‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 15 sur 41 · A MONSIEUR DAILLY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DAILLY

Ce 25 mai 1681.

Monsieur et très cher en Notre Seigneur,

Je ne vous écris qu'un mot cette année, parce que j'espère que nous pourrons celle automne vous dire le reste de vive voix. Je ne vois nulle apparence, dans les dispositions où vous oies, que vous demeuriez plus longtemps en Canada; cl je témoigne à M. Dollier qu'à moins que les affaires n'aient bien changé de face, ma pensée esl que vous reveniez en France celle année. Ainsi, vous ne devez pas craindre qu'il prenne d'autres vues sur vous, à moins que, par des inarcjues bien forlos, la volonté de Dieu lui f>arùl au conlraire. Votre consolaliofi doit élro (|uc vous ne sauriez manquer en obéissant, el que vous suivrez sûrement les voies du Souverain Maitrc en suivant celles qui vous seront marquées de sa pari. Celles de la solilude vousseraienl apparemmenl i»ien

COItnESPOXDANCE AVEC LE SEMINAIRE DE MONTItÉAL 21Î)

douces; mais j'ai peine à croire que ce soit là où Notre Seigneur vous appelle. C*est néanmoins une chose qui doit être examinée de plus près, et qui mérite bien qu*on la recommande à Dieu, et que l'on y pense. Je le ferai avec le secours de sa grâce de très grand cœur, pour vous expliquer plus en particulier mes sentiments. Cependant soyez persuadé que je suis très sincèrement et cordialement tout à vous. — L.

TftONSON.

LETTUK XXXV

A MONSIEUR RANUYER

25 mai 1G81.

<^n a très bien tait de bàlir une chapelle pour les sauvages de la Montagne; car c'est un établissement que Ton estime ici, et on ne doit rien épargner pour gagner leurs enfaiis ; r'cst ce qu'on désire extrêmement à la Cour, et ce qu'on nous recommande par dessus tout. Si ce qu'on vous a demandé pour satisfaire les désirs et le zèle de M. de Belmont vous a fait quelque peine, croyant qu'il y avoil des choses qui n'étoient pas si nécessaires, vous serez délivré à l'avenir parce que sa mère lui enverra suflisamment pour faire ces petites dépenses. Mais quand même il conlinuoroil toujours à demander, vous ne devez faire aucune diflicullé, pour tout ce qui regarde celle œuvre-là, d'être du sentiment de M. Dollier.

M. de Saint-Paul nous a envoyé les deux petits barils de capillaire dont vous l'aviez chargé (1). Us ont été utiles pour plusieurs de nos Messieurs qui s'en sont bien trouvés.

(1) Cette jolie petite plante sauvage, dont le nom véritable eî^t Alliante, aujourd'hui à peu près tombée dans l'abandon, passa pendant long temps pour un spécifique efficace contre la phtisie pulmonaire et plusieurs autres maladies graves. Aussi, à peu prés cliaqi^e année, M. Tronson remercie de l'envoi d'un ou deux barils oontenai t Pherbo salutaire. Le 0 avril 170(\ M. l.escliapsier écrivait à M. (aille : M si vous pouvez, sais vous inconimc<ler, r.oiis envoyer de l'hei'be de «apillairc, vous nous obligerez. Ou k- trouve fort bien d'en prendie le

