‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 9 sur 41 · II.- G · texte numérisé non relu

II.- G

8i LIVHK ïirtTïKMC

LETTRE XVII

AUX DIRECTF.URS DU SKIilXAIRE DE TULLE

Ce i>0 avril 1698.

Messieurs et très cbers en Notre Seigneur,

Vous aurez, au premier jour, M. Michel que nous avons choisi pour supérieur de votre séminaire, après Tavoir proposé à Monseigneur l'évéquc de Tulle. Il y a long temps qu'il travaille au séminaire de Bourges, et il est enfin dégagé de^ emplois qu*il y avoit, pour aller avec vous, où il semble que la Providence rappelle. Il y va avec une bonne volonté et avec de saintes dispositions de travailler de tout son cœur à Tœuvre que Dieu vous a confié. Je ne doute pas qu il ne trouve en vous toute la correspondance qu*on peut souhaiter, et que chacun ne contribue à établir le bon ordre dans la maison, et surtout à y maintenir Tunion, la subordination et la régularité. C'est ce que je ne puis trop vous recommander, parce que rien n'est plus important dans une communauté pour y attirer la grâce de Notre Seigneur, pour y sanctifier les sujets, pour édifier les peuples et pour faire du fruit dans TÉglise, que la fidélité à ces pratiques que les Saints ont tant recommandées. C'est pourquoi je vous supplie tous, pour la gloire de Dieu et pour votre propre intérêt, de vous y appliquer avec affection, et d'en faire votre principal exercice, afin que, suivant le désir d*un grand saint : omnia decenti ordine perficiantur in Chriato. Je ne crois pas, en finissant cette lettre, vous pouvoir rien souhaiter de plus avantageux, que d'avoir part au présent que Notre Seigneur fit à ses Apôtres en ce saint temps de la Résurrection quand il leur dit : pax vobis (Joann. XX, 21); et de ressentir les effets de cette sainte prière qu'il fit, à Theure de sa mort, en faveur de ces mêmes Apôtres : ut sint consummati in unutn (Joann. XVII, 23). Soyez bien persuadés. Messieurs, que vous me trouverez toujours disposé à vous donner, dans toutes les occasions qui se présenteront, des marques de la sincérité,

COnnESPOXDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE Tl'I.LE 8Ii

(le la cordialité et de la tendresse, avec lesquelles je suis, Messieurs, votre très Inimitié et très «ifTectionné serviteur. — L. Tbosson.

LETTRE XVlli

A MONSIEUR MIGUEL

Ce 16 mai 1C98.

J*ai reçu la lettre sans date que vous avez eu la bonté de m'écrire de Tulle. J*ai été bien aise d*apprendre votre beureuse arrivée, et encore plus aise de voir la satisfaction que m'en témoigne Monseigneur l'Évéque, aussi bien que les autres Messieurs du séminaire. Il faut que Ton soit peu convaincu combien la présence d'un supérieur est nécessaire alîn d*établir et de maintenir le bon ordre dans la maison, jKiur vous proposer d'abord le voyage de Paris. Vous ferez très bien de vous en excuser, au moins jusqu'aux vacances. Car alors il sera, apparemment, utile que vous le fassiez, pour nous faire connoitre l'état du séminaire et les mesures que l'on pourroit prendre pour l'avenir. C'est ce qui ne se pourroit pas bien faire par lettre, et qui se fera aisément de vive voix. 11 faudra pour cela que vous priez M. Durand de vous instruire de tout le détail du temporel, afin que vous puissiez nous en rendre un compte exact.

Je ne doute pas que, parmi le grand nombre d'affaires que vous trouverez, dans l'état où est le séminaire, il n'y en ait de bien embarrassantes et difficiles; mais j'espère que votre abandon et le détachement avec lequel vous avez obéi et suivi l'ordre de la Providence, vous attireront les grâces et la fidélité nécessaires pour vous bien acquitter de ce que Dieu v demandera de vous.

Vous ferez bien cependant de ménager votre santé et de prendre, selon les besoins où vous vous trouverez, les petits soulagemens qui vous seront nécessaires. Vous aurez besoin de patience et de prudence pour ménager les esprits et pour réduire toutes choses au point qu'il est à désirer, sans rien précipiter.

84 LIVRE îirrTïKME

Je suis toujours, Monsieur et 1res cher en Noire Seigneur, entièrement et très cordialement tout à vous. — L. Tbonsox.

A l'évêque de tulle

Du séminaire Saint-Sulpice, ce 17 mai 169S.

