‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 4 sur 41 · A MONSIEUR DE LA GHETARDYE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LA GHETARDYE

29 mars 1679.

L'affaire de Bourges (1) est conclue et signée, et l'on s'attend fort de vous y avoir. J'ai témoigné à M»' de Bourges quand il m'en a parlé, que nous n'y mettrions point d'obstacle de notre part; mais qu'il étoit important d'avoir le consentement de M«' du Puy. C'est à quoi vous avez à travailler maintenant. Voyez aussi avec M. de Lantages comme vous vous y prendrez. Je crois qu'il est important que vous lui

(1) L'acceptation par la Compagnie de la direction du sémi:;airc de Bourges.

donniez la lettre de Monseigneur de Bayeux; car peut-être se rendra-t-il à sa prière. S'il ne le faisoit pas, il faudroit voir quelle autre voie on pourroit prendre. Je n*ai pas cru devoir encore écrire, parce qu*il me semble qu'il faut ôter tout soupçon que cela vienne de nous. J'attendrai le succès de votre négociation. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE VIll

A UONSIBUR DE LANTAGES

7 avril 1679.

Puisque M^ du Puy consent au départ de M. de La Chelardye, il fera bien de partir au plus tôt et de s'en venir droit ici, s'il n'y a rien en chemin qui l'oblige de s'arrêter. Peutêtre que le voyage et le changement d'air lui rendront sa première santé.

J'écris aussi un mot à Monseigneur du Puy, que vous lui rendrez, si vous le jugez à propos.

Voyez si vous aurez besoin de quelqu'un pour vous aider le reste de cette année; car il n'est pas juste que vous soyez surchargés. Je suis toujours tout à vous. — L. Tronson.

A l'évêque du puy

Du séminaire Saint-Sulpice, 7 avril 1679.

Monseigneur,

Je crois que vous aurez reconnu par la lettre de Monseigneur de Bayeux avec quelle ardeur toute sa famille souhaite que M. de La Ghetardye s'approche de son bénéfice, et qu'il soit en quelque lieu d'où il puisse plus aisément mettre ordre à ses affaires. On m'en a parlé d'une manière très forte, et comme d'une chose qui étoit pour lui d'une grande conséquence. Mais comme j'ai toujours cru que la marque de la

volonté de Dieu sur son départ dépendoit de votre agrément, nous n*avons point cru devoir prendre d'autre règle de conduite, que d'attendre l'approbation que vous y donneriez, pour ne nous point écarter du respect et de la soumission que nous vous devons. Je suis persuadé, Monseigneur, que, de sa part, il n*aura rien de plus à cœur que d'exécuter vos ordres; pendant que, de la mienne, je demeurerai dans la disposition de les suivre avec toute la déférence et la fidélité que vous pouvez attendre d'une personne qui est, sans réserve, Monseigneur, votre très humble el très obéissant serviteur. — L. Tronson.

A MONSIEUR DE LANTAGES

31 mai 1879.

Lorsque M. de firetonvilliers vous a marqué trois années de supériorité, ce n*a pas été pour priver ensuite le séminaire du Puy des bénédictions qu'il reçoit par votre ministère et sous votre conduite ; mais il en a agi de la sorte pour observer un ordre dont vous connoitrez assez l'importance et dont il n*a pas cru se pouvoir dispenser. C'est dans celte vue que je vous prie de vouloir bien continuer à travail 1er comme par le passé, et de porter encore trois années le joug qu'il vous a imposé, en attendant que Dieu demande autre chose de vous. J'espère qu'il bénira enfin vos désirs pour le bâtiment, et que vous n'aurez pas le désagrément de vous voir toujours logés dans une maison qui tombe. Je suis en Notre Seigneur tout à vous. — L. Tronson.

