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Paris. \i (lécenibrc 18^20.
V(>uillez lire la lettre incluse et l'acheminer ensuite à sa destination. Vous devinerez aiséuKMU àcpii elle s'adresse. 0)i ne se représente en aucune manière notre position réelle; on manque
' 1! nous scml)Ic (|u'il s'a<;il ici tlu foujueiix ôvcmiuc de Slrasboiirg. Mgr Thirin. prt'îcopleiir du duc de IJordoaux.
- liCllres sup|.riiii('os : — A M. le baron de Vilrolles. Paiis, 8 et ... décendire IStiO. — Lettres d'ailaires. M. de Yilrolles sciait charjié île procurer à l.amcnnais les moyens de liquider la position pécuniaire de ce deriMor. Il s'en occupait activcnioiil, et M. de la tîoudiurie, intendant de la liste civile, avait eiUaiin'' avec lui une nt'<;ociali(iM dans eu ImiI. C'est à cela i|u'ont Irait les lettres rotranclu'os ici; elles sont prt'cieuses à titre de docunienls hiograpliiques.
totalement de cette espèce de tact qui fait juger des impressions que telle ou telle démarche, telle ou telle parole, doit faire sur les esprits; et pourtant c'est tout. L'épaississement est tel, à cet égard, que je suis tenté d'y voir quelque chose de surnaturel.
Il est certain que le roi a signé une ordonnance pour supprimer les collèges des Jésuites. Il est dit dans les considérants que « lés maisons qu'ils occupent sont censées être de petits séminaires, et que néanmoins on y élève des enfants pour tous les états; qu'ils empiètent ainsi sur les droits de l'Université, qui suffit surabondamment à l'éducation ordinaire. » L'ordonnance aurait été pubhée sans délai, n'eût été l'opposition du baron Capelle, qui a parlé très-fortement dans le sens contraire. Ce que je vous ai mandé au sujet des missions est également vrai. Au milieu de ces événements, on ne sait que dire ni que faire. Pas un mot (jui puisse guider, pas même une insinuation. Jamais le monde ne vit rien de semblable. Heureusement cela ne saurait durer. Je continue d'être fort souffrant; les spasmes reparaissent toutes les fois qu'à l'extrême fatigue habituelle se joint quelque inquiétude, quelque peine nouvelle un peu vive, et il s'en présente souvent.
Vous verrez, dans le Mémorial de ce mois, un document curieux sur la Belgique. Le gouvernement hollandais se joue du Saint-Siège, et il a l'extrême naïveté d'en avertir ses sujets catholiques. Quand est-ce donc que l'on comprendra qu'il est temps enfin de changer de marche? Il est vrai que, comme tout se tient, c'est un vaste ensemble à combiner. Que Dieu éclaire et fortifie ceux de qui l'avenir dépend!
Mon frère me charge de vous offrir ses plus tendres respects. Son èvèque est toujours malade, et cela nous inquiète beaucoup. S'il venait à manquer, ce serait une perte irréparable.
Le Portugal occupe en ce moment les esprits ^ Il paraît
* Le 15 novembre 182G, deux corps de réfugiés portiig.us (royalistes anli-conslituiionnels), organisés en Espagne avec le concours indirect de Ferdinand VII, entrèrent en Portugal par les deux extrémités du royaume, a province de Tras-os-Montes et les Algarves. Ils scmparèrent d'abord de
constant que les royalistes trioinphoiaiont sans aucun dont»», si rAn^lctcrre ne niettait tout le poids de son épée du côté de la révolution.
(l'est uni(pieniont ce qui rond encore la question indécise.
Adieu, adiiMi, prit/ pour nous. Je vous manderai tout ce qui se passera d'intéressant.
Paris, 18 décembre 482G.
Je suis charmé, mon cher et respectable ami, du jugement que vous portez sur l'ouviage de labbé G. J'en attends beaucoup de bien. Il me semble impossible qu'on n'ouvre pas enfin les yeux sur le danger d une philosophie destructive de la foi, et dont on fait la base de l'enseignement catholique, quoiqu'elle soit la négation même de son principe fondaniental. Je crois que, dans un autre temps, l'aulorilé se serait hâtée davantage de prendre connaissance d'une que^itil)n si importante, et de retirer l'Ecole des voies protestantes où elle s'est imprudemment engagée. Cela viendra; mais auparavant que de maux auront été faits! Ce n'est plus la pensée qui préside au gouvern( ment du mondi;; on ne sait rien voir ni rien prévoir. Les événements agissent seuls, et la société est uniquement soumise à cette puissance aveugle et nécessaire qu'on appelle la force des choses : l'intelligence a abdiqué.