Monseigneur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire avec des sentimens d'une reconnoissance toule particulière. Comme je ne souhaite rien tant que votre satisfaction, il ne m'est pas facile de vous dire la joie que j'ai eue de voir que vous êtes content de M. Michel, et d'apprendre de vousmême qu'il avoit tout ce que vous désiriez pour les emplois auxquels vous le destiniez; d'autant plus, que vous en portiez ce jugement après une conférence dont il avoit été, etoù l'on avoit agité devant vous quelques affaires de votre diocèse. Dieu veuille que la suite réponde à cet heureux commencement. Sa docilité me le fait espérer; car je suis assuré qu'il saura bien profiter de vos lumières, et que la visite où vous voulez qu'il vous accompagne ne lui sera pas d'une petite utilité.

11 s'attend, comme je pense, à trouver les peines et les difficultés que vous me marquez; ce qui me fait croire qu'il ne s'en rebutera pas. Je ne négligerai pourtant pas, suivant l'avis que vous me donnez, de le bien encourager, afin de l'affermir dans les résolutions qu'il auroit prises.

Je crois comme vous, Monseigneur, qu'étant soutenu de votre présence dans ces commencemens, qui est le temps le plus à craindre pour lui, il sera dans la suite en état de travailler avec facilité et avec quelque agrément; cl pourra s'appliquer, suivant son attrait, à mettre le séminaire sur un bon pied, ce qui dépendra surtout de bien commencer. 11 est vrai que ce n'est pas l'ouvrage d'un jour ; mais il faut espérer que la Providence lui donnera assez de temps

CÛUHESPONDANCK AVEC LK SÉMINAIRE DE TULLE 8o

pour cela, et que vous mellrez si bon ordre à tout avanl voire départ, qu'ayant peu à faire au dehors, il pourra donner plus de temps au dedans de la maison.

Comme il a une sanlé assez foible, je lui conseille de la ménager et de prendre tous les petits souingemens qu'il y croira nécessaires. J*ai pensé même qu'un petit voyage à Paris durant les vacances y pourroil être utile; outre quMi nous donneroit lieu, après qu'il aura pris connoissance des affaires et des personnes du séminaire, de conférer ensemble des moyens de le bien régler, et de tacher d'y faire tout le bien que vous pourriez souhaiter.

Voilà, Monseigneur, mes petites vues, que je vous expose simplement et dans la disposition de suivre toujours les vôtres, et de vous donner en toute occasion le plus de marque qu'il me sera possible de la soumission et du respect avec lesquels je suis, Monseigneur, votre 1res humble et très obéissant serviteur. — L. Tronsox.

A MONSIEUR MIGUEL

ce 10 juin 1C98.

Si le Prélat est toujours aussi content de vous qu'il l'a été jusqu'à présent et que son affection continue, vous pourrez faire de grands biens à Tulle. Nous attendons son arrivée pour lui parler de la vérification des lettres patentes qui doivent être enregistrées au Parlement de Bordeaux. Quoique le temps presse, il n'y a pas d'apparence de faire celte démarche sans son agrément: car peut-être aura-t-il peine que l'on retourne à Bordeaux, après avoir fait évoquer à Paris l'affaire de l'établissement du séminaire. Cependant, comme les lettres patentes de l'union sont renvoyées, à ce qu'on dit, au Parlement de Bordeaux, il faudra, de nécessité, y aller.

Puisque M»*' Tévéque de Tulle ne juge pas à propos que vous vous accommodiez de la maison de campagne qui étoil il feu M. Maillard, il faut se conlenter de s'en servir tant

8() LIVUE HUITIÈME

<|iroii voudra vous la prélcr pour les jours do proineiiado. Peut-cire que sonopposilion ne durera pas toujours. Peul-èlro (|ue, quand il fera réflexion à la facilité qu'on aura de 1 ac- (fuérir par échange et à la dlDicuIlé d*achetcr bien cher la Mourgie, il changera de sentiment. Il faut attendre en patience pour ne rien faire qui lui déplaise.

Vos vues pour régler le temporel aussi bien que le spirituel du séminaire me paroissent fort bonnes, et nous prendrons pour cela des mesures ensemble ces vacances. Sur quoi il faudra bien consulter M»' de Tulle et répondre à son attente.

.le crois qu'il sera bon, si cela ne vous incommode pas, (jue vous puissiez visiter les métairies pour savoir en quel état elles sont; car, après les avoir vues, vous pourrez mieux comprendre ce qu'on vous en dira dans la suite.