A MONSIEUR DE LANTAGES

Il est, assurément, d'une grande conséquence que vous preniez quelques règles pour vos possédées: car le bruit s'en ré-

pand et on en raille en bien des endroits, et je crains qu*à la fin on ne passe pour visionnaire. Je sais bien sur cela votre disposition, et il y a long temps que Ton est convaincu ici que vous n*étes point diabliste. Mais il faut que vous voyiez ce que Ton pourroit faire pour empêcher que les autres ne le soient. J'attends le succès de rassemblée que vous devez faire sur cela, et le résultat de ce qu*on y aura déterminé. Si Ion ne se modère là dessus et que Ton ne retranche quelque chose, et de Tapplicalion et de la créance que Ton y donne, on est en train de se décrier partout et de manquer au principal bien qu*on devroit faire. Je ne m*étonne point que ces possédées se soient multipliées, et je ne doute pas même qu'elles ne se multiplient encore bien davantage, si Ton ne se résout à n*étre plus si crédule sur cette matière. Prévenez surtout, je vous prie, M. Bayle, et ne souffrez point qu*il soit présent quand on les exorcise, ni qu'il s'en mêle en aucune manière; car il peut faire des biens plus considérables dans l'Église que celui-là; et cet amusement pourroit le rendre inutile pour d'autres emplois plus solides, pour lesquels il faut qu'il se conserve.

Dieu soit béni qui vous donne plus de bonnes volontés que lie grands esprits dans le séminaire. Tout à vous. — L. Tron*

SON

A MONSIEUR BAYLE (1

14 août 1679.

J'ai bien de la joie. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, d'apprendre que vous êtes content au Puy. Vous y trouverez de quoi travailler utilement pour Dieu, et je ne doute point que les bénédictions de la Sainte Vierge qui y

(1) Charles Bayle était du diocèse de Lyon, mais il reçut la tonsure et tous les Ordres au séminaire de Saint-Sulpice où il entra le 19 octobre 1G74. En 1679, il ftit envoyé au Puy pour y enseigner la morale à la place de M. de La Chetardye. U y mourut le 18 novembre 1710. Voir sa notice dans la Vie do M. de Lantages, p. 421-428.

sorkt abondantes ne vous fassent éprouver les avantages qu'il y a de travailler dans un lieu qui lui est si particulièrement consacré. La conduite douce, sainte et très charitable de M. de Lantages vous y sera aussi d'un grand secours, et vous reconnoitrez assurément bientôt que vous n*avez rien perdu pour changer de résidence. Je ne vous dis rien pour votre voyage de Toulouse, parce que vous pourrez le conclure avec lui; mais je ne puis m*empécher de le regarder comme un effet de votre charité, dont la maison ne peut que vous être très obligée. Je vous prie d*étre bien persuadé qu*en quelque endroit que vous soyez, je serai toujours également à vous et sans réserve. — L. Tronson.

LETTRE Xlll

A MONSIEUR BAYLB

19 janvier 1680.

Vous ne pouviez pas me donner plus de joie en m'apprenant que vous êtes content, que de m'envoyer le résultat de votre conférence. Comme on en tiendra quelqu*unc chaque mois et qu'il faudra quelqu'un qui écrive ce qui y sera proposé et résolu pour me l'envoyer, j'ai cru que vous voudriez bien prendre cette peine. J'en ai même été si persuadé, que j'ai dit à M. de Lantages, qu'outre l'office de secrétaire, je vous donnerois encore celui de promoteur des conférences, afin que s'il laissoit passer quelque mois sans vous assembler, vous eussiez le soin de l'en avertir et de soulager sa mémoire, en sorte que nul mois ne se passât sans assemblée. Je crois, mon cher Monsieur, que vous rendrez en cela un grand service k Notre Seigneur et au séminaire; et que Notre Seigneur vous récompensera de vos soins. Vous voyez avec quelle liberté je vous parle. C'est pour vous faire connoître que je ne prétends point, de ma part, avoir de réserve avec vous; à condition néanmoins que vous n'en aurez point, de la vôtre, pour moi, et que vous me regarderez comme étant de très grand cœur tout à vous. — L. Tronson.

LKTTRE XIV

A MONSIEUR DE LANTAGKS

Ce 8 juillet 1680.

Je ne sais si vous aurez su la maladie de M. de Poussé (1>. Il fut attaqué d*une fièvre mercredi au soir, qui se trouvant accompagnée d'une tluxion sur la poitrine, elle le mit en trois jours en état que Ton commença à désespérer de son mal. Enfin, le mal augmentant toujours, sans qu'aucun rernède lui ait pu donner de soulagement, il est mort le cinquième jour, sans presque sentir de douleur et dans une très grande paix.

