FIN DU LIVRE IIIITIEMK
COUnESPOMDANCE AVEC LE SÊMIXAIHE DE VIVIERS 89
A MONSIEUR COUDERC (1)
16 août 1676.
Je vous supplie, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, de ne me regarder en la place où je suis que par I*engagcnienl qu'elle me donne de vous servir et d'être plus à vous que jamais. Vous jugerez par là de la liberlé que vous pouvez prendre en m'écrivant. Je ne me suis pas pressé de vous répondre louchant Tecclésiaslique que vous avez depuis deux ans dans votre séminaire (2), et qui désireroit rester dans celui-ci, parce que j'ai cru que, l'année étant si avancée, il seroit bien difficile qu'il le pût faire qu'après les vacances.
(1) On peut voir dans la Vie de M. Olicr par M.Faillon (t. IH, p. 337- 341) l'histoire des commencements du séminaire de Viviers. Il faudrait Iiouvoir y ajouter la Notice inédite, plus complète, composée par M. Gamon, sur Thistoire de ce séminaire (18 pages m-ip) depuis son origine jusqu'à son rétablissement au xix» siècle ; laquelle sert de préface à son Catalogue dc$ prêtres de Saint-Sulpice qui ont travaillé dans le séminaire de Viviers» Ce séminaire ne fut uni qu'en 1706 à celui de Saint-Sulpice; mais les prêtres de la compagnie y travail laiojit depuis Pan 1650. Le premier supérieur fut M. de Queylus (1650-1657); le second, M. Jacques Fuselier (1657-1661); le troisième, M. Jean-Pierre Couderc. Ce dernier, né à Toulouse en 1629, entré au séminaire de Saint-Sulpice le !«' octobre 1645, accompagna en 1652 M. Olier dans son voyage du Vivarais, où il partagea son zèle entre les missions et Fœuvre du séminaire. 11 en devint supérieur en 1661, et mourut le 21 février 1686. V. Bibliothèque sulpiciome, t. III, p. 84-87.
(2) Jean-Jacques de Loubesiin, neveu de M. Couderc, clerc du diocèse de Toulouse, fut admis au séminaire de Saint-Sulpice le 4 novembre 1676. Il en sortit le 30 août 1681, et ensuite quitta l'état ecclégiastique.
1)0 LIVRE XELVIÈME
Si VOUS le voyez en état de pouvoir bien profiter ici, il pourroil sans difliculté venir pour la Saint-Luc; car on ne reçoit personne avant ce jour-là, qui est le jour que recommcncenl nos exercices. Vous savez qu'il faut avoir fait sa philosophie et avoir un cœur docile. Il trouvera le mien 1res disposé à le servir et à lui faire paroitre la considération que nous avons pour les personnes qui vous touchent de si près. Je ne vois guëres d'apparence, suivant ce que vous me mandez, que vous puissiez venir ici ces vacances. Nous vous y aurions embrassé avec bien de la joie; mais il faut attendre que Notre Seigneur en donne les ouvertures, afin que cela se fasse dans la suavité ordinaire de son esprit, et que nos Messieurs ne soient point peines de votre voyage. Cependant nous pourrions suppléer par lettre pour arrêter vos comptes. Enfin, disposez de moi comme d'une personne qui est tout à vous. — L. Troxsox.
LETTKE II
A MONSIEIU Ii'aULTAXNE (l)
25 décembre 1676.
Je ne vous ai point fait de réponse sur l'emploi que vous veut donner M. Tévêque de Lavaur (2); c'est à vous d'examiner s'il vous est propre. Il m'en a écrit lui-même depuis quelque temps, et la réponse que je lui ai faite est que je vous laisserois sur cela dans une pleine liberté pour faire ce que vous jugerez plus à propos, et que vous croirez que Dieu demande de vous (3). Vous voyez ce que vous faites
(\) François d'Aultanne, né à Valréas, dans le diocèse de Vaison, entra clerc au séminaire de Saint-Sulpice le l»"" novembre 1655. En 1675, il était au séminaire de Viviers. 11 y mourut le 28 décembre I7ï2, Agé d'environ 78 ans, et fut inhumé à la cathédrale, dans la tombe des chanoines, ayant été théologal du Chapitre.
(2) René I.c sauvapre, né à GranviUe, docteur de Sorbonne, nommé évc((ue de Lavaur le 28 avril 1673, sacré en 1674, tit son entrée solennelle le 21 février 1675, et mounit le 17 mai 1677.
n» ^''>ir trotte lollre dans la ^orrc.<]>onffatire rwoc ch'vc7's.
CORUKiiPOKDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE VIVIERS 91
il Viviers; M. Gouderc peut vous dire ce qu'il en juge, car je crois qu'il vous connoit assez pour vous pouvoir donner de bons avis; et pourvu que vous soyez fidèle à faire la volonlc de Dieu qui vous sera connue, je ne désapprouverai jamais votre détermination. Je ne sais point quelle est votre détermination. Je ne sais point quelle est votre disposition; je ne sais point quelles sont vos vues; mais je doute que votre talent soit de conduire en chef une communauté. Vous voyez que je vous parle à cœur ouvert; mais je crois que c'est ainsi qu'il faut parler aux personnes qui no cherchent que Dieu, et dans des occasions aussi importantes que celles de la vocation. Je voudrois vous pouvoir témoigner par des marques d'une cordialité toute entière combien je suis à vous. — L. Tronsox.
LETTRE lll
A MONSIEUR COLDEUC
21 avril 1677.
il est ditlicile de vous pouvoir répondre sur l'union (du séminaire de Viviers à celui de Saint-Sulpice) que vous me proposez, que l'on ne soit plus instruit de l'état des lieux et du détail du séminaire. Comme je ne crois pas y pouvoir aller moi-même cette année, je prierai quelqu'un de nos Messieurs de faire ce voyage, afin qu'ayant conféré avec vous sur toutes les choses qui pourroient faire quelque peine, l'on voie ensuite si elles seront en assez bon état pour conclure cette aifaire. Le plus grand inconvénient que j'y prévois est la maison de l'évêque que le séminaire occupe (,1). Car 1* il
(1) L'évêque de Viviers était Louis-François de la Haunie do Suze, sacré le 14 mai 1618 comme coadjuleur de Jean de PHostel, auquel il succéda lorsque celui-ci mourut, le 6 avril 1621 ; mort au Bourg-Saint- Andéol, le 5 septembre 1690, âgé de 95 ans. Dès le 18 juin 1653, il avait publié dans nn synode général une ordonnance par laquelle il établissait canoniqueraent un séminaire de clercs dans la ville de Vivieis, et niênic dans sa maison êpiscopalc. Cette maison, c'est-Mirc rancicn
Uâ \A\i\E NEUVIÈME
est (liHicilc que ce ne soil un sujet de tentation à un successeur, a? 11 n*y a guères d'apparence que la belle maison qu*il aura au Bourg (Saint-Andéol) Tempèche d*en vouloir avoir encore une dans sa ville capitale. 3*^ La maison que M. le grand vicaire (1) prétend donner à révèché n'est pas encore donnée. Or, il n*y auroit pas de prudence de s'appuyer sur une telle prétention. Quelque bonne volonté qu'il ait, il peut changer; et, de contracter sur un peut-êlre, c'esl à quoi on auroit peine. V II pourroit venir un évéquequi n hé* siteroit pas k faire toutes les réparations nécessaires pour se défaire de Saint-Sulpice, et qui, pour cet effet, mettroit volontiers l'évéché en état. 5" Il faudroit voir ce que pourroil valoir le jardin que Monseigneur de Viviers donne pour dédommager ses successeurs. Cvlv il peut y avoir fait des choso bien inutiles, et peut-être ne complcroit-on que pour forl peu loule cette dépense de cent mille livres que vous mandez qu'il y a faile. Et quand môme il seroit d'une valeur considérable, il faudroit voir si le séminaire s'y pourroit accommoder. Tout vôtre. — L. Thonson.
A MONSIEUIl COl'DERC
29 avril 1678.
Vous n'avez pas été si paresseux à m'écrire que j'ai été à vous répondre. Pourvu que vousle fassiez tous les mois, vous savez que cela vous doit sufiire quand il ne survient point d'affaire extraordinaire. Pour moi, j'espère que je ne vous
palais épiscopal, ùtait placée près de la cathédrale. Cést M. de Villeneuve (lui, sacré évéipie de Viviers le 13 août 1724, Ht bâtir le palais actuel situé sur les bords du Rhùnc. Avant lui, les évoques de Viviers résidaient au Bourg-saint-Andéol.
(1/ Charles symian, (îrand vicaire et OfTlcial de Tévéque de Viviers s<;lon toutes les ai»pa renées, il était parent d'un Jaaiues symian, du diocèse de Viviers, qui, étant déjà i^rètrc, fut admis au sém 111311*6 f^ saint-îsulpicc, le :?3 mai IGôl.
ferai point allendro, lorsque vous m'écrirez quelque chose qui demande réponse.
J'ai bien de la joie de l*aclion que vous avez faite (1), et que vous me marquez dans votre dernière lettre. Je la regarde comme une action héroïque. Car je suis convaincu que vous vous êtes fait en cela une très grande violence et qu*il a fallu vaincre toute la nature. En vérité. Monsieur et 1res cher en Notre Seigneur, je ne puis vous exprimer la consolation que cela me donne. Je vous puis dire qu elle n*est pas moindre que celle qu'auroit eue Notre Très Honoré Père feu Monsieur de Bretonvilliers dans une pareille rencontre. Il seroit assurément très édifié de votre exactitude et de votre fermeté; et je ne doute point qu'il ne vous en exhortât de tout son cœur à la persévérance. Ce n'est pas que, si ce même ecclésiastique se présente et revient pour les ordres, vous ne le puissiez recevoir au séminaire; mais il seroit bien important que cela ne fût qu'après avoir laissé passer au moins deux ordinations, afin que ce retardement pût servir en môme temps, et de pénitence pour lui, et d'exemple pour les autres. Les motifs pour consoler ses parents ne vous manqueront pas, et vous trouverez assez de raisons pour leur persuader que cela est important, et que vous ne pourriez pas en user autrement sans trahir votre conscience. Je m'assure que M. Du Four (2) aura été ravi de votre générosité, et qu'après un tel coup il n'aura plus rien k vous reprocher. Je souhaite, pour le fruit de votre retraite, que Notre Seigneur achève de consommer votre cœur. Vous n'y oublierez pas les besoins de celui qui est en lui tout à vous. — L. Tro.vson.
(1) M. Couderc avait « mis hors du séminaire un ecclésiastique qui n'y étoit pas exact ». Le séminaire de Viviers étant composé de séminaristes appartenant à plusieurs dioL^scs, et (luelqnes-uiis étant sans doute plus ou moins protégés par leur évéqne, on concjoit qu'il fallait quelquefois au supérieur du courage pour risquer de déplaire aux protecteurs.
(2) Jacques Du Four, né à Houen, enseignait alors la théologie au séminaire de Viviers, dont il devint ensuite supérieur, à la mort de M. Couderc, en 1G8T.
\)\ LIVRE NKrVIKHE
A MONSIEUR COUDKRC
22 juin 1678.
Je vois par vos lettres que voire séminaire est toujours bien rempli. Je souhaite que Dieu muUiplicando gentemmagnificet lœtitiam (Isai. IX, 3), et que la ferveur des sujets croisse k proportion que le nombre en augmente. Ce qui me console le plus, est que je suis assez persuadé que vous nV épargnez pas vos soins, et que M. Du Four, tout zéléqu*il est, n*aura rien à vous reprocher sur ce sujet.
Il seroità souhaiter que ceux qui sont dans le séminaire ne prissent jamais les ordres sans conseil. C*est ce que nous observons inviolablement ici, et ce que je vous conseillerois de suivre si vous le pouviez; mais j'y vois trop d*ohslacles pour les ecclésiastiques des autres diocèses. Car, que leur dire si, s'en retournant en leur pays, leurs évéques jugent à propos de les ordonner? Pour moi, je ne croirois que ce dût être là une cause d*exclusion du séminaire; et je crois que, s*ils font bien d*ailleurs et qu'on en soit content, on peut les y souffrir lorsqu'ils y veulent revenir.
Je serois bien aise de savoir les voyages que vos Messieurs auroienl dessein de faire ces vacances. Ils auront besoin de divertissement et de repos, et ma joie sera d'apprendre qu'ils en prennent autant que le doivent faire des personnes qui ont travaillé avec fidélité toute Tannée, et qui se préparent pour travailler avec autant de ferveur la suivante. Je les salue, et suis tout à vous. — L. Tronson,
A MONSIEUR COUOERC
Ce 3 Juillet 1GT9.
Il osl bon que tous nos Messieurs fassent leur retraite.
