uu:ixsi»o\:)AxcE avkc lk sêmïxaiue de montiikal \M
A MONSIEUR GUENET
Marchand A Rouen.
Mars 1677.
La honlé avec laquelle vous avez pris la peine (racheter durant plusieurs années des provisions pour les ecclésiastiques de Montréal me porte k vous demander par celle-ci la même grâce, comme j'espère que vous voudrez bien me raccorder. Je vous envoie le mémoire de ce dont on auroit liesoin, que je vous prie d'accomplir le plus loi qu'il se pourra, afm que les ballots que vous Terez puissent élre assez toi à La Rochelle pour dire envoyés par les premiers navires qui doivenl aller à Québec. Il faudra, s'il vous plait, en faire l'adresse à M. Vaurobert, marchand à La Rochelle. S'il parloit de Normandie quelque navire pour le Canada, cela seroil plus commode. Mais si cette commodité nous manque, nous suivrons l'exemple de M. l'évêque de Québec et des autres qui font acheter à Rouen une partie de leurs affaires pour les envoyer ensuite à La Rochelle. Nous nous sommes si bien trouvés des soins que vous avez pris par le passé de ces petites commissions, que nous y avons encore recours avec une entière confiance. Vous pourrez tirer sur moi une lettre de change de la somme à laquelle montera notre achat avec les frais, et je ne manquerai pas d'y satisfaire sans remise. Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson, Supérieur du Séminaire Saint-Sulpice.
MÉMOIRE DE CE Qu'iL FAUT ACHETER
1. Trois pièces de serge de Londres noire, ou de Saint-Lô, pour des habits longs et courts. — 2. Une pièce de frison noir. — 3. Une pièce de coutil noir. — 4. Six couvertures de laine de 10 livres pièce. — 5. Six autres de six livres pièce ou environ. — 6. Encore six de cent sols pièce. — 7. 50 aunes
de toile de chanvre de 20 sols Taune. — 8. Quatre pièces de grosse toile de chanvre bien forte pour des voiles de moulin. — 9. Vingt aunes de toile blanche fine à 30 sols Taune. — 10. Quinze aunes à 25 sols Taune ou environ. — 11. Dix-huit chapeaux de Caudebec noirs. — 12. Quarante livres de rassade (1) grosse noire, rouge, et un peu de martelée et fouettée de diverses couleurs, ou rayée. — 13. Cent cinquante brasses de ligne à monter des filets.
A MONSIEUR SOUART (2
5 avril 1677.
Monsieur,
Je ne doute point que vous n*ayez été sensiblement touché de la mort de M. de Bretonvilliers. C'est une perte très grande,
(1) On appelle rasaadc des petits grains de verre de diverses couleurs dont on trafique avec les nègres ou les sauvages, qui en foot des objets de parure.
(1) Gabriel Souart dont on peut lire la vocation extraordinaire à rétat ecclésiastique dans la Vie de M. Olier (t. III, p. 187, 188), naquit à Paris en ICIO ou 1611. Il était déjà clerc quand il entra au séminaire de Saint-Sulpice le 8 novembre 1G46 : il fut ordonné prêtre aux IV- 'l'emps du carême de l(')50, et se consacra d'abord au ministère paroissial à Saint-Sulpice. En 1657, il fut envoyé par M. Olier en Canada, où il fut deuxième supérieur de Montréal en Pabsence de M. de (jueylus, et premier curé de Villemarie jusqu'en Tannée 1665. « Dès 1664, aloi"S que Montréal comptait à peine 30 à 40 familles, il fonda une école pour rinstruction élémentaire des jeunes gens, et prit lui-même le titre de premier maître d'école. Flusieui^s autres membres du séminaire suivirent son exemple ». Ce qui fait dire à l'abbé Gosselin, « que, du coté de Montréal, Ma>" de Laval, évêque de Québec, n'eut qu'à se reposer sur les-sulpiciens pour l'accomplissement du gi'and devoir de l'Église par rapport à l'éducation de la Jeunesse ». { Vie de >/«»• de Laval; (Juébec, 1890, 1. 1, p. 580). M. Souart fut aussi confesseur et supérieur des religieuses de l'Hôtcl-Dieu de Montréal, fondées par Mademoiselle Mance. Il flt trois voyages en France : en 1667 et 1678 pour les affaires de Montréal; en 1C89 pour rester à Paris. Il s'attacha à la communauté de M. le Curé, et c'est là qu'il mourut, le 8 mars 1691, dans la 80« année de son âge.
GOnURSPONOANCE AVEC LE SÉMlNAIttE DE MOiNTUÉAL 143
Cl pour la France el pour le Canada; Saint-Sulpice, aussi bien que Montréal, avoit encore besoin de son secours, et sa vie prolongée de quelques années pour exécuter les vues que Dieu lui donnoit, auroit pu mettre Taccomplissement à ses couvres. Mais j'espère que la Providence y pourvoira d'ailleurs, et que Notre Seigneur, qui veut faire paroître que ses ouvrages ne dépendent point de la créature, n'abandonnera pas ceux-ci qui n'ont été entrepris que pour sa gloire. Nous Tavons déjà expérimenté ici très sensiblement, et en sa dernière maladiô et depuis sa mort; et je suis convaincu que sa grâce, se répandant jusqu'en la Nouvelle-France, vous en fera ressentir la protection dans vos emplois. Vous aurez vu dans sa dernière lettre jusqu'où a été son zèle pour faire que Dieu fut parfaitement servi el honoré à Montréal, et comme il n'a voulu rien omettre de ce qui pouvoit dépendre de lui pour la perfection des particuliers et de la Communauté. Si ses dernières instructions fructifient, comme je n'en doute point, ce lui sera sans doute une grande consolation dans le Ciel, de voir la gloire que Notre Seigneur recevra de cette semence qu'il a répandue avant la mort. Pour ses dispositions particulières, j'ai cru que vous seriez bien aise de les voir dans un petit récit que je vous enverrai cette année, et dont vous pourrez faire la lecture à tous nos Messieurs, qui ne pourront qu'en être édifiés.
Après avoir consulté avec M. le Curé touchant votre retour en France et l'avoir bien examiné devant Dieu, ni lui ni moi ne croyons point que ce soit là ce que Notre Seigneur demande de vous. Je suis aussi très assuré que ce n'étoit point la pensée de M. de Bretonvilliers, et quand il désigna M. Lefebvre pour supérieur à Montréal et M. Guyotte à son défaut, sur la difficulté que vous faisiez de vous charger de cet emploi et sur l'extraordinaire opposition que vous en aviez, il me parla de vous d'une manière que je puis répondre que votre retour en France Tauroit certainement centriste. Ainsi, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, je ne vois nulle raison apparente de vous arrêter à cette pensée. Montréal a besoin de vous : nos Messieurs et
loule la communauté souffriroiont trop de votre absence: ei à moins que Dieu ne fasse paroitre par d*autres marques qu*il vous demande ailleurs, vous pouvez en toute sûreté regarder la pensée de quitter le poste où vous êtes comme une pure tentation.
Ce n*est pas que nous ne fussions ravis de vous embrasser ici, et que je ne fusse consolé en mon particulier de vous pouvoir témoigner combien je suis à vous; mais Ton ne voit pas pour cela assez de marques de la volonté du Souverain Maître. Ainsi, il faut se résoudre, de part et d'autre, à porter celle privation, attendant en paix et avec une. entière résignalion la consommation de notre sacrifice.
J'ai averti M. Lefebvre de cet air impérieux dont vous me parlez. Je l'en entrelins fort ici avant son départ. Je lui en écrivis l'année passée à La Rochelle; et j'appuie extraordinairemcnt sur cet article dans les avis que je lui donne celle année pour sa conduite. 11 m'a bien promis d'y prendre garde, et j'espère que Notre Seigneur lui fera la miséricorde de l'en défaire. Car sans cela il ne gagnera jamais les esprits, et les tentations qui s'élèveront, et qui empêcheront l'ouverture de cœur et la confiance, le mettront hors d'état de pouvoir faire jamais beaucoup de fruit. C'est ce que jo lui mande en particulier dans ma lettre. Si vous aviez la bonlé de me mander simplement, cet automne, comment il se sera comporté, ce me sera un moyen de lui donner encore des avis plus justes l'année prochaine, et de les lui donner sans qu'il sache que vous m'ayez écrit. Je sais combien le secret est important en ces occasions pour ne point blesser la charité. Ainsi, vous pouvez m'écrire sans crainte, et vous ouvrir sans scrupule sur toutes les choses où vous croirez que nous pourrons apporter quelque remède.
