‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 32 sur 41 · AU R. P . BRU YAS · texte numérisé non relu

AU R. P . BRU YAS

lAeligieux de la Compagnie de J^us.

30 mars 1099.

Mon Révérend Père,

1/hospitaIité que vous et vos Pères auriez voulu pratiquer

(1) Le livre de Fénelon, Explication des maximes des saints sur la vie intérieure.

envers M. de Rollon, aussi bien après sa morl que durant sa vie, en Tenterrant dans votre caveau, est une marque bien sensible de la charité qui règne parmi vous. Vous devez espérer que Dieu vous tiendra compte de votre bonne volonté, et que le défunt, quoiqu'on l*ait enterré ailleurs, ne manquera pas de le bien reconnoitre. Pour moi, je pense que Dieu n'a permis que vous nousremissiez devant les yeux cette double hospitalité, qu'afin que nous ne Toubliions pas, et qu'elle nous serve d'exemple dans l'exercice de cette grande vertu. Priez-le, s'il vous plaît, avec nous, de nous faire la grâce de bien répondre à ses desseins.

Je prends grande part à la joie que vous avez d'avoir obtenu de votre Général la permission de retourner dans votre chère mission du Sault -Saint-Louis, que nous ne manquerons pas, selon votre désir, de bien recommander à Dieu. La fidélité à cet attrait durant tout un rectorat, n'est pas un exemple moins édifiant que celui dont nous venons de parler, et je crois qu'il pourra beaucoup servir à encourager tous ceux qui sont appelés à travailler aux Sauvages. Nos Messieurs seront bien heureux de vous avoir pour voisins; j'espère qu'ils en profileront, et surtout M. de Belmont, qui a cet avantage d'avoir plus de part à votre amile.

Je loue Dieu du zèle qu'il vous donne pour le salut et la conversion des sauvages. Il y a long temps que tous ceux qui y travaillent regardent comme vous l'eau-de-vie qu'on leur traite, comme le grand obstacle à ce bien-là; mais la difiiculté est d'en convaincre la Cour, après ce qui s'est passé du temps de M. Colbert assez bien intentionné (1). On peut

(I) Tout ce que Ma"- de Laval put obtenir de la Cour, ce fut que, par ordonnance du 18 mai 1679, il serait expressément interdit aux Français de porter des boissons enivrantes dans les habitations des sauvages. Cette décision ne répondait pas entièrement aux désirs de révêque de Québec ; il l'accepta néanmoins, et réduisit aux termes de cette ordonnance, le cas réservé qu'il avait fait de la traite — ou vente, ou échange — de Teau-de-vie. V. Hochemonteix, Les Jésuites de fa S'ouvelfe- France, t. III, p. 144, 145.

croire que Dieu l'a ainsi permis, parce que son heure n*éloil pas encore arrivée. Qui sait si elle ne Test pas à présent, ou si elle ne viendra pas bientôt? Ainsi, il semble que c*est une bonne chose de faire tout ce qu'on pourra pour remédier à ce mal; soit envers Noire Seigneur par nos prières, soit envers les Puissances par nos sollicitations, quand la Providence nous en donnera Touverture. C'est à quoi nous tacherons dans Tétat d'infirmité où nous sommes, de nous rendre attentifs. Et après y avoir fait de notre mieux, il faudra en abandonner le succès au grand Père de famille qui en ordonnera selon son bon plaisir. C'est en son amour que je vous supplie d'élre bien persuadé que je suis avec bien de l'estime et bien du respect, mon Révérend Père, voire très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronsok.

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