L'exemple que vous leur avez donné leur doit servir. Ils verront qu*il n*est pas impossible qu*ils la fassent, puisque vous l'avez faite, et qu'il n'y a qu'à le bien vouloir, pour surmonter beaucoup d'obstacles qu'on se figure. Vous pourrez leur marquer le temps qui leur sera pour cela le plus commode. Tout ce que je crains dans l'offre que vous leur faites de tenir leurs places, est que vous ne preniez trop sur vous. C'est à quoi je vous prie de prendre garde. Du reste, vous n'avez qu a suivre votre Irain ordinaire; Notre Seigneur sera votre supplément dans vos foiblesses. Ce qui doit vous encourager dans la vue qu'il vous donne de votre incapacité, est la bonté avec laquelle il vous soutient, et la bénédiction qu'il répand sur vos travaux. C'est une marque qu'il agrée ce que vous faites : il n'y a qu'à souhaiter que vous continuiez à remplir volregrâce, et à le servir dans votre vocation avec plus de fidélité que jamais. Quand votre retraite n'auroit servi qu'à vous renouveler dans cette disposition, elle aura eu un assez bon succès. Je m'imagine qu'en couvrant les autres du manteau de feu Notre Très Honoré Père M. Olier, vous ne manquerez pas de vous couvrir de ses vertus. Il me semble que je désirerois bien que vos prières m'y obtinssent quelque part. Demandez-lui pour moi cette grâce.
Si vous voulez nous envoyer une copie du récit de ce qui s'est passé au Synode, je vous manderai ce que Ton en jugera ici. Je bénis Dieu de ce que votre travail n'y est pas inutile, et qu'il donne un si bon succès à vos emplois, et dedans et dehors la maison. S'il va jusqu'à empêcher les Languedociens de parler, ce sera un grand coup, et je regarderai cela comme votre chef-d'œuvre.
Je salue tous nos Messieurs et suis tout à eux, mais très particulièrement avons. -— L. Tronson.
A MONSIEUR COUDERC
Ce 8 juillet 1G80.
Enfin M. de Poussé est allé recevoir la récompense de ses
90 LfVRK NRUVIÉME
travaux (1). Cinq jours de fièvre continue, avec une inflammalien de poumon, lui ont fait achever son pèlerinage et Tont délivré des misères de cette vie. J*espère que vous demanderez bien à Notre Seigneur qu'il consomme ses desseins, et sur lui et sur nous ; et que ses adorables volontés soient accomplies sur les vivants et sur les morts. G*est en cela que nous devons mettre notre consolation, nous soumettant de grand cœur à ses ordres, et trouvant notre paix dans Tabandon à sa Providence qui dispose de tout avec tant d'amour pour ravantage de ses élus.
Votre excommunication et suspension ipso fado aux ecclésiastiques qui vont k la chasse avec des armes à feu vous donneront apparemment de la pratique. Dieu veuille que la défense soit bien observée! On a eu raison d*hésiter long temps, quoique pourtant il y ait bien des canons, ce me semble, qui défendent absolument les armes à feu aux prêtres. Si cette ordonnance a été imprimée, ou si Ton a fait quelques autres statuts synodauXi vous m'obligerez bien de me les envoyer.
Vous avez eu raison de dire que je ne me mêle d'aucune affaire temporelle auprès de M. le marquis de Seignelay. Il me semble qu'il n'en faut point mêler d'autres avec celles de la conscience, si l'on veut faire quelque fruit auprès des Grands du monde. C'est la règle que j'ai prise, il y a bien long temps; que je tache d'observer inviolablement, et dont l'expérience me fait connoîlre l'utilité.
Je suis (le cœur tout à vous. — L. TnoNsox.
(1) Antoine Hafruier de Poussé, né à Troyes, docteur de Sorbonnc. avait été successivement supérieur du séminaire Saint-Sulpice sous M. Olier, ensuite de la Solitude, puis du séminaire < le Clennont, enfln curé du la paroisse de Saint-Sulpice, et était mort le 8 juillet lOfcU, jour où M. Troiison en annon<^ait la nouvelle à M. Couderc,
LETTRE VIII
A MONSIEUR COUDERG
Cel4avrill681.
Il y a bien long temps que j'attends à vous répondre, parce quil y a bien des embarras que Ton voit ici dans votre union. Le projet de la délibération du Clergé ne seroit pas mauvais si nous ne paroissîons point dans cet acte (1), et si
(1) Au mois de mars 1681, Louis de Suze proposa à rassemblée du clergé de son diocèse les moyens qu'il avait pris pour assurer à son séminaire la possession du local où il était établi : il lui Ht connaître que, par son' testament, il léguait à ses successeurs évèques « le Jardin et les bâtiments quUl avoit acquis et fait bâtir au dessous de la ville du Bourg et le long du Rhône ». Ensuite, M. Symian, son vicaire (général dit que, ayant remarqué la grande utilité que le clergé avait reçue et recevait encore de Pétablissement du séminaire, il y avait fondé trois places gratuites; et que, de plus, il offrait de céder et remettre aux évèques de Viviers, en dédommagement de l'ancien palais, tous les t)âtiments qu'il a fait faire au sol de la Vignairle, sauf l'appartement du midi où loge le vignier avec ses domestiques. « Ensuite de quoi l'assemblée a remercié Mor l'évêque des précautions qu'il a déjà prises pour faire subsister son séminaire, et M. le Vicaire général aussi des offres qu'il a faites; et connoissant que, à faute de bons directeurs, comme MM. de Saint-Sulpice lui en ont fourni Jusqu'à présent, ledit séminaire pourroit souffrir quelque déchet de cette ^rrande réputation à laquelle il est à présent, et qui est en effet une des plus belles productions que ladite communauté de Saint-Sulpioe ait hors de Paris, a été délibéré que MM. de Saint-Sulpice seront priés de continuer Messieurs N, N, N, et, après eux, d'envoyer d'autres pieux ecclésiastiques^ comme ils en ont donné jusques à présent, et de vouloir s'y obliger par un concordat ». L'assemblée nomma ensuite des députés pour passer ce concordat et promit de le ratifler. Cependant la chose n'eut pas lieu encore, parce que les difficultés alléiniées par M. Tronson n'étaient pas entièrement levées par l'a»semblée, et peut-être aussi par suite des préventions auxquelles Louis de Suze se laissa aller contre M. Couderc, comme on le verra bientôt. Ce fut en 17C6 seulement que le concordat fut conclu à Paris entre Charles-Antoine de la Garde de Chambonas, successeur de Louis de .suze, et M. Leschassier, successeur de M. Tronson. Entre autres clauses, il est stipulé qu'on suivra la liturgie romaine au séminaire, iauf ordonnance contraire de l'évêque.
98 LIVUE NRi:VCKUE
Monseigneur de Viviers convenoit seulement avec ces Messieurs qu'il leur cèderoit ce qu*il a acquis, elc, au cas que ses successeurs voulussent vous déloger de TÉvéché, et que Messieurs du Clergé s*obligeâssenl en ce cas à loger le séminaire. Cet acte étant fait en suite d*un autre que nous passerions avec Monseigneur de Viviers et le Clergé, par lequel ils s'obligeroient conjointement à fournir le logement et Tenlretien pour le séminaire, sans spécifier Tévéché, etc.; et nous nous engagerions, de notre part, à lui fournir des sujets, etc.; ces deux actes, dis-je, faits de la sorte, ajusteroient toutes choses, et nous tireroient de Tinconvénienl d*un successeur que nous appréhenderions. Mais comme cela pourroit demander encore des éclaircissemens particuliers qui traîneroient en longueur, j'ai cru que, pour conclure une bonne fois, il falloit que Ton vit sur les lieux Tétat des choses, et que Ton en conférât avec vous. M. Bardon qui a besoin pour sa santé de prendre Tair, et qui doit aller en son pays, pourra vous dire sur cela tout ce que nous pensons; car je le prierai de passer à Viviers. 11 doit partir la semaine prochaine, et je serai bien aise qu'il me rapporte en même temps tout Tétat de votre séminaire, dont vous m'obligerez de lui donner une pleine connoissance.
Si Ton vous parloit d'un Grand vicariat, vous pourriez représenter combien cela vous détourneroit de vos emplois du séminaire; vous pourrez néanmoins l'accepter si le Prélal vous en presse beaucoup et que vous voyiez qu'il fût choqué de votre refus. — L. Tronson.
A MONSIEUR COUDERC
13 avril 1682.
Je ne sais si vous avez quelques bonnes lumières dont nous puissions profiler pour contenter M»*" Tévéque de Carcassonne (l). 11 nous presse extrêmement pour un séminaire
(1) Louis-Joseph de Grignan, sacré le 21 dêcembi*e 1C81, mort le
qu'il veut établir dans son diocèse. Son zèle et ses bonnes intentions nous touchent, et nous souhaiterions de grand cœur te pouvoir satisfaire. Mais je ne sais si nous aurions des sujets à lui donner, tels qu'il faudroit pour bien commencer cet œuvre. La grande difliculté seroit d*en trouver un pour mettre à la tête; car, pour les autres, je crois que nous n*en manquerions pas, et je m'imagine même que, maintenant que vous en avez de reste, vous nous en donneriez bien quelqu'un sans vous faire tort. Si vous aviez sous vous un second assez fort pour vous absenter de Viviers durant six mois ou un an, il y auroit de quoi faire solidement ce nouveau séminaire, et vous auriez bientôt inspiré l'air nécessaire pour être goûté en ce pays-là, à quelqu*un qui pourroit le soutenir dans la suite. Mais je ne vois pas, eu égard aux dispositions de U^"^ de Viviers et l'état de votre séminaire, que vous puissiez vous en absenter de la sorte, sans qu'il souffrit de votre éloignement. Ainsi, je ne puis dire encore ce que nous pourrons faire. Si Dieu veut que nous entreprenions cet œuvre, il nous en donnera les ouvertures et les moyens; s'il ne le veut pas, il ne seroit pas juste do lo vouloir. Tout à vous. — L. Tronson.
A MONSIEUR COUDERC
29 novembre 1G82.
La réponse do M^' du Puy (1) ii M*»"" do Carcassonni^ osl fort avantageuse à M. de Lanlages, mais non pas à r<'«lahlissonionl du séminaire (|uo Ton projeloit. Nous avons rlé obligés ilo
1"' inai'S 172*J. Cfr. Un (''vvquc de Vancicn n'yimr : Loii/ii-Josrph dr nrifjuan (1650-1 7*..*2), par PabJié Léon Charpentier; Paris 1899, in-li de 111-339 passes. L'excellent bio^rraphe paraît avoir ignoré la proposition faite par son prélat à M. Tronson. \. p. 78. Elle me paraît d'autant plus* notable que Tévèquc la Ht dans les premiers mois quï suivirent sa consécration.
(1) Armand de Bétliune.
donner deux personnes à Autun, un à Lyon, un à Clermon el trois à la communauté de M. le Curé : ce n*est pas pour en avoir maintenant de reste. Ainsi, quelque désir que nous ayons de rendre service au digne prélat qui nous demande, nous sommes dans une entière impossibilité de le pouvoir servir. C*est de quoi vous pouvez l'assurer, en lui témoignant le regret que nous avons de ne pouvoir pas répondre à son zèle et à Thonneur qu'il nous fait. — La pensée qu'il a d'établir son séminaire dans sa maison épiscopale nousarréteroit court, quand même nous aurions du monde à lut donner. Car c'est un inconvénient dont vous vovez à Viviers les conséquences; et, de croire qu'on y pourroit remédier par les mesures que Ton prendroit par des lettres patentes, c'est ce que Ton n'estime pas facile. Car, quand même on auroit trouvé le moven d'assurer ce sol au séminaire, ce sera toujours un petit sujet de peine à un évéque de voir que des séminaristes occuperoient sa maison : et c'est à quoi nous ne voudrions nullement nous exposer.
Je me réjouis d'apprendre que vous êtes de retour en bonne santé : je vous la souhaite telle que Notre Seigneur voit être nécessaire pour le bien de son œuvre et la consommation de ses desseins en vous. Tout vôtre. — L. Tronson.
A MONSIEUR COUDBRC
Ce 23 avril 1683,
Le grand nombre que vous avez est une marque de la bénédiction que Dieu donne à votre séminaire et au travail que vous y faites. Vous pouvez croire que j'en ai bien de la joie. Mais ce que peut-être vous ne croyez pas, est que je n'en ai pas eu moins de la purgation que vous avez faite (1). Car je
U) M. Tronson avait éprouvé pareille joie au mois de mars de l'année précédente 1682. « Vous ne pouviez, écrivait-il à M, CouUerc, me mander une nouvelle plus agréable que de m'apprendre que vous avez purgée votre séminaire. Je m'unis à la Joie qu'en aui*a eu M. Du Kourqueje salue ».
iirimagine qu'elle ne se sera pas faite sans faire un peu de violence à votre bon naturel, et ce m'est une marque de votre fidélité à la grâce. Je suis bien trompé si M. Du Four a été affligé des personnes que vous avez congédiées. Je n'eslimerois pas que vous dussiez en ces cas-là en avertir les évéques, à moins qu'il n'y eût des choses extraordinaires et publiques, et tout à fait scandaleuses. Car, si ce sont des ëvéques exacts, ils ne manqueront pas de demander une attestation. S'ils ne le sont pas, on n'auroit pas ordinairement un grand égard à vos avis. Tout à vous. — L. Tromson.
A MONSIEUR COUDERC
Ce 3 mare 1684.
