‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 12 sur 41 · AUX MESSIEURS DU SÉMINAIRE DE MONTRÉAL · texte numérisé non relu

AUX MESSIEURS DU SÉMINAIRE DE MONTRÉAL

25 avril 1678.

Messieurs,

Je ne vous écrirai pas bien au long celte année-ci, parce que M. Dollier pourra vous donner de vive voix tous les éclaircissements nécessaires sur les choses que vous m*avez écrites. Je ne doute point que son retour en Canada ne vous soit à tous un sujet de consolation très particulière. J*ai été si consolé moi-même de le voir en élat d'y repasser, que je ne saurois trop bénir la divine Providence de lui avoir redonné un peu de santé, justement dans le temps que M. Lefebvre se trouve obligé de revenir en France. Quoique sa santé ne soit pas encore tout à fait rétablie, et que cela eût pu me faire douter si je devois lui conseiller de repasser la mer; le désir néanmoins que vous avez tous témoigné de le revoir, les bénédictions que Dieu lui a données par le passé, et Tempressement où je l'ai vu de vous aller embrasser, m'ont déterminé à lui conseiller d'entreprendre un voyage (|ui paroissoit si nécessaire, et auquel je le trouvois, de sa part, si disposé. Je n'ai plus qu'à vous exhorter, comme je le fais de tout mon cœur, que, de votre côté, vous tâchiez tous de lui donner toute la satisfaction qu'il doit attendre de voire conduite, et surtout qu'il n'ait pas l'affliction de vous voir divisés. Car, comme rien ne sera si capable de contribuer au parfait rétablissement de sa santé que de remarquer parmi vous une union de cœur toute entière et une inlelligcnce parfaite; rien aussi ne l'accableroit davantage que de voir de l'amertume et de la division entre ses frères. Vous savez

172 UVHE niXEÈUE

bien que les divisions et les emharras du dehors sont assez diiliciles à démêler, sans qu'il faille encore y ajouter les troubles et les partialités du dedans. Comme cet esprit d'union a toujours été l'esprit do Saint-Sulpice, et que c'e&i ce qui y a particulièremcnl attiré les bénédictions que Noire Seigneur y a données, je ne puis me lasser de vous en recommander la pratique. Une obéissance parfaite à votre supérieur et une soumission entière à ses ordres, sera un moyen excellent de vous bien établir dans cette union. Je suis persuadé qu'il aura pour vous loute la charité d'un véritable père, et je me réjouis sensiblement dans l'espémnce que chacun de vous aura pour lui toute l'ouverture de cœur cl loute la confiance d'un véritable enfant. Quelque courte que doive être celte lettre, je ne puis pourtant la finir sans vous recommander l'exactitude îi votre règlement, et sans vous prier de la regarder comme le moyen le plus propre de vous maintenir toujours dans la ferveur, et la voie la plusefTicacr pour vous perfectionner en peu do temps. Le peu de sanié de M. Dollier ne lui permettra pas d'y être aussi exact qu'il le souhailcroit; mais j'espère que vous suppléerez à son défaut par une plus grande fidélité, cl que personne ne se prévaudra de cet exemple pour s'autoriser dans les petites libertés auxquelles la nature se licencie quelquefois assez facilement. Je suis si persuadé de votre zèle et de la pureté de vos intentions, que je ne puis que me promettre toute sorte de succès, soit pour le bien de la maison particulier, soit pour l'œuvre de Dieu en général, de la bonne volonli' que vous me témoignez dans vos lettres, et qui a paru dans le séminaire par l'ordre que vous y avez observé l'année dernière. Je prie Notre Seigneur de vous faire croître toujours dans son amour et dans la fidélité à son service, afin que ses desseins soient consommés sur vous. Soyez persuadés qu'on ne peut être plus que je ne suis, Messieurs, votre très humble el très obéis"iant serviteur. — ],. Tbosson, pr.

nORRESPOXDANCB AVEC LE SÉMINAIRE DE MONTRÉAL 173

LETTRE XllI

A L*ÉVâQUE DE QUÉBEC

Du Séminaire Saint-Sulpice, avril 1678.

Monseigneur,

Il est bien juste que je continue à vous remercier des bontés que vous avez pour nos Messieurs de Montréal, puisque vous continuez toujours à leur en donner de nouvelles marques. Ils s*en louent tellement dans toutes les lettres qu*ils m'écrivent, et vous leur en avez fait paroitre encore tant de preuves Tannée dernière dans les occasions fâcheuses qui se sont présentées, que je croirois manquer à une de mes principales obligations, si je ne me joignais à eux pour vous en témoigner mes reconnoissances. M. Dollier vous exprimera mieux de vive voix, que je ne le pourrois faire par cette lettre, combien nous vous en sommes obligés. Dieu lui redonne assez de santé pour repasser en Canada et pour y reprendre ses premiers emplois; et comme M. Lcfebvre est obligé de revenir en France pour mettre ordre aux affaires de sa famille, j*ai été ravi que sa place put être remplie par une personne dont vous avez témoigné autrefois être satisfait, et pour lequel vous avez toujours eu une bonté particulière. J'espère, Monseigneur, que vous Thonorerez toujours de votre protection, et qu'il aura cette consolation dans son travail, que, comme il n'a en vue que la gloire de Dieu et le bien de cette nouvelle colonie, vous aurez aussi une entière satisfaction de sa conduite. Il pourra vous expliquer plus amplement et ses dispositions et les nôtres, qui seront toujours telles que vous pourrez souhaiter, pour contribuer de tout ce qui pourra dépendre de nous au service et des Français et des sauvages de la Nouvelle France.

De ma part, Monseigneur, soyez persuadé que je n'aurai jamais plus de joie que de pouvoir vous témoigner combien je suis. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Troxson, pr.

AU R. p. DABLON (1)

Du Séminaire Saint-Sulpice, ce !«' Juillet 1679.

Mon très Révérend Père,

II est bien juste que je me joigne à nos Messieurs de Montréal pour vous remercier de toutes les bontés que vous avez pour eux. Vous leur en donnez tant de marques dans toutes les occasions qui s*en présentent, et ils m*en écrivent tous avec tant de ressentiment, que je ne puis que je ne vous en témoigne mes très justes reconnoissances. Je souhaiterois être en état de vous en donner des preuves plus solides que par une lettre; mais ne pouvant y satisfaire présentement par une autre voie, je prierai M. Dollier et M. Souart qui repassent en Canada, d*y suppléer autant qu'ils le pourront. Vous trouverez en eux toutes les dispositions et tous les mouvements que peut donner une sincère amitié et une parfaite gratitude; comme vous rencontrerez toujours en moi tous les sentiments où doit être une personne qui vous est toute acquise, et qui sera toute sa vie, Mon Révérend Père, votre Irèsbumble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

A monsieur dollier DR CASSON (2)

Ce 1" juillet 1G78.

