répondu sur-le-champ parla poste, mon excellent et bien cher ami, à votre lettre du 14, et je profite d'une occasion qu'on dit sûre pour vous^crire quelques mots fort à la hâte, car on me presse extrêmement.
Je n'ai rien su que par vous touchant la chose dont il était question dans votre dernière lettre -. Personne non plus n'en
* Ces troubles commencèrent le 15 octobre, à l'occasion d'une reprôscntalion de Tartufe, réclanice par le public, et dilTéréc par l'autorité, à cause de la présence d'une compagnie de missionnaires, dirigée par l'abbé lîuyon. A la suite de violentes rixes, le tlu'àtre fut fermé. La lutte alors menaça de s'engauer dans les églises mêmes où prèrbaient les missionnaires. « Vainement, dit Yaulabolle. les liabitanls les plus notables sollicitèrent l'abbé (iuyon de quitter la ville. Fort de l'aitpuides autoiités de tous les ordres, il déclare qu'il ne sortira de Brest qu'après avoir acbevé la mission. Elle se termine enfin, et, le 24 octobre, les missionnaires s'éloignent sous la protection d'une forte escorte de dragons. » — Uist. des deux Ucstaurulions, o" éd., t. YII, p. 256-57.
- Nous supposons qu'il s'agit de la promotion projetée de Lamennais au cardinalat. Ceci, pourtant, n'est qu'une induction tirée des termes mômes de la lettre qui passe sous nos yeux. Nous la soumettons au lecteur, sjuis prétendre lui l'aire partager nos idées à cet égard.
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est instruit ici, à ce que je crois. Je vous avoue qu'elle me paraît, quoi qu'en puisse penser votre amitié, bien peu vraisemblable ^n elle-même. Si néanmoins cela était entré dans les desseins de Dieu, il m'importerait fort de le savoir avec quelque certitude, par mille et mille raisons que je ne puis déduire ici. Veuillez donc me mander, d'une manière générale, le degré de croyance que vous y attachez vous-même, d'après la nature et la source des informations que vous avez reçues.
Je ne sais si vous avez lu les dernières brochures de Clausel, le conseiller. C'est le dernier degré de la fureur, à ce qu'on m'a dit, car pour moi je n'ai pas eu le temps d'y jeter les yeux. Los injures de ces gens-là ne nuisent qu'à eux-mêmes ; tout le monde sent qu'ils outragent parce qu'ils ne peuvent répondre. Mais le pouvoir qu'ils ont en main, la crainte qu'ils inspirent, l'argent et les places qu'ils distribuent, leur donnent une influence d'autani plus dangereuse qu'elle n'a presque aucun contre-poids. Les persécutions particulières se multiplient tous les jours, en même temps qu'on cherche à corrompre, par des mesures générales, l'enseignement des collèges et des séminaires. La rage est poussée à un tel point dans le ministère des affaires ecclésiastiques, que toute œuvre pieuse y fait ombrage, qu'on intrigue même déjà contre la So(4Jélé catholique des Bons-Livres, et qu'on fait tout au monde pour la détruire comme ultramontaine. L'évêque d'Ilermopolis, sous des dehors froids, se prête avec ardeur au mal qu'on lui conseille, et prend avec les évêques qui ne secondent pas ses vues un ton d'autorité violente qu'à peine se permettrait un Patriarche institué. 11 commence aussi à attaquer directement les J ; il
vient de porter un coup funeste à leur collège de Dôle, en leur défendant d'y recevoir des externes : ils en avaient 250.
D'un autre côté, vous avez vu ce qui s'est passé à la mission de Brest; on craint également pour celle de Lyon. Le gouvernement souffre tout; l'esprit de l'armée se détéiiore chaque jour, et M. de Y. *. vient de doiuier un nouveau et grand • triomphe à la Révolution en reconnaissant les lépubliques de
* M. (le Villèle.
rAim''ii(iuc espagnole. C'est le résultat du voyage de .M. Canniiig à l'aris. Il n'est que trop aisé de voir qu(d avenir sorlira d'un pareil présent, .\dieu, cher et très-cher ami. Mille tendresses respectueuses à M""* de Senfft et à la comtesse f.ouise. Oh! qu'il nie tarde de vous revoir tous!