Je suis persuadé que cette mort vous est un rude coup. Vous perdez assurément en sa personne ce que vous ne rencontrerez pas aisément dans un autre; et il n'y a que celui qui a voulu être le supplément de tous vos besoins, en qui vous trouverez de quoi réparer avantageusement votre perte. Je le supplie d'être votre consolateur et votre tout. Si je puis, de ma part, vous servir ici en quelque chose, je le ferai avec une satisfaction particulière; et je vous assure que ce sera de très grand cœur. Surtout, nous veillerons de deçà à votre affaire (2), et fournirons avec une joie très sensible tout ce qui sera nécessaire pour vos besoins. Ainsi, Monsieur, pour l'amour de Notre Seigneur, ne vous laissez manquer de rien. Si votre séminaire est pauvre, celui-ci ne vous manquera pas. Il y est obligé par trop de titres. Usez-en donc

(1) Antoine Haguier de Poussé, proclie parent de M. de Lantages, né à Troyes en 1617, entré au séminaire de Vaugirard en 1642, licencié en 1G44, docteur en 1645, supérieur du séminaire de Clermont en 1656, curé de la paroisse Saint-Sulpice en 1658, démissionnaire en 1678, mourut le 8 Juillet 1680, âgé de 63 ans. Pour de plus amples détails biographiques, voir les auteurs cités dans la Bibliothèque sulpicienne, t. ï, p. 60, 61, et ajouter : Hamel, Histoire de l'église Saint- Sulpice; Paris, 1900, p. 115-123.

(2) Un procès qui empêchait M. de Lantages de toucher les revenus de son bénéfice.

avec liberté. Nous chargerons M. Bayle d'avoir soin de vos besoins el de vous décharger de cette application; mais je vous supplie de le croire un peu sur ce chapitre. Car, en vérité, j*aurois, sans cela, quelque peine; et je ne puis me résoudre à m*en rapportera vous, dans une matière où votre zèle fait que je vous tiens trop suspect. La maison de Saint- Sulpice n*est pas riche, mais par la miséricorde de Dieu elle a suffisamment de quoi pourvoir aux besoins de ses enfans, et jamais ils ne lui seront à charge. Jugez, après cela, si vous ne lui feriez pas tort de vouloir en user avec réserve. Vous verrez bien que c'est du fond du cœur, et non pas seulement par compliment que je vous écris de la sorte. Je suis à vous plus que je ne puis dire, et tout en Tamour de celui qui consolatur nos in oinni tribulatione (H Cor. I, 4). — L. Tronson.

A MONSIEUR DE LANTAGES

Ce 4 juillet 1G81.

.M. Bardon arriva ici mardi dernier en assez bonne santé. Nous examinerons avec lui ce qui se pourra faire au sujet de votre bâtiment. Car je souhaiterois fort vous voir un peu plus au large, et il est surprenant que, depuis tant d'années que Ton penseàbàlir, on ait toujours rencontré des obstacles, el que Ton n'ait pas pu vous sortir encore de votre pauvre taudis. Ce sera quand il plaira au Souverain Maître, dont la conduite est toujours adorable, et qui saura bien exécuter ses desseins dans son temps (I).

(1; La construction d'un bâtiment poui* le séminaire du Fuy, et son union aux prieurés de Saint-Ceorgres, de s. Agrève et de Vosy sont robjeî, de presque toutes les lettres (*»orites par M. Tronson à M. de Lantages, depuis le jour où il fut nommC» supérieur de la Compagnie de Saint-Sulpice. Il y a là, comme on le pense bien, beaucoup de répétitions et beaucoup d'encre répandue sans aucun résultat. Ainsi, par exemple, M. Tronson était, pour de bonnes raisons, constamment opposé cM'union de la oir-îriale de Vosy au séminaire; Mb' de Héthune

CORRE.^POXOANCE AVEC LE SKMrXAlRE Dl' PUY lî)

M. le Doyen (1) ne pouvoit mieux faire que de manger chez vous; et pourvu qu*il y prenne aussi sa direclion el qu'il suive vos avis, il évitera bien des fausses démarches, auxquelles il se trouveroit souvent exposé s'il étoit abandonnée sa propre conduite. Ceux qui connoissent son génie et sa capacité, et qui ont expérience desembarrasqui serenconlrent dans la conduite des religieuses, le plaignent et sont surpris de remploi qu'on lui a donné. Il sera heureux s'il n y rencontre que des saintes, et des âmes qui n'ayent pas de grands cas à faire décider.