216 LIVHE DIXIEME

Voire emploi est pénible (1), et l*on voit bien que voire charge est grande; vous avez même besoin de ménager beaucoup votre vue et je comprends bien que, n*ayanl personne qui vous secoure sur les lieux, vous ne sauriez pas tout faire. Mais votre consolation doit être que Notre Seigneur voit bien ce que vous pouvez, que nous en sommes très convaincus et que vous ne serez pas responsable du reste. Je croyois que Ton pourroit vous envoyer du secours celle année, et j*avoue que je le souhaitois beaucoup pour votre soulagement; mais la Providence de Dieu en a disposé autrement, et il est juste que nous nous soumettions à ses ordres. Nous travaillerons à y pourvoir Tannée prochaine, el si Notre Seigneur bénit nos soins, vous serez assurément soulagé. II a voulu jusqu*à présent vous laisser porter seul le fardeau tout entier pour ne point partager votre couronne, et lit mercedem plenam accipiaa (II Joan. 8); mais elle ne sera pas diminuée par le secours que vous aurez. Car je vois bien qu'il vous restera encore assez de travail pour remplir toutes vos journées et pour employer tout votre temps : el ce vous sera une grande satisfaction, à la mort, de Tavoir ainsi donné tout entier à Jésus-Christ dans les exercices d'un emploi où Tobéissance vous applique, où la nature el Tamour-propre n*ont nulle part, et dont il me semble que ceux qui y sont avec soumission aux ordres de Dieu, comme vous, et qui y travaillent avec fidélité peuvent bien dire : In prœsenti quidem videtur non rase gaudii aed mœroris : Poatea autem fruciutn pacatiasimum exercitatia reddei J uatiiiœ {Kehr. XII, 11). J'espère que vous réprouverez un jour, et que vous le bénirez clernellemcnt de vous avoir mis en ce monde au nombre de ceux auxquels il dit : vo.h reio roniriaiahimini ; sed tvfstitia vertptuv in gavdium (Joann. X.VI, 20). Toul à vous. — L. Tronson.

matin et à d'autres heures, aprés.Pavoir lait infuser dans l'eau chaude pendant la nuit, ou uiénio seulement i)endant une demi-heure ». Aujourd'liui, on Tutilise surtout pour en composer un sirop contre lep maux de j^orgc et l&a rhumes opiniâlrei^. (1) M. Ranuycr était chargé du temporel du 2>éminaire.

CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE DE MONTRÉAL Hl

LETTRE XXXVI

A MONSIEUR BARTHÉLÉMY

27 mai 1681.

Je regarde comme une grande grâce. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, la miséricorde que Dieu vous fait de considérer Tétat où vous êtes comme un état où il vous veut. C*est ce qui vous doit bien consoler dans toutes vos peines. Car c'est, à mon avis, le plus grand sujet qu*une âme puisse avoir de demeurer en paix en tout ce qu*elle fait, que d*élre assurée qu'elle le fait par ses ordres. Je le bénis de tout mon cœur de ce qu'il vous met dans cette disposition. La plupart des personnes s'inquiètent, se chagrinent et s'impatientent dans leurs peines; et pour ne les pas envisager dans la main de Dieu qui veut les exercer et les purifier par celte voie, ils n'en font pas l'usage qu'il désire et ils en perdent absolument tout le fruit. Mais je vois bien qu'il n'en sera pas ainsi (le vous, et que, vos agitations étant passées, vous n'aurez point à l'avenir de plus grande joie que vous voir livré à l'obéissance pour suivre, non pas ce que vous aimeriez le mieux, mais ce qui plaira davantage à Notre Seigneur. C'est le moyen de le trouver toujours propice k vos voeux, et d'éprouver ce que dit le prophète : Cum ipso sum in trihula • tione, eripiam eum et glorificabo eum (Ps. XC, 15)./pae enirn et cerianiem apectat, et deficientem stibievat, et vincentem coronat. J'espère qu'après vous avoir rendu fidèle à votre vocation, il vous fera éprouver plus particulièrement ces avantages ; et que vous ne regretterez pas de n'avoir point vécu à vous-même, à vos inclinations et à vos propres désirs, pour être plus entièrement à Jésus-Christ, dans l'amour duquel je souhaite que vous soyez tout consommé. C'est le plus ardent désir d'un cœur qui est tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXXVIl

A MONSIEUR RÉMI

30 mai 1681.

