‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 20 sur 41 · II.— i · texte numérisé non relu

II.— i

A MONSIEUR DOLLIRR DE CASSON

15 février 1685.

On est si mécontenl à la Cour de M. de La Barre, qu*on le rappelle celte année, et que le Roi, sans attendre sa justification, a nommé à sa place M. le vicomte de Denonville (1). Tous ceux qui aiment le Canada sont ravis de ce choix; car c'est un gentilhomme sage, doux, sans intérêt et qui a beaucoup de piété, et on a tout sujet d*espérer qu*ii rétablira le pays.

Quelque désir que Monseigneur de Québec ait de retourner en Canada cette année, on doute fort s*il le pourra, à cause de son incommodité. Il s*est résolu de prendre un successeur, et il a choisi M. Tabbé de Saint-Vallier(2) qui a été long temps aumônier du roi, et qui, après avoir édifié toute la Cour par une piété très exemplaire et universellement approuvée, s'étoit retiré ici avec nous pour y profiter de la demeure du séminaire et de la solitude. Le roi Ta fort agréé; mais comme le Pape ne donne point de bulles présentement, il ne pourra agir que comme grand vicaire de Mfl^' de Québec. Il ne laissera pas de partir au mois de mai

(1) Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville en Beauce, fils de Pierre de Brisay , seigneur de Denonville, et de Louise d'Alès de Corbet, naquit en 1637. Gouverneur de la Nouvelle-France de 16S5 à 1689, il y soutint rhonneur des armes françaises, par la valeur qu'il déploya contre les Anglais et les Iroquois. Il fut fait sous- gouverneur du prince de Bourgog:ne le 20 septembre 1C89, maréchal de camp en mars 1690, accompagna Philippe V en 1700, lorsque ce prince alla prendre possession du trône d'Espagne, et mourut retiré, à la campagne le 34 septembre 1710, âgé de soixante-treize ans.

(2) Jean-Baptiste de Lacroix-Chevrières de Saint-Vallier, né à Grenoble le 14 novembre 1653, dor^teur de théologie en Sorbonne à Page de 19 ans, aumônier ordinaire du roi dès Pannée 1676. La démission de M«r de Laval et la nomination de son successeur devaient être ratifiées par le Souverain Pontife. Mais on ne jugea pas opportun, pour le moment, de traiter de cette affaire, à cause des difficultés que la Décla-

prochain avec le nouveau gouverneur. Vous no manquerez pas de rendre vos devoirs à Tun et à Tautre, dont vous serez assurément satisfait.

Le nouvel évéque a du zèle, et pourvu qu*il n*aille pas trop loin, il sera en état de faire de grands biens, car il est très bien à la Cour. Le Roi Testime, et il n v a à craindre pour lui que Texcès qui pourroit Ty faire perdre son crédit, comme il est arrivé à son prédécesseur. Comme il a beaucoup de feu, il faut que tous ceux à qui il pourroit demander avis tâchent à le modérer; car tout cela est de la dernière conséquence. Je suis tout vôtre. — L. Tronson.

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