M. Souart vous dira le succès de son voyage. II n y parolt

(1) Claude Dablon, né à Dieppe en 1C18, entré au noviciat de la Compagnie de Jésus le 27 août l(')39, Ait envoyé au Canada en 1C55 et mourut à (Québec le 20 septembre 1697, après avoir été supérieur général «le* Missions do 1671 à 1C80, et de 1686 à 1693. Bibliothèque de fa Compagnie de Jrsus, art. Dablon, t. II, col. 1773-1775; De Hochemonteix. Les Jésuites de la Souvelle-France au XVIU siècle, t. III, p. -'l

(2) François Dollier de Casson, né en 1636 dans le diocèse de Nantes,

pas encore de fruil; mais peut-être que dans la suite l'on verra qu*ii n*a pas été inutile et que Dieu en tirera sa gloire. Il croyoil partir dès jeudi ou vendredi; mais il lui a fallu retourner aujourd'hui à Saint-Germain pour être à l'audience de M. Golbert. J'admire sa vigueur pour Dieu et son zèle que rage ne diminue point. Je lui ai conseillé de s'en retourner au plus tôt, parce que j'ai cru que ce vous seroit une grande consolation; et il me semble que, si vous veniez à être incommodé, il vous seroit d'un grand secours. Comme il faut quelqu'un qui agisse et qui tienne votre place en votre absence, je l'ai prié de vouloir bien prendre ce soin. C'est de quoi vous le prierez aussi, déclarant à nos Messieurs, quand vous serez à Montréal, que je l'ai choisi pour cela, afm qu'ils s'adressent à lui quand vous n'y serez pas.

M. de la Salle (1) est venu à Issy me faire de grands complimens et me témoigner que M. le comte de Frontenac (2)

suivit (l'abord le métier des armes et servit sous le maréchal de Turenne. Après quelques années passées au séminaire de Saint-Sulpice, il partît pour le Canada et arriva à Québec au mois de septembre 1666. En 1671, il succéda à M. de Queylus dans le gouvernement du séminaire, et en 1674 il revint en France refaire sa santé gravement altérée par une maladie grave, contractée à la suite d'un accident qui avait lailli lui coûter la vie. Il reprit la route du Canada en 1G78, et il mourut à Montréal, consumé de travaux et de fatigues, le 27 septembre 1701, dans la soixante-cinquième année de son âge. Cfr. Bibliothèque sulpicienne, t. I, p. 157-160.

(1) Jean Cavelier de La Salle, né à Rouen, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 15 février 1659, avait passé dix ans au Canada, et était alors en France où il prenait quelque repos. Au commencement de l'année 1682, il se rendit au séminaire de Viviers pour en être directeur, et en 1684 repartit pour le Canada avec son frère Robert Cavelier, sieur de La Salle, voyageur célèbre, qui entreprenait, au nom du roi, une nouvelle expédition en vue de découvrir l'embouchure du Mississipi. V. Bibliothèque sulpiciennc, 1. 1, p. 211, 212.

(2) U)ui8 de Buade-Frontenac , comte de Palluau, quoique gascon d'origine, naquit à Paris en 1622. Il embrassa, jeune encore, la carrière militaire, et se distingua dans plusieurs batailles. « Parfaitement ruiné », dit Saint-Simon, mais joignant de gi'andes qualités à de grands défauts, il lut nommé gouverneur du Canada le 6 avril 1672, et ne lut rappelé qu'en 1682. Cfr. Mémoires de Saint-Simon, édit. de Rois-

17(> LIVnE DIXIEME

ne désiroil rien davantage que de bien vivre avec le Sémit naire. Je ne doute point que vous ne tâchiez d y répondre

de votre part, et que vous ne portiez tous nos Messieurs à souffrir un peu pour avoir la paix.

Je ne sais si je vous ai dit qu'en «écrivant à M. de Frontenac, il faudroit lui mettre Monseigneur (1). Il ne faut pas lui donner sujet de se plaindre pour si peu de chose, el il n'est pas juste qu'un mot empêche de vivre en paix.

Madame de Frontenac (2) m'est aussi venu voir ces jours passés. Toutes ces démarches semblent indiquer que Ton sera bien aise de maintenir l'union. — L. Tronson.

A MONSIEUR LEFEfiVRB (3)

22 février 1670.

Vous verrez par la date de cette lettre, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que j'ai reçu toutes vos lettres, el que j'ai eu tout le temps nécessaire pour y faire réflexion avant que de vous répondre.

Je ne vois nulle apparence que vous deviez retourner en

liste, t. VI, p. 16()-169. — Faillon, Histoire de fa colonie française en Canada, Livre II, t. III, p. 438 et siiiv. — De Hochemonteix, les Jvsuites de fa Xoncelfc-France, t. III, p. 94-153.

(1) « Dans les actes publics, son prMéeesseur sî<>:nait : Goutcnieur et fieutenant-r/éncraf pour fe roi en fa Xouvefle France. Ce titre ne parut pas assez imposant à Frontenac qui le lit précéder de cet autre : Haut et j)uissant seigneur )>. De Rochenionteix, 1. c, p. 99.

(2) Fille de Charles de Lagrange, seigneur de Trianon et maître des Comptes, elle se maria malgré son p^re. D*un caractère aussi indépendant que celui de son mari, elle « sMnquiéta peu d'aller en Canada », et elle passa sa vie avec « son amie M"« d'Outrelaize, logées ensemble à PArsenal. C'étoient des personnes dont il falloit avoir Tapprobation. On les appeloit tes divines ». Saint-Simon, Mémoires, édit. citée, t. VI, p. 169, 170, C09. Voir surtout les notes de M. de Boislisle. I^ comtesse de Frontenac mourut en 1707. V. Saint-Simon, op. cit., t. XIV p. 268-271.

Uy Revenu en France, il était alors à Écouis, en Normandie.