Je ne vous dis rien ici de particulier et je ne vois plus rien à ajouter à cette lettre, sinon de vous prier de me considérer toujours comme une personne qui vous est toute acquise et dont vous pouvez disposer en toute liberté; car je prétends être à vous sans réserve. — L. TnoNsox.
GORRESPONDANCB AVEC LE SÉUmAIBE DE MONTRÉAL 145
A MONSIEUR RÉMY (1
5 avril 1677.
Le premier arlicle de votre lettre regarde la peine que Ton pourra avoir contre M. Lefebvre, et la pensée que Ton a qu*il n*cst pas propre pour être supérieur à Montréal. A quoi je ne puis vous répondre autre chose, sinon qu*il a assez de talent pour se bien acquitter de cet emploi; qu*ii nous doit suffire, pour espérer que Dieu bénira son travail, qu*il ait été choisi par M. de Bretonvilliers, dans une conjoncture que Ton ne pouvoit pas douter ici que ce ne fût Notre Seigneur qui lui avoit donné cette vue. Vous me manderez, cette automne, ce que l'expérience en aura fait connoilre. Je Tai fort averti de celte manière altière, de cette conduite absolue et de cet air impérieux dont on se plaint. 11 veillera assurément sur luimême, et se ménagera pour ramener les esprits et les réduire à prendre en lui quelque confiance.
Les quatre personnes que M. de Bretonvilliers avoit nommées pour les assemblées particulières et qui y ont assisté par le passé, sont les mêmes que je nomme à M. Lefebvre, et qu*il assemblera pour consulter avec eux des affaires. Je lui marque que vous lui direz la manière dont on avoit accoutumé de les faire, et vous lui en expliquerez le détail afin que Ton suive toujours le même train. Car il est bon de ne rien innover. Pour le lieu où on les fera, c'est à vous autres à le choisir et à prendre le plus commode. Mais quand il n y en auroit pas d'assez secret pour se cacher des autres Messieurs,
(1) Pierre Rémy, né à Paris en 1636, entra laïque au séminaire do Saint-Sulpice le 14 juillet 1666, partit sous-diacre pour le Canada en 1672, fut ordonné prêtre le 21 mai 1676, et nommé curé de Montréal lo 17 juillet 1680. H fut ensuite curé de Lachine, procureur à Montréal, supérieur des sœurs de PHôtel-Dieu, et mourut le 24 février 1720, âgé de 90 ans, après s'être dépensé et avoir dépensé sa grande fortune pour le bien du peuple confié à ses soins. Voir Diblwthdque sulpiciimnCj t. I, p. 247, 248.
il vauciroit mieux ne les poinl interrompre, quoiqu'ils en eussent un peu de peine. Comme c'est une règle clablie, il faut peu à peu que tout le monde s*y accoutume. Et si quelques-uns en murmurent dans le commencement, leurs murmures passeront^ et la règle nécessaire à la maison subsistera toujours.
Pour ce que vous me marquez de vos besoins personnels, je ne vois point de plus grand remède à vos tentations que le mépris. Vos mortifications corporelles sont bonnes; mais elles n'empêcheront pas que le démon ne vous attaque. Aussi ne devez-vous pas chercher à ne pas combattre, mais à vous fortifier pour vaincre ; et c'est ce que vous obtiendront ces pénitences. Je ne vous avertis pas de n'en point faire trop, parce qu'étant réglées par votre Directeur, il ne vous laissera pas aller dans l'excès. Mais vous devez lui bien exprimer l'élat de vos forces et de votre santé, de peur que, ne vous connoissant pas assez, il ne vous permit d'aller au delà de ce que demande la prudence.
Les raisons que vous marquez pour retrancher tout à fait les conférences générales sont très bonnes pour faire voir l'importance de ne les tenir que rarement. Ainsi, je ne croirois pas qu'on dut tout à fait les retrancher, mais il suffiroK de les tenir trois ou quatre fois l'année. Par exemple, au commencement des exercices, pour s'encourager tous ensemble k bien commencer, pour s'exciter k la fidélité au règlement, pour en voir l'importance et les moyens. Vers le Carême, pour se renouveler et voir les fautes auxquelles on auroit été plus sujet dans la maison; les occasions qui les ont pu causer, les remèdes qu'on y pourroil apporter. A l'arrivée des nouvelles de France, pour entendre la lecture de la lettre commune, les avis qui y seroient contenus, les voies pour s'y rendre fidèles. Mais je ne voudrois poinl dans ces assemblées que l'on y proposât d'affaires particulières. On pourroit même, outre ces trois, en tenir encore en quelqu'aulre temps de l'année, si quelques affaires générales ou le bien de la communauté faisoient juger que cela fut utile k la maison.
COlinESPONDANCK AYKC LE SKMINAIUR DE MONTRÉAL 1^7
Soyez persuadé que je suis très cordialement tout k vous. ^ L. Tronson.
A MONSIKrn c.moTTE (1)
10 mai 10
Je ne doute pas que Tarrivée de M. Lefebvre à Montréal ne vous ait consolé. Vous aimez Tordre; les règleniens vous plaisent, et votre plus grande peine est qu ils ne soient pas oxactements observés. Je crois que vous le trouverez de votre humeur, et qu*il ne tiendra pas à lui que la maison ne soit mieux réglée, et tout le monde plus régulier. Peut-être, par sa prudence et par son zèle, viendra-t-il à bout de ce qu*on n*a pas pu faire par le passé. Mais quoiqu*il en soit, il ne faut pas pour cela vous décourager. Quand vous aurez été fidèle de votre part, vous devez être satisfait; et puisque vous ne serez pas responsable de ce que les autres font ou ne font
(1) Etienne Guyotte, né dans le diocèse de Besançon, était prêtre quand il entra au séminaire de Saint-Sulpice le 10 mars 1674. Lo 13 mai 1G75, il partit pour le Canada et y arriva le 7 septembre suivant. i:n KiTO, il desservait la paroisse de Lachine. L'archevêque de Besançon rayant rappelé au printemps de 1678, M. Guyotte revint en France, et tut appliqué aux missions de son diocèse. Malgré ses instances réitérées pour retourner au Canada, il n'obtint de partir qu'au mois d'août 1682. n revint alors à Montréal dont il fut nommé curé d'office, et il remplit ce ministère a\ec zèle et bénédiction jusqu'en l'année hiW. S'étant laissé tromi)er par les rêveries de la saMir Tardy, il fut rapi)€lé en France au commencement de Tannée 169:> ; et après quoique séjour à Paris et dans son pays, il fut envoyé A Bourges pour aider d'abord, puis pour remplacer flans l'administration de la cure de Moritier-Moyen, M. de La Chetardye qui, le 13 février 1696, ftit nommé curé de la paroisse Saint-Sulpice. Mais M. Guyotte ne put, à cause de ses mij^Taines, rester char^ré de sa cure, et il alla bientôt à la communauté do curé de Saint-Sulpice, où il déploya le même zèle qu'à Montréal. Au milieu de l'année 1700, ses parents firent instance pour l'attirer flans son pays. M. Guyotte retourna donc à Besançon dans l'hiver fie 1700- 1701; et c'est là qu'il mourut, au mois de février 1701, après une maladie de quinze Jours contractée pendant qu'il prêchait une mission.
