‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 21 sur 41 · AUX MESSIEURS DU SÉMINAIRE DE MONTRÉAL · texte numérisé non relu

AUX MESSIEURS DU SÉMINAIRE DE MONTRÉAL

Messieurs,

Uuoique j*aie tous les sujets du monde d'être satisfait de voire conduite, et que j'aie appris avec une extrême joie que TexAclitude est assez grande dans la maison et que la ferveur y augmente, je crois vous devoir exciter cette année par un nouveau motif à vous entretenir dans cette fidélité qui aura peut-être un peu souffert de la guerre. Vous allez avoir un nouvel évêque et un nouveau gouverneur général, qui ont tous deux beaucoup de piété, qui font état de monter dès cet <Hé à Montréal, et qui s'attendent Tun et l'autre d'y être édi-

ration du Clergé de France avait soulevées entre la Cour de France et la Cour de Rome. Il fut donc convenu que M. de Laval resterait évêque en titre jusqu'à la consécration de son successeur, et qu'en attendant, M. de Saint-Vallier serait son grand vicaire. Celui-ci s'embarqua à La RocheHe le 10 mai 1685, et arriva à Québec le 29 juillet suivant. Ses buUes ayant été expédiées deux ans plus tard, le 27 juillet 1687, M. de l^val donna sa démission le 24 janvier 1688, et M. de Saint-Vallier flit sacré le lendemain dans l'église de Saint-Sulpico par Nicolas Colbert^ rx>adjuteur de l'archevêque de Rouen. Le nouvel évêque fit son entrée à Québec le t*^ août 1688. Cfr. Henri Têtu, Les Évêques de Québec, p. 77-155. Gosselin, Via de A/f de Laval, t. II, p. 348 et suiv. Rochcnionteix, Los Ji^suUes de la Nouvel le- France, t. III, p. 306-363.

tiés. Vous pouvez juger de quelle importance il est de répondre à leur attente, de leur donner une impression qui leur fasse estimer la dévotion de la Nouvelle-France, et la piété de ceux qui y travaillent; et de leur montrer que Tesprit de Saint-Sulpice en Canada est tout le même qu*à Paris. M. Tabbé de Saint-Vallier qui a demeuré assez long temps ici, en remarqueroit aisément la différence; et il seroit surpris, si, après les bonnes idées qu*on lui a données de votre séminaire, il y apercevoit moins de ferveur qu'en celui-ci. J*espère que toutes les choses y seront conformes à ce quHl en conçoit, et qu'il vous trouvera tous, spiritu ferventes, unanimes, uno ore honorificantes Deum, in ohedientia charitatis (Rom. XII, 11). Gomme son témoignage sera d*un grand poids à la Cour, je crois qu'il y va non seulement de votre intérêt, mais de la gloire de Dieu et du bien de son œuvre, que vous souteniez la réputation où vous y êtes.

Je vous exhorte surtout. Messieurs, à vivre dans une grande charité les uns pour les autres, supportantes invicem in charitate Dei et patientia Christi (Ephes. IV, 2); à aimer assez la maison pour ne point faire connoitre au dehors les choses qui se passent au dedans et qui devroienty demeurer secrètes, et à être fort réservés à parler des Puissances lorsque quelques-uns s'en plaignent, à moins que vous n'en parliez pour les justifier. Car, quand on ne peut pas les justifier, le silence est le meilleur de tous les partis que vous puissiez prendre. Ce sont des avis dont vous connnoitrez assez l'importance. Je ne vois rien davantage à vous dire cette année, espérant que vous serez stabiles et immobiles et abundantes in opère Domini semper (I Cor. XV, 58), et que vous prierez pour celui qui est de toute l'étendue de ses affections. Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE LXIl

A MONSIEUR DE BELMONT

J*ai reçu la relation de voire guerre que vous m*avez envoyée; M. votre général m*en dit merveille, et il se loue tellement de vos sauvages de la montagne, qu'il dit que vous formez de bons soldats et de bons sujets au Roi, en même temps que vous formez dans votre mission de bons chrétiens.

J'admire Téloge que vous me faites de l'éloquence merveilleuse de M. Mariet, qui persuade aux sauvages, ditesvous, tout ce qu'il veut par les plus méchantes raisons du monde. On auroit bien besoin ici de ce secret. Car on a peine de persuader souvent les gens par les meilleures. Dieu le sanctifie à la croix où il le tient attaché depuis plusieurs années, et où il y a beaucoup d'apparence qu'il achèvera son sacrifice.

Si vous pouvez introduire l'usage des juppes pour les sauvagesses et des caleçons pour les enfans sauvages, et faire venir les uns et les autres à la mode, vous vous rendrez illustre. Car je ne pense pas que l'on puisse y rien introduire de plus utile et qui ait plus de suite.