Vous ne sauriez trouver rien de plus ulile que la direction; si elle manque dans le séminaire, il est impossible qu*il n'y arrive bien du déchet, et vous avez raison de regarder ce défaut comme la source d*un grand relâchement. Quelque peu de fidélité qu'y aient les autres, vous pouvez toujours y être fidèle de votre part, et faire ce que vous devez, sans que vous vous arrêtiez à ce qu'ils font. Si M. Seguenot est trop éloigne de vous, vous avez M. Dollicr qui en est plus proche; et quoiqu'il ne vous paroisse pas être si intérieur, ni prévenir les gens autant qu'il seroil a désirer pour vaincre votre timidité, vous ne laisserez pas d'y trouver un graïul fond de grâce, et tout l'appui qui vous est nécessaire pour bien faire la volonté de Dieu. Ainsi, conservez toujours celle pratique qui est de la dernière conséquence pour ceux qui veulent marcher sûrement et ne point se relâcher, ni prendre le change dans les voies de Dieu. Il faut que chacun contribue autant qu'il pourra à établir cet esprit dans la maison, et, voire exemple, avec ce que vous pourrez dire de bon sur ce sujet dans les occasions, y pourra servir avantageusement en le faisant goûter aux autres.

Je regarde la résidence de Lachine, non pas comme un emploi que vous vous soyez procuré, mais comme un coup de Providence, qui vous a donné ce moyen pour vaincre votre timidité, et vous accoutumer k agir avec plus grande liberté dans vos emplois. Peut-être même est-ce un novicial que Notre Seigneur a voulu vous faire faire, pour tenir la place de M. Perrot. Vous verrez ce que vous en dira M. Dollier auquel j'en écris. Il faut, mon cher Monsieur, être abandonné à tout, si l'on veut ne mellre point de bornes h ses grâces. Confiez-vous m ce souverain Seigneur, (jni potei\^ f'st Hc lajndihvH istin suiacitare fih'os Ahrahiv (Math. III, '•'•

el VOUS verrez que voire incapacité et vos misères ne seront point un obstacle à l*acconipIissement de ses desseins sur vous. L^obéissance vous les fera connoître : tenez-vous seulement, de votre part, dans une sainte indifférence et dans cette disposition dont parle TApôtre, et où doit être tout bon soldat de Jésus-Christ : ut bonus miles Christi, ad omne opus bonum paraius (II Tim. II, 2, 21); et soyez sûr que lout ira bien et qu'il disposera de tout pour sa gloire, pour le bien de son œuvre et pour votre propre sanctification; ipse enim amai vos (Joann. XVI, 27).

Si la chaleur de M. Souart se répand quelquefois jusque sur vous, je crois que cela vient plutôt du feu de son tempérament que de lout autre principe. Ainsi, il ne me paroit pas que vous deviez pour cela quitler sa direction. C'est un faible que Dieu lui a laissé, qui n'empochera pas qu'il ne se sauve. On devroit êlre accoutumé à son humeur, et se faire une pratique de piélé et un exercice do mortification desufiporter en paix ses promptitudes, suivant ce conseil de l'Apôlre : supportantes invicem in charitate Christi (Ephes. IV, 2). C'est là un admirable moyen de bien profiter dans une communauté. On tâche ordinairement d'y profiter du bon exemple des autres : mais d'y profiter de leurs défauts, presque personne n'y pense; et c'est à quoi je vous conseille fort de travailler, en méditant souvent ce mot, dans la pratique duquel Notre Seigneur vous fera trouver sûrement beaucoup de grâces et de consolations : alter alterius onera poriate, et sic adimplebitis legem Christi (Galat. VI, 2). C'est le moyen de ne se troubler jamais des défauts des autres, et de conserver l'union et la cordialité, si nécessaire entre ceux qui, étant dans une môme maison et devant travailler au même œuvre, ne doivent avoir aussi qu'un même cœur non plus qu'un même esprit.