pas, pourquoi vous en inquiéter? Je suis pourtanl Irës aise que vous m'en donniez avis, afin que je voie quel remède on y peut apporter. Mais après tout, il ne faut pas que cela trouble votre repos. Vous êtes dans un bon poste, vousy observez un bon règlement, vous y faites du fruit, l'on est très content de votre travail, et vous avez tous les sujets du monde de croire que vous y faites la volonté de Dieu : n'estce pas assez pour dissiper vos peines, ou pour vous encourager au moins à bien porter vos croix? Si quelques-uns n'approuvent pas ce que vous faites, s'ils vous condamnent et tâchent de décrier votre conduite, que vous importe? Ils ne sont pas vos juges. Si d'autres ne vous écoutent pas et ne profitent point de votre travail, pourquoi vous en troubler? Ils n'empêcheront pas que vous en ayez devant Dieu toute la récompense. S'il y en a qui, se laissant aller à une morale plus relâchée, suivent des maximes moins exactes, et qui s'accommodent mieux à Famour-propre, quand vous y avez fait votre devoir et qu'après en avoir averti les supérieurs, vous suivez exactement les règles qu'ils vous donnent, pourquoi ne pas demeurer en paix, et pourquoi vous en chagriner jusqu'à en perdre le repos? Pour moi, je ne trouve pas de plus grand secret, pour posséder son âme et pour prévenir mille troubles qui font qu'on n'en est plus le maître, que de ne se point tant inquiéter des choses dont on ne doit répondre, ni devant Dieu, ni devant les hommes. Je crois aussi que cela est nécessaire pour votre santé, que vous devez un peu ménager pour Notre Seigneur à qui elle appartient. Vous me mandez qu'il vous la donne entière, et que vous en avez maintenant plus que jamais. Mais afin de ne point aller dans des extrémités qui vous porteroient au delà de ce qu'il demande de vous, consultez avec M. Lefebvre, afin de n'agir que selon que vos forces vous le permettront. C'est la règle ([.u'il faut prendre pour votre travail, sans aller jusqu'où vous porteroit votre zèle. Je prie Notre Seigneur de vous continuer ses grâces, et de consommer votre cœur dans son pur amour. Je suis en lui tout à vous. — L. Tronson.
À MONSIEUR FRÉMONT (i)
1" juin 1677.
Monsieur et très cher en Notre Seigneur,
J*ai reçu la lettre que vous m*avez écrite Tannée dernière, qui me fait connoître le désir que vous avez d^étre fidèle au service de Noire Seigneur, en continuant de vous rendre Hdèle à Tobéissance. G^est le moyen le plus sur que nous ayons pour être à lui en la manière qu*il le désire, et pour ne point donner lieu aux égaremens de Tamour-propre qui souvent, sous prétexte de zèle, nous fait faire notre propre volonté, au lieu de faire celle de Dieu. Vous éviterez, en obéissant, ce piège dangereux que le démon tend à plusieurs et où la plupart se laissent prendre; et vous conserverez Tordre de la communauté qui, sans cette dépendance, ne seroit à tous qu*un lieu de scandale et de tentation. Ainsi, mon cher Monsieur, fortifiez-vous bien dans cet esprit; ne vous fiez jamais à vos sentimens et à vos vues, et ne croyez point qu une chose est bonne à faire parce que vous Testimez telle; mais renonçant en tout à votre propre jugement, illvd tantum salutare credaa, quod Prœpositus judicaverit (2). C'est la grâce que je demanderai à Notre Seigneur pour vous, comme étant celle qui vous attirera plus de bénédiction dans vos travaux. Croyez que je suis en lui bien sincèrement tout à vous. — L. Tronson.
(1) Jean Krémont, du diocèse de Rouen, entré lïrètreau séminaire de Saint-Sulpice le 7 février 1665, partit le 26 mars 16GG pour le Canada, OÙ il mourut le 17 juin 1604, âgé de 70 ans.
(2) S. Hieron. Ep. IV ad Rusticum.
LETÏRi: vil
Al'X MESSIËUHS Dr SÉMINAIRE DE MONTRÉAL
1" juin 1677.
Messieurs et très chers en Notre Seigneur,
Le zèle que j'ai toujours remarqué en feu M. de Brelonvilliers, notre très cher et très honoré Père, pour l'œuvre qui vous retient dans la Nouvelle France, Tidée qu'il avoit conçue do la grandeur et de la sainteté de votre vocation, cl la tendresse et cordialité avec laquelle il m*a parlé de vous tous avant sa mort, m'obligent de vous expliquer ses derniers sentimens et les dispositions avec lesquelles il vous a écrit sa dernière lettre.
Je crois que vous l'aurez lous reçue avec le même cspril qu'il l'a dictée, et que, la considérant comme les bons enfans ont accoutumé do regarder le testament de leur bon Père, vous en aurez conservé dans votre cœur toutes les paroles, et vous aurez tâché d'exécuter fidèlement ce qu'il vous V aura fait connoitre de ses dernières volontés.
Elles ne vont toutes, comme vous l'aurez pu remarquer, qu'à l'établissement solide de l'ouvrage qu'il avoit si à cœur; et vous aurez bien jugé, par toutes les expressions et par tous les exemples dont il s'est servi pour appuyer les saints avis qu'il vous y donne, qu'il n'a eu en vue que de faire à Montréal une communauté sainte, et telle que l'on se peut promettre de la bonne intention et du zèle des ouvriers qui la composent.
Cependant, comme il y a plusieurs choses que Ton goùlt* souvent selon l'homme intérieur, mais que la nature a [Mîino de souffrir et contre lesquelles, en se révoltant quelquefois elle empêche une partie du fruit qu'on en pourroit attendre, je crois vous devoir toucher ici quel(|ues endroits de sa lettre, qui auroienl pu faire peine k quelques-uns, ou <|"i pourroienl un jour leur être un sujet de tentation.
Il s'est plaint d'abord du peu d'ordre qu'il y u dans h' ^^*'
minaire de Montréal, du peu d'exactitude pour les exercices de communauté, de la liberté que Ton s*est donnée de se dispenser des rëgiemens. Peut-être que cette plainte n'aura pas été bien reçue de tous, et peut-être même n'aura-t-elle pas agréé aux plus fervens. Mais, en vérité, pouvoit-il moins faire dans la place où il éloit, et pouviez-vous, le connoissant comme vous faisiez, attendre autre chose de sa ferveur et de son zèle? Il savoit que, pour Tordinaire, le silence étoit peu gardé dans la maison; que les conférences, surtout durant Tété, n'y avoient pas été assez réglées; que quelques-uns, trop attachés k leurs vues, ne déféroicnt pas quelquefois aux sentimens de celui qui leur tenoit la place de supérieur. Comment auroit-il pu, sans manquer à son obligation, se dispenser de vous en donner au moins quelque avis, et de vous en témoigner sa jusle douleur? Que s'il Ta fait en des termes un peu forts, c'est le zèle d'un Père, qui n'ayant point d'autres passions que ravanccmonl de ses cnfans et ne voulant point user avec eux de réserve, s'est exprimé d'une manière franche et ouverte, mais la plus énergique qu'il u pu, pour faire impression sur leurs esprits et pour toucher leurs cœurs. 11 ne faut donc pas s'imaginer qu'il a porté les choses à l'excès, ni qu'il ait été au delà de ce qu'il devoit, en parlant comme si la communauté eut été renversée, et comme si tout eût été perdu dans la maison.
Ce seroit aussi aller contre son inlenlion, que de vouloir appliquer à tous ce qu'il n'a dit que pour quelques-uns. 11 est bien vrai qu'il a parlé en général, parce que sa lettre éloit commune; mais comme il savoit qu'il y en avoit de fervens et qui ne demandoient pas mieux que d'observer la règle, on voit assez que ce n'est pas do ceux-là dont il s'est plaint. Que s'il y en a eu, qui ont eu peine de s'assujettir à un règlement si exact; qui se sont imaginés qu'une vie si réglée n'étoit propre pour le Canada; qui, dans le désir d*une plus grande liberté, aimoient mieux aller de côté et d'autre que de demeurer à la maison; je crois qu'ils auront changé maintenant de sentiment et de conduite, et qu'ils verront assez qu'une communauté ne peut èlrc en
vigueur, non plus que les particuliers fervens, que par la soumission et par 1 exacte observance de la règle. C'est ce qui a obligé M. de BretonviMiers, notre très honoré Père, à parler comme il a fait; et si quelques-uns ont été contristés de ce qu il a dit, je ne doute point qu'il n*en ait la même joie dans le ciel, qu'eut autrefois Saint Paul d*avoir affligé ses enfans par une de ses lettres. Et si coniriatavi vos in Episiola, non me pœnitet : Et si pœniterei, videns quod episiola illa vos contrisiavit, nunc gaudeo; non quia contristati estis, sed quia contrisiati estis ad pœnitentiam; contristati enitn estis secundum Deum, ut in nullo deirimentum patiamini ex nobis (ÏI Cor. VII, 8, 9).