Canada; et quoique je sois persuadé qu'il y auroit du bien à y faire et que votre présence y seroit bien utile, je crois néanmoins que la Providence vous ayant ramené en France, il faudra examiner quels emplois elle vous y destine. Nous en avons assez à vous donner, et vous pouvez être assuré que je ne ferai nulle difficulté de vous les proposer, voyant la disposition d'abandon où vous êtes. Quand vos affaires seront vuidées, nous y penserons plus en détail ; mais, pour le présent, je ne vois rien de plus pressé à faire que de sortir de vos partages et vous mettre en liberté. Cependant soyez persuadé que je n'aurainulle réserve pour vous, puisquevous n'en voulez point avoirpour moi; et qu'ainsi je vousdiraibien sincèrement et simplement, en toutes occasions, ce qui me paroitra être de la volonté et des desseins de Dieu sur vous. Vous pouvez faire fond sur cela, et me regarder toujours comme étant de cœur tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XVll

A MONSIEUR DOLLIBR DE GASSON

14 mars 1679.

Je ne vous écris cette première lettre que pour vous dire que je vous écrirai plus amplement par les vaisseaux. Je m'imagine que celle-ci sera donnée aux pécheurs, et la voie ne me paroit pas assez sûre pour y rien confier d'importance.

M. Colbert approuve extraordinairemenl votre dessoin pour l'établissement des petites écoles des Sauvages, et il est persuadé que l'on ne sauroit rien faire de plus utile. Je dinai chez lui, il y a quelques jours, et il me fit la grâce de me bien écouter sur toutes nos affaires.

Celles de vos missions du lac Ontario roulent sur vous, et je ne crois pas vous en rien écrire cette année, parce que les choses me paroissent dans le même état, et les résolutions les mêmes que je vous expliquai avant votre départ.

Il n'y a nulle apparence au retour de M. Lefebvre que nous retiendrons ici.

J*écoule aisément, mais je ne crois pas avec la même facilité. Ainsi, ne craignez rien pour les rapports. Ils ne me font nulle impression et Dieu me fait la grâce de suspendre .! fort mon jugement, et de ne m'arréter pas même au soupçon

f avant que d'avoir vérifié les choses (1).

* Nous vous en dirons davantage par le petit coffret (3).

Je suis tout à vous et h tous nos Messieurs que je salue. — H L. Tronson.

LETTRE XVIIl

A MONSIEUR SEGUENOT (3)

12 mai 1679.

Ne craignez point, Monsieur et très cher en Notre Sei-

(1) Au mois d'avril de Tannée sui\ante 1G80, M. Tronson ét-rivait aussi à M. Uémy : « Vous savez que je ne prends pas feu aisémenl >\\v les premit^res nouvelles que l'on me donne, et que je n'agis pas quo les choses n'aient été bien éclaircies. C'est ce qui doit guérir votif scrupule, et vous conserver dans cette entière liberté que vous avez à m'écrire ».

(2) Les lettres importantes échangées enti'e le séminaire de Saiiit- Sulpice de Paris et celui de Montréal étaient confiées aux vaisseaux. EUes étaient toujours renfermées dans im petit coffret en fer fermant il clef. Pour plus grande sûreté, on plaçait le coffret dans an petit ballot facile a reconnaître, grâce à une marque de convention, que Ton mettait dessus. Lettre de M. Tronson à M. DoUier de Cassen, mai 1679, 1. 1, p. 143.

(3) François de Seguenot, du diocèse d'Autun, entra tonsuré au Grand séminaire de Saint-Sulpice le 27 novembre 1668, et fut envoyé au Canada en 1673 par M. de Bretonvilliers. Il établit la paroisse de l'Enfant-Jésus à la Pointe-aux-Trembles, et il s'y acquit l'estime et la vénération de ses paroissiens. Au bout de vingt ans, les religieuses de THôtel-Dieu de Montréal, à l'unanimité, le demandèrent pour être leur directeur, et M. DoUier confirma cette élection qui fut approuvée de M. Tronson. M. de Seguenot exerça jusqu'en l'année 1699, cet emploi dans lequel il excella. Il mourut à Montréal le 13 septembre 172G, ou, suivant le catalogue de Montréal, le 8 août 1727. Cfr. Vie de Mademoiselle Mance, t. II. p. 83-85. — Quelques écrits qu'il composa lui donnaient droit de llgurer dans la Bibliothèque sulpîcienne,

gneur, de me mander simplement les choses qui se passent, et de m*éciaircir surtout de celles où vous croirez qu*il seroit nécessaire d*apporter quelque remède. Ce no sera pas là ce qui vous fera passer pour critique. Pourvu que vous ne vous laissiez point aller à cette grande facilité de reprendre les autres et de les condamner, la fidélité à m*écrire ne sera point blâmée. Comme nous n*aimons pas naturellement k être repris, nous avons ordinairement quelque peine conlre ceux qui s'attribuent ce droit, et Ton voit dans Texpérîence que cette liberté, que les particuliers se donnent, altère plutôt la charité et Tunion, qu'elle ne proGte. Ainsi, je vous conseille de ne point témoigner aux autres vos sentimens sur leur conduite, à moins qu ils ne vous les demandent; et de vous contenter d'avertir ceux qui y peuvent apporter quelque remède. Cette manière d'agir sera plus propre pour conserver la paix et portera même plus de bénédiction. La tendresse pour vos parents n'est que l'effet d'un bon naturel : il faut seulement que la grâce le rectifie. Pourvu que vous soyez fidèle à ne le point trop écouter, il ne vous servira que pour exercer votre détachement, et pour vous donner matière de sacrifier davantage à Notre Seigneur. Vous savez ce que lit ce bon solitaire, qui se trouvant comme vous un peu agité lorsqu'il recevoit des lettres de son pays, il se résolut un jour de se guérir de cette tentation, et se procura effecli-

cntre M. Uémy et M. de Poudenx. M. Tronson écrivait, en ellet, i\ M.Dollier de Cassen, le 2 mai 1680 : « La pensée qu'a M. Segiienot d'imprimer ses CatMiismcs doit être l)ien examinée. 11 faudroit que M. de La Colombière les eût lus avec attention, avant que de les rendre puMics, et que Ton eût jugé de Tutilité de cette impression. Il auroit aussi bien fait, avant de présenter à M. de Saint- VaUier son office de la Sainte-Famille pour TapprouA er, de le faire examiner et de prendre avis pour savoir s'il n'y avoit point à craindre que chacun, suivant son exemple, ne voulût faire un office particulier pour son l'jrlise; en sorte qu'on auroit, à la fin, autant d'offices différents dans nie de Montréal, qu'il y auroit de différentes paroisses. Il faut extrêmement concerter ces sortes de choses qui doivent se rendre pu- Miques et qui sont singulières; et il seroit bon, quand l'exécution n'en presse pas, d'en écrire toujours ici auparavant ».

