A MONSIEUR DU CHAIGNEAU
22 mara 1691.
Je ne répondrai pas bien amplement, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, aux questions particulières que vous m*avez faites sur Téconomie, parce que M. Bourbon vous en doit écrire en détail, et parce que la plupart ne se peuvent bien éclaircir que par Texpérience. Cependant, je suis très aise que vous m'ayez fait tant de demandes. Car je vois par là que vous vous appliquez à votre emploi, et que vous avez un grand désir de vous en bien acquitter. J'espère que Dieu vous en fera la grâce, et que l'obéissance qui vous fait agir sera votre sûreté.
M. Bailly ni M. de La Colombière ne vous donneront pas de si bons avis ni de si sûrs pour la conscience, quelque spirituels quMIs paroissent, que vous en donnera M. Dollier, et je suis bien aise que vous vous confessiez à lui. il a raison de vous avertir de ne point donner dans les révélations; car il y en a qui s'y amusent trop et qui prennent des chimères pour de véritables visions. C'est de là que vient l'explication ridicule que Ton a donnée à votre procession de filles dévotes habillées en filles de la croix. C'est l'effet d'une imagination trompée, et je bénis Dieu de ce que vous n'y avez nul égard. Tenez-vous toujours aux voies communes, et quelque sainteté qui paroisse dans les autres, défiez-vous en toujours, si vous voulez n'y être point surpris.
Les vues que l'on vous a expliquées que l'on avoit eiies,
(1) Léonard du Chaigneau, du diocèse de Limoges, était entré prêtre au Petit Séminaire de Saint-Sulpice le 28 août ie87. 11 partit pour le Canada le 15 mars 1688, et mourut à Montréal le 23 ou le 21 décembre 1711, âgé de 49 ans.
sur les Irois communaulés, sonl chimériques : Thabit bariolé des filles et des hommes, ridicule; la prophétie que vous seriez un des contemplatifs, extravagante. Tout ce qu il y a de bon dans ce que vous me mandez sur ce sujet est la réponse que vous avez faUe : que vous ne changeriez pas votre habit pour tous les habits du monde.
Les confessions des filles de la Congrégation ne s'accommoderoient pas avec l'économie, et je trouve que vous avez raison de craindre ce surcroît.
Je ne puis vous écrire davantage cette année. Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, lout vôtre. — L.
ÏRONSON.
LETTRE LXXIX