<rest une consolation bien grande que d'avoir chez soi le Très Saint Sacrement. Si vous pouvez jouir de ce bonheur sans manquer à la décence et au respect, je serois fort d'avis que vous vous servissiez de votre permission. Mais pour cela deux choses me paroîlroient nécessaires. La première, que vous eussiez un autre lieu pour répéter les cérémonies. La >econde, que vous fissiez en sorte que l'on n'entendît point (le la chapelle le bruit que l'on fait dans la salle de rérréalion. Sans ces deux précautions, je vous conseillcrois de demeurer comme vous êtes. Vous verrez si Télat des lieux vous permettra de les prendre.
Nous serons bien aise de voir votre travail sur les Contioverses pour les nouveaux convertis. Mais je serois encore plus aise de vous voir vous-même, si Dieu en donnoit quelques ouvertures. H faut les attendre de sa providence, car je ne crois pas qu'il faille faire crier.
Dieu soit béni de ce grand nombre de huguenots convertis et de tant de temples abattus.
Je suis. Monsieur et très cher en Noire Seigneur, loul à vous. — L. Tronson.
102 L[VUE NËL'VIÊME
LETTRE Xlll
A MONSIEUH COLDEUC
ce 17 juin 1G84.
Si quid paiimhii jiropler juHiitiam, beati. Si e^vprohraniini in nomine Chriati, beati. Quoniam quod est konoriit, gloriip et virtutis Dei, et qui est ejus Spiritns super vos fv?quiescit{\ Pclr. IV, 14). Je ne vous plains donc pas. Monsieur cl 1res cher en Notre Seigneur, dans le Irailement que I on vous l'ail; mais je plains la province, je plains le diocèse, je plains surlout celui qui en est la cause et qui reconnoit ainsi vos services (1). Peut-être que Torage ne durera pas, et que ce n*est qu'une bourrasque. Mais si elle ne cesse pas bientôl, il faudra nous le mander, afin de prendre nos mesures. Vous avez bien fait de ne vous pas mêler de ce qui ne vous regarde pas. 11 est bon (|u'il sache que, si vous vous retirez, tous nos aulrcs Messieurs se retireront. Je ne vous dis rien de vos meubles, 1** parce (|U*il y aura encore assez de temps |K>ur vous en écrire : 2" parce que je ne sais pas à qui ils apparlieiilient, et s'ils ont clé acquis au nom du séminaire ou du vôtre, (î'ost de quoi vous nous éclaircirez, aussi bien que de ce qui surviendra dans celle affaire. Cependant nous prions Notre Seigneur que imperet ventis et mari ut fiât tranqnilliias inaijna (Math. Vill, 26). Tout vôtre. — L. Tronson.
A MONSIELU COUDERC
ce 31 juillet 1684.
ouantl on vous pressera de quilter, vous ne le devez point faire avant Tordinalion prochaine, k moins que vous n*en ayez un ordre exprès, que tous vos comptes ne soient rendus
i\) L'ôvùque (le Viviers.
el bien arrêtés, el que vos affaires ne soient terminées. H n*y a point d*apparence d'abandonner tant d*ordinands, el il est même important de mettre toutes choses dans un état que votre sortie de Viviers soit aussi édifiante que Tout été les i3 années que vous y avez demeuré. Cela peut bien demander autant de temps qu*il y en a jusqu'à l'Ordination. J'espère rependant, quoique le tonnerre gronde toujours, que le foudre ne vous écrasera pas, et que les vents s'apaiseront. Il est important que vous m'en écriviez la suite tous les ordinaires. Nous recommandons bien le tout à Notre Seigneur, afin que sa très sainte volonté soit pleinement accomplie.
Si Monseigneur de Viviers et le clergé n'ont rien donno, n'avez-vous pas droit d'emporter tous les meubles?
Cependant ne croyez point que le séminaire puisse subsister si vous quittez : c'est sur quoi vous devez agir. S'il n'est question pour pacifier tout que de demander pardon, je crois que vous ne devez pas hésiter à faire cette démarche. On sait assez ce qui se passe, on vous connoit assez, et celle soumission ne vous fera pas assurément du tort. Quand il resleroit un peu de peine contre vous, vous ne laisserez pas de faire beaucoup de bien dans la province, et peut-être que le Gouverneur et l'Intendant feront revenir assez la confiance pour vous mettre en étal d'y faire autant de fruil que jamais.
Je suis de tout cœur tout vôtre en Notre Seigneur. — L. Tbonson.
A l'ÉVÊQUE DE VIVIERS
Du séminaire Saint-Sulpice, ce 10 août 1(>S4.
Monseigneur,
J'ai reçu avec tout le respect et toulc la soumission que je dois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Elle m'a été extrêmement sensible, voyant le peu de satîsfaclion que vous témoignez avoir de la conduile de M. Couderc. S'il vous a déplu. Monseigneur, il faut que ce soil contre son in-
lOi LIVRE NEUVIÈME
tenlion; car je sais combien il a de zèle pour vos véritables intérêts, et qu'il ne désireroit rien tant que de vous plaire. C*est ce qui me fait espérer qu*il trouvera encore quelque grâce auprès de vous, et que, vous ressouvenant de vos premières bontés, vous suspendrez leffet de la résolution que vous avez prise à son égard. Il a été malheureux de se trouver dans des conjonctures où il n'a pas cru que son silence sur des affaires qui ne regardoient point son ministère, le dùl rendre coupable. Cependant, Monseigneur, puisque vous jugez qu'il a manqué, je ne prétends pas le justifier. Je prétends seulement vous demander grâce pour lui; et je vous la demande avec d'autant plus de liberté, que ce lui seroil un nouvel engagement de se donner à vous, et à moi une nouvelle et étroite obligation de me dire avec plus de reconnoissance que jamais. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
LEÏTUI£ XVI
A MONSIEUR COUDERG
Ce 28 août 1684.
Je ne vous mande point ce que vous ferez au sortir de Viviers, parce que je ne puis croire que vous en sortiez. Que si vous y demeurez, ce ne sera point par l'autorité des Puissances séculières que vous aurez employées, mais par la pure volonté de l'évéque. Ainsi, l'on n'aura nul fondement de vous faire sur cela aucun reproche.
Je bénis Dieu qui vous donne de la santé, de la force et du cœur pour continuer en paix et sans inquiétude de l'avenir tous vos petits exercices.
On ne vous renvoie point encore vos petits cahiers de Controverse, parce qu*on n'a pas cru que l'on dût rien faire de nouveau durant la tempête. C'est un temps à se tenir caché et à demeurer en silence. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XVll
A MONSIEUR COUDERG
Ce 31 août 1684.
U y a sujet de bénir Notre Seigneur de votre enlièreréconciliation avec le Prélat. Ce sera une grande surprise pour ceux qui vous persécutoient et qui entrelenoient la division. Nous le remercierons bien pour la protection qu'il donne à son œuvre et pour la défense qu'il prend de ses fidèles ouvriers. J'ai toujours espéré que non daret te in captionem dentibus eorum,etquod infatuaret consilium Achitophel (1). Quelque scandale qu'il y ait, n entreprenez point de le guérir pour ne pas donner lieu à de nouvelles tempêtes : quœ suprà tenihil ad te.
On estime votre petit traité de Controverse. Il y a seulement quelques endroits où quelque petit mol ajouté donneroit plus d'éclaircissement. Par exemple, vous parlez de Luther et de Calvin comme s'ils étoient élus : il me semble qu'il faudroit dire, qu'ils croyoient l'être. On n'a pas marqué ces endroits, parce qu'ils ne sont pas fort importans, et que vous les connoitrez aisément en relisant seulement votre traité.
Vous pouvez donc faire imprimer vos Inshnictiona sur les controverses. Je ne doute pas qu'elles ne fassent du fruil, cl que plusieurs personnes nes*en servent utilement lorsqu'elles seront publiques (2).
Tout vôtre. — L. Tronson.
(I) Psalm. CXXni. 6, et II Keg. XV, 31.
i2) Elles furent publiées Tannée suivante sous ce titre : Instructions morales et de controverse, par demandes et par réponses, jiour l'instruction des catholiques et des calvinistes 7iouvellon)ent convertis, etc.; Lyon, Tliomas Amaulry, 1G85, in-12 de 314 pages. Cfr. Bibliothèque sulpicienne, 1. 1, p. 86, 87.
106 LlVnfi NKL'VIÈMË
LETTRE XVIII
A MONSIEUR COUDKUC
27 avril 16îi5.
('/est un embarras pour vous d'être chargé du soin de faire un logement pour le Prélat; mais je vois bien que c'est une chose qui ne se pouvoit pas refuser. Dieu veuille que la pensée d'aller mourir dans son séminaire persévère! Car, il semble que ce soit un acheminement à une bonne morl, ol il n'y a rien que l'on ne doive faire pour y contribuer (i). Si cette affaire et les autres que vous me marquez vous laissent la liberté de venir ici ces vacances, vous pouvez croire que la joie sera réciproque. Vous verrez par les ouvertures ou par les obstacles que vous y trouverez dans le temps, ce que Notre Seigneur demandera de vous. H faut dépendre de sa Providence, qui nous tient quelquefois long temps en suspens avant que de nous manifester ses conseils. Pourvu que sa très adorable volonté soit accomplie, il y a sujet, quoiqu'il arrive, de se consoler de tout le reste. C'est en lui que je suis, de tout le cœur, tout à vous. — L. Tronson.
A MONSIEUR COUDERC
Ce 5 novembre 1685.
Vous savez que la grande application du Roi est de faire
(1) liien (pràgô alors de 90 ans, Louis de Suze en eut encore plus de cinq iwur ^Utchemincr à %nic bonne mort. Il mourut, en elTet, le 5 sei)tembre IGIK), âg<> de 95 ans, après 72 années d'épiscopal. « l-a iwiisôe » (lu'il eut en 1685 « d'aller mourir dans son séminaire », auprt's de M. Couderc, perse vérat-el le jusqu'à la îin? Il paraît bien que non, car les historiens disent quMl mourut au Eourg-Saint-Andéol, parconsé(|uent dans la maison où les évêques de Viviers faisaient leur résidence. I/intention de se retirer au séminaire, si toutefois elle i*ei:"t un conunencoment d'exécution, prouva du moins la sincérité de la v(^ conciliation du prélat avec M. Couderc.
CORUfiSPONDANCB AVEC LE SÉMIKAIRE DE VIVIËUS 107
travailler à la conversion des huguenots et à Tinslruction de ceux qui se convertissent. Vous aurez aussi oui parler du grand nombre de missionnaires que Ton envoie en Languedoc. Comme on en a demandé à toutes les communautés de cette ville et que toutes en fournissent, nous en avons donné comme les autres. M. TÂrehevéque m*a fait dire qu*il faudroit se tenir prêt pour partir cette semaine. Le rendez-vous général est à Montpellier, d*où Ton doit les distribuer dans toute la province. Si vous pouviez faire en sorte de vous mettre à la tétc de nos Messieurs qui seront au nombre de huit, ce leur seroil un grand avantage et vous rendriez un grand service à Saint -Sulpice. Car vous trouveriez des ouvriers fort soumis; vous les appliqueriez chacun selon son talent; vous les formeriez à vos manières en peu de temps, et vous les mettriez en état de travailler beaucoup plus utilement que s'ils se trouvoient avec d*autres qui, ayant peut-être un autre esprit, mettroient un grand obstacle au bien qu'ils pourroient faire. J*avoue que j*auroi$ une extrême joie si cela pouvoit réussir, et vous ne m'en sauriez donner une plus grande que d'y faire, de votre côté, ce que vous pourrez. Personne n*aura plus de part à cette distribution que M. leducdeNoailles(l). Peut-être pourrez vous par son moyen faire tourner les choses comme nous le souhaitons. Je crois vous devoir dire que vous n'y devez rien négliger pour plusieurs raisons importantes que je ne puis écrire. Vous y trouverez même cet avantage pour votre séminaire, qu'ayant été à leur tête pendant la mission, vous pourrez au retour en retenir un ou deux à Viviers; qui, étant tout accoutumés avec vous, se trouveront plus en état de vous soulager dans la suite : ce qui pourra compenser votre absence du séminaire. Vous voyez nos vues, nos intentions et nos désirs. Je ne doute pas que vous ne vous y conformiez autant que vous pourrez. J'insiste un peu sur cela, parce que j'en vois les conséquences et
(1) Anne-Jules de Noallles, né le 4 février 1650, maréchal tle camp en 1677, duc et pair, sur la démission de son père, en 1678, avait été, en 1681, appelé au gouvernement en chef du Languedoc. U mourut le 2 octobre 1708.
combien il y va de la gloire de Dieu; et je suis sûr que, si je pouvois vous les expliquer, vous feriez par convicUon ce que je suis assez persuadé que vous ferez par obéissance. Cependant je suis de cœur tout vôtre. — L. Tronson.
A MONSIEUR COUDERC
( e 23 novembi^ Hiî<5.