Que si plusieurs choses qu'il a marquées dans sa lettre n'ont pas paru assez considérables à quelques-uns, pour en devoir parler avec tant de force qu'il a fait, il a cru, pour lui, qu'il n'y en avoit pas qui ne fût importante, surtout à des ecclésiastiques que les saints Pères supposent devoir être parfaits en toutes sortes de vertus, in omni virtutum genen admirabiles et perfecti, et en qui rien ne doit être qui ne respire la religion et qui ne puisse servir d'un modèle de sainteté au peuple. Vous savez que c'est le grand avis que l'Église a donné aux ecclésiastiques la dernière fois qu'elle a été assemblée dans un concile général : Sic decet vitam moresque suos omnes componere, ut habitu gestu, incessu, sermone alilsque omnibus rébus nil nisi grave, moderatum ac religione plénum prx se ferant. Vous n'ignorez pas que c'est ce qu'ont dit tous les saints qui ont parlé de la vie des ecclésiastiques et qui ont traité plus à fond de leurs obligations. Et vous vous ressouviendrez assez de ce que fit S. Ambroise, qui, tout débonnaire qu'il étoit, n'en voulut point un parmi son clergé à cause de quelques légères immodesties qu'il avoit remarquées en lui; et en renvoya un autre qu'il affectionnoit d'ailleurs, eo quod gestus ejus plurimum dedeceret. Metninistis, dit-il, quemdam amicum, cum sedulis videretur commendari officiis, hoc solo tamen in rlettim a me non receptum.
Ce seroit donc ne pus entrer assez dans les sentiniens des
saints et s'écarter Irop de Tesprit de TËglise, que de négliger quelques-unes des pratiques que notre défunt Père vous a données, sous ombre qu'elles ne sont pas considérables. Rien n'est petit à une âme rachetée du sang du Fils de Dieu, qui ne travaille que pour Téternité, et qui fait que par les moindres choses on peut gagner le Paradis. Mais rien surtout ne peut être que de conséquence à un ecclésiastique qui sait combien on plaît à Dieu, combien on édifie TÉglise, combien on se sanctifie soi-même par la fidélité aux petites choses; et combien, au contraire, on déplaît, on scandalise l'Église et on se dégrade soi-même lorsqu'on y est infidèle. Quod minimum est minimum est, disoit autrefois S. Augustin, sedin minimo fidelem esse maximum est. Ce qui est petit est petit en soi-même, mais ce n'est pas une petite chose que d'y être fidèle. Car c'est ce qui mérite la louange du père de famille et la récompense du maître. Kuffe serve bone et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, supra multa te consiituam (Math. XXV, 21); et sans quoi l'on attire son indignation. C'est pourquoi nous voyons dans l'histoire ecclésiastique et dans ce que les Pères nous ont rapporté sur ce sujet, que les saints prêtres n'ont jamais rien négligé, ni pour l'intérieur, ni pour l'extérieur, de ce qui pouvoit contribuer à leur perfection. Leur grand soin étoit, au rapport de S. Grégoire de Nazianze, de ne pas succomber aux moindres fautes que tout le monde néglige : Nobis hœc una viriutis ex lest, ne levissimis quidem vitiis atque ab omnibus neglectis succumbere (Orat. 3). £t pour ne point donner lieu aux laies en méprisant leurs personnes de mépriser leur caractère et de faire ensuite peu d*état de la religion, ils évitoient avec soin, selon la règle que leur en donnent les canons, jusqu'aux moindre^ imperfections, et tout ce qui pouvoit avoir quelque apparence de mal ; ab omni specie mala, id est ab his etiam qux mali speciem habent. Et c'est aussi la règle de conduite que nous devons tâcher de suivre, ne vitupère tur ministerium nosirum et in contumeliam Ecclesias recidat. Facile enim scandalizantur mundanœ vitie homines, quando vel parum clerici ad libertatem extrinsecam declinayit.
loi LIVRE DIXIÈME
Je pourrois encore vous rapporter beaucoup d'autres canons et passages des SS. Pères sur ce sujet; mais je crois que ceux-ci suffiront pour vous faire connoître quel est lesprit de TËglise touchant Texaclitude dont M. De Bretonviltiers vous a parlé dans sa lettre. Les saints Font toujours pour le moins recommandée autant aux ecclésiastiques qu*aux religieux; et s'il vous a cité beaucoup d'exemples de solitaires et de moines, il ne faut pas vous imaginer pour cela que son dessein ait été de votts faire vivre en moines ; mais il a voulu seulement vous faire connoilre par des exemples plus sensibles, que si ceux qui n'étoieal point obligés d*étre si saints que des ecclésiastiques ont été néanmoins si fidclcs à la pratique des vertus, et ont fait tant de choses pour arriver à la perfection, nous devons nous confondre d'y travailler si peu dans Tclat où nous sommes; nous qui devrions les surpasser autant par la sainteté de notre vie, que nous les surpassons par la dignité de notre profession; Tantum antistavc vitœ merito, quantum gradii.
Il n'y a gucres de saints qui aient parlé si avanlagcusemenl des Religieux, et qui ait tant relevé la profession monastique, que S.Thomas. Cependant quelque grande que soit la perfection qu'il reconnoit attachée k cet état, il demeure d'accord que les ecclésiastiques doivent être encore plus saints : Major aanctîtas inievior requivitur, dit-il, qxiam requirai religionis statua. Or, s'ils doivent être plus saints, il faut, par une suite nécessaire, qu'ils soient plus morts au siècle, plus séparés de la terre, plus dégagés des créatures, plus appliqués à Dieu, plus affermis dans la vertu, que les Religieux. Car c'est là proprement ce que veut dire, être plus saint. Quand donc on exhorte un ecclésiastique d'être ponctuel à l'obéissance, très fidèle à la mortification, très exact aux règles de sa communauté ; quand on l'avertit de retrancher toutes les conversations inutiles, afin d'avoir plus de temps pour son étude; de se priver des visites superflues pour donner plus de temps à l'oraison; de fermer les oreilles aux nouvelles du monde pour vacquer avec plus d'application à la prière; quand, on un mot, on lui dit qu'il doit êlro pour
COlinESPONDANCE AVEC LE SËHINAIUE DE MONTRÉAL 155
le moins aussi morlifics aussi humble, aussi modcsle, aussi fervent que les moines, ce n'est pas qu'on ait dessein d'en faire un moine; mais on prétend, en l'avertissant de son devoir, d'en faire un bon ecclésiastique ; et un ecclésiastique tel que S. Augustin en a désiré dans son clergé; tel que l'Église en a demandé dans tous les siècles, et tel que Notre Très Honoré Fondateur, M. Olier, a prétendu en former dans le séminaire et communauté de Saint-Sulpice.
Vous pouvez voir dans son Livre Des Saints-Ordres, que l'on vous envoya Tannée dernière, quels ont été ses sentimens sur ce sujet. Pour moi, je lui en ai ouï parler cent fois durant sa vie; mais je suis assuré qu'il n'auroit pas cru qu'on se pût dispenser dans le clergé de mener une vie très exacte, très exemplaire et très régulière, sous prétexte que ce seroit y vivre comme des moines. Car il nous disoit que les ecclésiastiques oloient mis dans l'Église pour servir do modèle de sainteté à toutes sortes de conditions : qu'ils dévoient par conséquent posséder les grâces et les vertus de tous les états, lesquelles dévoient être en eux si achevées cl si parfaites, que les Religieux, aussi bien que les gens du monde, y pussent remarquer tout ce qui étoit nécessaire à leur perfection; que c'étoit pour cela que Notre Seigneur nous avoit tirés du milieu des peuples pour nous élever au sacerdoce : et que si, dans le monde, on disoit que les prêtres qui sont plus retirés vivent comme des moines, ce n'étoit que l'effet de la corruption du siècle, qui même ne venoit que de la corruption du clergé; parce qu'il falloit plutôt dire, pour parier le langage des saints, que ce sont les moines qui vivent comme les prêtres, puisqu'il est de l'obligation essentielle et primitive des prêtres de vivre de la sorte, et qu'il est du devoir indispensable des moines d*imiter les saints prêtres, de suivre leurs vestiges et de se sanctifier en pratiquant les règles de perfection qui ont été premièrement données pour le clergé. C'est ainsi que parloit autrefois le grand S. Denis, qui, traitant de ces deux ordres et conservant à chacun ses véritables privilèges, dit que, monnsticus ordo débet sequi sacerdotales ordlnes, et ad eovum imltalionenf
ad divina conscendere, C*est ainsi qu'ont parlé jusqu'à celte heure toutes les personnes qui ont été remplies de Tesprit ecclésiastique, et qui se sont appliqués particulièrement à en connoitre les obligations : et c'est ainsi que Ton parleroil, môme aujourd'hui dans le monde, si le clergé n'étoit pas déchu de son premier éclat, et si les ecclésiastiques vivoient encore selon les règles de sainteté que TËglise leur donne.