C'est une consolation, dans le peu d'affection que Ton vous témoigne et danslepeu d'appui que l'on vous donne, que Ton vous laisse agir en liberté et que vous ayez les coudées franches. Je ne doute point que ce ne soit un effet de la protection de Notre Seigneur, el une suite de ses bénédictions sur vous. Pourvu qu'il continue à vous rendre riche en grâces et en bons sujets, vous aurez de quoi supporter en patience la pauvreté de la maison. L'exemple de Lyon, où il y a si peu de séminaristes depuis qu'ils sont plus au large, fait bien voir que ce n'est pas la beauté ni la grandeur du bâtiment qui fait la beauté et la bonté du séminaire. Enfin, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, il y a de quoi attendre en paix que dilatentur spalia domus , pourvu qu'en attendant dilatentur spatia charitatis.

Je salue nos Messieurs et me recommande à vos prières. Tout à vous. — L. Tronson.

s'obstinait constamment à la vouloir, et finalement Pexécuta. M. Tronson y donna alors son consentement ; et puis, Pévêque du Puy retira et abandonna définitivement son projet. Il suffit de lire lâ-dessus ce qu'en dit M. Faillon : Vie de M. de Lantages, in-Ô», p. 296-309.

(1) François Lascaris d'Urfé, frère de Têvêque de Limoges, admis au séminaire de Saint-Sulpice le 1" avril 1660, parti pour le Canada en 1668, revint en France en 1678, devint doyen de la cathédrale du Puy en 1680, résigna en 1685 pour suivre au Canada M. de Saint-Vallier, nommé évêquede Québec: revint de nouveau en France vers 1694, obtint rabbaye d'ilzercbe, au diocèse de Limoges, en 1695, et mourut dans son château de Baugê le 30 juin 1701. Cfr. Bibliothf^que sulpi-

riennQ, t. I, p. 156, 157.

A MONSIEUR LE BRETON

6 août 1682.

Je ne vois rien de plus important pour le bon ordre de la maison que ce que vous me marquez dans voire dernière letlre. Tenir des assemblées réglées, y lire deux fois Tannée le règlement pour remarquer les fautes que Ton y fait, y proposer tout ce qui peut contribuer au bien du séminaire, y conférer ensemble avec cordialité, examiner les choses sans prévention et attache à son sens, conspirer tous ensemble pour les mander ici, et exécuter fidèlement ce que Ton auroit déterminé, c*esl ce qui est à souhaiter que Ton pratique, et qu'il faut tâcher d'établir au Puy, aussi bien que dans les autres séminaires. La peine que peut avoir un supérieur à ces petits avertissements peut y être un grand obstacle; mais il ne faut pas laisser de faire pour cela tout ce qu'on peut, et peut-être que lui-même avec le temps en connoitra Timportance.

On ne sauroit tenir les affaires de la maison trop secrètes, et il seroit de la prudence de n'en parler jamais devant les personnes qui n'en ont que faire; surtout dans un pays où les gens sont si curieux et tirent tant d'avantages de ce qu'ils savent. Il faut aussi tenir caché autant que possible vos assemblées, et ce seroit n'y pas penser que de les tenir dans des lieux où Ton peut entendre ce que Ton y dit.

Quant à Tétole portée par mégarde au chœur par le curé, vous avez raison de dire que c'est une chose de la nature de celles qui devroient être réglées ici. Je ne sais si Ton n'en a point écrit autrefois; mais je me souviens que M. de Brelonvilliers iTestimoit pas qu'il dût y avoir aucune marque dislinctive dans le chœur lorsque la communauté assistoit aux ottices.

Je suis tout k vous. — L. Tronson.

CURUESPONUANCE AVEC LE SÉMINAIIŒ DU PU Y 21

LETTRE XVll

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