iHU LIVRE IIIXIKUR

veiiienl la paix en jetant au Teu un paquet qu'il en avoil reçu; disant du fond d'un cœur attendri par la nature, mais heureusement fortifié par la grâce; Ite, et vos et cogitatimei patrise paricer concremamini. Jo ne vous dis pas d'en fslre autant; mais je ne vois rien de plus excellent pour vous que d'allumer un grand feu de l'amour divin dans votre cœur lorsque vous recevez des lettres de chez vous, et d'être quelques jours sans les lire, en attendant que, ce feu divin ayant rempli et échauffé tout voire intérieur, vous ne soyez plus en état de recevoir des impressions qui vous troublent dans votre vocation. C'est par là que vous vous affermirez dans les voies de Dieu, et que vous ne serez plus ébranlé dans vos résolutions. Peut-être vous ai-je déjà écrit la même chose : mais je vous le redis volontiers, parce que je ne vois rien de meilleur pour vous tenir en paix.

Je prie Notre Seigneur qu'il vous fasse toujours croître en son amour, et qu'il vous rende de plus en plus fidèle à l'accomplissement de ses desseins. Je suis de cœur tout à vous. — L. TnoNsoN.

A MONSIEUR DOLLIER BE CASSON

15 mai 16:9.

Je vous envoie un nouveau chiffre, dont il faudra vous servir à l'avenir, parce que j'ai perdu celui dont nous avions accoutumé de nous servir les années passées. Vous le trouverez dans ce paquet, et vous le communiquerez aussi à M. Ranuyer. Quand vous voudrez déchiffrer ce que je vous écrirai, îl faudra faire comme vous avez accoutumé, si ce n'est que souvent je ne mettrai pas de point entre les chiffres : et alors il faudra que vous les mettiez avant que de commencer à rien déchiffrer; c'esl-à-dirc qu'il faudra que, de trois e'n trois chiffres, vous mettiez un point ou une barre; ensuite de quoi vous trouverez aisément dans voire lable ce que chacun signilie, car ils ne peuvent rien signifier que de trois en trois.

«vr H

CORRESPONOANGE AVEC LE SEMINAIUË DE MONTRÉAL 181

Ainsi, pour déchiffrer cette ligne : 982749739540314759743601 679916310397; il faut d*abord partager ces chiffres de trois en trois par des points ou par de petites barres, en la manière qui suit: 982/749/759.540.51 4.739.743.601. 679/916/310/397. Kl puis, cherchant dans votre table, vous trouverez cette explication :

Mons. Dolier en- tre- ti- en- dr- a bien la pai- x 982 749 739 340 314 739 743 601 679 916 310 397.

Vous voyez par cet exemple qu*il est indifférent de mettre des points ou de n'en point mettre entre les chiffres, pourvu que celui qui déchiffre les supplée. Vous remarquerez aussi que les chiffres qui seront renfermés entre deux parenthèses seront inutiles et ne serviront de rien.

Je vous enverrai un billet en chiffre par M»' de Québec, qui fait état de partir le 2 juin. Je ne sais comment il portera la fatigue d'un si long voyage, car il se trouve assez incommodé, et il l'entreprend dans un temps où il auroit besoin de repos, et où, si les grandes chaleurs continuent, il aura beaucoup à souffrir.

M. Ranuver a raison de souhaiter un bon vacher d'Auvergne, un bon berger du même pays, un habile homme es fromages, un bon vigneron d'auprès de Paris (1), un bon meunier. On est convaincu du besoin que vous en avez et de Tavantage que vous en tireriez; mais la difficulté est d'en trouver comme il faut qui veuillent passer la mer.

Quand vous aurez k écrire aux Puissances, je vous conseille (le le faire plus simplement. Car les hyperboles et les métaphores ne sont plus guères en usage, et il y en avoit quelques-unes dans votre dernière lettre qui ne seroient pas présentement au goût du monde. Tout k vous. — L. Tronson.

(1) vraisemblablement de ^uresncs. Scîs viîrnol)les étaient renommC'S au xvi« et encore au xvu' siècle. Us ne donnent plus maintenant que •les vins de qualité inférieure. Le Ovide Joanne (18rs; dit que presque t(»us les habitants sont ou vitincroiis, ou blancliisî^cur^. Il en était i»robablement de même au \vi^ :<iêclc.

A MONSIEUR 1-EllllOT (1)

L'exemple qu'on vous a cité des Empereurs qu'on melloil hors de l'I'jglisc me paraît un peu fort pour le temps où nous sommes, et encore plus pour la matière dont il s'agit (2). Vous trouverez en M. Dollicr un zèle plus modéré, et qui ne sera pas d'un moindre fruil. Il connoit assez le monde et le génie de notre siècle, pour voir que ce n'est point procurer

(i> Gilles Perret, nO. dans le dioctse de Chartres, entra clerc an Gran-t séminaire de Saint-Sulpice le 19 avril 1651. Il alla au Canada en iffi. et tnt nomme par l'Évétiue curé de l'église de l'Ile On Montréal, en remplacement de M. Souart. L'évéque de Québec lui donna de nouvelles lettres de curS en 1677. " Cette église, encore unique dans Hic de Montréal, n'était autre que l'église (en bois) de Saint-Joseph de l'Hôtel-Dieu. M. Perrot résolut de l>âtir une église paroissiale. La place en fut tl.iée, le séminaire en donna le terrain, et les cinq premières pierres furent posées solennellement au mois du Juin 167?. lé- <litlce mit plus de six ans à se conslniii'e. r (Gosselin, Vie de }tD' de Laval, t. II, p. 142). M. Perrot mourut à Montréal le 17 juillet 1680. ■ Sa mort nous a surpris, écrivait M. Tronson ; c'est une consolation ipiil soit mort dans le temi>s qu'il alloit dire la sainte messe. Nous avons fait un service i)our lui, et nous ne saurions mieux rcconnoitre ses travaux, qu'en les olTiant à Notre ligueur et lu priant de lui on donner la récompense >. Lettre â M. Souart du 1" mai 1681.