Mais pour ne me pas arrêter plus long temps sur une chose dont je crois, dans le fond, que vous êtes assez convaincus, je passe à une autre qui n'est pas moins importante; et qui, ayant été un sujet de tentation à plusieurs, dans des communautés que je connois, pourroit peut-être vous causer quelque peine; non pas contre M. deBretonvilliers qui vous a donné des avis si saints et si charitables, mais contre ceux qui, en lui mandant le détail des choses qui se passent à Montréal, lui ont donné lieu de vous écrire comme il a fail. Peut-être que quelques-uns auront trouvé mauvais qu'on l'ail instruit si en particulier : peut-être aura-t-on cru que Tonne devoit point s'amuser à lui mander des choses qui ne passent souvent que pour des bagatelles : peut-être aura-t<on même accusé de manquer de prudence, ceux qui lui en ont marqué quelques-unes qui auroient pu très bien se régler sur les lieux. Mais il me semble que, quelque ressentiment que pussent avoir les gens du monde en de pareilles occasions, nous n'en devons avoir entre nous aucun sujet de peine.
Car 1° ceux qui auroient pu donner ces avis, ne l'ont fail assurément que par un bon principe; et s'il y avoitencelade leur faute, on la leur devroit aisément pardonner, puisqu'il^ n'auroient manqué que par un excès de zèle, et par un trop d'amour pour le bien des particuliers et de toute la communauté.
2^ Comment pourroit-on les accuser justement, puisqu'ils n'ont fait que ce qui est très particulièrement recommandé, et très exactement pratiqué dans des communautés des plus saintes de l'Église, qui ne maintiennent l'ordre et l'uniformité qui doit être dans toutes leurs maisons, que par ceUe voie?
3"" N*est-il pas pour cette raison, très important que Ton ne cache rien de ce qui s*y fait au supérieur qui en est chargé; et qui doit veiller sur toutes les maisons particulières, afm que dans toutes Ton suive les mêmes maximes, et que Ton ne change point d'esprit et de conduite?
4" Quand même ce seroient des choses où le supérieur local pourroit mettre ordre, ne seroit-il pas toujours utile que le supérieur de Saint-Sulpice en fût averti; soit pour la raison que nous venons dédire; soitpour être en état de donner des avis plus justes, étant instruit de tout ce qui se passe ; soit pour affermir encore par son autorité ce qui auroit été réglé sur les lieux?
5"* Les particuliers, même par zèle de leur perfection, ne devroient-ils pas être ravis de savoir que, non seulement le supérieur de Montréal, mais encore celui de Saint-Sulpice savent tout ce qu'ils font et veillent également sur eux? Les personnes lâches et qui n'ont pas beaucoup à cœur leur avancement craignent qu'on les observe, parce qu'ils ont peine qu'on connoisse en eux des fautes dont ils n'ont pas quelquefois grand désir de se corriger. Mais, pour les âmes qui sont ferventes, elles n'ont point de plus grande joie que de savoir qu'on remarque tout ce qu'elles font; et, se tenant d'autant plus en assurance, qu'il y a plus de personnes qui prennent garde à leur conduite, elles disent comme faisoit autrefois S. Bernard : Quis dabit tnihi centiim in meî custodiapn deputari pas tores ? Quanto plures sentio met curam gerere, tanio securior exeo in paacua.
Que nous serions heureux. Messieurs et très chers en Notre Seigneur, si nous pouvions être bien remplis de cet esprit et pénétrés de cette disposition ! Ce seroit le moyen de vivre en paix et de marcher toujours en grande sûreté.
Mais peut-être que ce qui vous fait en cela le plus de peinci est que vous craignez qu'on n'exagère, qu'on ne rapporte les choses autrement qu'elles ne se passent, qu'on y donne un tour qui ait de mauvaises suites et laisse de fâcheuses impressions. Or, c'est ce que vous ne devez nullement appréhender, et de quoi je vous puis répondre. J'ai trop d'estime
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pour vous tous : je connois Irop la sincérité de vos intentions, vous m'êtes tous trop chers pour ne pas prendre comme je dois, et comme vous pouvez souhaiter, ce qu'on pourroitmo mander do quelques particuliers. Vous le remarquerez assez, ainsi que je Tespère, dans les occasions; et vous verrez par expérience, que tout cela, bien loin do diminuer rien, ni de l'amour que j'ai très grand pour la communauté ilo Montréal, ni de la tendresse que je ressens dans mon cœur pour tous ceux qui y travaillent, ce ne sera qu'un moyen pour travailler tous ensemble avec plus d'union à la perfection de l'œuvre que Dieu nous confie.
C'est dans cet esprit que je crois vous devoir encore donner quatre ou cinq avis, qui me paroissent importants, et que je puis vous dire être tout à fait nécessaires pour le bon ordre de la maison, afin qu'elle soit en édification dans le pays.
Le premier est d'avoir une grande charité les uns pour les autres. C'est ce que Notre Seigneur a tant estimé el quMI a si particulièrement recommandé dans TÉvangile, qu'il donne cette marque pour reoonnoilre quels sont ses véritables disciples : In hoc cognoscent quod dtscipuli met eriiis, si charitatein habueriiis ad invicem (Joann. Xlll, 33). Or, si celle union est si nécessaire entre tous ceux qui servent Noire Seigneur, combien plus le doit-elle être entre ceux qui le servent dans la même maison, qui sont membres d'une même communauté et qui sont appelés aux mêmes emplois^ C'est même la grâce que j'ai vu toujours le plus remarquercl estimer dans Sainl-Sulpice; cl pour moi, je crois que c'est ce qui y a attiré le plus de bénédiction. 11 faut donc que vous travailliez à conserver ce même esprit ; et ce que maintenant je souhaite le plus el dont je vous conjure, est que vous y travailliez avec tant d'exactitude et de fidélité, que Ton puisse dire de vous ce que Ton disoit autrefois des premières sociétés chrétiennes : Charitati sermo, ckavitatl vultus, charitaii aptatuv habitua, in vnam coitur conveniturqtte chariiatem.
Or pour cela il faut, premièrement, que chacun de vous
CO»r.KSl*UNl)ANCK AVKC LK SKMINAIUK 1)K MONTRÉAL 151)
s'éludie particulièremcnl i\ pratiquer celte sainte et admirable maxime de l'apôlre : Supportantes invicem in churitate (Ephes. XW, 2); qui est une maxime qu*ii nous donne non pas comme sa règle, mais comme la règle de Jésus- (^hrist même : Alter alterius onera portate, et sic adiniplebitis legem Christi (Gai. VI, 2). Jamais sans cela vous ne conserverez parmi vous l'union et la paix. Vos humeurs entre vous ne sont pas les mômes, et les inclinations, aussi bien que les tempéraments, sont différents. Les uns sont plus prompts, les autres plus lents; les uns parlent diivantage, et les autres moins : quelques-uns sont portés à faire moins de dépense, et d'autres voudroient qu'on en fit davantage. 11 y en a qui sont tout de feu, et d'autres plus modérés. Or le moyen de bien vivre ensemble dans une si grande contrariété, à moins que d'avoir beaucoup de condescendance les uns pour les autres? Sans cela, il est impossible que, dans mille occasions, on ne se choque, on ne s*aigrisse, on ne s'emporte. D*où il arrive que les cœurs se ferment, la charité s^altère, lès particuliers se partagent, la communauté se divise, et les maisons de sainteté deviennent enfin des maisons de dérèglement et de scandale. 11 faut donc, pour prévenir ces suites, que chacun se fasse un peu de violence, afin de supporter en toute patience et charité, m charitate Dei et patientia Christi (11 Thess. 111, 3), les défauts, les faiblesses et les imperfections de ses frères, comme il souhaite que ses frères et Dieu même supporte les siennes: Toleretproxlmidefectus, dit S. Ghrysostôme, xit et ipslus defecttis iolerenturin allls. Si etiam j^roximum non sustineas, quomodo te sustinebli Deus t Si ipse non fers conservum, quomodo te feret Deusf Eadem quippe mensura qua mensl fueritis, et reraetietur robis.