Nos huit missionnaires pour le Languedoc partiront demain par le carrosse de Lyon (1). lis dévoient aller à Montpellier, suivant les premières mesures que Ton avoil prises; mais on nous a accordé enfin la grâce do demeurer à Viviers pour travailler dans le diocèse, et on nous a fait espérer que M»' de Viviers l'agréeroit. Je crois même que Monseigneur notre archevêque lui en aura écrit. Voici ma lettre pour le Prélat. Je vous Tadresse ouverte, afin que vous la rendiez si
(1) Voici leurs noms. — M. de Saint-Antoine, frère de M. Tronson, dont il sera parlé dans une note ultérieure. — Jean Baudoin, du diocèse de Nantes. En 1688, il s'embarqua pour le Canada et se consacra à révangélisation des Acadiens. Il y mourut en 1698. — Gérard Bonnefons, du diocèse de Clermont, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 13 novembre 1684. Il prit part à la mission d'Aubenas, et plus tardtravaiUa à la paroisse de Saint-Sulpice. — Paul-Antoine DargiUiers, du diocèse de Nîmes, qui lit son séminaire à Viviers, et entra ensuite au séminaire de Saint-Sulpice. Après la mission du Languedoc, il fut envoyé au séminaire d'Autun. — Thomas DesmonviUe, du diocèse de routances, entré sous-diacre au séminaire de Saint-Snlpice le 6 juillet 1678. Il projetait déjà d'aller travailler à la conversion de la ^'i^ginie, quand M. Tronson renvoya en Vivarais. A son retour, en 1686, il alla à la communauté de la i)aroisse ; puis il partit pour les missions de la Virginie : il mourut en 1689. — Toussaint de Fontenoy, prêtre du diocèse de Liège, entré au séminaire de Saint-Sulpiee, le 21 octobre 1683, fut ensuite curé dans le diocèse de Chartres. — Jacques PeUoquin, originaire de Blois, fut directeur au sC*minaire du Puy, après la mission du Vivarais, et mourut à Blois le 28 avril 1708. — Claude Sadoumy. du diocèse de Clermont, alla à la communauté du curé de Saint-Sulpice, en 169.3, après avoir bien travaillé en Vivarais. Il était entité an séminaire de Saint-Sulpice, le 21 octobre 1C84.
VOUS le jugez à propos, après néanmoins Tavoir cachetée. II me semble qu'après la mission vous pourriez ôlre secouru dans le séminaire par M. Fonlenoy el M. Bonnefons, qui me paroissent élre en état de vous soulager, et que vous y pourrez retenir. Je suis tout vôtre. — L. Tronson.
A L*ÉVêQUB DE VIVIERS
Du séminaire saint-Sulpke, ce 23 novembre 1G85.
Monseigneur,
Les huit ecclésiastiques du séminaire Sainl-Sulpice que nous donnons pour les missions parlent de celte ville avec beaucoup de joie, dans Tespérance qu*on leur a donnée que vous agréerez qu*ils travaillent dans votre diocèse. Nous souhaitons ce bonheur avec d*autant plus de sujet que nous savons la bonté que vous avez eue toujours pour M. Gouderc el pour nos autres Messieurs qui ont travaillé sous vos ordres, et la bénédiction qu*a attirée sur leurs travaux la protection que vous leur avez donnée. Si ceux-ci peuvent obtenir de Votre Grandeur la même grâce, el qu'ils soient assez heureux pour pouvoir servir dans votre diocèse, il y en a deux qui seroient assez en état, après les missions, d*arréter dans votre séminaire, si vous le jugiez à propos, et ils pourront aider M. Gouderc qui me paroit avoir besoin d*étre secouru. Enfin, Monseigneur, je puis vous assurer que nous ne saurions tous avoir de plus grande salisfaclion que de trouver quelque occasion de vous donner des marques de nos profonds respects, el que, en mon particulier, j*ai embrassé de grand cœur celle-ci qui me donne lieu de vous témoigner rentière soumission et le parfait allachement avec lequel je suis, Monseigneur, de Votre Grandeur, le 1res humble el très obéissanl serviteur. — L. Tronsox.
LETTRE XXH
A MONSIEUR DESMONVILLE
Ce 28 décembre 1683.
I*ai reçu vos deux lettres : Tune de Lyon sans date, Tautre de Villeneuve du 13 de ce mois. Elles m'apprennent le succès de votre voyage et le commencement de vos travaux. J*altribue à une conduite de Dieu particulière la difficulté que Ton vous a faite de dire la sainte messe aux jésuites. Vous n*aviez pas tant de besoin de zèle pour la conversion des Gentils que pour le salut des Huguenots, à quoi se terminent vos Missions. Et cette difficulté vous ayant obligé de recourir à S. François de Sales pour ofl*rir le saint sacrifice dans réglise où repose son cœur (1), elle vous aura donné lieu de prendre part à la grâce de ce saint prélat qui a été admirable pour la conversion des hérétiques, et de le prendre pour le patron de vos missions : Diligeniibus Deum omnia cooperaniur in bonum (Rom. VIII, 28). Quand vous irez chez les infidèles, vous verrez qu*on ne vous refusera pas de donner des ornemens pour invoquer à Tautel S. François Xavier, et pour dire la sainte messe dans ses églises. Tout est aimable dans Tordre de la Providence, et il faut tâcher de profiler de tout.
Enfin, vous voilà donc en peu de temps devenus tous prédicateurs : c'est à quoi Ton ne s*attendoit pas; mais vos instructions, soutenues d'un bon exemple, pourront peul-élre faire plus de fruit que celles de quantité d'autres missionnaires plus savans. Il faut espérer que celui pour la gloire duquel on travaille, et i[m linguas hifaniium facît dî8ertas, dablt cobta in illa hora quid loquamlni (Sap. X, 21 et Math. X, 19).
Je suis lout à vous. — L. Tronson.
(1) La chai)elle du monastère de la Visitation de Delleeour, à Lyon. Cfr. Martin, La ChajicHe île la Visitation Sainte Marie de Bellecourj dans le Bulletin historique du diocdse de Lyon, t. I, (1901- 1ÎKÏ2), p. 247.
LETTRE XXIII
A MONSIEUR DE SAINT-ANTOINE (1
Ce 25 janvier 1686.
Voire lellre du 5 de ce mois m'apprend le délail de vos missions el ce qu'y font nos Messieurs^ dont je désirois fort délre informé. Gomme ils ne s'attendoient pas à des prédications en forme, et qu'on ne parloit ici que de conférences particulières el de catéchismes, je m'imagine qu'ils auront d'abord été un peu surpris, el qu'ils auront paru fort neufs dans cet emploi. C'est une bénédiction de Dieu qu'ils soient goûtés dans le confessionnal où il y a beaucoup plus de fruit à faire, et où s^opèrent les véritables conversions.
La demeure à Âubenas où Monseigneur de Lodève (2) vous laisse est délicate, et la jalousie est à craindre après l'estime qu'il vous a témoignée. Vous ne pouviez pas lui mieux répondre sur la proposition qu'il vous en fit, ni vous comporter plus sagement que de prévenir de civilité et d'honnêteté les personnes qui pouvoienl en avoir quelque peine. Tous les soins que vous prendrez pour gagner leur amitié seront bien employés : car on ne sauroit trop faire pour
(1) Antoine Tronson, dit abbé de Saint-Antoine, bien qu'il n'ait jamais possédé d'abbaye, était frère cadet du troisième supérieur de Saint-Sulpice. Né à Paris vers 1624, il entra minoré au séminaire que venait de fonder M. Olier, le 27 septembre 1646; fut ensuite envoyé au Puy où M. de Lantages commençait l'établissement d'un séminaire ; y devint curé de la paroisse Saint-Georges qui y était annexée, en 1662, et aida beaucoup M»»<' Martel à fonder la congrégation des Demoiselles de l'Instruction, sur l'origine et les progrés de laquelle il a laissé des mémoires manuscrits. En 1676, il fut rappelé à Paris par son Irère, alors supérieur, et exerça long temps le ministère à la paroisse ; puis, en 1685, il lut mis à la tête des missionnaires envoj'és en Vivarais. Retenu à Paris en juin 1687, il lut de nouveau appliqué au service de la paroisse, mourut à la communauté de M. le curé le 15 novembre 1702, et fut inhumé le 16 dans la chapelle basse du séminaire.
(2) Charles-Antoine de la Garde de Chambonas, neveu de Louis de Suze, évèque de Viviers, devint son vicaire général. Nommé évèque
112 LIVRE NEUVIËMB
conserver Tunion. Ainsi, toute la déférence que la prudence et le bien de Tœuvre dont on vous charge vous pernieltrout de leur rendre, ne sauroit qu*attirer la bénédiction de Dieu sur votre conduite. Comme ce que M. de Tessé (1) leur a dit les aura mis de mauvaise humeur, ils seront plus susceptibles de peines. Ainsi ils ont plus besoin d*étre ménagés.
I/honneur que Ton vous fait et la confiance que Ton vous témoigne ne vous feront point de lorl tant que vous demeurerez bien persuadé que vous ne méritez ni Tun ni Tautre, et que vous ne vous en servirez que pour la gloire de celui qui vous les procure. Ce sont des avantages fort grands pour pouvoir gagner les âmes et les porter à Dieu. Tenez-en votre cœur séparé durant que vous en ferez ce saint usage, de peur que Tamour-propre ne s*y mêle et qu*il ne gâte tout votre ouvrage.
Vous ne sauriez, au reste, trop mépriser toutes ces tentations qui ne font impression que sur votre imagination. Elles ne doivent point diminuer votre confiance ni altérer votre paix, puisqu'elles ne vont pas jusqu'au cœur. Et quand même elles seroient plus violentes et qu il faudroit leur résister en face, vous n'auriez sujet de vous en troubler, puisque vous combattriez en la présence de Notre Seigneur, qui certaniem spécial, deficientem adjuvat, vinceniem CO' ronat (2).
de Lodève en 1071, il fut sacré à Paris par son oncle maternel, le 15 novembre de la même année, et lui succéda en 1690-1692. 11 mourut à Paris, où il résidait plus souvent que dans son diocèse, le 21 féviier 1713. Dans les Mémoires des évêques de France sur la conduites tenir à l'égard des Réformés, publiés par Jean Lemoine (Paris, 19(^2, in-8«), celui de La Garde-Chambonas, alors évèque de Viviers (1698), se lit aux pages 228-267.
(1) René, sire de Froulay et comte de Tessé, né dans le Maine vers 1050, débuta en avril 1670 comme aide de camp du roi, devint colonel de dragons en 1074, lieutenant-général du Maine en 1€80, commandant en chef des provinces de Languedoc et de Dauphiné en 1683, etc., etc. et mourut le 30 mai 1725, âgé d'environ 74 ans.
(2) Augustin. In Psafminn \\\\\,Enarraf. 11", SermA, n. 4; Opu\ éd. Benedict., t. IV, p. 1«9.
La petite morlirication que pourront avoir nos Messieurs d*étre séparés deux à deux, pourra être adoucie par la consolation qu*ils auront de vous avoir au milieu d*eux, et par la proximité des lieux où ils travailleront.
Y a-l-il de l'apparence, s'il reste encore 73 paroisses, que Ton puisse avoir achevé à Pâques toutes les missions? Pourvu que nos Messieurs aient de l.a santé, je crois que ce travail servira beaucoup à les former.
Voici trois lettre» qu'on m'a remises entre les mains. Je ne sais pas d'où elles viennent, mais il y en a, apparemment, de quelques dévotes qui témoignent un grand désir de savoir de vos nouvelles. Je n'ai garde de leur en dire de votre chute : car elles s'imaginoroient que tout est perdu. Cependant ménagez-vous d'une manière que l'on puisse voir ici, k votre retour, que le Vivarais n'est pas une terre qui dévore ses habitants.
M. Brillac quitte enfin la communauté et se relire chez M. le prince de Conli où on lui donne emploi. M. Apoil (\) est à Sainl-Germain-en-Laye pour y desservir la cure, en attendant qu'on y ait mis un curé, à la place de celui qu'on a exilé avec ses prêtres. C'est une grande histoire et qui seroit longue à expliquer.
Je verrai, au premier jour, M«*' l'archevêque pour tacher d'avoir des livres pour donner dans vos missions, et pour faire que les huguenots convertis n'aient point de regret de donner ceux qu'il faut leur ùter.
Je suis de tout le cœur tout vôtre. — L. ïronsox.
LETTRE XXIV
A MONSIKCR DAtîDOIX
Ce 2o janvier 168G.
J'ai bien de la joie de voir par vos lettres que le travail ne
(1) Jean Apoil, du dioc^^se de Paris, était clerc et trésorier de Braysui^Seine quand il fut admis au séniinaii'e de Saint-Sulpice le 25 mars 1668. Il fut re(;u docteur de Sorbonne le 10 mai 1675, s'agrétrea à la
114 LIVRE NKUVIÊMK
VOUS rend pas mélancolique, el que vous éles aussi gai dan les montagnes de Vivarais que dans les plaines de ce pays ici. C'est la disposition où doivent se tenir ceux qui ne cherchent que Dieu, qui se trouvent indifférens pour toutes sortes de lieux aussi bien que pour toutes sortes d'emplois. Ils se trouvent toujours contons partout, pourvu qu'ils soient dans le lieu où Dieu les appelle, et appliqués aux emplois que l'obéissance leur marque, il ne faut penser à la Chine pour cette année : Notre Seigneur en disposera pour les années suivantes : aufficit diei malitia sua (Math. VI, 3i). Comme vous n'êtes pas d'humeur à vous inquiéter, ni d'esprit à prendre du chagrin, je vous conseille de n'y penser que lorsque vous serez ici de retour. Nous vous offrirons cependant à Notre Seigneur afin que ses desseins soient accomplis sur vous.
