‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 23 sur 41 · A MONSIEUR BAILLY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR BAILLY

Mars 1691.

Après avoir fail plusieurs réflexions sur la lettre que vous m'avez écrite Tannée dernière, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, après y avoir bien pensé devant Dieu et tâché de connoîlre sa volonté sur vous, je crois qu'il demande que vous repassiez en France cette année. Un plus long séjour en Canada ne vous seroit pas utile et pourroit faire tort à plusieurs. Car, comme vous n'avez plus de confiance ni d'eslimo pour votre évoque et pour M. Dollicr; que je vois même, par vos expressions, que vous en avez conçu un grand mépris; vous ne pourriez plus que suivre votre propre esprit et vous exposer à de fréquentes illusions, n'ayant plus l'obéissance pour règle de votre conduite. Vous n'avez donc qu'à vous disposera revenir celte automne; et si„avant votre départ, vous pouviez réduire la sœur visionnaire à la voie commune et à ne plus s'amuser à ses visions, vous lui feriez une grande charité. Nous vous en dirons davantage de vive voix (1).

Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout voire. — L. Tronson.

Peut-être que la Providence se servira de cette voie pour vous faire exécuter en France le dessein pour lequel vous avez senti durant plusieurs années un si grand attrait (2).

(1) On remarquera combien M. Tronson sait unir la douceur dans rexécu*ion à la fermeté» dans la résolution. En même temps quMl parlait ainsi à M. Bailly, il écrivait à M. Dollier de Casson : « Jo mande à M. Bailly de revenir cette année en France. S'il en faisoit difficulté, il faudroit Vy oMifçer, et vous n'y devez pas manquer; car, avec tontes ses belles vues et bonnes intentions, il ruineroit le séminaire ».

(2) L'année précédente 1690, le 4 juin, M. Tronson écrivait à M. Bailly : « Il ne me paroît encore nulle marque de vocation pour votre retour en France; Dieu en donnera peut-être dans la suite qui nous sont présentement inconnues ». C'est dans ce sens que M. Tron-

LETTRE LXXVI

A MONSIEUR TROUVÉ

8 mars 1691.

La barque où éloit votre relation cl vos deux lettres du 10 et 19 novembre est arrivée à bon port, et j'ai été ravi d'apprendre par vous-mênr.e des nouvelles de votre beureuse délivrance (1). J'ai fait copier votre belle et ample relation, et M. Brisacier (2) à qui on l'a communiquée, l'a envoyée à M. de Denonville, suivant votre désir. Il s'en servira utilement

son écrivait sur ce point à M. Bailly, eliaque année depuis l'année 1683, qu'il lui disait : « Quant à la vue ou à l'attrait que vous avez depuis long temps de vicaricr eu France, Je ne puis que je ne l'estime. Ainsi, je n'ai garde de vous l'oter. Mais j'y vois de grandes difficultés, et plusieurs qui ont formé ce même dessein y en ont trouvé de fort considérables. Feu M. l'évêque de Belley avoit eu long temp^^ cette dévotion, et il disoit qu'il ne voyoit rien de plus utile; mais on n'a point trouvé jusqu'à cette heure assez d'ouverture pour y réussir. Je ne vous dis pas ceci pour vous en détourner, mais pour vous faire» i'onnoître simplement ce qui me fait hésiter sur une matière où îl est de la dernière conséquence de ne point prendre le change ». LVvèque de Belley dont parle ici M. Tronson est Jean-Albert Belin, nommé en 1664, sacré à Paris le 14 février 1666, mort à Belley le* 29 avril 1677.

(1) En 1690, l'amiral Pliipps s'étant emparé de Port-Royal, M. Tr(»u\ «*• fut fait prisonnier et emmené à Boston. A l'automne de la même année, Phipps étant allé mettre le siège devant Québec sans pouvoir prendre cette ville, il y eut échange de prisonniers, et M. Trouvé recouvra sa liberté. Casgrain, Les Sxtljnciens.,, en Acadic, p. 98, 99.

(2) Jacques-Charles de Brisacier. abbé de Flabemont au diocèse de Toul, aumônier et prédicateur de la reine Marie-Thérèse, naquit à Bourges en 1641 , et mourut à Paris le 23 mars 1736. « Aucun supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères n'eut une administration aussi longue et remplie par tant d'événements divers ». Launay, Histoire générale de la Société des Missions-Étrangères, t. I, p. 526-530. Dictionnaire de Théologie catholique , art. Brisacier (Jacques- Charles de) : cet article, signé E, Levesque, est plus exact que ceux qu'on lit partout ailleurs.

à la Cour. Car je l'ai vu depuis peu, el il me paroît aussi affectionné pour le Canada, qu'il le fui jamais. La protection de Dieu sur le pays a paru bien visible, et sa Providence pour vous ramener à Montréal bien extraordinaire. Je ne sais si M*' de Québec vous en retirera, mais je compte beaucoup sur le séjour que vous y ferez; et dans Tétat présent des choses et des esprits, vous trouverez vous-même qu'il n'y a point de lieu en Canada où vous puissiez faire tant de bien qu'à Villemarie. M. Dollier vous en expliquera le détail. 11 a des besoins pressans et qui pourroient avoir beaucoup de suites. Votre présence servira beaucoup pour y remédier. Il faut encourager les uns, régler et détromper les autres : votre prudence fera l'un et l'autre.

Lorsque nous aurons conféré ici avec M»' de Québec sur rélat du séminaire à Montréal, peut-être voudra-t-il bien consentir que vous y demeuriez. Si cela se peut faire, j'en aurai bien de la joie, et peut-être que la Providence disposera toutes choses à faire réussir ce projet, en arrêtant ici le prélat. Je crois que vous y seriez plus propre que pas un, parce que je suis sûr que vous ne donneriez point dans les visions ni dans les voies extraordinaires.

Si vous apprenez des nouvelles de M. Baudoin, vous nous obligerez do nous en mander cette automne : car je ne sais pas si nous en recevrons par l'Acadie, et je doute môme que nous trouvions quelque voie pour lui écrire. J'estime son courage el sa grâce, et ne puis que me consoler do son éloignemenl, voyant qu'il prend le grand chemin de se faire saint in medio naUoyiin prai^se{^\\\\'\\), II, ITi).

Je ne sais si la mort do M. le marquis de Seignelay nous privera des 6,000 livres que le roi nous donne pour le Canada : mais M. de Ponlchartrain qui est à sa place nous la fait continuer encore cette année. La Providence en disposera pour les années suivantes.

M. Bandeau est mort samedi dernier (1), et M. Souart au-

(1) Matliurin Bandeau, du diocèse de Paris, entré au séminaire d(» Saint-Sulpice le 19 mai 1643, y remplit, après le temps de sa prohation écoulé, les fonctions d'économe jns(iu'à sa mort arrivée le 3 marsir/Jl.

jourd*hui 8" de mars, en la 80"* année de son âge, dans une paix admirable.

Je suis, autant que jamais. Monsieur et très cher en Noiro Seigneur, loul à vous. — L. TnoNSON.

LETTRE LXXVIl

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