Secondement, pour conserver cette union et cette charité inviolables, il faut supporter tellement les imperfections, et même les fautes de ses frères, que Ton se tienne toujours fort réservé à les en reprendre, à moins que Ton ait l'ordre ou Fautorité pour le faire. Je vous dis ceci, parce qu'il y en a qui, assurément, se donnent sur cela une trop grande li-
berté. Ils entreprennent de corriger tous ceux qui manquent : ils croient devoir avertir de tout ce qu'ils trouvent à redire dans les autres : rien n'échappe à leur critique et à leur censure; et s'imaginant rendre par là un grand sacrifice à Dieu et un service considérable au prochain, ils se font une dévotion de parler librement sans épargner personne. Or c'est de quoi il est important que quelques-uns se corrigent; et ils doivent d'autant plus y travailler, que 1" cette démangeaison de reprendre n'est ordinairement que dans les personnes qui abondent en leur sens, et qui suivent fort leur propre esprit.
2"^ Rien n'entretient tant la bonne opinion que Ton a de soi-même, et cette inclination que l'on ressent de se préférer aux autres, que cette attention continuelle que Ton a pour remarquer leurs fautes, et cette grande facilité que Ton se donne de les en avertir.
3^ Quoique l'on s'imagine que Ton ne fait cela que par zèle, ce n'est ordinairement qu'un effet d'orgueil, qui n'engendre que le mépris de ses frères, que l'on se représente fort imparfaits. Ce n'est qu'une charité feinte, qui n'a que les malheureux caractères de cette fausse charité dont parlent les saints; Quœ indignationem habet, non compas^ aionem,
4" Rarement voit-on que les corrections et les avertissemens de ces personnes profitent : car, soit qu'ils n'aient pas grâce pour les faire utilement, soit qu'ils les fassent à contretemps, soit que la passion s'y mêle, on ne voit personne qui se corrige.
D*" Non seulement ces sortes de gens ne servent point dans une communauté, mais ils y font souvent de très grands maux; puisqu'enfin ils deviennent odieux dans une maison, et que, se rendant insupportables à tout le monde, ils ne peuvent que troubler la paix et l'union de la famille. H faul donc que chacun se rende fort réservé en cette matière, s'appliquant davantage à connoitre ses propres fautes, qu'à découvrir celles de ses frères, et travaillant beaucoup plus à se corriger soi-même, qu'à corriger les autres. ÛP«
si on voil en quelques-uns des choses qui ne soient pas dans Tordre, on peut, et même on doit en avertir le supérieur, dont la charge étant de maintenir, et les particuliers et la communauté dans la règle, il le fera avec d autant plus de fruit et de succès qu*il aura plus de grâce ol de bénédiction pour s'acquitter de son emploi.
Troisièmement, il est encore important pour entretenir entre vous autres une grande union, de vous secourir, de vous soulager, de vous servir les uns les autres : ut unusquiaque quod proximo deesé de stio suppléât. 11 y en a quelquefois qui travaillent trop, et que d'autres pourroient aisément soulager. Mais, soit que Ton ne se plaise pas tant à de certains emplois, soit que Ton appréhende trop de certaines sortes de travaux, on aime mieux quelquefois qu'une œuvi'e manque, ou voir des ouvriers succomber sous la charge, que de se faire un peu de violence, et d'avoir la peine d'en porter une partie. N'est-ce pas là une marque que le cœur manque, et que Ton n'a pas assez de zèle? On donnera volontiers tout son temps à converser avec des dévotes, on passera une partie de la journée à les entretenir, on se trouvera même encore avec elles à des heures où il seroit plus séant de se rendre à la maison, et cela sans peine, sans répugnance, sans scrupule; et s'il faut donner quelques inomens au service de la communauté, s'il faut soulager quelqu'un dans un office où l'on ne se plaira pas, on croit qu'on y perdroit son temps, on ne peut s'y résoudre. N'est-ce pas là ce qu'on appelle n'avoir pas de charité, ou au moins ne l'avoir pas assez réglée ? Quand un corps est sain et bien réglé, les membres ne manquent jamais de s'entr'aider les uns les autres. C'est ainsi qu'il en doit être dans les communautés bien composées, et ce que vous devez tâcher chacun, do voire part, de procurer entre vous autres; Curam omnem Hubinferentes , ut minisireiia in pietate amorem fratemitalis, in amore auiem frateimitatis charitaiem (II Petr. 1, 5, 7).
Uuatrièmement, cette union et cette charité ne sera jamais entière et telle qu'on la doit désirer, que l'on ne voie entre
VOUS une grande intelligence. Je vous supplie seulement de considérer par les expériences que vous pouvez avoir du passé, combien, pour ne pas agir de concert, les esprits s altèrent et les cœurs se divisent; et combien Tintérèt du salut des peuples, de votre propre conscience, de la gloire de Dieu et de Tœuvre qu'il vous confie, vous doit obliger non seulement à ne jamais donner lieu à cette division, mais à procurer par toutes sortes de voies ce lien de paix que l'Apôtre marque devoir être très soigneusement conservé entre ceux qui ont une même vocation : solliciti aervare uniiatem spirihis in vinculo pacis. Unum corpus et unus spi^ riius, sicut vocati estis in una spe vocaitoni8v€8irœ{Ep\ïe^. IV, 3, 4).
Enfm, comme rien ne contribue tant à cette bonne intelligence et à cette unité d*esprit, que Tunité de sentiment, je ne puis m'empécher de faire ici le même souhait que faisoit autrefois S. Paul : Si qua societas apiritus, impiété gandiiim meum, ut idem sapiatis, eamdem charitaiem habenies, unanimes, idipsum sentientes, nihil per contention&n (Philip. II, 1-3). Rien, ce me semble, ne me pourroit donner plus de consolation, et je puis dire que ma joie seroil accomplie, si chacun renonçant à la trop grande attache qu'il pourroit avoir à son sens et à ses propres lumières, vous pouviez convenir tous des mêmes maximes et prendre les mêmes règles de conduite. Je sais bien que cela ne se peut pas toujours, et qu'il y a de certains cas particuliers et de certaines difficultés, sur lesquelles il est juste de laisser à chacun la liberté de suivre son opinion. Mais neseroit-il pas important 1** de convenir au moins sur les matières principales qui arrivent plus ordinairement, qui peuvent avoir plus de suite, et qui, par la diversité de senlimens entre les ecclésiastiques, entretiennent davantage le dérèglement et le peu de religion parmi les peuples? i!" de ne point s'échauffer, ni s'entêter sur les autres matières, nous mettant fort peu en peine que Ton y suive notre opinion, ou qu'on en prenne une contraire* S"* de ne condamner alors, ni n'improuver jamais ce que les autres font, quoiqu'il ne revienne pas à notre sens? Vnui-
cjiitaque in siio sensu abundet. Tu autem quis es qui judicas alienwn servum (Rom. XIV, 4, 5)?
Voilà les moyens de conserver la charité entière, en ôlant ces petites semences de division qui quelquefois vous partagent. C'est ce que nous demanderons de grand cœur à Notre Seigneur : Ué vos muliiplicet, et abundare faciat charitatem vesiram in invicem et in omnes, quemadmodum et nos in vobis, ad confirmanda corda vesira si^ie querela in sanctitate (I Thess. 111, 12).