quelques villes ouvertes et parurent avoir quelque chance do succès. Mais, la régente ayant imploré le secours de la (Jrando-Brcta^iiL', (ianning prit aussitôt les mesures les plus énergiques, et ((uinze à dix-huit régiments angluis, préparés à l'avance, s'embarquèrent innnédiatement pour aller détendre en Portugal, non pas seidemonl le régime couslitulioimtd, mais l'inlluenee acquise par l'Anglelerre et les relations commerciales fort avantageuses que cette influence avait permis d'établir. Le contraste entre la guerre de Portugal l'aile par Cauuing, et la guerre d'Espagne ilécidée par M. de Villéle sous la pression du parti religieux, a été relevé, depuis lors, avec amertume, par plus d'un historien. — V. VIJistoire des deux Restaurations, t. VII. p. 202, 5» éd.
On s'échauffe ici de plus en plus sur la question du Portugal; grande question, en effet, et qui aura de graves conséquences, de quelque manière qu'elle soit résolue. iNotre ministère est divisé : qualre d'un côté, quatre de l'autre; M. de Villéle, M. de Chabrol, M. de Corbière, M. de Doudeauville, soutiennent la politique anglaise, et il est à présumer qu'ils l'emporteront. Les libéraux les appuient avec chaleur; ils vont même jusqu'à hasarder des prédictions sinistres, dans le cas où le roi ne se prononcerait pas en faveur delà révolution dans la Péninsule. Us répondent à l'appel de M. Canning On ne sait comment la session se passera. Les dépiUés désertent la Chambre, il lui a fallu s'assembler trois fois pour être en état de délibérer; on ne pouvait atteindre au nombre voulu. C'est le commencement d'une sorte de décomposition amenée par l'indifférence, la lassitude et le dégoût. Les pairs, moins ennuyés de leur position, à ce qu'il paraît, se préparent à pousser vivement le ministère qui a sur eux un peu moins d'influence. On ne saurait dire encore ce qui résultera de tout cela.
Pour moi, je suis comme l'Europe, nialade et souffrant. Je ne sors point de ma chambre, ne pouvant ni marcher longtemps ni aller en voiture. Ce que mes trisles affaires m'ont donné de tourment ne saurait se peindie. J'ai l'espoir de retrouver, par un arrangement prochain, une situation plus supportable. Je ne serai pourtant pas encore entièrement débarrassé, quoique je fasse le sacrifice de toute ma fortune. 11 n'y a de paix que dans le tombeau.
Je vous embrasse, mon bon ami, de toute la tendresse de mon cœur^
Paris, le 22 décembro 1826.
M. de Ilaller m'envoie à l'instant les lettres dont vous l'aviez chargé pour moi. Si nous avions été brouillés, il aurait pris un
' Lellrc supprimée : — A M. le baron de Vilrolles. Paris, 19 ilcccmbre 1820. — Simple billet relatif à l'alTaire dont nous avons dit que M. de Yitrolles s'occupait avec zèle pour le compte de lAimennais.
sûr moyon de irio raccorriiiiodei- avec lui. Mou rnnur, hahituollemont si scrrv. et si tristo, s'épanouit à la seule vue de vos écritures. Oli! oui, je vous aiuie; ji» vous aime comme personne ne vous aima jamais. Puisse, puisse h; bon Dieu nous réunir icibas, et ensuite dans celte belle éternité, qui do'l nous être sans cesse présente, ef où toul(!S nos doidcurs seront consolées! — Euntcs ibant et pcbant, mitlentes semina sua; venicntcs antem venient cum exultatione, portantes mnnijmlos siios.
Je vous ai déjà dit ce qui me retient ici : le devoir, un devoir rigoureux. Je suis honteux de le dire, — mais je ne crois pas y mettre d'amour-propre, — par le [)ur elTet des circonstances je me trouve être le centre de ceux qui aiment et défendent la Religion dans ce pays. Moi parti, tout se dissoudrait. Je travaille à ce que le bien que j'ai eu le désir de faire me survive, et j'ai l'espoir d'y réussir, malgré d'innom])rables obstacles. Si j'abandonnais l'œuvre, elle tomberait à l'instant. N'en répondrais-je pas alors devant Dieu? 11 y a beaucoup d'éléments du bien, mais ils sont épars et faibles ; c'est comme un germe qu'il faut cultiver soign(^usement pour qu'il se développe. Je donnerais tout au monde pour en causer deux heures avec vous. 11 faut que je vous parle maintenant de notre état religieux (;t de notre état politique.