Je suis. Monsieur, tout à vous et très acquis. — L. Trok-
SON
A L*ÉYÉQUE DE VIVIERS
Du Séminaire saint-sulpice, ce 17 mars 1686.
Monseigneur,
La mort de M. Couderc m'a tellement surpris et j*ai été si vivement touché de cette perte, que j'ai été contraint de différer de quelques jours à vous témoigner nos reconnoissances pour toutes les bontés que vous avez eues pour ce cher défunt durant sa vie, et que vous exercez encore envers nos autres Messieurs qui travaillent sous vos ordres. Je ne puis. Monseigneur, que vous en rendre de très humbles actions de grâces et vous en demander la continuation. Si vous agréez leurs services, ils se feront plaisir, de leur part, de travailler toujours sous vos ordres ; et, de la mienne, je leur procurerai
communauté de la paroisse, passa quelques mois à Alençon où il dirigea la conscience de la duchesse de Guise, et aida M. Chénart qui était curé de cotte ville. Il mourut en 1686.
avec joie le secours dont ils auroîent besoin présentement, aussitôt que je saurai que vous Faurez pour agréable, (^omme la théologale de M. d'Aultanne et les occupations qu'elle lui donnent, ne conviendroient pas avec la supériorité de votre séminaire, on m'avoit donné la vue de vous proposer M. de Saint-Antoine, qui travaille actuellement dans les missions de votre diocèse, et avec qui je crois que tous nos Messieurs s'accommoderoient aisément. Si vous ne trouviez pas en lui un sujet de la force de M. Couderc, vous en trouveriez un au moins qui vous seroit parraitement soumis, et dont je crois que vous auriez satisfaction. Ce n'est qu'une simple pensée. Monseigneur, que je prends la liberté de vous exposer, afin de recevoir sur cela vos ordres, et de vous faire paroilre, par la fidélité à les exécuter, que je suis avec îin profond respect et une parfaite soumission, Monseigneur, vore très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
LETTRE XXVI
AUX Directeurs du Séminaire de Viviers
18 mars icao.
Je ne doute point, Messieurs et très chers en Notre Seigneur, que vous ne soyez encore affligés de la grande perle que vous avez faite en la mort de M. Couderc. Mais je puis vous dire que nous avons bien partagé avec vous la douleur; car nous en avons été ici tous aussi vivement touchés qu'on le peut être. Vous avez perdu un très bon père et un très digne supérieur, et Sainl-Sulpice perd un incomparable sujet, qui a élé estimé extraordinairement de M. Olier, Notre Très Honoré Fondateur; que M. de Brelonvilliers aimoit tendremant, et qui, par ses talens naturels et par sa grâce, avoit gagné le cœur de tout le monde. Mais puisque Dieu Ta voulu retirer pour récompenser ses travaux et couronner en lui ses dons, il faut se soumettre amoureusement à ses ordres, et lâcher par notre résignation d'attirer ses lumières, afin qu'il fasse connoilre celui (|u'il a choisi pour remplir la place du
défunt. G^est un bon Père qui ne manque pas de pourvoir aux besoins de ses enfans qui recourent à lui en confiance. Demandez -lui tous ensemble ce qu*il voit être nécessaire pour le soutien de son œuvre en général, et pour le bien de tous ceux qui y Iravaillenl, et disons-lui surtout : Osiende (jnem elegeria (Act. I, 24).
La vue que Ton a eue ici, après avoir recommandé TaiTaire à Notre Seigneur, est de proposer à Monseigneur de Viviers M. de Saint-Antoine. C'est ce que je fais par la lettre que je me donne Thonneur de lui écrire, où je lui marque que c*est une simple pensée que l'on a eue, sur laquelle j'attendrai ses ordres. C'est une personne avec lequel je crois que vous vous accommoderez aisément et qui s'accommodera s£[ns peine avec vous. Je lui mande que si Monseigneur de Viviers agrée ma proposition, il ne fasse nulle difiiculté de s'y soumettre, et que l'on pourroit connoitre, par le train que les choses prendroient jusqu'aux vacances et par la manière dont il gouverneroit, ce que Dieu demanderoit de lui dans la suite. C'est là ce qui m'a paru de plus conforme à la volonté de Dieu et à l'ordre de la Providence dans les circonstances où nous nous trouvons. Je vous envoie la lettre pour Monseigneur de Viviers toute ouverte, afin que vous voyiez ce que je lui mande, et que vous la cachetiez avant que de la lui rendre.
Je prie Notre Seigneur de conlinuer ses bénédictions qu'il répand sur vos travaux, et je ne doute point qu'il ne le fasse, si vous continuez à lui être fidèles. J'espère que vous n'oublierez pas de lui recommander celui qui est, avec une affection très cordiale. Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
LETTRE XXVIl
A MONSIBUR DE SAINT-ANTOIKK
Ce 19 mars 1C86.
Je bénis Dieu des bénédictions qu'il vous donne, et je le
prie de tout mon cœur de vous les continuer. On me témoigne que Ton est content de nos Messieurs, et que le diocèse de Viviers est un de ceux où les missions font plus de fruit. Je souhaite que vous ayez tous le même succès dans les Boutières (1), où vous m'apprenez par votre lettre du 6 de ce mois que vous devez bientôt aller.
J'ai enfin écrit au Prélat, et je vous ai proposé pour supérieur de son séminaire. S'il agrée ma proposition et qu'il vous le fasse savoir, vous n*y devez faire aucune difficulté, car ce sera une marque assurée de vocation. J'en écris k tous nos Messieurs, et leur mande, comme à vous, que vous pouvez quitter les missions et aller k Viviers d'abord que vous on aurez l'ordre. J'en ai dit un mot k Monseigneur l'Archevêque, afin que Ton ne fût pas surpris ici quand on sauroit que vous les avez quittées. Je prie Notre Seigneur d'accomplir tous ses desseins sur vous.
Je suis en lui votre très humble et 1res affectionné frère. — L. Tronsox.
LETTRE XXVIli
A MONSIEUR DU FOUR (2
l'"-août 1686.
Je ne vois pas que Ton soit ici dans la disposition d'accepter le legs de M. Couderc. Tous conviennent d'en faire un transport ou cession au séminaire de Viviers. On ne veut point s'embarrasser dans ces sortes d'afl'aires, et on ne veut point donner lieu de dire que l'on attire à Saint-Sulpico le
(I)Les Boutières sont une chaîne de montagnes située en i)artic •lans PArdèche et en partie dans la Haute-Loire, et reliant les Cévennes au mont Pilât et aux monts du Lyonnais.
(2) Né à Rouen environ Pan 1635, Jacques Du Four entra tonsuré au séminaire de Saint-Sulpice le 14 novembre a 058, en sortit licencié en 1666, fut envoyé enseigrner la théologie au séminaire de Viviers, eu tievint supérieur en 1687, et y mourut le lô février 1701, dans la ()9« année de son âge.
118 LlVllB NEUVIÈME
bien de ceux qui travailienl dans les provinces, ni que Ton mel les évèques, par ces sortes de donations conditionnées, dans quelque sorte de nécessité de se servir des sujets de Saint-Sulpice. L*esprit de la maison est de ne pas s étendre dans les provinces pour en attirer le bien, mais pour y porter le désintéressement qui doit accompagner les ouvriers, et en donner Texemple aux ecclésiastiques qui, étant souvent désintéressés en particulier, ne le sont pas quelquefois assez pour leur communauté. Il faut que nous tâchions de faire paroitre Tun et Tautre, suivant les instructions et les exemples que nous ont donné Nos Très Honorés Pères.
Je vous loue d'avoir été ferme à ne point reprendre le séminariste discole dont vous vous étiez défait. La facilité de celui qui sollicite en sa faveur est trop grande, et si Ton ne tient un peu ferme pour des fautes aussi essentielles que celle de coucher au cabaret, on ne conservera jamais Tordre et la régularité dans la maison. Quand vos séminaristes diminueront un peu en nombre, pourvu qu*ils augmentent en régularité et en ferveur, il n*y aura qu'à en bénir Notre Seigneur.
Je ne m*étonne pas de ce que M. Casai a mandé à M. d*Azégat(l) touchant la vision de cette fille des Augustines de Saint-Rémy. Le défunt (2) avoit été durant sa vie assez affectionné à la Sainte-Vierge poui* en recevoir des consolations après sa mort. Comme on marque à M. d'Azégat qu'on lui dira bien d'autres choses de vive voix, qu'on ne veut pas mettre par écrit, je crois qu'il fera très bien d'aller voir cette personne les vacances prochaines, pour tirer de /utY^'^J tout ce qu'il en peut savoir, et surtout le sujet pour lequel
0; Honoré d'Azégat» de la \illc irArlos, entré au si*minaire de Saintsiilpicc le 27 novembre 1667, docteur de Sarbonne en 1680, alla en lOfti ou 1G83 enseij,mer la morale à Viviers; mais ses inilrmitës le condamné l'ont souvent à un lonp repos et à de longues a)>sences. l\ se retira déllnitivement en 1712, et vécut dans sa famille, où il mourut au muis de novembre 1722. Cfr. Bibliothùtjue sufpiclcnnc, t. I, p. 213-218.
(2) Probablement M. Couderc.
un si fidèle el si zélé serviteur de Dieu a été retenu en Purgatoire. Il me semble que cette connoissance pourra être utile à plusieurs qui ne font pas assez d'état des petites choses, et qui traitent de bagatelle ce qui est très rigoureusement puni au jugement de Dieu.
Je suis de cœur tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXIX
A MONSIEUR DE SAINT-ANTOINE
Ce 3 janvier 1687.
J'ai vu votre réponse au Prélat. Elle est juste : les senlimens qu*il a des missionnaires de Saint-Sulpice font connoitre combien peu il se faut fier au jugement des hommes. Quoi que l'on fasse, il arrivera toujours comme à Notre Seigneur : quidam dicebant, quia bonus est; alii dicebant, non (Joann. Vil, 12). L'on est misérable, si l'on travaille pour d'aulresquc pour celui qui sait reconnoilre les services qu'on lui rend, et de qui nous devons attendre uniquement notre récompense. Cherchons en tout ce que nous faisons sa pure gloire; soyons ravis d'être humiliés en le servant, et sans nous mettre beaucoup en peine des sentimens que l'on aura de nous, disons avec l'Apôtre : Mihi autem pro minimo est ut à vobis judicer aut ab humano die ; qui enim judicat me Dominus est (l Cor. IV, 3, 4).
Vos lettres à M. de Chàteauneuf (1) et à M. de Sérignan ont été rendues. Elles ne sauroient faire à mon avis qu'un bon effet. J'ai fait connoitre, ces jours passés, par une lellro que la Providence m'a donné lieu d'écrire, les inconvéniens qu'il y a d'envoyer de ces sortes d'ecclésiastiques discoles dans des séminaires. Peut-être sera-t-elle vue par ceux qui y peuvent apporter quelque remède.
J'approuve fort votre douceur à l'égard de vos Exilés. Tant
(l) Baltbazar Phélypeaux» marquis de Chàteauneuf, remplissait depuis 1676 les fonctions de secrétaire d'État : il mourut dans sa terre de Châteauneuf-sur-Loire, le 27 avril 1700, âgé de 62 ans.
liO LIVnE NEUVIÈME
quon les Irailera en élrangers, leur exemple ne fera pas grand mal. Ce qu'il y auroil le plus à craindre, ce sonl leurs cnlreliens avec vos jeunes gens, f/esl à quoi il faut extrêmement veiller. Une seule de leurs conversations pourroit détruire plus de bien que vous n*en établiriez en un mois. Pour le reste, Thonnêteté et la douceur doivent être préférés à la sévérité où quelques-uns vous portent.
Quand vous aurez entre vous vos assemblées réglées el (|u'onm*en enverra le résultat, lesdifférens sentimensqu*OD y auroit proposés pourront se réduire à celui que je marquerai que Ton doit suivre. C'est la seule voie pour réduire en un les divers esprits et pour avoir une conduite uniforme. Notre Très Honoré Père M. Olier n'a rien eu plus à cœur durant sa vie, que d'établir une grande union dans les séminaires de Saint-Sulpice; et il n'y a rien aussi à quoi nous devions nous appliquer avec plus de vigilance et plus de soin, qu*à la maintenir dans toutes les maisons dont la Providence nous a chargés.
Il faut donc se résoudre de laisser encore nos Messieurs dans les missions; car il y auroit à craindre que ceux qui sonl bien aises de se plaindre de Messieurs de Saint-Sulpice ne prissent sujet de leur retraite, pour crier encore davantage : et c'est ce qu'il est important d'éviter, surtout dans ce temps où l'on demande encore ici de nouveaux missionnaires.
Ne sauriez- vous savoir sur quoi se fonde Monseigneur de Lodève pour dire que nos Messieurs qui sont revenus des missions ont parlé à Paris contre lui? 11 est fâcheux que celle impression lui demeure. Car ce sera toujours une source de peine contre les ecclésiastiques de Saint-Sulpice, et une ilisposilion prochaine pour trouver à redire à leur conduite. Cependant si la Providence ne donne point d'ouverture pour guérir cette plaie, il faut espérer que Dieu en tirera sa gloire, et ne laisser pas toujours de travailler en paix. A'ec vitupératores, nec laudatores nos hnwutent : non enim aut meliores apnd Deum, nec ])^'ores efficient.