Le second avis que j*ai à vous donner, est de ne point parler au dehors des fautes des particuliers, ou de ce qui ne nous plairoit pas dans la maison. Car 1*" c'est faire tort aux personnes desquelles nous parlons, dont nous devrions couvrir les fautes plutt)t que de les révéler. ^ C'est faire tort à la Communauté, dont on devroit donner de Testime et dont ou flétrit la réputation par celte voie. 3° C'est se faire tort à soimême, et plus que l'on ne pense. Car Dieu, pour l'ordinaire, ne bénit point cette conduite; et l'on voit aussi souvent, que Ton augmente par là ses tentations, au lieu d'y trouver le remède. Si donc on a besoin de conseil et d'avis dans ses doutes; si l'on a besoin de soutien et de consolation dans ses peines, il faut que l'on ait quelqu'un dans la maison pour qui l'on ait assez d'ouverture, afin de le pouvoir consulter en confiance. Et on en trouvera toujours assez de la sorte. Car Dieu ne manquera jamais de donner assez de secours domestiques pour n'être point obligé d'en chercher d'étrangers; et si un particulier ne voyoit personne dans la communauté pour qui il put avoir confiance, et à qui il pût se résoudre de recourir dans ses besoins, ce me scroit une marque certaine, que Dieu l'appelleroit ailleurs. C'est pourquoi il est important que vous fassiez attention à cet avis : Ui digne a^nbuletis vocatione qua vocaii estis (Ephes. IV, 1), et non transgvediamini tei^minos quos posuerunt paires nostrl (Prov. XX, M, 28). Nos pères nous ont appris à trouver dans la maison tous nos besoins; n'allons donc point au delà des bornes qu'ils nous ont marqué, en voulant, par une singularité vicieuse, les aller chercher au dehors.
Wk LIVRE DIXIÈME
Le troisième avis que je dois vous donner regarde ceux qui s'attachent trop aux personnes qu'ils conduisent. On en a vu ne pas édifier, quelque bien intentionnés qu'ils fussent d'ailleurs, pour donner trop de temps à leurs pénitentes, pour leur parler d'une manière trop tendre, pour les entretenir à des heures où ils auroient dû être à la maison. Rien n'est plus à éviter dans une communauté que ces amusemens, et rien surtout n'est plus à craindre aux jeunes gens, particulièrement s'ils sont d'un tempérament tendre, d'un esprit facile, d'une humeur complaisante. C'est un écueil où une infinité ont fait naufrage; et s'ils ne se défient beaucoup d'eux-mêmes, si le supérieur ne veille beaucoup sur eux, s'ils ne se rendent extrêmement obéissants, ils n'éviteront jamais de s'y perdre. Non ui confundam cox hœc scrido, sed ut fili08 meos charissimoa moneo (Cor. IV,
Le quatrième avis est pour l'exactitude au règlement, dont vous savez assez l'importance; mais comme feu Monsieur Notre Très Cher Père vous en a assez écrit; confidimus de vobis in Domhio, quod quœ prœcepit et facitis, et facietis (H Thess. lir, 4).
J'envoie à M. Lefebvre le règlement que nous avons ici pour notre Bibliothèque, afin qu'on l'observe, s*il se peut, à Montréal. Car, quoique vous n'ayez pas beaucoup de livres, il ne faut pas avoir moins de soin de les conserver, que s'il y en avoit davantage. 11 semble même que, comme il y en a peu, l'on y doit prendre garde de plus près. C'est pourquoi si l'on ne se rend exact à n'en point prêter et à ne permettre jamais qu'ils sortent de la maison, on n'empêchera jamais qu'ils ne s'égarent, et que peu à peu ils ne se dissipent. L'on n'en sort jamais ici aucun de la bibliothèque; et cela se garde si universellement, que M. de Bretonvilliers même, lorsqu'il a eu besoin d'en voir quelqu'un, il a mieux aimé, ou aller dans la bibliothèque, ou emprunter ailleurs, que de le faire porter dans sa chambre. C'est là une petite mortification qui ne laisse pas quelquefois de faire assez de peine, mais que Dieu ne manque pas de récompenser d'ailleurs,
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE MONTRÉAL 16o
quand on s y assujettit par esprit d*obéissance et pour conserver Tordre d*une maison.
Je vous recommanderois encore ici, si, de vous-mêmes, vous n*y étiez assez portés, de vous ménager tellement avec les Puissances, que vous ne vous exposiez point à manquer au respect et à Tobéissance qu'ils peuvent justement exiger de vous. Comme aussi à ne rien négliger pour maintenir la bonne intelligence et Tunion qui est entre vous et les Pères Jésuites. Je craignois qu'elle ne fût un peu diminuée par la translation des sauvages de la Prairie que Ton a reçus à Montréal; et quoique, de votre part, vçus ayez apporté pour leur réception toutes les précautions de civilité, de charité et de prudence qu'on pouvoit désirer, j'appréhendois toujours qu'il n'en résultât quelque peine. Mais on m'a fort assuré du contraire. En sorte qu'il n'y a qu'à prendre garde, dans la suite, de ne se rendre pas trop facile aux choses qui pourroient causer une rupture, qui feroit [)Ius de mal que l'on ne pourroit faire de bien par tous les services que Ton rendroit à ces pauvres sauvages.
U ne me reste plus. Messieurs et très chers en Notre Seigneur, pour finir cette lettre, que de me recommander à vos prières, et à vous dire comme S. Paul disoit autrefois aux Thessaloniciens en finissant celle qu'il leur écrit : De cœtero, fraires, orate pro nobiè (II Thess. III, 1). C'est la grâce que je vous demande de tout mon cœur, et que j'espère que votre charité ne refusera pas à mes besoins. Le poids de la charge qui m*est imposé est grand, mes misères sont encore plus grandes, et j'attends de vos intercessions auprès de Notre Seigneur beaucoup de forces et de secours. De ma part, tout misérable que je suis, je ne laisserai pas de lui demander; ut digne ambuletiè vocatione qua vocati estis (Ephes. IV, i). Hoc et oramus vestram consummationem (II, Cor. XIII, 9). C'est la prière que je lui ferai pour vous toute ma vie; et à Inquelle je me sens d'autant plus obligé dans Tétat où je me trouve, que je suis, par plus de titres et avec plus d'engagement que jamais, Messieurs, votre 1res humble et très obéissant servilcur. — L. Tronson, Supérieur du Sfhnlnaire de Saini-Sulpice.
l()(i LIVRE DIXIÈME
LETTRE VIll
A l'ÊVÊQUE de QUÉBEC (1)
Du Séminaire Saint-Sulpice, ce 4 juin 1677.
Monseigneur,
Nous sommes si persuadés de vos bontés pour tous nos Messieurs qui sont en la Nouvelle France, et nous savons que vous leur en donnez tous les jours tant de preuves, que je me trouve ol)ligé de* commencer cette lettre par de très humbles remerciements que je dois vous en faire.
Je m'estimerais heureux si, pour reconnaître la grande charité que vous avez pour eux, je pouvais seconder voire zMc et réparer, selon votre désir, la perte qu'a faite le Montréal en ia mort de Monsieur de Brctonvilliers; mais je ne sais si nous pourrons y donner toujours les mêmes secours, et si nous serons en état d y pouvoir contribuer autant (|U*il faisait; nous tâcherons néanmoins de ne rien négliger pour soutenir cette œuvre et d y faire de notre mieux.
( I ) L'évèclié de Montréal ne fut érijré qu'en 1836 par une bulle de Grtjroire XVI datée du 13 mai. Jusque-là, Montréal dépendit de réviniié de (Québec, lequel ne fut lui-même éri^é qu'en octobre 1674, et dont le premier titulaire fut Franc^-ois de Montmorency-Laval de Montipny, plus connu sous le nom de François de Laval. Il naquit le 30 avril 16?2, à Montigny-sur-A vres , commune du canton de Hrézollcs, arrorolissèment de Dreux (Eure-et-Loir). Il fit au collège de La Flèche ses ôtude> littéraires et ses études philosophiques, et son cours de théologie ai» collè^^e de riermoait à Paris. Chanoine d'Kvreux dès l'àjre de qahm ans, il en devint ensuite archidiacre, l'n décret de la Proiïajrande du 11 avril l()58, ai)prouvé deux joui-s après par le Pape, le nomma Vicaire-api)Stoli(iue du Canada, avec le litre d'évèque de Pétrée »" ])artibu8 infulclium, qu'il échangea contre celui d'évèque de Quêl>ec en octobre 1674. Il avait été sacré à Paris le 8 décembre 1658 parle Nonce du Saint-Sièjre. Il se démit de son évêché le 24 Janvier 1688, ot mourut à (Québec le G mai 1708, âjré de 8.'» ans. Si Vie a été écrite nar Tabbé Oossclm : (,?uél»ec, 1800, 2 in-ï". Voir aussi Henri Têtu, h-f Evoques 'ie Qrivbrc; (,?uébcc, 1889, in-8", i^. 7-76. De nochemonleix. Ldf Jf''ô'nitc< (h' fa Sourcl Ic-France ; Vv(V'\9>, 180G, t. II, p. 23yetî^ui^.