1/ordinand que vous avez renvoyé servira d'exemple aux autres; et rien n'est plus utile pour maintenir l'ordre dans une maison, que de la purger de temps en temps de ceux qui ne veulent point profiter des avis qu'on leur donne.

Au resle, continuez dans votre abandon et dans la conliann» on la bonté de Dieu qui certantes adjuvat, deficientcH sublnvat, et vincentes cot^onat. Je suis en lui, avec une affection sincère et très cordiale, entièrement à vous. — L. Troxson.

LETÏKE \Xl

A MONSIEUR MICUKL

(0 6 novembre IGîK).

Ne croyez pas, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, ((ue les bruits de votre festin qui ont couru, qui sont venus jusques à nous et dont je vous ai écrit (1) m'aient paru véritables. Je ne sais que trop par expérience combien souvent

(1) « On <Iit ici (pie vous avez fait un magnifique repas à des Me.*sieur.^ de Tulle dont cm parle fort; et on ajoute que M. de Bonillmi. vicomte de Tnrennc, ne traite pas mieux que vous; et qu'on croit quo «•e ropas<M)ûiera cinquante écu.s « 't.eltrc du TS octobre ICW».

on exagère dans ces sortes de récits. Quoique Ton en dise, je ne puis désapprouver que vous ayez traité honnêtement, une fois durant les vacances et suivant la coutume que l'on a au séminaire de Tulle, les amis de la maison : ce sont des personnes qui servent le séminaire, ou qui peuvent rendre de bons ofTices, et il est bon de tâcher à gagner leur affection. Le choix que vous avez fait des personnes que vous avez conviées me paroit aussi fort judicieux. Quelque précaution qu*on prenne, il faut s'attendre qu'il y aura toujours des gens qui y trouveront à redire, surtout dans un emploi comme le vôtre, où je suis persuadé que vous ne manquez pas d'embarras. Je prie Notre Seigneur de vous y soutenir, ot de vous farre la grâce de ne vous point décourager pour tout ce qu'on pourroit dire.

Vous ferez bien de savoir de votre architecte ce que pourra router, à peu près, le i>elit bâtiment que vous aurez à faire, et ce qu'il demanderoit pour la peine qu'il auroit à le coniluire. C'est une précaution bien utile, car les architectes font souvent faire plus de dépense qu'on ne veut, (^e sera ensuite à vous de voir, dans le temps, si hah(*as Humpiua neressarios ad perfîciendum (Luc. XIV, 28).

Je suis entièrement à vous. — L. Tronsox.

LETTRE XXll

A MONSIEUR MICHEL

Ce 10 février 17<h).

Je suis bien aise de ce que vous me mandez du bon état où est le temporel de votre maison. Les métairies affermées diminueront vos embarras, et les deux chevaux et le valet inutiles renvoyés vous épargneront de la dépense, pourvu que vous ne soyez point obligé d'en reprendre quand il faudra aller de côté et d'autre pour se faire payer. C'est beaucoup que de ne rien devoir, supposé que le bruit qu'on a fait courir ici ne soit pas véritable : que vous aviez depuis |K»u dépensé quelque chose de votre principal: ce qui ne

s'accommodcroit pas avec le dessein que vous avez de bàlir, non plus quavec Tacquisilion de certaines renies donl vous me parlez comme avantageuses.

Je ne crois pas qu'il faille faire distinction entre les Directeurs et les Missionnaires. La ditiiculté, qui me pareil assez grande, est de trouver le moyen dans un petit séminaire comme le vôtre, d'occuper huit ecclésiastiques pendant toute une année, sans donner à quelques-uns de quoi 'occuper au dehors : ce qui auroit des inconvénients.

Mtf*^ de Tulle vous aura répondu sur la proposition quon vous avoit faite d'être directeur de l'hôpital . Il semble, dans les conjonctures présentes, que ceux qui vous l'ont faite ne l'ont pas faite sérieusement et qu'ils ont voulu rire; aussi bien que ceux qui avoient dit à M. de Baluze, au sujet du procès que l'hôpital a intente au séminaire, qu'on s'en rapporleroit à son jugement.

On m'a dit aujourd'hui que le procès du Prélat avec l'hôpital doit être jugé au premier jour. Si cela est, vous l'aurez bientôt dans son diocèse.

Je suis bien aise que votre santé soit meilleure, car vous en avez besoin dans votre emploi; et que vous ayez trouvé le moyen de fortifier votre estomac et de soulager votre mal de |):>ilrine.

Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.

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