Votre conduite à l'égard des révérends Pères est prudente et chrétienne. Il faut leur déférer en tout ce qu'on peut et ne rien négliger pour conserver la paix. On ne perd rien en cédant dans ces occasions, et on y trouve toujours mieux son compte : vincis enim dum cedis.

Si la vie que vous menez est vile et abjecte aux yeux du monde, elle me paroit bien précieuse devant Dieu; et je suis consolé quand je vois combien ses véritables serviteurs l'estiment. Toutes les autres qui ont un peu d'éclat sont tellement à craindre, que je ne puis assez remercier Notre Seigneur de vous avoir appelé à ces emplois que vous avez. Vous connoitrez un jour le prix de cette grâce, et la gran-

(leur de celle vocalion que la chair el le sang no connoissenl poinl, el dont les beautés ne se découvrent que par la foi. Oh! qu une ànie qui est éclairée de ses divines clartés dit de ])on cœur : Elegi abjeciua esse in domo Domitii mei, mayix fjuam hahitare in tabernaculis peccatorum, Quid enim mihi est in cœlo et a te quid volui super ierram : Dettfi rordis mei et pars mea Deus in œtemum (Ps. LXXXIll, il, et LXXll, ^5). C*esl ce que vous auriez peine assurément de dire à (irenoble d'aussi bon cœur et avec autant de sûrelô que vous le direz en Canada, ubi te Deus certnnteni spectat, deficientem sublevat et vincentem coronabit,.,

N'oubliez pas à me mander tous les ans (comme vous avez fait par le passé) Tétat de vos sauvages et tout le détail de votre mission, afin que l'on fasse connoitre ici Tulilité de cet établissement et comme on y travaille avec fruit. J'en ai entretenu ces jours passés M. le marquis de Seignelay, qui croit que le plus grand avantage pour le pays seroil de marier les sauvagesses à des Français.

Votre montagne se rend célèbre, tant pour le temporel que pour le spirituel. Je prie Notre Seigneur qu'il continue de verser ses bénédictions sur vos travaux. Vous auriez besoin ici d'un bon solliciteur qui put réveiller le collège des 5 nations et leur redonner de la ferveur, car ils s'endorment tous et sont bien morfondus. Ce qui vous consolera est un bon vigneron que Madame votre mère vous envoie, et qui contribuera à vous rendre célèbre dans le pays.

M. Brenier est maintenant patriarche; car il est à la tète d'une communauté d'ecclésiastiques où il fait merveille. Comme nous avons le Séminaire pour ceux qui ont leur pension et la santé; la Petite-Communaiiif^ pour ceux qui ont leur pension mais qui manquent de santé; on a cru que pour se rendre plus utile au clergé et être en état de servir toutes sortes d'ecclésiastiques, il falloil avoir encore une maison pour ceux qui, ayant de la santé, n'ont pas le moyen de payer une si grosse pension. Or, nous avons pour cela acheté la maison qui joint notre cha|3elle, et M. Brenier en est le conducteur. Priez Dieu pour cet établissement dont on

espère beaucoup de fruit. Car il y a déjà une quinzaine de bons sujets, qui ne manqueront pas d'augmenter dans la suite.

Les orgues étant un instrument d*égiise, je ne verrois pas d'inconvénient quand vous en auriez. Elles ne vous donneront pas de tentations comme le luth, et je ne crois pas qu'elles vous soient périlleuses. Ce seroit un moyen d'attirer plus de monde a Téglise» et Dieu ne pourroit qu*en être glorifié.

Je suis tout vôtre en Notre Seigneur. — L. Tronson.

LETTRE LXlll

A MONSIEUR FREMONT

18 avril 1685.

Je n'ai pu lire qu'avec joie dans votre dernière lettre, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, ce que vous m'y marquez du désir que vous avez d'aimer la Sainte Vierge, et de l'emploi que vous avez dans sa chapelle de Bon Secours. Je ne doute point que ce ne vous soit là une source de beaucoup de grâces, et que vous n'éprouviez combien cette mère de miséricorde se rend charitable à ceux qui la servent. Vous savez que c'est une des principales dévotions de la maison, et que c'est ce que Nos Très Honorés Pères, M. Olier et M. de Rretonvilliers, nous ont laissé pour héritage. Ainsi, continuez bien à lui rendre vos devoirs et à travailler sous ses auspices, et demandez-lui avec affection que tous les desseins de son très cher Fils soient accomplis. Elle est toute puissante auprès de lui, et elle sera fidèle à vous secourir si vous oies fidèle à la servir. C'est par elle que Jésus-Christ veut que nous soyions tout à lui; comme c'est par elle qu'il veut se donner tout à nous. Je souhaite que vous y soyez sans réserve et pour le temps et pour l'éternité. Je suis. Monsieur et 1res cher en Notre Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE LXIV

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