La pensée qu'a de temps en temps M. Souart, de revenir en France, est une tentation; car je ne vois pas quel fondement il pourroit avoir pour quitter un poste où Dieu l'a mis, avant que lui-même l'en relire. Pour la peine qu'il a au sujet de M. Dollier, c'est une croix dont il ne se scrojt \s\\^

plutôt défait par la fuite, qu'il en trouveroil d'autres, et qui seroient peut-être plus pesantes. S'il pouvoit s*en défaire par la douceur, par la patience, par la condescendance, par la mortification de sa promptitude et de son humeur, il trouveroit assurément la paix. Mais sans cela le changement de lieu ne la lui donnera pas. Car il se porteroil partout où il iroit, et se trouveroit lui-même partout : non ergo se fattat, non fugiai de loco ad locum, sed de vitio ad virtutem, de paaaione ad emendaiionem. C'est ce que disoit autrefois un grand saint à ce sujet; et ce que je ne vous mande que parce que vous me dites que vous êtes son directeur.

Au reste, mon cher Monsieur, tâchons de faire un bon usage de toutes choses, et de profiter de tout pour le salul. Rendons-nous fidèles à ce que Dieu demande de nous, et lâchons à demeurer en paix en faisant notre devoir, sans nous trop inquiéter de ce que les autres ne le font pas. Ayons toujours une charité douce et patiente, conservant à la dévotion tout son sucre et son miel, sans la détremper (l'absinthe, et sans permettre à noire zèle de rien contracter de Tamertume, de Thumeur ou de la passion. C'est le moyen de trouver le repos partout et d'éviter tous ces chagrins et toutes ces inquiétudes qui troublent un pauvre cœur. Ne nous mettons point aussi tant en peine de toutes les choses dont nous ne sommes point chargés et dont nous ne devons point rendre compte, ni à Dieu ni aux hommes. Pourvu que Dieu soit content de nous, soyons contens : unuaquisquc Domino suo aiat aut cadit (Rom. XIV, 4). Et quand tout le monde manqueroit à ses obligations et se soulèveroit conlrc nous, il nous restera toujours celte consolation que, Christum à ie tollere nemo poieat. C'est par là que, cum hia qui oderunt pacem eria pacificua (Ps. CXIX, 7), et que, gaudium iuum erii plénum (Joann. XVI, 24). Tout à vous, — l- Tronson.

r.OilitKSPoNDANCE AVKC LE SKMINAIRR DR MONTRÉAL ^^1

LETTRE XXXVIII

A MONSIBUR DE BELMOMT

Ce 30 mai 1681.

Monsieur et très cher en Notre Seigneur,

J*ai reçu vos deux lettres écrites de Montréal du 10 et 29 octobre dernier; et ce m*a été une grande consolation d\ remarquer la joie que vous avez eue en arrivant à la Montagne, et Tédifîcation que vous y donnent les sauvages. Si vous êtes bien content d'eux, ils seront assurément bien satisfaits de vous, et il y a beaucoup d'apparence que vous vous accommoderez bien ensemble, puisque Notre Seigneur continue de vous donner tant d*attrait pour cette œuvre. Je m'imagine qu'ils n ont pas aussi envie que vous les quittiez sitôt, puisqu'ils vous ont baptisé d'abord et vous ont donné un si beau nom. Us espèrent sans doute que Onnontaouaaii sera un jour l'ornement de leur montagne, et ce que l'on m'en a mandé déjà Tannée dernière me le fait croire fort aisément. Car, quoique vous ne fassiez que commencer, on dit déjà que vous faites merveille. Pour moi, je n'en puis pas douter; car je suis sur que vous y faites la volonté de Dieu, qui vaut mieux que toutes les autres merveilles : el je sais bien que c'est aussi ce que vous estimez par dessus tout.

Les vues que vous avez, tant sur vos petits sauvages pour en faire des catéchistes et de petits missionnaires évangéliques, que sur la Montagne pour en faire comme un noviciat et un lieu propre à former des ouvriers pour les nations étrangères, sont de très bonnes vues el les meilleures, à mon avis, que Ton puisse prendre pour le pays.