Je bénis Dieu du succès qu'il donne à votre travail. C'est
une bonne nouvelle que vous me donnez pour le commencement de celte année. Je n*cn ai poinl d*autre à vous donner en échange, sinon que je suis, en Tamour de Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
A MONSIEUR DE SAINT-ANTOINE
Ce 2 juin 1687.
Je viens de laisser M. de Chenevières (1) dans un état d'oppression dont il n*y a pas d'apparence qu'il relève. Ainsi, je ne crois pas que vous puissiez vous dispenser de faire ici un voyage. 11 a commencé mardi dernier à se seniir incommodé, el depuis ce jour-là Tassoupissement et l'oppression ont toujours augmenté, en sorte qu'on a été obligé, celle nuit, à lui donner le Viatique el l'Extrême-Onction. Les médecins n'en espèrent rien, et il me paroit présentement être à l'agonie. Vous voyez bien le besoin que Ton aura ici de vous, el que sans cela toutes vos affaires seronl en pitoyable état. Demandez congé à Monseigneur de Viviers pour quatre mois, el ne laissez à Viviers aucune des lettres que je vous ai écrites. Il est bon que l'on sache le sujet de votre voyage, afin que l'on ne rattribue pas à d'autres causes, el que Ton ne s'imagine pas que vous n'y retournerez plus (2). Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXI
A l'évéque de lodève Du sC»minaire Saint-Sulpicc, ce 23 novemhre IThST.
Monseigneur, 11 y a longtemps que je désire de marquer à Votre Gran-
(1) Frère de M. de Saint-Antoine, plus jeune que lui.
(2) Ne dirait-on pas que M. Tronson prévoyait «lès lors que M. de Saint-;\ntoine ne retournerait pas à Viviers ?
13â LIVRE NEUVIEME
deur combien je me sens pénétré de reconnoissance pour toutes les choses obligeantes qu'elle a bien voulu dire et écrire à mon frère sur mon sujet. J'âvois même commencé une lettre pour m'acquitter en partie de ce devoir. Mais la maladie qui, depuis près de cinq mois, m'a réduit trois fois à l'extrémité et m'avoil obligé de discontinuer, me donnant présentement un peu de relâche, je ne puis différer davantage à vous remercier très humblement de toutes vos bontés. Celle que vous témoignez aux ecclésiastiques qui sont sortis d*ici pour travailler sous vos ordres dans les missions est un surcroît d'obligation, et je ne puis apprendre qu'avec une consolation très sensible, que vous approuvez leur conduite, et que leurs services vous sont agréables. La pensée que vous avez eue, Monseigneur, de les arrêter dans le pays où ils sont et de les y pourvoir de bénéfices, en est un témoignage trop avantageux. Votre Grandeur, Monseigneur, peut s'assurer que nous entrerons avec joie dans cette vue si, après qu'elle aura pris la peine de sonder leurs dispositions, elle trouve qu'ils aient attrait pour le pays et qu'ils veuillent se fixer k ces emplois. Car, comme nous ne gardons dans la maison les personnes que la Providence y adresse, qu*autant que nous croyons que Dieu les y veut, et qu'il les y retienl par l'attrait do l'inclination qu'il leur donne pour noire genre de vie, nous ne pouvons avoir de plus grande satisfaction lorsqu'il leur donne d'autres sentimens, que de savoir qu'ils peuvent être utiles ailleurs; principalement quand ils sont placés de votre main et qu'ils ont occasion de continuer leurs travaux pour soutenir dans la piété ceux que le Roi a si avantageusement ramenés dans le sein de l'Église. Voila, Monseigneur, mes senlimens, que j'expose simplement à Votre (irandeur, et que je soumets k ses lumières.
Je suis avec tout le respect et la reconnaissance possible. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L, Tronson.
CORRESPONDANGB AVEC LB SÉMUiAIRE DE VIVIERS 123
LETTRE XXXII
A MONSIEUR DU FOUR (1
Ce samedi saint 1688.
J*ai eu bien de la joie d'apprendre par voire dernière lettre que tous nos Messieurs se portent bien, et que vous continuez à vivre tous dan& une grande union.
La nouvelle du renvoi de ceux qui n*édifient pas dans le séminaire et qui pourroient y faire tort ne m*a pas donné moins de joie. Vous faites très bien d*en user de la sorte. Sans cette exactitude, il seroit difficile qu*à la fin la maison ne se déréglât. Nous nous sommes toujours liés bien trouvés de cette conduite.
M. Tabbé de Saulx est fort de nos amis (2). Comme il eslime le séminaire de Saint-Sulpice, je crois qu'il aura toujours quelque considération particulière pour celui de Viviers, où il me dit qu'il vouloit envoyer ses ecclésiastiques.
Si la multitude de vos emplois vous ôle une partie du temps que vous voudriez donner à la prière, il faut y suppléer par une grande fidélité et un grand désir de procurer la gloire do Dieu en ce que vous faites. C'est ainsi que S. Augustin dit que l'on peut accomplir ce que S. Paul recom-
(!) M. Du Four avait été nommé supérieur du séminaire de Viviers aux vacances de 1687.
(2) François Chevalier de Saulx, né en Poitou, docteur en théologie, avait été au mois d'août de l'année précédente (1687), désigné par le roi pour occuper le siège épiscopal d'Alais, qui ne fut pourtant érigé que par le pape hmocent XII, le 17 mai 1694. L'abbé de Saulx fut préconisé le même Jour et sacré le 29 août suivant. Il mourut à la fin du mois d'octobre 1712. On voit par une lettre datée du 25 mai 1709 que lui écrivait M. Leschassier, que l'évêque d'Alais désirait avoir des sulpiciens pour diriger son séminaire. Son Mémoire touchant les Nouveaux catholiques, adressé par lui au cardinal de Noailles, le 7 janvier 1698, a été publié dans les Mémoires des Évoques de France sur la conduite â tenir à l'égard des Réformés (1698), publiés avec Introduction, des Appendices et des Note», par Jean Lemoino; Paris, 1902, in-S». p. 212-237.
mande : Sine intermissione orate (I Thess. V, 17). On prie sans cesse quand on ne veut que Dieu, on ne désire que Dieu, on ne travaille que pour Dieu. Pourvu que i'oraison du matin ne manque pas, elle attirera bénédiction sur tout ie reste.
Je comprends bien qu'il est diflicile que vous fassiez règlement votre lecture spirituelle. Vous y suppléez assez par les sujets et répétition d'oraison, et par les avis de piélé qu'il faut donner sans cesse, ou de vive voix ou par écrit. Ainsi, vous pouvez demeurer sur cela fort en paix.
La nouvelle que vous m'avez mandée de M^ de Viviers et du service que vous lui avez rendu avec succès dans sa maladie, m'a donné bien de la joie. Dieu veuille que sa confiance continue!
Je salue tous nos Messieurs, à qui je souhaite comme à vous mille bénédictions : ut stetis perfecti et pleni in omni voluntate Dei (Coloss. IV, 12). Tout a vous. — L. Tronsox.
LETTRE XXXIH
A MONSIEUR DU FOUR
Ce 2S août 1688.
11 n'y a point de corps qui n'ait besoin de temps en temps de (|ueIquepurgation. Celle que vous avez faite par l'expulsion de vos quatre séminaristes discoles fera sans doute que le séminaire en ira mieux le reste de l'année. Il est très bon d'en user de la sorte envers quelques-uns, afin de retenir tous les autres dans le devoir.
Vous ne me marquez point les qualités particulièresdesdeux srminarisles que vous avez depuis troisans, et qui voudroienl passer leur vie à travailler dans des séminaires. Savent-ils bien leur théologie? Ont-ils de l'ouverture d'esprit et quelque facilité pour parler? Espérez-vous (ju'iis aient un jour du lalent et de la prudence pour la conduite? Combien leurs parents pourroienl-ils donner? S'ils ont les talents et le zèle nécessaires, ne pourroient-iis pas avoir leur dimissoirc cl
être en élal de recevoir les ordres? Quand ils ne les ont pas lorsqu*ils viennent ici, comme il faut qu ils gardent les interstices, il faut aussi les garder long temps sans qu'ils puissent rien faire; ce qui peut ennuyer ceux qui y viennent pour travailler, quoique ce soit très bon pour ceux qui veulent se former. Vous n'avez qu'à nous faire savoir s'il y a quelque chose à faire de notre part.
Puisque vous n'allez pas en Normandie ces vacances, vous ferez bien, pour vous délasser, de faire de petits pèlerinages (|ui puissent vous divertir et vous donner un peu de repos. Je ne vois nul inconvénient à celui du Puy, non plus qu'aux autres que vous croirez pouvoir contribuer à votre santé.
Si, pendant ces vacances, M.d'Âzégatvoit la sœur Simonne, il nous recommandera à ses prières avec tout le séminaire, et il pourra lui dire qu'on ne lui envoie point la Vie de M. Olier (1), parce qu'elle n'exprime point ses grâces et la conduite de Dieu sur lui. Il faut attendre qu'elle soit ample.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXIV
A MONSIEUR DU FOUR
29 mars 1691.
Je vois par votre lettre du 4" de ce mois que les bénédictions de Dieu sont toujours grandes sur votre séminaire. Ce vous doit être un sujet de grande consolation de voir les fruits de vos travaux se répandre dans 22 diocèses, et d'avoir un grand nombre de séminaristes qui profitent de vos soins. Quoique j'aie bien de la joie d'apprendre que le séminaire est bien rempli, je n'en ai pas moins de savoir que vous en avez renvoyé deux dont vous n'étiez pas satisfait. Car ces purgalions sont nécessaires de temps en temps, et elles ne
(1) Uannée précédente (1C87), M. Leschasisier avait publié La Vie de M. Jean-Jacques Olier, in-12 de 154 pages sans les liminaires et la Table. Voir Bibliothèque sulpicienne, t. I, p. 243, 244.
contribuent pas peu à la santé de tout le corps. Ce sont des exemples qui réveillent ceux qui s'endorment, et qui renou vellent la ferveur et entretiennent le bon ordre. Vous l'v maintiendrez aisément tant que la plupart s'adresseront à vous pour la direction.
Le Prélat (1) feroit assurément un tort considérable au séminaire, s'il vous détournoit de vos emplois pour vous mener en visite. C'est ce que vous lui devez représenter. Quand il saura que vous jugez votre présence si nécessaire au séminaire que, pour ne pas y faire de tort par votre absence, vous vous privez d'un voyage en votre pays, qui vous seroil très important dans l'état où sont vos affaires, je ne crois pas qu'il vous veuille presser d*en faire un autre pour l'accompagner. Vous devez faire tout ce que vous pourrez afin de vous en exempter.
Si votre mal de reins augmentoit, vous feriez bien, à mon avis, de consulter le médecin et de savoir si la graine d'arnavau (2) ne vous seroit pas bonne. Je m*en tfouve parfaitement bien depuis un an que je m*en sers. Le remède est d'autant plus commode qu'il n'oblige à rien et n*eropécbe point de travailler.
Nous ne manquerons pas de prier pour la sœur défunte.
Tout à vous. Monsieur et très cher en Notre Seigneur. — L. Tronson.
LETTRE XXXV
A MONSIEUR DU FOUR
Ce 14 avril 1691.
Je crois ne devoir différer plus long temps à vous dire que Ton m*a rapporté deux choses de votre séminaire auxquelles il me semble qu'il faudroit remédier; car elles sont toutes
(1) Charles- Antoine de la Garde-Chambonas , transféré en 1090 à Viviers, de Lodève où il était évèque depuis 1671.
(2) Voir dans le tome III» une longue note sur la graine d'amaveau, ou Paliurus acutus, lettre à M. Léotaud du 29 septembre 1689.
CÛRR£SPUNDANCË AVEU L£ SÈMliNAlME DE VIVIEUS 127
deux imporlanles. J'ai cru que, sans examiner si elles sont vraies ou fausses, je pouvois toujours vous en écrire.
La première est que vous laissez lire, même au réfectoire, des livres des Messieurs du Port-Royal. Cela est si contraire à Tespril de la maison et à nos usages, que vous ne le devez point souffrir. M. de la Barmondière qui vous ira voir au mois de juin pourra vous en entretenir plus en détail et vous en dire les raisons.
La seconde chose est que, n'ayant pas voulu souffrir qu*un séminariste allât à la cuisine pour demander au cuisinier quelques singularités pour la table, une personne a dit qu'à Viviers, où il avoit été, il étoit permis d'y aller se faire donner un bouillon. Peut-être a-t-il tiré une conséquence générale de quelque permission particulière que Ton avoit donnée. Vous verrez s'il y a quelque ordre à mettre à cela. Il me suffit que vous sachiez ce que l'on dit, car je sais que vous aimez la règle.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXVI
A MONSIEUR DU FOUR
Ce 2 mai 1691.
