‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 17 sur 41 · A MONSIEUR DE LA GOLOMBIÈRE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LA GOLOMBIÈRE

Nouveau supérieur de Montréal.

17 mai 1683.

La santé que Dieu vous a donnée durant votre voyage, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, me donne tout sujet d*espérer qu'elle s'affermira parfaitement en Canada, et que vous serez en état d'y rendre de grands services pour la gloire de Celui qui vous y a appelé. Quelque, désir que vous ayez remarqué dans les esprits de bien observer le règlement, il y en a qui auront besoin d'être ménagés. Vous le reconnoitrez mieux dans la suite. Ce qu'il y«a de plus im*

portant pour réussir, est de gagner leur cœur, et vous aurez besoin pour cela de toute votre prudence et de toute votre douceur. Car, je m^imagine que vous éprouverez ce que Ton remarque dans la plupart des communautés, où les uns trouvent que Ton est trop exact et trop sévère; et les autres disent, quand on veut user de quelque condescendance charitable, que Ton est trop facile. La multitude même des affaires qui viennent du dehors et qui rompent quelquefois les mesures que Ton a prises, est souvent un sujet de peine et de tentation pour ceux qui sont les plus zélés, et de fatigue pour ceux qui aiment Tordre. Vous y trouverez assurément de quoi vous exercer, et je crois que vous en aurez eu déjà assez d^expérience, pour nous en mander des nouvelles particulières cette automne. Vous aurez vu surtout le grand besoin que Ton a d*avoir quelqu'un dans la maison qui veille à y maintenir Tordre. C'est ce qui me paroit d'une telle nécessité que, bien que je croie que vous ayez beaucoup de facilité pour apprendre les langues, vous rendrez néanmoins, à mon avis, un service plus considérable à Notre Seigneur, plus utile aux sauvages aussi bien qu'aux français, et plus avantageux pour le pays, en prenant le soin de la maison dont l'affermissement et le bon ordre doit soutenir toute la colonie.

Je crois qu'il faudroit se conformer à l'usage de ce pays-ci pour porter des manchettes. Je vous conseille néanmoins de n'en rien dire, de peur d'aliéner les esprits et de fermer le cœur à ceux qui y auroient de la peine. Il faut attendre pour cela, ainsi que pour plusieurs autres choses, que Dieu en donne les ouvertures. Comme c'est son œuvre, il le fera dans son temps; mais il exercera peut-être encore auparavant la patience de ses serviteurs. Il est important de se préparera tout quand on veut le servir comme il faut. Car on ne manque pas d'oppositions et de bonnes croix : j'espère que quîcœpit in te opu8 bonum, ipse perficiet (Philip. I, 6), et qu'il vous fera la grâce de pratiquer ce conseil d'un S. Apôtre : omnf gaudium exiaiimate, fratres, cum in teniationea varias incideritis, nrip^fes quodprohatio fidpi resirie patientiam ope-

CORRESPONDANCE AVEC LE Ç^ÉMINAIRE DE liONTRÉAI. 257

raiuv, Patientia autem opus perfectutu habet ; ut silis perfecii et inteyri in nullo déficientes (Jacoi). 1, 2-4). Quand nous aurons appris la disposition de nos Messieurs a voire égard, nous pourrons vous donner des avis plus particuliers. Soyez persuadé, Monsieur el très cher en Noire Seigneur, que je suis du fond du cceur lout a vous. — !.. Tronson.

Page 1