Je conviens avec vous que votre emploi est vil et abject selon le monde; mais vous ne doutez pas, non plus que moi, qu'il ne soit bien grand devant Celui qui pauperibus evan- Qelizare miait te (Luc. IV, 18). Pour être fort borné, je le conçois bien en ne regardant que le présent, maisjenen conviendroîs pas qu'il le fût pour l'avenir. Car il me semble

'i'îit LIVRE DIXIÈME

que cet élablisscmcnt peu! avoir de grandes suites, quand oe ne seroit que de servir de fondement aux biens plus étendus que vous me marquez. S. Denis n*a pas fait, *ce semble, de grandes choses en France, de son vivant; cependant, au fond, il a fait beaucoup puisqu'il a jeté la semence dont nous voyons maintenant de si grands fruits. U faut beaucoup do foi et de patience à ceux qui commencent les œuvres de Dieu, parce que souvent ils n'en voient pas le succès, et les fruits ne paroissent qu*après leur mort. Marchons kTaveugie, mais en paix, dans ses voies; et soyons sûrs que ce que nous faisons, en quelque manière que ce puisse être, frucium 8uum dabît in tempore suo; et que, demeurant dans la disposition où vous êtes, omnia quœcumque faciès prospérabuntur (Ps. 1, 3).

Je vous ai dit souvent : 1" qu'une des plus dangereuses tentations pour vous, seroit de vouloir recommencer votre confession générale. 2" Non seulement vous ne devez jamais la recommencer, mais vous ne devez pas vous confesser de (|Uoi que ce soit qui Tait précédé, quand même vous ne vous souviendriez nullement de vous on être confessé. 3<* Vous ne devez pas même parler de ce qui a suivi votre confession générale, et qui s'est passé jusqu'à votre sortie du séminaire. Fiez-vous à l'obéissance : jamais elle n'a trompé personne; et pourvu qu'une àmo soit sincère et qu'elle cherche purement la volonté de Dieu, elle ne manquera jamais de la connoitre, et il ne permettra pas que jamais elle s'égare. Vous savez combien cela vous est nécessaire, non seulement pour marcher en sûreté, mais encore pour conserver la paix, sans laquelle votre pauvre cœur s'agite et se tourmente d'une étrange manière. Ainsi, ne donnez point de lieu à tous ces retours et à toutes ces réflexions sur le passé, qui ne serviroient qu'à le troubler : ne songez pas même à faire de confession générale depuis votre sortie du séminaire, qu'on ne vous le conseille. Car la seule pensée que vous en devriez faire, vous renouvelleroil l'idée des choses qu'il vaut mieux oublier; ainsi, quœ retrorsum sitnt oblitus, ad anteriora te extende, r/csl le meilleur conseil que vous puisse donner

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relui qui vous chérit londrenienl in ciscerlbua Ckrlati (Philip. I, 8), elcjui est en lui tout à vous. — L. Tnoxsox.

LETTRE XXXIX

A MONSIEUR TROUVÉ (1

!«' juin 1681.

La peine que vous avez eue de voir abandonner Kenté après y avoir travaillé tant d'années ne me surprend pas. Car le zèle que Notre Seigneur vous a donné pour les sauvages, et ce grand nombre qui sont dans les pays plus éloignés, à la conversion desquels on auroit pu travailler quelque jour, ne peut que vous avoir fait quitter avec douleur un lieu qui vous paroissoil y donner quelque entrée. Mais après tout, il faut attendre que Ton y ait d'autres ouvertures que celles que i*on a présentement. Pour moi, je ne puis douter que, si Dieu nous y appelle, il ne nous donne d'autres moyens pour y réussir, et qu'il ne nous fasse connoitre plus clairement sa volonté. Ce|M»ndanl, ne pouvez-vous pas toujours, en voyant ile temps en temps ceux de la Montagne, conserver ce que vous avez appris de leur langue, et les entretenir dans celte confiance qu'ils ont en vous? Il me semble même que ce seroit un grand appui pour cette mission, qui pourroit sans cela s*aifoiblir; et que ce que vous ferez au séminaire ne vous empôcheroit pas d'y donner quelques jours chaque se-

