A M. LR COJITE DE SENFFT
Paris, 4 d('tcml)ro 18'2G.
Votre dernière lettre est du 20 novembre. J'ai reçu exactement les autres, et je crois vous l'avoir déjà mandé. Armezvous de courage contre les peines; vous en aurez jusqu';in bout; vivre, c'est souffrir: et toute notre paix en cette misérable vie, dit Vlmitation, consiste bien plus à supporter humblement les tribulations qu'à n'en point sentir. J'aurais grand besoin pourtant de vous savoir tous heureux; ce serait une douce consolation à mes propres chagrins. Les gens qni m'ont trompé sont plus que jamais déchaînés contre moi. Jamais je n'eusse imaginé qu'il pût exister de pareils hommes. Cela brise l'Ame et altère la santé. Mes spasmes m'ont repris avec les douleurs de cœur. J'espère, néanmoins, que cet état n'aura p&s
de suites fâcheuses.
Voici quelques faits qui vous donneront une idée de notre position. Un avait menacé Mah. ^, s'il parlait de la destitution de Laurenlie, de destituer de plus l'abbé de Salinis ^. Rien de nouveau et d'étrange en cela ; il y avait des ]»'('rcdents; mais, ce qui n'avait pas d'exemple, on a menacé son confesseur, vicaire de Saint-Louis à Versailles , de lui ôler aussi sa place s'il continuait de le confesser; et le voilà obligé de se choisir un confesseur à Paris, pour ne pas compromettre ceux de la ville qu'il habite. Tar ce trait jugez du reste.
* Le pci'c VciUura.
- M. O'Mahony, rédacteur du Mi' mariai catholique.
•^ Sans (joule comme professeur de llu'ologie. M. de Salinis, mort arciu^ vtquc d'Aucli, avait rempli ces l'onclious à la l'acuité de lîordeaux.
L'archevêque de Reims * déclare publiquement aux ordinations que quiconque professera les mêmes doctrines que le Pape sera exclu des Ordres, et que partout où il ira on s'y prendra de manière à ce qu'il meure de faim. Le même arche, vêque a recommandé très-expressément à son clergé de ne coopérer en rien à l'œuvre de la Propagation de la Foi, parce que « c'est procurer de l'argent aux ultramontains. » Il s'est prononcé également, et sous le même prétexle, contre la Société cathoHque des Bons-Livres. Outre la rahhia Gallicana^ on présume qu'il croit par là favoriser son entrée au ministère, dont il a été grandement question dans un certain monde. Je n'ai pas besoin de vous dire que de toutes les chimères c'est la plus absurde.
Les missionnaires s'attendent à être bientôt supprimés; il est certain qu'il a été résolu quelque chose contre eux dans le conseil. Les J viendront après.
La magistrature veut un protestantisme dont elle fera les dogmes et la discipline : des magistrats influents me l'ont avoué nettement. De concession en concession, le ministère, croyant sauver je ne sais quoi, en viendra à l'Église nationale, et déjà nous y touchons. Puis on renversera ce fantôme comme une fraction du parti-prêtre; puis l'anarchie la plus absolue, la liberté du Globe et de M. Guizot, J'aurais mille choses à vous dire là-déssus, mais je ne puis ni n'ose les écrire. Tout est clair aujourd'hui, mais les yeux sont fermés.
Vous aurez sans doute été contents de l'ouvrage de l'abbé Gerbet. J'en attends beaucoup de h'icn. La vérité, au reste, pénètre peu à peu dans les masses, et même à leur insu. Sous ce rappoi't, les progrès sont plus rapides que je ne l'espérais. C'est plus haut qu'est l'aveuglement. On nous prépare une sotte loi sur la presse; on ne voit pas qu'il est impossible d'en faire une bonne. Celle dont on nous menace ne profitera à personne, pas môme aux ministres, et elle sera funeste pour !a Religion.
Le cardinal de Lalil, pair de France depuis l'anoée 1822.
DR f AMFNNATS. 281
Mon fivic mo cliarf^e do vous offrii' ses plus loiulrosrospecls. îiC jiibilô fait des merveilles à {{ennes. L'al)l)ê Le Tourneur prî^chc. Le panvrc évt'Miue est loiijoiiis malade.
On dit (|iuî M. Busson est noirimê confesseur de Mademoiselle. Je ne l'ai pas vu depuis votre départ. Je l'aime et l'estime beaucoup, mai.s nos idées s'accordent rareni(?nt.
Quant au préceptetu' ', il est encore an-dessous de ce que je m'imaj^nnais Vous (connaissez sa figure pointue; j»» disais l'autre jour que toutes ses idées avaient l'air de lui sortir par le bout du nez. Par suite d'une noire intrigue, l'abbé Martin garde sa place d'aumônier de l'Kcole polylecbnique, malgré une ordonnance signée qui lui donnait un successeur. Ainsi voilà une école entièrement abandonnée. Le Grand-Aumônier a fait des représenlalions au roi ; il lui a parlé des progrès de l'impiété parmi ces jeunes gens, progrés lels, que cette année il n'y a eu que vingt-cinq paques. Le roi a répondu que « c'était vrai, mais qu'on lui avait expliqué cela; et qu'il n'y avait pas de mal. »
Je désire que ma petite gazette vous intéresse. Voilà une lettre que je vous prie d'acheminer. Ah! combien je désire vous revoir- !