Vous avez assez témoigné combien vous êtes exact à suivre les avis que l'on vous donne, et vous nous en avez donné depuis si long temps tant de marques, que je vous avertis sans peine dans les occasions, parce que je connois vos bonnes dispositions et votre droiture. Je sais que vous n'êtes pas en réputation de donner dans les nouveautés; mais comme quelques-uns de vos amis qui connoissent vos sentimens ont été surpris qu*on ne laissoit pas de faire chez vous publiquement la lecture des livres de ces personnes suspectes, j'ai cru qu'il sufiisoit pour y remédier de vous en dire un mot. M. de la Barmondière qui est parti d'ici la semaine passée et qui sera dans quelque temps k Viviers, est chargé de faire
as LIVRE NEUVIÈME
connoilre dans tous les séminaires où il passera quel esl sur cela Tesprit de Saint-Sulpice.
Pour les séminaristes qui vont à ia cuisine demander leurs besoins, j*ai bien cru qu*ils nelefaisoientqu^avec permission, quoique une personne qui avoit été chez vous et qui ne demandoit pas cette permission dans le lieu où il étoit, ne spécifiât pas cette circonstance. Vous ne sauriez pas en user autrement que vous faites, n'ayant pas d'infirmerie.
Tout k vous et de tout le cœur. — L. TnoxsON.
LETTRE XXXVIl
A MONSIEUR DE l'ÉPINAY (1)
13 août 1G91.
Je vois par votre lettre du mois dernier, et par le règlement que vous observez, que vos journées sont bien remplies. Je ne m*étonne pas que, de tous vos emplois, le confessionnal est celui qui vous donne plus de peine et que vous craignez le plus. C'est ce qui est assez ordinaire à ceux qui travaillent avec le plus de zèle; mais il ne faut pas que la crainte ni la peine nous découragent. Comme c'est l'emploi où nous pouvons faire plus de fruit et le plus profiter aux âmes, il n y en a point dont le démon donne souvent plus de dégoût aui personnes même les mieux intentionnées. Ainsi, ne soyez pas surpris de votre peine, et ne quittez pas pour cela une fonction qui fait partie de celles où Dieu vous appelle. Si vous croyez que je puisse vous soulager par quelques avis sur le détail de vos peines, vous pouvez me les proposer en confiance : car je n'aurai point de plus grande joie que de vous mettre en état de travailler en paix. Ce qui me réjouit est que l'on est très content de vous. J'espère que vous le serez
(1) Pierre de I/Épinay, du diocèse de Rouen, était prêtre et docteur de Navarre depuis le 20 août 1G8G, â son entrée au séminaire de Saint- Sulpice, le 25 octobre 1C88. Après son noviciat, en mai 1690, on renvoya enseigner la scolastique au séminaire de Viviers. l\ en devint supérieur en 1713, et y mourut le 17 mars 1723, âgé de 77 ans.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DR VIVIKRS l^U
aussi de moi, qui n*ai point (Vautre désir que d*avoir occasion de vous témoigner combien je suis à vous en Notre Seigneur. — L. Tronson.
LETTRE. XXXVIll
A MONSIEl'R COLON (1)
Ce 9 octobre 1691 .
J'ai reçu vos deux lettres des 16 et 22 septembre. La dernière m'apprend le hon traitement que i*on vous fait, à votre retour à Viviers. C'est ainsi que Dieu récompense ses serviteurs, ot qu'il leur fait connoitre qu'ils doivent travailler purement pour lui seul, et combien sont abusés ceux qui recherchent les louanges et les applaudissemens des hommes à ce qu'ils font. Si le débordement et la rapidité du Rhône avoit entraîné votre séminaire, nous nous en consolerions parce que la volonté de Dieu nous y paroitroit ouvertement; mais la manière dont on vous traite et les soupçons que Ton forme, non plus que les paroles mortifiantes dont on use, ne me paroissent pas encore suffisantes pour vous décourager et tout quitter. Il faut, au contraire, que vous vous encouragiez les uns les autres, ut nemo moreaiur in tribulat'tonibus istts : ipai enini aeitis quod in hoc poaiti sumus (I Thess. H, I, 3). La pensée que vous voulez vous approprier les biens du séminaire est une pensée qui aura tôt ou tard de mauvaises suites, si elle est dans l'esprit du Prélat (2). Car, vous voyant intéressés, il vous regardera toujours comme gens suspects. Sa conduite à votre égard découvrira ce qu'il a dans le cœur. Puisque Dieu vous a appelé dans son diocèse, il faut y faire tout le bien que vous pourrez jusqu'à ce qu'il paroisse qu'il vous demande ailleurs.
(1) Etienne Colon fut à Viviers, où il mourut, de 1684 à 1716.
(2) De même qu'il avait soupçonné l'économe de son séminaire de s'approprier les biens de celui-ci, Tévèque de Viviers soupçonna pareillement de vol son pi*opre économe. 11 le livra même aux tribunaux qui, à la confusion de Tévèque, le déclarèrent innocent.
C/est un méchant meuble dans un séminaire que de méchants prêtres qui n*y sont que par des lettres de cachet ou par Tordre de Tévêque; mais c*est un mal sans remède. Tout ce qu*on peut faire de mieux est d'empêcher qu'ils gâtent les autres. Car, pour eux, il n'y a pas ordinairement à espérer beaucoup; Texpérience apprenant que Ton n'en convertit guères de cette espèce.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, loul vôtre. — L. Troxson.
LETTRE XXXIX
A MONSIEUR DU FOUR
Ce 3 février 16ÎM.
M. d'AuItanne ne m'a point encore écrit touchant sa théologale. Je n'ai jamais été d'avis qu'il la prit. J'ai toujours cru que cela ne convenoit nullement à un directeur de séminaire, et que rien n'étoit plus opposé à l'esprit de Saint-Sulpice. J'en écrivis même à M. Couderc qui m'avoil mandé que l'on avoit dessein de faire M. d'Aultanne archidiacre. Mais, ou ayant reçu ma lettre trop tard, ou ayant trop précipité l'affaire, il me manda pour toute réponse que la chose étoil déjà faite. Vous pouvez par là juger de ce que je répondrai sur cela si l'on m'en écrit, et avec quelle joie je le déterminerai à quitter, pour se fixer uniquement aux emplois du séminaire suivant sa première vocation. Il n'y sauroit même trouver un temps plus propre que celui de la division qui est entre le Prélat et le Chapitre (1). Comme il vous a déclaré qu'fl vouloit m'en écrire, vous pourriez, pour l'en faire ressouvenir, lui demander si j'ai répondu à sa lettre. Je n'entends point de plaintes de votre séminaire : si l'on m'en fail, je vous le manderai. Je suis. Monsieur el très cher en Notre Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.
(1} Le Prélat avait réduit ses chanoines à la portion congrue. Naturellement, ils firent opposition : on plaida : Tévêque gagna son procès, mais non le ca>ur et les sympathies de ses chanoines.
G0RRESP0N0ANG12 AVEC LE SÉM[NAIRE DE VIVIERS 131
A MONSIEUR DU FOUR
Ce 8 octobre 1608.
Vous êtes heureux de ne point rechercher l'approbation des hommes en ce que vous faites. Si Dieu permet que ceux qui devroient vous témoigner plus de reconnoissance de votre travail ne laissent pas quelquefois de se plaindre de vous, c'est qu*il veut être lui-même Teiitière récompense de votre fidélité. Je le bénis de ce que l'exercice que l'on donne à votre patience ne vous décourage point, et que, nonobstant tous les sujets que vous pourriez avoir de dégoût, vous no laissez pas de continuer à faire ce qu'il demande de vous. J'admire qu'on vous reproche de laisser sauver les prisonniers, comme si un supérieur de séminaire éloit un geùlic qui fût chargé de les garder. Plus ce reproche est extraordinaire, et moins doit-il faire d'impression.
Pour les ordinans que Ton refuse aux examens, quand vous avez fait votre devoir pour les instruire, vous n'êtes pas responsable du reste ; leur réception ou leur refus est l'affaire de l evêque, dont tous n'êtes pas chargé.
Je suis. Monsieur et très cher on Notre Seigneur, tout h vous. — L. Tronson.
A MONSIEUR DU FOUR
Ce 27 octobre 1698.
Je reçois présentement votre lettre du 20" de ce mois. Je bénis Dieu de la bonne disposition qu'il donne à votre Prélat pour vous. Je souhaite qu'elle continue, ou que, si elle change, ce changement n'altère point celles où vous êtes de vous rendre toujours fidèle à votre emploi. Que nous importe que les autres soient sujets à tant de variations, pourvu
U\2 LIVUE NKLVIKME
que, de noire i>arl, nous demeurions fermes dans nolro devoir. C'est un grand secret, parmi tant de vicissitudes, de conserver la paix et d'être content : sive per infamiam, êhr per bonam famam, modo Chrtstus annuntietur (1). Vous faites très bien de ne vous point tant avancer sur ce qui regarde les affaires du diocèse, que lorsqu'on vous demande votre avis. Je suis très cordialement à vous. — L. TnoNsox.
LETTRE XLII
À MONSIEUR D*AULTANNE
Ce 11 février 1699.
Votre lettre du S*" de ce mois qui me fut rendue hier au soir me fait connoître le désir qu'a M»' l'évoque de Carpen- Iras (2) d'établir un séminaire dans son diocèse, et la pensée qu'il a de nous en charger. Nous lui sommes très obligés de l'honneur qu'il nous veut faire. C'est une marque de son estime et de son amitié, à laquelle nous souhaiterions de pouvoir répondre, en déférant à son désir. Mais je ne vois pas que nous soyons en état de le pouvoir faire; ce qui ne nous est pas un petit sujet de mortification ; car nous serions ravis de travailler sous ses ordres, et de contribuer au bien qu'il veut faire dans son diocèse. Puisque les UR. PP. de l'Oratoire et les RR. PP. de la Doctrine chrétienne veulent bien se charger de cet établissement, il ne manquera pas de trouver dans leurs communautés de bons ouvriers pour seconder son zèle, lis s'en acquitteront bien mieux que nous; ils suppléeront abondamment à notre défaut ; et nous espérons que le Prélat trouvera même quelque avantage dans notre refus.
(1) II Cor. VI, 8, et Philip. 1, 18.
(2) Laurent Buzzi, patrice romain, remplit les fonctions de gouverneur dans plusieurs provinces. Nommé et sacré en 1691 évèque de Carpentras, il y mourut le 22 avril 1710, âgé de 76 ans, après avoir fidèlement et pieusement rempli ses devoirs de pasteur.
Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Troxson.
LETTRE XLIU
A l'ëVÊQUE DE VIVIERS
Janvier 1700.
Monseigneur,
Je me donne l'honneur de vous écrire en faveur d*un ecclésiastique de votre diocèse qui demeure dans ce séminaire depuis plusieurs années. I! s'appelle M. de Sainl-Montan, et n'est encore qu*acolythe. Je crois devoir dire à Votre Grandeur, que nous en sommes très contens, soit pour la piété, soit pour rétude; en sorte qu'il y a tout sujet d'espérer que ce sera un jour un bon sujet, et qui pourra servir utilement TËglise. C'est ce qui nous fait croire que si vous avez la bonté. Monseigneur, de lui envoyer des dimissoires, il seroit en étal de recevoir le sous-diaconat à la première ordination, ou lorsque vous le jugeriez à propos. Nous continuerons cependant, suivant l'obligation que nous en avons, d'avoir soin qu*il avance dans la perfection et devienne capable de rendre service au diocèse. Je vous supplie. Monseigneur, d'être bien persuadé que nous serions ravis de vous pouvoir former de bons sujets k Paris aussi bien qu'à Viviers, et d'avoir d'autres occasions que celles-là, de vous témoigner le grand attachement et le profond respect av(M'. lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et 1res obéis sant serviteur. — L. Tronson.
C.ctle lettre est la dernière de la correspondance dr M. Tronson avec le séminaire de Viviers. Elle esl, sur h* registre, immédiatement suivie de la suivante, adressée à M. Du Four, par M. Leschassier, successeur de M. Tronson. On sera sans doute bien aise de savoir ce (|u'il pensait de son prédécesseur.
IVk LIVRE NEUVIÈME
LETTRE XLIV A MONsiEua nu KUUU
Ce 8 mars 1700.
Je n'ai encore pu trouver le momcnl de vous écrire depuis la perte que nous avons faite de M. Notre Très Honoré Père M. Tronson. Je désirois pourtant vous faire part au plus lot de ma douleur, pour me consoler avec vous, en la déclarant à un ancien ami dont le cœur est tout plein de tendresse cl de charité, llélas! mon cher Monsieur, que nous perdons un grand secours et une grande consolation! Il est vrai que Notre Très Cher Père n'est point à plaindre, étant sorti d'un état d'infirmité et de douleur pour se reposer en Dieu, ainsi qu'il y a lieu de Tcspérer; et si nous en murmurions, il nous pourroit reprocticr que nous manquons d'amour pour lui. Mais quand nous nous regardons nous-mêmes, nous ne pouvons retenir nos larmes, de nous voir privés d'un si aimable Père, doutées conseils étoient si sages, dont la conduite éloit si douce, dont la conversation étoit si charmante. Juge/ quelle doit être ma douleur, mon cher Monsieur, de me voir chargé du soin du séminaire, ne l'ayant plus; moi qui, lorsqu'il étoit à Issy, faisois fort peu de choses sans son ordre et ses avis. Ne vous contentez donc pas. Monsieur, ^^ prier pour notre cher défunt; mais priez aussi pour tous vos frères, et singulièrement pour moi qui suis. Monsieur, votre très liumhle et très obéissant serviteur. — LEsciiAssiKn.