(2) L'explication de l'affaire â laquelle il est ici fait allusion est dan.' or; passage <I'une lettre de M. Tronson â M. Rémy, dn 17 avril 1078 ; « L'affaire de M. l'erml se tcnninera ici sans éclat. Pour l'avenir, it faudroit iirendre i)Our régie que ce n'est point aux eurés A régler les ransn' entre les laïcs, et que. quanti il y « u» liomme interdit dnnf l'é/jU^c, c'est au cui-ê à cessur de dire la me.-ise. mais non pas a iiarler au iieuple p-nu- le ii>rtlrc dchora 1. 1* j dn même mois. .\L Ti-onsim avait également t'crit à M, Peri-ot lui-même : ■ Ce n'est point l'affaire d'un curé de itgler les rangs entre dus olllciers de Justice cl des margnilliers, et de donner la préséance dans l'église aux uns plutôt qu'au:! autres. Il doit être un père commun, et il ne doit iiotnt prendre dp parti qui puisse faire suniM^iiiincr qn'ii n'a pas iiiie cliarité égale iHnir tous B.

le bien de rÉglisc, que de porter ainsi les choses à Texccs. L*on a ici Tavantage d^étre écouté, et Ton a à faire k des personnes qui aiment la justice. Ainsi, le meilleur est de souffrir de delà sans éclat et sans bruit, et de mander ici tous les sujets de plaintes que Ton pourroit avoir. Les autres voies ne seront jamais si édifiantes; elles causeront toujours beaucoup de troubles et jamais on n'y trouvera de paix, parce que jamais on n'autorisera les voies de fait. Vous trouverez assurément M. Dollier dans cet esprit. 11 est prudent, et ne s'engagera pas mal à propos dans de mauvaises affaires; et s'il ne fait pas paroître un zèle aussi ardent que celui d'un saint Ambroise que Ton vous a cité, il ne trahira pas au moins son ministère en condescendant à des choses oit sa conscience se trouveroit engagée. Ainsi, vous ne serez pas avec lui dans les peines où vous avez été ces dernières :mnées, et ses conseils qui n'iront point aux extrémités pourront vous être d'un grand secours dans les occasions dittiriles qui se présenteront. J'espère que, pour le dedans du séminaire, la paix y sera toute entière; et que rexactilude pour la règle, la charité les uns pour les autres, et l'obéissance pour le supérieur la cimenteront plus que jamais. Tout vôtre. — L. Tronson.

LETTUE \Xl

A MONSIEUR BARTHELEMY (1

28 Diai 1071».

Je ne sais, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, si l'on ne prendra pas, cette année, quelques mesures qui vous feroient changer d'habitation. Comme je suis persuadé que vous serez toujours fort disposé k faire la volonté de Dieu lorsqu'elle vous sera connue, j'espère que M. Dollier vous la fera paroître suffisamment, et que vous regarderez en ce

(l) Michel Barthélémy, n6 à Paris en 1638, chantre à la paroisse de saint-Sulpice avant d'entrer au séminaire, arriva le 7 sei»tenil>ic ir>o<i ù Montréal, et y mourut le il a^ ril ITW, àixv de (8 ans.

18i LIVRE DIXIÈME

qu il vous dira les ordres du Souverain Maître sur vous. Notre consolation dans les différens emplois que Ton nous donne est que ce n'est pas remploi, mais la disposition avec laquelle on s'en acquitte qui nous sanctifie, et que ce qui nous y rend plus agréables à la divine Majesté n*est pas que nous y avons plus de talents ou plus de succès, mais que nous ne cherchons qu'à lui plaire et à accomplir sa très sainte volonté. II faut tâcher que ce soit là notre unique vue, de peur que la nature et Tamour-propre qui se mêlent partout et qui ne cherchent quà se satisfaire, ne gâtent nos œuvres et ne nous ravissent le fruit de nos travaux. De grandes âmes ont fait naufrage à cet écueil, et après avoir entrepris de grandes choses, et avoir souffert beaucoup pour Dieu, elles se sont trouvées les mains vuides, et nihil inveneruné in manibus suis (Ps. LXXV, 6), parce que leurs intentions n'ayant point été assez épurées, elles ont éprouvé cetle malédiction portée contre tous ceux qui ne lui sont point fidèles : sementem miiliam jacies in tet^am, et modicum congregabia, quia loctisiœ devorabunt omnia : Vineam plantabis et fodies, et vimim non bibea, nec colliges ex ea quippiam, quoniam vastabitur vermibua; olivaa habebis in omnibua tet^minia tuia, et non ungeria oleo, quia defluentet peribunt (Deut. XXVill, 38). L'avantage que vous avez eu d'être éprouvé en différentes manières, sans vous être écarté de l'obéissance, vous doit avoir mis à couvert de ce malheur en vous accoutumant à ne chercher que Dieu, et je ne doute point que vous ne soyez si convaincu par votre expérience, de la vanité de tout le reste, que tous les emplois vous seront devenus indifférents, et que tous vous contenteront, pourvu que vous y puissiez servir Notre Seigneur comme il le désire, et V faire votre salut. J'en laisse la détermination à M. Dollier, qui verra, selon l'étal des choses et vos dispositions, ce que • vous aurez à faire pour bien remplir votre vocation. De ma part, je demanderai de tout mon cœur l'accomplissement des desseins de Dieu sur vous. Croyez que je suis très sincèrement tout à vous. — L. TUONSON.

LETTRE XXll

A MONSIEUR DE CICÉ (1

Mai 1679.

Monsieur et très cher en Noire Seigneur,

Je ne sais point quelles dispositions Notre Seigneur vous donnera celte année sur le voyage de la Chine (2). Deux choses me Fout hésiter un peu touchant votre vocation pour ces missions du Levant. La l"", Tétat de votre santé que Ton m*a mandé être fort altérée, et qui ne seroit pas peut-élrc en état de porter les fatigues d*une si rude et si longue navigation. La V', la bénédiction que Dieu vous donne en Canada, et le bien que Ton me dit que vous éles en étal d*y faire. C'est de quoi vous pourrez conférer avec M. Dollicr, qui ne voulant comme vous que la volonté de Dieu, vous ne manquerez pas Tun et Tautre de la connoitre. J'espère qu*elle sera toujours la maîtresse de votre cœur, el que vous ne chercherez point d'autre satisfaction dans la vie, que celle de Taccomplir avec une entière fidélité (3). C*est la

(1) Louis de Cicé. de Rennes, né en 1650.