(1) Claude Trouvé, d'une riche famille de Lorraine, né vers Tan 1644, passa deux ans au séminaire de Saint-Sulpice et y reçut le sonsdiaconat, avant de s'embarquer pour Québec au printemps de ir>'j7. Arrivé à X'illemarie le 27 juin, il reçut le diaconat le 24 septembre suivant, et la prêtrise le 10 juin 16G8. Il fut alors nommé supérieur de la mission Iroquoise de la baie de Trente sur le lac Ontario, et il y travailla pendant douze ans. Quand cette mission eut été abandonnée, M. Tix)uvé devint directeur de la Congréfration de Notre-Dame à Montréal; mais il dut la quitter vers l'automne de 1C81, rappelé en France par son vieux père inltrme et « mal dans ses affaires ». Cfr. Bibliothèque êulpicieune, t. I, p. IGO-IW. Casgrain, Les Sufpicictis.,. en Acadie; (Québec, 1897, in-8s 1>. ^'^^-^î.

^^l LIVRR DIXIÈME

niaine. Vous pourriez même en y allanl leur faire de temps en temps quelques petits présents pour les gagner; et si vous voulez emprunter pour cela, cette année, jusqu*à la somme de quarante ou cinquante écus, argent de France, je les rendrai ici à la personne que vous me marquerez et sur le premier mot que vous m'en écrirez. Voyez ce que le cœur vous dira là dessus.

Je serai bien aise de savoir comment vous vous trouverez de ces différens emplois que Ton vous donne, surtout de la communauté des Filles de la Congrégation dont on vous charge, qui demande apparemment que Ton y donne beaucoup de temps.

Je conviens que le Niagara seroit un lieu bien propre pour établir une colonie, et que ce seroit une mission bien utile pour la conversion des sauvages, que ce poste avancé : je ne désespère pas même que, si le pays se fait, on ne voie vos souhaits accomplis. Mais de qui que ce soit que Notre Seigneur se serve, qu'importe, pourvu quMl soit glorifié. Il faut nous offrir à lui pour tout ce qu'il voudra faire de nous. Car, que savons-nous quels sont ses desseins, et s*il ne voudra point que nous allions plus loin que Kenté? Nous avons eu trois bons sujets qui ont eu vocation pour la Chine, et qui sont partis cette année avec M. Tévéque d*Héliopo]is (I). Que savons-nous si Dieu n*en appellera point un jour quelques-uns pour porter aussi loin les conquêtes de TÉvangile du côté du couchant? Il faut être abandonné à lui pour tout, et se tenir toujours dans la disposition de ces soldats et serviteurs du centenier de TÉvangile : Dico huic : vade, et vadil; et alii :

(1) François Fallu, né à Tours en 1625, d'abord chanoine de Saint- Martin, devint un des fondateurs et ensuite un des premiers vicain?» apostoliques de la Congrégation des Missions-Étrangères, n Ait sacré à Home en 1660 sous le titre d'évêque d'Héliopolis et nommé vicaire apostolique du Tonkin. Après son sacre, il se rendit d*abord à Siam, où il établit un séminaire. Il revint plusieurs fois en Europe et â Rome pour les besoins de ses établissements. En 1679, il fût, comme vicaire apostolique, envoyé du Tonkin en Chine, où il mourut le 29 octobre 1C84. V. Launay, Histoire dn St^minairc des M iss ions- Et ru h- (jures, 1. 1, passim.