£t pour commencer à raffermir par un établisscmenl moins chancelant et plus stable qui! n*a été jusqu'à présent, nous avons obtenu des lettres patentes pour y établir une communauté (1). Il rcsle de les enregistrer au Conseil souverain de Québec, où le Roi les adresse pour être vérifiées. J'espère, Monseigneur, que vous ne refuserez pas pour cela voire protection; et je vous la demande avec d'autant plus de confiance, que, m'ayant offert de contribuer de tout ce qui pourrait dépendre de vous pour procurer un aussi grand bien que celui-là au pays, je ne puis douter que vous ne Tappayez dans le temps de toute votre autorité.
Ce nous sera un moven de travailler avec un nouvel attachement dans le Canada, et de procurer plus aisément des ouvriers à Montréal, qui s'y consacrent pour le service de cette colonie. Rien ne me donne tant de joie que de. savoir que vous êtes content de ceux qui y sont présentement, et j'espère que vous n'aurez pas moins de satisfaction de ceux qui y pourront aller à l'avenir.
De ma part. Monseigneur, vous me trouverez toujours très disposé à profiter de vos avis, et à vous témoigner c|ue je suis, avec toute la sincérité et tout le respect que je dois, Monseigneur, votre très humble et tjrës obéissant serviteur. — L. Tronson.
(1) Par contrat daté du 9 uiars 1003, les premiers membres de la Société de Montréal firent donation de la seigneurie de Vîle aux ecclésiastiques du séminaire de Saint-JSulpice. Ceux-ci, le 20 mars 1677, présentèrent un Piacet au ministre Colbcrt à TelTet d'obtenir du roi des Lettres patentes, et un Mémoire touchant l'établissement des ecclésiastiques (le Saint-Sulpice ù Montréal, à M. de Sérancour, qui Tavait demandé pour dresser ces lettres. Klles furent signées par lo i^oi, « à î?aint-Omcr, au mois de mai Tan de gnice mil six cens soixante dix-sept ».
L HONSIEUH LUFBDVIlt
Monsieur et très cher en Notre Seigneur, Lu perte que vous avez faite cet hiver m'oblige à vous écrire ce mot par les premiers vaisseaux.
Il a plu à Dieu de retirer à lui, il y a quelques mois, Monsieur votre Père; et comme on dit qu'il a laissé beaucoupdf bien, et que votre présence pourra être nécessaire ici pour ménager vos intérêts, je crois qu'il seroit diDicile de vous dispenser de revenir ici cette année et de refuser ce voyag*^' à votre famille qui le souhaite. Nous lâcherons, pour vous le faciliter, et alin que vous n'ayez rien en Canada qui vou^ arrête, de persuader à M. Dollier d'y repasser. Il yestasseï disposé de sa part, cl comme d'ailleurs sa santé est asseï bonne, je ne prévois pas qu'il ait de difliculté à s'y résoudre [| faudra, s'il vous plaît, que vous l'instruisiez avant votre départ de l'état de toutes choses, alin qu'il continue le bien (|ue vous y aurez commencé, et qu'il maintienne l'onlrequc l'on me dit être bien observé dans la maison.
Je ne vous marque point en particulier la part (]uc je prends à votre douleur; vous la connoilrez assez quand vous repenserez à ce que je vous suis, et combien vos intérêts me sont chers. O'cst ce que j'espère vous lémoigner piuscffic»cenient de vive voix à voire retour, pour lequel vous pouvei toujours, par avance, disposer vos petites affaires. Nous le recommanderons bien particulièrement ù Notre Seigneur, le priant d'être lui-même votre force et votre consolation, et Jf vous faire éprouver le sccoui-s s|iécial qu'il donne aux âmes bien abandonnées cl qui se sont dclarlK^cs de tout poursun innour. Je ne puis vous dirt- runibii'ii je huis en lui luiil ù
vous. — • L. ÏIID.VSLIN.
A MONSIEUR SOUART
7 avril 1678.
(j*a ctë pour moi une grande consolation de remarquer dans voire lellre les sainles dispositions que Notre Seigneur vous donne, et la continuation de votre zèle pour le Canada. Je ne m'étonne pas que la pensée de venir mourir dans votre berceau vous vienne quelquefois et vous touche. La nature y trouveroil apparemment plus de repos et plus de joie sensible. Mais je bénis Dieu de tout mon cœur de ce que le l>laisir de faire sa très sainte volonté remporte sur cette vue, et de ce que vous préférez les épines et les croix du Canada où il vous a appelée aux douceurs et aux satisfactions d*une vie plus tranquille que vous embrasseriez par propre choix. La jubilation intérieure qu'il vous fait ressentir quelquefois est une marque de sa bonté pour vous; et^ pour moi, je la regarde comme un témoignage de la complaisance qu'il prend en votre détachement. C'est ce qui vous doit porter à n*avoir point pour lui de réserve, et à lui sacrifier universellement toutes choses à sa gloire, en vous y sacrifiant vousmôme. Que si, avec celte disposition, vous n'avez point de peur, je ne m'en étonne pas. Perfecta charitas foras mittit timorem (I Joann. IV, 18). C'est le moyen de fondre les glaces et les neiges de ce pays sauvage et d'adoucir les rigueurs d'un climat qui ne peut être que rude, quand le cœur n'est pas embrasé de ces divines flammes. Je souhaite que le vôtre en soit tellement consommé {sic) que vous puissiez dire avec le fils de Dieu mourant à la croix : Consummaium est (Joann. XIX, 30).
Je crois qu'il seroit inutile de vous répondre en détail sur les choses particulières que l'on m'a écrites de Montréal Tannée passée. Car M. Dollier qui se dispose à y repasser le mois prochain, vous sera une lettre vivante qui vous apprendra toutes les nouvelles. Il vous pourra témoigner sur-
tout que ma joie sera de vous savoir content, et de pouvoir y contribuer de ma part, étant très 'cordialement, en Noire Seigneur et sa Très Sainte Mère, tout à vous. — L. Tronson.
A MONSIEUR MARIET (1)
23 avril 1678.
Vous recevrez de M. Dollier qui repasse à Montréal, poury être supérieur et y reprendre ses premiers emplois, les ordres que je lui ai donnés de vive voix pour vous, et surtout pour la mission de Kenté et de Teiaiagou. Quoique peut-être vous y ayez quelques peines, vous vous rendrez néanmoins fidèle pour vous soumettre à ce qu'il vous marquera. Vous y aurez l'avantage de la mortification de la propre volonté, et peulêtre aussi du propre jugement; surtout s'il faut demeurer ordinairement à Kenté, où les fruits que Ton peut faire ne sont pas aussi considéraiiles pour les sauvages. Quoiqu'il en soit, vous ne trouverez rien qui soit meilleur pour vous que de bien obéir. Il faut que vous vous y rendiez d'autant plus lidèle, que, dans les grandes dissipations de vos emplois, il n'y a que cela seul qui peut vous y tenir en sûreté. Vous avez l'expérience de la facilité avec laquelle on s'y laisse distraire, des occasions dangereuses auxquelles on se trouve exposé, et de la difficulté de s'assujettir à une vie réglée. Ainsi vous seriez tout à fait en péril de vous perdre, si vous n'aviez ce refuge de l'obéissance, qui, étant rendue amoureusement dans la vue de Dieu, suppléera à beaucoup d'autres pratiques, auxquelles vous n*auriez pas souvent le moyen de vous assujettir. C'est à quoi vous devez principalement vous appliquer celle année, parce que je crois que vous aurez beaucoup plus d'occasions que les précédentes pour la pratiquer.
(1) Josepli Mariet alla au CanacU en l'année 1668, fut duran! Irentt* ans enii)l()y(!' au servi(»c des nialados de rHùtel-Dien, et nio'jrut a Montréal le 16 octobre 17(M.
COnRESPONDÂNCE AVEC LE SÉMINAIRE DE MONTRÉAL 171
J'ai reçu voire petite carte que le sauvage vous a faite; qui, toute grossière qu'elle est, ne laisse pas de donner quelque lumière des pays qui y sont marqués. Je prie Notre Seigneur de vous consommer dans son amour et de vous rendre selon son cœur. Je suis en lui, sans réserve» tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE Xll