(2) Dos Tannée 1677, le l»»- Juin, M. Tronson avait écrit à M. de Cicé : « Si les travaux sufflsoient pour abréf^er le noviciat, il ne faudroit pas davantage prolonger le vôtre, et l'on pourroit dès cette année vous faire faire prolession. Mais il est Juste d'attendre pour cela les ordres du Grand Maître. Lui seul a droit de disposer de la vocation de ses sujets; et nous recevrons avec Joie toutes les ouvertures qu^il donnera pour l'exécution de votre grand dessein ». En 1678, M. Tronson obligea M. de Cicé à prendre un demi-repos à Montréal. < Il faut, lui écrivait-il le 23 avril, que vous tâchiez de bien profiter de ce temps que Ton vous donne pour vous remettre. Quand vous considérerez que vous n*êtes plus k vous, mais à Notre Seigneur qui veut peut-être se servir de vous pour de plus grands emplois, vous n'aurez pas scrupule de vous ménager un peu plus que vous n'avez fait, et de donner un peu plus de soulagement à votre corps dont les forces épuisées demandent cette petite condescendance ».

(3) M. de Cicé revint en France à la fln de 1679, ou dans les premiers mois de 1680. Le 10 avril de cette dernière année, M. Tronson écrivait

i8G LIVRE DIX[£ME

grâce que je continuerai de lui demander pour vous, afin que vous puissiez répondre à ses desseins selon loute Tétendue de votre vocation. Je crois que vous êtes assez persuadé que je le ferai de bon cœur, puisque c*est de cœur et sans réserve que je suis en lui tout à vous. — L. Tronson.

à M. Trouvé : « M. de Cicé ne retournera pas apparemment en Caf nada ; au moins Je ne vois pas que son attrait Vy porte, et peut-être

entreprendra-t-il un plus grand voyage. 11 faut attendre que Notre Seigneur fasse connoître plus clairement sa volonté sur lui; car c^est tout ce qu'il cherche, et c'est uniquement ce que nous désirons. Ainsi, pour ne rien précipiter, il passera encoi'e cette année en France, durant laquelle nous supplierons ce divin Maître ut vias suas ffcinonstret nobts, et scrnitas suas ecloceat nos (Ps. XXIV, 4) ». M. df Cicé entra dans la Société du Séminaire des Missions-ÉtraugèiT^'', partit pour la Cochinchine le 6 avril 1682, revint en France en leîK', fut nommé par le Pai)e Vicaire apostolique de Siam et administrateur de toutes les missions, sacré à Paris en 1701 par son paient Louis- Manuel de Coetlogon, évéque de Saint-Brieuc, et mourut plein de mérites, le l«f mai 1727, à Tàge de 78 ans. Cfr. Launay, Histoire gënéraic (le la Société des Missions-Étrangères, 1. 1, p. 365, 402, 413, 414, 45?, 454. Gallia c/tristiana, t. VII, col. 1028, 1029 : il y est dit qu'il mourut le !«•' avril. On a de M. de Cicé : « Lettre de M. Louis de Cicr, nommé par le Saint-Siège à Vévéché de Sabula, et au Vicariat apostolique de Siam, du Japon, etc., aux Jésuites, sur les idolâtries et les superstitions chinoises; sans lieu, 1700, in-12 de :)3 pages. Cette lettre, datée de Paris 15 août 1700, est remarquable sous plus d'un rapport. Sur la question des cérémonies chinoises, l'auteur pense absolument comme ses confrères des Missions-Étrangères ; et, à moins de preuve positive du contraire, on est fondé â croire que, pendant les 27 années qu'il vécut encore, le Vicaire apostolique de Siam confonna sa conduite à sa conviction. Cela étant, on se demande comment le P. d'Avrigny a pu écrire que, « tout le temps» qu'il fut à la Chine, l'abbé de Cicé, quoiqu'il lût du Séminaire des Missions-Étrangères de Paris, se conforma toujours à la pratique des Jésuites, toute superstitieuse que la jugeoient la plupart de ses confrères » (Mémoires chronoloffiqueti et dogmatiques, 18 avril 1700; 61ition de 1739, t. iV, p. 162. 163).

LETTRE XXIll

A MONSIEUR DOLLIER DE CASSON

l>f mars 1680.

Si M. Dailly (1) ne peut se détromper qu*il y ait tant de sorciers, il faut de nécessité le retirer de la Montagne. Car, quelque talent qu'il ait d'ailleurs pour les sauvages, il n'y fera jamais grand fruit s'il demeure dans la conviction où il est, dont on ne se détrompe presque jamais, quand une fois rimagination est frappée. Nous en avons l'expérience en une personne célèbre qui, revenant de travailler dans les Cévennes avec une imagination remplie de ces mêmes désordres, se persuadoit en trouver partout; et d'une centaine d'cnfans que nous choisîmes pour lui persuader que ce désordre n'étoit pas si commun qu'il pensoit, il s'imagina, après leur avoir parlé, qu'il y en avoit, entre eux, vingt qui éloient sorciers. Cet exemple, suivi de quelques aulres, m'a persuadé qu'il étoit presque impossible de détromper une |)ersonne qui s'étoit laissé préoccuper sur cette matière. Ainsi, je n'hésite point à vous dire que, quelque service que M. Bailly pût rendre aux Sauvages, à cause de sa charité., de son zèle et de l'intelligence qu'il a de leur langue, il ruinera cette habitation si on ne l'en retire, ou du moins s'il se mêle de ce qui regarde leur conscience.

Il est impossible, en effet, que les refus d'absolution et Téloignenient des sacremens, à la fin^ ne scandalise et ne rebute les sauvages, et ne ruine absolument cette mission.

(1) M. Bailly fut envoyé au Canada par M. de Breton villiers en 16C6, et fut d'abord appliqué aux petites écoles du séminaire, puis à la mission de la Montagne. En 1680. il fut nommé aumônier des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame ; mais ayant prêté une oreille trop complaisante aux illusions d'une religieuse, comme on le verra dans la suite des lettres de M. Tronson, il fut rappelé en France, et se retira d'abord au séminaire des Missions-Étrangères, puis dans le diocèse fie Cliarti'es, où il mouinit en 1G%.

LIVIŒ DIXIEMK

Il faut se résoudre à ne point tant interroger sur celle matière, et à se tenir ferme aux règles données à i^Évèché. Celles que Ton a vu ici, par expérience, être de la dernière conséquence pour ne point décourageret rebuter les ouvriers, et dont les personnes les plus éclairées sont convenues, se réduisent aux quatre suivantes : la 1"^, de ne point interroger sur cela ceux qui ne s*en accusent point; la 2*, de ne pas interroger trop scrupuleusement sur de certains détails inutiles ceux-méme qui s'en accusent; — la 3% de ne croire pas aisément ce qu'ils disent, à moins d*avoir des preuves certaines que ce n*est point une imagination, mais une réalité; — la 4«, de les traiter de même que les autres pécheurs pour leur accorder ou refuser les sacremens.