vent, et venit; et sei^o meo : fachoc, eifacit (Math. VIII, 9). II me semble que c'est là le souverain bonheur de celle vie, de n*avoir plus de mouvement que pour exécuter les ordres de notre Souverain Maître; il faut pour cela travailler sans cesse à mourir à soi-même et à ses propres désirs, qui ne manquent point de s'élever de temps en temps dans le cœur et le tourmenter beaucoup, si on ne les réprime. Il faut mortifier l'inquiétude el l'activité naturelle qui se porte pour Tordinaire avec trop d'inquiétude et d'empressement vers les choses qu'elle désire, et qui a peine d'attendre les momens marqués par celui à qui il appartient de disposer de tous les temps. Il faut se faire une grande violence pour demeurer en paix au milieu de toutes ces agitations et de ces différens mouvemens du cœur que cause une longue attente. C'est la grande perfection d'une âme, et à quoi il faut que se réduisent tous ceux qui veulent être fidèles à ce Souverain Maître, qui, prenant lui-même la qualité de Patiens et longanimia, ne peut être bien servi que par des serviteurs qui, dans l'attente qu'il manifeste ses adorables volontés, demeurent dans un grand calme, sans écouter les secousses que leur donnent de temps en temps leur promptitude et leur impatience. Vous avez pu éprouver jusqu'à présent que cela ne se fait pas sans peine, mais assurément cela ne se fait pas aussi sans fruit. Que s'il ne paroit pas souvent fort grand devant les hommes, il ne laisse pas toujours d'être très considérable devant Dieu; et si Ton n'a pas en ce monde la consolation de voir tout le succès de ce que l'on prétend, on est assuré d'en recevoir en l'autre une infiniment plus grande par la possession de Dieu, qui ne manque jamais de se donner lui-même pour récompense de ce que l'on fait pour son amour. Tout à vous. — L. Tronson.

A MONSIEUR MARIBT

Je suis bien aise que Notre Seigneur vous donne toujours

^20 LivHK Dixnhit:

attrait pour les sauvages, et que la Providence vous ait réduil à y travailler dans le lieu où vous êtes maintenant. Car, comme voire travail y sera plus réglé qu*il n*a été dans les missions du lac Ontario, vous pourrez aussi vous y ménager davantage et y conserver mieux votre santé. Une de mes grandes peines pendant que vous avez été sur ce lac, étoilles travaux excessifs où vous portoit Tardeur de votre zèle. Maintenant nous ne serons plus en cette peine; car, quoique nous ayons celle que nous donnent vos infirmités auxquelles nous compatissons, nous y aurons au moins !a consolation de savoir qu'elles ne vous empêcheront pas de travailler tellement pour Dieu, que, sans les augmenter, vous pourrez le faire honorer parmi les sauvages et accomplir ses adorables desseins sur vous. Sovez leur à tous, au milieu de vos maux el de vos croix, une image de Jésus-Christ crucifié, faisant en sorte que, par l'exemple que vous leur donnerez d'une patience constante, d'une douceur charmante, d'une humilité profonde, d'une charité ardente el des autres vertus du FiU (le Dieu, vous puissiez leur dire: imiiatoves met efttote, sicui et eyo Christl (I Cor. XI, i\ 11 me semble, mon cher Monsieur, que c'est là votre grande vocation, et à quoi vous devez principalement vous appliquer, surtout dans vos douleurs et dans le temps que vos infirmités vous pressent. Car si vous êtes alors hors d'état de travailler au d?hors devant les hommes, vous ne laisserez pas de travailler utilement devant Dieu, en souffrant avec patience, parce que c'est par là que non seulement les âmes se sanctifient davantage, mais que les œuvres de Dieu s'affermissent le plus; rien n'attirant tant de grâces el de bénédictions que la croix. J'espère que Notre Seigneur vous en fera ressentir abondamment les fruits, et que sicut aocii pasaionum eatis, sic eritia et conaolationis (II Cor. i, 7). Aimez pour cela beaucoup la conduite qu'il tient sur vous; abandonnez-vous y sans réserve, et regardez comme un grand effet de sa miséricorde, de ce que. Aie «n^ hic aecat ut i7i œternum pai^cat. C'est ainsi que vous achèverez doucement votre course et miniaterium quod accepistt à Domino (Coloss. IV, 17); partie en agissant el partie en

souffrant, et toujours en aimant celui qui a voulu tant agir et tant souffrir pour notre amour. C*est le désir le plus ardent d'un cœur que Jésus-Christ a rendu vôtre depuis long temps, et que je puis dire être encore en lui plus à vous que jamais. — L. Tronson.

LKTTHK XLl

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