Sur le premier point, le gouvernement est disposé à faire tout ce que les révolutionnaires demanderont, pourvu (pi'ils ne le poussent pas trop vite. On a défendu à tous les employés civils et militaires de Lyon d'assister à la plantation de la croix, ce qui fait qu'elle n'a pas eu lieu. Les préfets sont chargés de surveiller strictement le clei'gé, et d'envoyer des notes sur tous les prêtres. C'est une mesure piéparatoire. On n'est pas décidé encore à agir contre les missions, malgré ce qui avait liés-cer-
tainemenl été résolu dans le conseil. Pour les J , leur sort
est fixé; l'exécution seule embarrasse. L'évéque d'Ilermopolis demandait dernièrement à l'évéque d'Amiens ' (pielle serait sa conduiledans le cas où l'on dissoudrait Saint-Acheul. Le prélat
* M. de Cliabons, évcqiic d'Amiens. Il avait été l'ail pair on \S2l, en nièmc temps que M. le eomle de Villèle, archevêque de Ronrircs. et M. Salmon du Châlellier, évèque d'Évreux.
répondit « qu'il suivrait l'exemple des autres évêques. » Cela n'est pas trop effrayant pour l'administration. D'un autre côté, les J s'aliènent peu à peu tous leurs partisans, et particulièrement le clergé, par leur extrême faiblesse, leurs petites ruses, leur dissimulation visible, leur séparation absolue de tout ce qui n'est pas eux, etc., etc., etc.; de sorte qu'on les regrettera généralement très-peu. Ils succomberont sans aucun doute, et ils succomberont sans honneur. Ces chutes-là sont mortelles pour les Corps. L'opinion presque universelle est que c'est un Ordre fini, et qui n'a rien en soi qui réponde à l'état et aux besoins actuels de la société.
Quant au clergé sécuher, la masse est excellente ; il est difficile de s'imaginer à quel point toutes les doctrines catholiques ont pénétré dans les esprits depuis un an. Plus j'y pense, plus j'y vois quelque chose de merveilleux. Le nombre des prêtres dévoués paraît le double de ce qu'il était jadis, et chaque jour la vérité fait des progrès. Mais voici le revers de la médaille. Le ministère ecclésiastique travaille avec ardeur à corrompre toutes les. sources de l'enseignement. Il menace, destitue les uns, séduit les autres, et ce système, à la longue, doit amener des conséquences fâcheuses, surtout lorsque l'épiscopat, déjà si faible, aura été constitué selon les vues du gouvernement. Deux évêques viennent d'être nonmiès : l'un, M. Savy, était proviseur du collège de Toulouse, établissement détestable; l'autre, M. de Villeneuve, vivait plus en laïque qu'en prêtre, se promenant à Paris en pantalons, etc. Toutes les places sont données à des gens de cette espèce.
Un autre mal très-grand, c'est Saint-Sulpice, où l'on élève des jeunes gens de tous les diocèses. Le gallicanisme y domine, et de là il donne la main à tous ses partisans dans les provinces.
M"'* de S. m'engage à voir le C. B*' ^ H faudrait pour cela le rencontrer, et je ne vais nulle part. Notre position, d'ailleurs, est très-singuhère. On flatte les ennemis; tous les égards, toutes les caresses sont pour eux. Vous sentez à combien de réserve
' Le cardinal Bernelti, alors à Paris.
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iiiif [)()lili(jiii' si sage et si ùlevée nous ohlige. Et puis, pour conserver h\ scuh; force que nous ayons, il y a une cliosc dont Jious ne clevon:> jamais faire le saci'ifice, la (lignite du courage et de rabnégiition. La lâcheté, ravcnglenient, l'esprit de vertige est partout aujourd'hui, et c'est là le symptôme le plus marque d'un avenir terrible.