Le reste sera pour le petit coffret. — L. TaoNsox.

LETTRE XXIV

A MONSIEUR DOLLIER DE GASSON

20 mars 1680.

Monsieur et très cher en Notre Seigneur,

Il y a lieu de bien remercier Dieu de la santé qu'il vous donne, quoiqu'elle ne soit pas entière et que la colique qui vous reste vous exerce un peu de temps en temps; c'est beaucoup qu'elle se soit modérée, et qu'en vous faisant toujours souffrir quelque chose pour ne perdre la bénédiction de la croix, elle ne vous empêche pas d'agir ni de faire tout ce que Notre Seigneur demande de vous. Il me semble qucccsl là un état bien avantageux, et qui vous doit fortifier dans la disposition, en vous sacrifiant incessamment à lui, de ne désirer de santé qu'autant qu'il est nécessaire pour l'accomplissement de ses desseins. Ménagez-la, de votre part, autant que la prudence chrétienne le demande, et que les affaires vous le pourront permettre. Car vous voyez pur le sixcch que Dieu donne à vos petits travaux et k vus soins, le besoin que l'on en a en Canada...

Vous faites 1res bien de vous bien maintenir avec tout le

COnnESPONDANCG AVEC LE SÉMINAIRE DE MONTREAL 189

monde et de ne rien négliger pour conserver la paix el au dedans et au dehors de la maison. C*esl là ce que doit faire un père commun qui, sans s*embarrasser el s*engager trop dans les intérêts des particuliers, doit tâcher de se tenir toujours en état de les servir tous avec une parfaite charité, et de réunir au moins en lui les cœurs qui ne peuvent pas être unis ensemble.

C'est une illusion de mépriser les âmes basses^ comme c'est une autre de négliger Tavancement et la perfection des âmes élevées, sous prétexte qu elles sont hors du péché. Il faut servir les unes et les autres quand Dieu y appelle, et selon que Tobéissance, qui vaut mieux que tous les livres du P. G(uilloré), nous y applique. Si vous voyez que cette trop grande rigidité à rebuter les pécheurs dont vous me parlez continue, et qu'il faille y apporter quelque remède, vous pourrez me le marquer dans les lettres que vous m'enverrez cette automne. Il faut de la fermeté, mais il faut de la douceur; et c'est un grand talent et une grâce qui n'est pas commune, de savoir si bien joindre ces deux vertus, que l'une ne fasse jamais de tort à l'autre.

Vous avez entrepris une affaire fâcheuse, quand vous avez entrepris de faire condamner cet homme que l'on vous a dit avoir voulu violer ses filles. Je ne sais si vous l'avez fait par l'avis de l'assemblée; mais la chose étoil assez importante pour être examinée et bien discutée avec tous nos Messieurs, et pour ne vous y engager qu'après une mûre délibération. Dieu veuille que vous en sortiez à votre honneur.

A propos d'assemblée, je crains que vous ne les négligiez et que vous n'en teniez que rarement. 11 en faudroit faire tous les quinze jours ou tous les mois au plus tard. Car je vois que M. Rémy qui avoit accoutumé de m'envoyer le résultat de ce qui avoit été délibéré, ne m*en envoie point cette année. Il faut que vous repreniez celte coutume si elle a été interrompue, et que vous regardiez cette pratique comme un article des plus importants de votre règlement. M. Rémy pourra servir de secrétaire pour écrire toutes les choses qui y auront été proposées, el m'envoyer les résolutions qu'on y

aura prises, qui seronl signées de ceux qui auront assisté aux assemblées. C'est ce que l'on fait dans les autres séminaires, et ce qu'on a vu élre nécessaire pour y maintenir toujours le même esprit. Et c'est aussi à quoi il est important que vous vous appliquiez pour donner cet exemple, et laisser cette règle de conduite à ceux qui viendront après vous. Vous y trouverez même en votre particulier cet avan- '- tage, que vous connoitrez mieux la volonté de Dieu dans la

. pluralité des suffrages fubi duo aut très fuerint congre-

gati, etc. (Math. XVIII, 20); à plus forte raison, quand la j communauté sera assemblée); et si ensuite les affaires ne

réussissent pas, vous n*en serez point responsable, ni devant

Dieu ni devant les hommes.

• Je crois qu'il est de la dernière conséquence de ne point

^ interrompre les conférences des samedis au soir et des Cas

j de conscience, et de ne point faire cesser la lecture de table

I sans une très grande nécessité. Il y a eu des jours où Ion n a

••* été que trois ou quatre à Issy au réfectoire, et cependant

on n'a pas laissé de lire pendant toute la table; et il y a bien ;' des communautés où, quoiqu'ils se trouvent souvent en très

petit nombre, soit par la nécessité de leurs emplois qui les ! occupent ailleurs, soit par d'autres raisons, on ne laisse pas

i d'y faire toujours la lecture de la même manière. L'on em-

pêche par là cent petites libertés qu'on se donne trop aisément durant le repas; on empêche les santés et les discours peu odifians qui sont presqu'inévilables durant ce temps-là, surtout quand il y a des personnes de dehors. On empêche les jugemcns que des étrangers zélés pourroient faire; qui, voyant qu'on retranche dans le séminaire ce qu'on observe exactement dans toutes les communautés bien réglées, n'en conccvroient pas une grande estime, et se persuaderoient avec raison que l'on y manque de régularité et de ferveur (Il

(1) En recommandant ce point du règlement aux Messieurs de Montréal, M. de Bretonvilliers leur écrivait en 1676 : « Quand on traiteia. que ce soit toujours dans le réfectoire avec toute la communauté, ou fera toujours la lecture de table pour empêcher les santés et autres discours; ce que nous avons toujours fait à Paris, quoique, dans le i"6-

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉUtNAIRB DE MONTRÉAL lUl

Si la ferveur de M. Lefebvrc le faisoil passer pour êlre trop sévère, du moins a-l-il eu cet avantage de mettre le séminaire dans une réputation d'exactitude el de régularité fort grande. J*espère que votre prudence pour ménager les esprits conduira toutes les choses d'une manière que, trouvant le secret de les adoucir sans rien relâcher de l'ordre, et les personnes seront plus contentes qu'elles ne Téloient, el la maison n'en sera pas moins réglée.