FIN IH' I.IVUK NEIVIK.MK
A MONSIEUR LEFBBVRB (2)
5 avril 1677.
Monsieur et très cher en Notre Seigneur,
Je ne doute point que vous n'ayez eu quelque peine, Tannée passée, de n'avoir point reçu, avant votre embarquement, tout Téclaircissement que vous souhaitiez et que vous nous aviez même demandé par vos lettres. Quelque désir que j*eusse de répondre à vos souhaits et de vous satisfaire, il ine fut impossible d'en trouver les moyens. Je ne pus pas vous cclaircir sur des difficultés sur lesquelles je ne me trouvois pas moi-même suffisamment éclairci, et nous n'étions nullement en état, dans les embarras où nous étions, de vous tirer de ceux que vous aviez pour lors à La Rochelle. H y avoit des articles desquels on croyoit que vous ne pouviez. ^tre bien instruit qu'en Canada. Il y en avoit d'autres dont il me sembloit que M. de Bretonvilliers avoit assez parlé dans
(0 Sur l'établissement du Séminaire et de la Compaëfiiic de Saintsulpice à Montréal en Canada, voir M. Faillon, Vie de M. Olier, •l« édition, t. III, p. 397-416; Histoire de (a Colonie française ou Canada; Paris, 1865-1866, 3 vol. in-4o.
(2) François Lefebvre, né à Écouis (Eure), aloi*s du diocèse de Rouen, entra clerc au séminaire de Saint-Sulpice le 26 mars 16G7, partit pour le Canada le le** juin 1672, fut d'abord missionnaire à Lachine, puis à Montréal, où il fut supérieur du séminaire durant un voyage que M. DoUier de Casson flt en France pour raison de santé. Il revint on France en 1678, et en 167îi, il fut désijrné pour être directeur du séminaire de Bourges dont Saint-sulpice venait (Paccepter la direction. Voir la correspondance avec le séminaire de Hour<i'os, t. I, p. iiM, note(l).
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ses réponses, quoiqu'il ne m*ea souvint pas assez pour vous en mander le détail : et il y en avoit même quelques-unes que lui seul pouvoit déterminer, que sa maladie mVinf^choit de proposer, et que je n'ai pas pu décider sitôt après sa mort. C*esl une conjoncture de Providence qui vous aura donné un peu d'exercice, mais elle vous aura assurément servi pour vous attirer bien de la grâce. Car elle vous a fait vivre en foi, et vous a fait faire une démarche d'obéissance et d'abandon, que je ne doute point que Notre Seigneur ne récompense abondamment. Je ne vous dis ceci que pour vous faire connoitre que, bien loin d'avoir condamné les demandes que vous me faisiez en ce temps-là, ni vous avoir accusé de trop d'empressement ou de curiosité, je les ai regardées comme une marque de votre fidélité et de la disposition où vous êtes de ne rien faire au delà des ordres qui vous seront donnés. Voilà, eu simplicité, mes sentimens, que je ne prétends pas dire pour vous flatter; car je sais bien que vous ne le voudriez pas; mais pour commencer de vous parler à cœur ouvert; ou plutôt pour conlinuer à vous parler comme j'ai toujours fait ci comme j'espère faire toute ma vie; ccst-à- (liro, comme à une personne qui ne veut que Dieu, et qui m'a donné assez de marques de sa soumission, pour croire (|ue c'est en cela seul qu'il trouve son repos. C'est ainsi «|ue vous voulez que je vous parle, et vous m'en priez même à la lin d'une de vos lettres; et c'est ainsi que vous verrez que je m'en vas vous écrire, répondant premièrement à toutes les (îhoses que vous m'avez proposées, et vous donnant ensuite (juolqucs avis importuns, soit pour vous, soit pour l'œuvre que Notre Seigneur vous confie.
Vous me marquez dans votre lellro une disposition <|»i m'édifie. Il uïe semble que j'y vois la soumission exacte de ces soldats et de ces serviteurs du cenlenier de l'Évangile Dico hifir, vade et vadit; et alii , veiii et venit; et aerro Hieo, fac hoc et facit (Math. VIII, U). C'est la situation de votre âme et l'état où vous me témoignez que vous êtes. Vous me priez même d'en user avec vous comme ce cenlenier en usoil envers eux, et vous m'en priez, après avoir signé votre lellre
el avoir mis, votre très humble et très obéissant serviteur. Le moyen de ne vous pas accorder une prière si cordiale el si sincère; trouvez bon seulement que je le fasse en père, puisque vous voulez bien me qualifier de ce nom, et qu'au pouvoir que vous me donnez sur vous, j*y joigne la charité, Touverture et ia cordialité, que j'espère que Dieu me donnera toujours à votre égard.
Quoique tous les avis contenus dans la lettre que M. de Bretonvilliers a écrite Tannée dernière à la Communauté (1) soient importans, et que vous ne deviez rien négliger pour faire qu'on les observe, vous devez néanmoins vous observer pour ne pas aigrir les esprits. Car, si une fois ils se cabrent, comme il est à craindre que ceux qui sont déjà peines ne le fassent, s'ils voient que vous les vouliez assujettir avec empire et avec autorité, vous serez hors d'élat de les pouvoir jamais réduire. Au lieu que si une fois vous pouvez les gagner et faire, en les ménageant doucement, et leur témoignant une grande cordialité, qu'ils aient pour vous ouverture et confiance, vous en ferez ensuite tout ce que vous voudrez. Je sais que ce ménagement est difficile, et qu'il faut pour cela une grande prudence el une grande charité qui ne soit pas commune; mais par la miséricorde de Dieu vous ne manquez ni de l'une ni de l'autre, non plus que des autres talens nécessaires pour maintenir l'ordre et l'union des esprits dans la maison.
Il est important de vous avertir que, quoique le supérieur de Montréal ait toute l'autorité dans la maison, il doit néanmoins se servir rarement de tout son pouvoir. Hicn ne cabre davantage les esprits que de vouloir emporter les choses de hauteur et de les faire faire avec empire. Ainsi, à moins que l'on ne vit quelque dérèglement qu'il faudroit arrêter, ou quelque mal que l'on auroit sujet de craindre et que l'on ne pourroit détourner autrement, il vaudroit mieux user de pa-
(1) Cette lettre adressée « Aux Messieurs du Séminaire «le Montréal », et < achevée le 17« mars 1676 », ne comprend pas moins de 34 paries irrand in-folio. Klle occiii>e les pa^^es 3-36 du tome I de la c orrcspondance de M. Tronson avec le Canada.
tience, de condescendance et de douceur, autant néanmoins que le bien des particuliers et Tordre de la maison pourroient le permettre. C'est ce que j*espère que votre prudence réglera si bien, qu'en ménageant adroitement les esprits, la régularité n'en sera pas diminuée et chacun se trouvera content de son emploi. Ce ménagement est, à la vérité, très difficile; mais quand Ton ne se précipite point, que Ton sait prendre son temps, que Ton se possède pour attendre en paix les occasions favorables, on attire bien de la grâce el sur soi et sur les autres; et Dieu pour l'ordinaire bénit extraordinairement cette conduite. Non dominantes in clerts (I Petr. V, 31); non dominamur fidei, sed adjuiores aumus (II Cor. I, 23).
Quoique je sois assez persuadé que vous prendrez garde à ce premier avis, je suis néanmoins obligé de vous engager k y faire une réflexion d*autant plus grande, que c'a été là un des plus grands sujets de la peine et de la tentation que quelques-uns de nos Messieurs ont eues contre vous. Ils se sont imaginé que vous preniez un air de hauteur qui ne faisoit paroitre pour les autres que du mépris; que vous ne défériez pas assez aux sentimens des autres; que vous vouliez toujours agir en maître, etc. Ce sont des imaginations qu'ils s'étoient formées dans votre autre voyage. Mais comme, depuis votre retour, ces premières impressions ne seront pas peut-être encore toutes dissipées, il est important que vous leur fassiez connoitre par une conduite toute opposée, que ce n'est pas là votre génie, et que c'est sans fondement qu ils se sont laissés préoccuper de la sorte.
Je vous envoie une procuration pour agir au nom des sel* gneurs (1); vous ne devez cependant vous en servir dans les affaires un peu importantes que par l'avis de la petite assemblée (â). Ainsi, lorsqu'il faudra donner quelques cou-
(1) A la date où cette lettre fut écrite, les scigticurs de Montréal étaient les « ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice ».
(2) D'après un ré^^lement fait par M. de Bretonvilliers, la ped'tc a."- .^emblée se composait du supérieur de la communauté de Montréal, el de quatre autres personnes; lesquelles, en 1677, étaient MM. sonart, Pcrrot, curé de Montréal, liémy, et Uanuyer. économe.
cessions, qu'il faudra pourvoir des ofilciers ou en révoquer quelques-uns, elc, il faudra que vous le proposiez, afin que, Taffaire étant mieux disculée et les raisons pour et contre examinées plus à fond, vous ne soyez pas si en danger d*élre surpris, et que les résolutions que vous prendrez soient plus justes. C'est le moyen que Notre Seigneur donne dans TÉvangile pour connoitre sa volonté : Quotiea duo vel très congvegati fuerint, elc. (Math. VllI, 20); et vous y aurez de plus cet avantage, que quand les affaires que vous aurez faites ainsi par avis ne réussiront pas, vous aurez toujours votre décharge et on ne pourra en prendre sujet de blâmer votre conduite.
Outre cette petite assemblée, vous en pourriez faire de temps en temps de générales, où se trouveroienl tous ceux qui seroient à la maison, pour examiner tous ensemble ce qui manque pour le bon ordre de la maison, et ce que Ton pourroil faire pour y faire croilre toujours la régularité et la ferveur. 11 y a même plusieurs choses qui ne regardent que les règlements ou le général de Ja maison, qui pourroicnl être proposées dans celte conférence, afin de réunir par la davantage les esprits, et leur faire mieux goùler les résolutions qu*ils verroient que Ton auroit prises tous ensemble, et après une mûre délibération.
Je m'étonne que vous ne me disiez pas le moindre mot de la supériorité des Religieuses Hospitalières et des Filles de la Congrégation que M^' de Québec vous a donnée. C'est un emploi que je ne vous aurois jamais conseillé de prendre, et j*ai peine à croire qu'il puisse bien s'ajuster avec voire qualité de supérieur du séminaire. Car, premièrement, celte qualité vous doit obliger de demeurer, autant que vous pourrez, à la maison. Quand on saura que vous y êtes présent, l'ordre y sera mieux gardé, les règlemens mieux observés, les Messieurs mieux consolés par la facilité qu'ils auront de vous parler et de vous consulter sur toules choses. Enfin, il y a mille autres biens qu'un supérieur, qui n'est point détourné, remarque tous les jours et qui ne peuvent être suppléés par d'autres voies. Or, le moyen que celte supé-
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riorilé de Religieuses ne prive la maison de celte présence assidue qui lui seroil si utile? 2*^ La maison ne vous donnera-t-elle pas assez d*occupalion sans en prendre d*ailleurs? 3"* Si Ms' de Québec détourne ainsi par des emplois étrangers ceux qui ne devroient travailler qu*à la maison, que deviendra la communauté de Montréal? 4° Je sais bien que c'est une chose dont M. de Bretonvilliers auroit été très mortifié et qu*il auroit tout à fait improuvée. S** Elle éloit assez importante pour nous en écrire un mot, ou devant, ou du moins après quelle a été faite.
Je ne vois rien à faire si les Pères Jésuites ou les Pères Récolets achètent des maisons ou de la terre à Montréal, sinon de vivre en Canada avec eux, comme on vit avec eux en France, c est-à-dire dans une grande union. C*est la conduite qui porte toujours plus de bénédiction; et pour moi, je n*en puis suivre ni conseiller d'autre. Je suis persuadé que vous n*y aurez pas beaucoup de peine, et que ce sera assez là votre grâce et votre esprit.
Je ne doute point que les peines qui peuvent vous venir de rélat de la maison ne vous eussent fait trouver la solitude plus douce que remploi que Ton vous a donné; mais je ne crois pas que vous y eussiez servi si bien Notre Seigneur. Vous voyez les besoins de Montréal; combien un supérieur qui ait de la conduite y est nécessaire; que de là dépend Tordre, Tunion et la paix de la communauté; que sans cela elle ne peut faire de fruit solide dans le pays, et ne pourroil même être à la fin qu a scandale. N'est-ce pas assez pour vous encourager à porter celte croix, et à vous y consommer pour la gloire de Notre Mailre ? De notre part, nous vous l'adoucirons autant que nous pourrons; non pas en diminuant vos emplois, car ce seroil faire tort à votre zèle; mais en vous donnant tous les moyens qui nous seront possibles, |)0ury faire tout le bien que vous désirez.
Croyez (|uc je suis de cœur tout à vous. — L. Thonson.