Je viens à la politique. Il n'est question en ce moment que du Portugal. Le conseil, comme je vous l'ai mandé, était divisé. M. de Villèle Ta emporté, et cela devait être. Le baron de Damas' a été chai'gé d'annoncer à llîurope que l'Angleterre usait de son droit et rempUssait strictement son devoir, en portant la révolution dans le Portugal; que l'Espagne, menacée dans son existence, n'avait pas la moindre raison de se plaindre ni de s'incpiiéter; (jue la France le lui avait bien dit, et qu'elle s'entendrait avec l'Angleterre pour le lui faire séiieusement comprendre, s'il n'y avait pas moyen de la persuader autrement. Le parti révolutionnaire pousse des cris de joie; il porte aux nues M. Canning, et même M. de Villèle. C'est, en effet, le plus grand triomphe qu'on lui ait ménagé depuis longtemps. Le marquis de Chaves ^ succombera, je n'en doute pas ; les Anglais seront à Lisbonne avant lui ; ils affermiront les Cortés, jetteront en Espagne les réfugiés qui se rendent en foule sur leur flotte, et la grande tragédie commencera. La Chambre des pairs est, en général, prononcée pour la politique anglaise et ministérielle. La Chambre des députés n'a d'autre politique que d'obéir. Sa servilité augmente chaque année, quels que soient les miconlentements individuels. La magistrature s'anime de plus en plus
* Le baron de Damas, d abonl ministre de la j^iicrre. avait, depuis de!:t ans, cédé ce poi lertMiille an marquis »lo Clermont- Tonnerre, ministre de Li marine. Il était devenu mini^tre des alïaires étrangères. D annonça elïeclive. ment aux Chambres que la France, mécontente de n'avoir pas été écoulée par l'Esparrne, à qui elle avait démontré les dangers d'une intervention dans les alïaires du Portugal, venait de rajipeler de .Mailrid M. de Mousliers, son représentant.
^ Le comte d'Amaranle, depuis marquis île Chaves, principal promcleur de la conspiration du j lévrier 18'23, qu'il av.iil organisée de concert avec la lameusc Charlotte, femme de Jean VI et sœur aînée de Ferdinand VU. Il était encore, en 1820, à la têle du mouvement conlie-révolu^ lionnaire.
contre le clergé, pour se donner de l'importance. Elle veut Je protestantisme; des magistrats me l'ont avoué franchement. II vient de paraître un ouvrage analogue à celui de M. deMontlosier, où, par le fait, on demande l'abolition pleine et entiéie de la religion catholique. L'auteur est M. Cotlu. Les journaux du libéralisme en ont fait grand bruit.
On ne saurait prévoir encore le sort de la loi sur la presse. Le résultat, si elle passe, sera désastreux pour la Religion, Des imbéciles l'ont sollicitée; il ne sera pas étonnant que d'autres imbéciles la votent. Au milieu de cet immense désordre, la nation fatiguée tombe dans une indifférence complète. Personne ne tient au gouvernement; on le verrait tomber, les uns avec joie, les aulrcs sans aucun regret. Nul n'étendrait seulement la main pour le soutenir. Parmi les hbéraux honnêtes, et il y en a beaucoup de cette espèce dans les provinces religieuses, il règne une disposition d'esprit qui serait fort heureuse en un autre temps. Ils ne voient rien à quoi se rattacher, ni doctrines, ni intérêts, et cela les rapproche de l'Église, qui offre seule cette stabihlè qu'ils n'aperçoivent nulle part ailleurs. L'essentiel serait de leur montrer que le christianisme est compatible avec tous les désirs sages; qu'il ne livre pas les peuples au pouvoir comme de vils troupeaux ; qu'il protège et maintient tous les droits; qu'en lui seul est la garantie de toutes les libertés légitimes. Ces hommes-là repoussent avec horreur le servile gaUicanisme. Ils prêteraient une grande force à l'ordre public, un puissant appui à l'Égl'se, si ceux qui doivent parler croyaient à ce devoir et le remplissaient dans toute son étendue. Le monde a changé; il cherche un maître : il est orphelin, il cherche un père. Le trouvera-t-il? Voilà la question ^
Je ferai votre commission à Mahony. Nous ne le voyons guère, attendu qu'il ne quitte guère Versailles; mais on va lui écrire de ma part pour l'engager à venir.
Oserai-je vous offrir, au commencement de l'année qui
* Esl-il besoin d'appeler rallenlioii du lecteur sur ce curieux et admiral)le passage? Esi-il nécessaire de faire remarquer qu'il explique et juslifie. mieux qu'aucune apologie, tes a vaiialions » tant reprochées à Téloquenl défenseur du catholicisme, devenu, en lin d; compte, un des apôtres de la loi démocratique?
va s'ouvrir, une petite inédnillc qu'on vient do frapper ici '? On (lit (|n'il y a de la resseiidilance, et vous voulez bien aimer un peu l'original. Mille vœux et mille tendresses.