Comme nous croyons rétablissement de la Montagne très important et qu'il ne faut rien négliger pour le soutenir, nous vous envoyons une personne que vous y pourrez mettre avec M. Trouvé, et qui y sera d'autant plus propre qu'il y a un grand attrait; qu'il a beaucoup d'esprit et de conduite; qu'il pourra aisément apprendre la langue, et qu'il ne se

fectoire, il y mange des gens de la première condition du royaume. Monseigneur le prince de Conti a mangé plusieurs fois dans le réfectoire, sans qu'on y ait Jamais interrompu la lecture. Grand nombre d'évèqnes, de ducs et pairs, de gens de grande qualité y ont mangé et y mangent encore quelquefois, et l'on y a toujours fait la lecture et gardé le silence; ce dont ils ont été tout à faitéditiés. La lecture même peut leur être utile, et il ne faut quelquefois qu'un mot de piété qui sera dans la lecture, pour les toucher et les porter à Dieu. Nous en avons fait, à Paris, Texpérience en plusieurs occasions. Je vous dirai ici une chose qui vous fera voir combien le silence dans une maison y est nécessaire, et combien il édifie ceux qui y viennent. Mo'- le prince <lc Conti, lorsqu'il vi voit, venoit souvent en la maison ; et même, durant un temps très notable, deux ou trois fois la semaine. 11 y avoit avec lui douze ou treize personnes, dont plusieurs chevaliers de l'Ordre, Kvêques, ducs et pairs, et autres personnes de condition. Nous nous assemblions dans la chambre où étoit autrefois feu M. Olier, pour faire des conférences de piété et pour des œuvres considérables qui regardoient la gloire de Dieu. Il arriva qu'après quelques années, comme nous sortions un Jour de la chambre, nous demeurâmes dans le corridor où est le grand escalier; et Je vis que quelques-uns regardoient de côté et d'autre pour voir s'ils ne verroient personne. Quelqu'un alors demanda combien nous étions dans la maison. Leur ayant répondu que nous étions plus de cent personnes, comme il étoit vrai, ils m'avouèrent deux choses : la première, que venant dans la maison, ils avoient souvent pris garde s'ils ne verroient point quelques-uns de nos Messieurs se promenant ou parlant ensemble. La seconde, qu'ils confessèrent tous qu'ils avoient été extrêmement édifiés, et même

193 rjVRE DrxiRiiR

laissera pas, à mon avis, remplir Timaginalion de ces sorlilèges qui décourageront tous les ouvriers qui ne seroDl pas extraordinairement convaincus qu'on ne doit point s* y amuser. II n*est présentement que diacre, mais il pourra recevoir la prêtrise dans quelque temps si Tair du pays est à son goût, et qu'il s*y consacre pour toujours. Car il y a bien des années qu'il demeure ici et qu'il est en grande édification. Il est de très bonne famille, neveu du premier Président de Grenoble ; mais il est mort à tous les avantages et à tous les élablissemens qu'il pourroit prétendre dans le monde. Son unique vue est de servir Notre Seigneur hors des périls où la vanité pourroit l'exposer en ce pays ici. Il quitte pour cela la Sorbonne, il abandonne la Licence où il étoit entré celle année, et se va sacrifier avec joie au service des sauvages (1).

beaucoup touchés du i^and silence qu'ils avoient remarqué dans la maison, n'entendant pas plus de bruit que s'il n'y avoit eu personne; comme aussi de n'avoir vu personne se premener ni parler dans le corridor. Une autre personne de grande qualité qui me venoit voir assez souvent, après peut-être une trentaine de visites, m'avoua ji la Un que, venant dans la maison et une fois particulièrement ayant demandé à tout voir, elle avoit expressément pris garde si eUe ne verroit rien soit contre la modestie, soit contre les autres choses qui doivent être gardées dans une communauté; et qu'ayant remarqué la manière dont on se conduisoit, elle en avoit été extraordinairement édiflée. Un Jour, deux personnes ayant dîné à la communauté et examiné nos Messieurs durant ce temps, me dirent en sortant du réfectoire : « Mon Dieu ! qu'il est beau de voir la modestie de vos Messieurs; quand ce seroient des anacliorètes, ils ne seroient pas plus recueiUis » ! Et ils s'en allèrent ensuite touchés et édiflés. Il faut donc, s'il vous plaît, être bien modeste dans le réfectoire, ne regardant point çà et là, maiâ tenant la vue arrêtée; ne point manger avec précipitation, ni avec des gestes ressentant la grossièreté ou le peu de récoUection : comme aussi, quand on est dans la récréation, agir avec une liberté honnête, mais toujours avec modestie; ne point parler avec emportement, avec chaleur, ni d'une manière qui laisse voir en nous quelque dérègiement, et fasse sur ceux qui en sont témoins des impressions fâcheuses et désavantageuses p«)ur nous. Croyez-moi, cet article est extrêmement important ».

(i) Il s'agit ici de M. de Belmont, dont on trouvera la notice plus loin.

CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE DE IIONTRKAL

ion

C'est à quoi vous l'appliquerez d'abord afin qu'il s'y forme peu à peu, à la Montagne, sous la conduite de M. Trouvé (1). Tout à vous. — L. Tronson.

A MONSIEUR SEGUENOT

12 avril 1680.

J'ai reçu votre lettre datée du 16 octobre dernier, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, et je l'ai lue avec d'autant plus de joie que vous m'y faites paroitre une confiance et une ouverture de cœur toute entière. Je m'en vas vous répondre de la même manière, et vous dire simplement mes pensées sur ce que vous m'écrivez.

Votre peine d'être seul au bas de l'Ile, éloigné de la communauté, est bien fondée. Car cette vie solitaire est bien éloignée de la vie commune pour laquelle Notre Seigneur vous donne attrait. On y est exposé à de plus grands périls, on s'y trouve dans de plus grands besoins, et on n'y a pas les mêmes secours que dans une communauté : mais quelque éloignement et quelque dégoût que vous ayez de cette sorte de vie, il ne faut pas vous y laisser abattre. Vous voyez que c'est la providence de Dieu qui vous y met, qu'il donne beaucoup de bénédiction à vos travaux, que tout le monde est content de vous. C'est assez pour ne vous point décourager dans l'œuvre qu'il vous confie, et pour vous consoler même dans les petites croix que vous y trouvez. Quoique la nature y souffre un peu, le nouvel homme y trouvera son compte, et il ne laissera pas de croître, de se fortifier et de fructifier, même au milieu des épines.

Je vois bien que ce vous seroit une grande consolation, si vous pouviez vous aller reposer de temps en temps au séminaire, et que votre grande douleur est de ce qu'il n'est pas

(1) sur M. Trouvé, voir, iilns loin, la note de la lettre à lui adrcssic le !•" juin 1(81.

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